1082 – La Turquie, l’Otan – Les armes nucléaires …

1/- Les armes nucléaires américaines stockées en Turquie sous haut risque, met en garde un rapport

2/- Sommet de l’OTAN: le nucléaire militaire en question

3/- Document : Démantèlement des armes et bâtiments nucléaires


1/- Les armes nucléaires américaines stockées en Turquie sous haut risque, met en garde un rapport

La base d'Incirlik, en TurquieSource: Reuters –La base d’Incirlik, en Turquie

Le think tank américain Stimson Center s’inquiète des risques que pose le stockage d’armes nucléaires dans la base d’Incirlik, en Turquie, à une centaine de kilomètres seulement de la frontière syrienne et quelques mois après une tentative de putsch.

«Il est impossible de savoir si les États-Unis auraient pu maintenir le contrôle sur les armes [de la base d’Incirlik] en cas de guerre civile prolongée en Turquie», s’inquiète le groupe de réflexion américain Stimson Center, dans un rapport publié le dimanche 14 août. Le constat est d’autant plus préoccupant que l’infrastructure militaire, située à 110 kilomètres de la Syrie, où sont notamment présentes les forces de Daesh et de groupes islamistes, renferme une cinquantaine d’armes nucléaires américaines.

De manière globale, le think tank fait part de ses craintes quant au stockage par les États-Unis d’armes de destruction massive en dehors de son territoire – et souligne, par ailleurs, le coût élevé que cette option représente. «La présence à l’étranger [d’armes nucléaires] induit le risque qu’elles tombent dans les mains de forces hostiles, ou bien qu’elles deviennent la cibles d’attaques terroristes», détaille le rapport.

Car selon le Stimson Center, malgré toutes leurs précautions, les États-Unis ne peuvent garantir l’inviolabilité des bases militaires de leurs alliés dans lesquelles ils entreposent leur matériel. Le co-auteur du document, Laicie Heeley, précise ainsi à l’agence AFP «qu’il y a des garde-fous importants (…) mais ce ne sont que des dispositifs de protection, cela n’élimine pas le risque. Dans le cas d’un coup d’État [en Turquie], on ne peut pas dire avec certitude que nous aurions été capable de garder le contrôle [des armes nucléaires de la base d’Incirlik]».

Une instabilité militaire qui remet en cause la fiabilité de la base d’Incirlik

La tentative de coup d’État d’une fraction de l’armée turque, dans la nuit du 15 juillet 2016, a renforcé les préoccupations américaines concernant la sécurité de leurs armements dans le pays. Selon une annonce du président turc Erdogan de fin juillet, en effet, 149 généraux et amiraux ont été limogés, après le putsch raté de la mi-juillet.

La base aérienne d’Incirlik elle-même, où l’arsenal nucléaire américain est stocké, a été impliquée dans cette tentative d’insurrection : son commandant, le général Bekir Ercan Van, ainsi qu’une dizaine d’officiers de l’installation militaire, ont été arrêtés par les autorités turques pour complicité dans la tentative de soulèvement.

La base en question, située dans le sud du pays, est utilisée par l’armée turque mais également par l’aviation américaine, dans le cadre de la coalition internationale contre l’État islamique menée par les États-Unis.

Refroidissement des relations turco-américaines

Aux doutes sur la sécurité des armes stockées à Incirlik s’ajoute une apparition de tensions entre Washington et son allié turc, depuis la tentative de putsch. Ankara reproche en effet aux États-Unis de tarder à extrader l’intellectuel et prédicateur religieux Fethullah Gülen, résidant en Amérique depuis 1999 et accusé par les autorités turques d’avoir orchestré la rébellion d’une partie de l’armée.

La semaine dernière, le président Erdogan a lancé un ultimatum aux États-Unis, déclarant que ceux-ci devraient «tôt ou tard faire un choix : soit la Turquie, soit la FETO» – selon le terme utilisé par le gouvernement turc pour désigner les partisans de Gülen.

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https://francais.rt.com/international/25088–armes-nucleaires-americaines-turquie


2/- Sommet de l’OTAN: le nucléaire militaire en question

Louis Aminot nous a fait part d’un article très intéressant de Bernard Norlain sur des enjeux dont personne ou presque ne parle dans les médias. Il est écrit dans le cadre de l’association IDN de Paul Quilès, qui s’engage pour un désarmement nucléaire.

Le Sommet de l’OTAN à Varsovie qui s’est achevé le 9 juillet a donné lieu à la publication d’un très long communiqué des chefs d’État et de gouvernement. Ce communiqué est d’abord caractérisé par une inflation du nombre d’articles qu’il contient : 139. Par comparaison, le communiqué du Sommet de Lisbonne en 2010 comprenait 54 articles et celui du Sommet du Pays de Galles 113.

Rien d’étonnant à cela : ce Sommet se situait à un moment crucial pour l’OTAN, confronté à un « nouvel environnement de sécurité » et dont on attendait la définition d’une nouvelle posture stratégique. Effectivement, tout au long de ce communiqué cette nouvelle posture est définie comme une « posture de dissuasion et défense ».

Dans le cadre du volet dissuasion, le communiqué, dans ses articles 53 et 54, réaffirme le rôle du nucléaire « L’objectif fondamental de la capacité nucléaire de l’OTAN est de préserver la paix, de prévenir les actions coercitives et de décourager toute agression ». Mais il le fait de façon ambigüe : « aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires, l’OTAN restera une alliance nucléaire ».

Néanmoins, le communiqué précise également que « les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent à la sécurité globale de l’Alliance ». Voilà qui devrait rassurer la France, très inquiète de voir l’OTAN s’éloigner de la dissuasion nucléaire et qui souhaitait redonner à l’OTAN une culture nucléaire.(lien1)

Bien entendu, le communiqué évoque les armes nucléaires américaines stationnées en Europe : «la posture de dissuasion nucléaire de l’OTAN repose également, en partie, sur les armes nucléaires des États-Unis déployées en Europe ». En effet, la présence d’armes nucléaires en Europe depuis 1954 (lien2) par les États-Unis n’est plus un secret. Actuellement environ 200 bombes nucléaires américaines (modèle B-61) sont stationnées en Belgique, au Pays-Bas, en Italie, en Allemagne et en Turquie.

Il est regrettable que les dirigeants politiques n’aient pas plaidé en faveur du retrait de cet arsenal qui, en l’état actuel, n’a plus aucune valeur opérationnelle, et qui contrevient aux articles 1 et 2 du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP).

En dépit de cette réaffirmation du rôle des armes nucléaires dans la stratégie de l’OTAN, une lecture attentive du communiqué final du Sommet de Varsovie met en évidence une certaine prudence dans l’utilisation conceptuelle des armes nucléaires. On peut noter par exemple que le volet opérationnel du nucléaire ne fait l’objet que de deux articles. En revanche les appels au désarmement, au respect du TNP notamment, occupent 9 articles, du 62 au 68 :

Ainsi sur l’utilité stratégique des armes nucléaires, on peut lire la phrase suivante « les conditions dans lesquelles l’OTAN pourrait être amenée à recourir à l’arme nucléaire sont extrêmement improbables ».

Sur le TNP, « l’Alliance réaffirme sa détermination à tendre vers un monde plus sûr et à créer les conditions d’un monde sans armes nucléaires de façon pleinement conforme à toutes les dispositions du TNP »

Sur le désarmement « Nous restons déterminés à contribuer à créer les conditions pour de nouvelles réductions sur la base de la réciprocité ».

De l’examen de l’ensemble des articles plus ou moins consacrés au nucléaire, on retire une impression d’ambigüité de la position de l’OTAN. Une valse-hésitation, un pas en avant, deux pas en arrière. En somme, plutôt que le renforcement du rôle du nucléaire demandé par plusieurs pays, il semble que ce soit le statu quo qui ait prévalu.

Cependant les chefs de gouvernement auraient pu s’interroger sur les modalités de sécurité qui entourent ces armes. Il est écrit en effet dans l’article 53 « Les Alliés feront en sorte que tous les éléments composant la dissuasion nucléaire de l’OTAN restent sûrs, sécurisés et efficaces. Cela exigera un maintien de l’attention des dirigeants et une excellence institutionnelle pour la mission de dissuasion nucléaire ».

Or, le coup d’État en Turquie est une preuve flagrante du danger que ces armes font courir à la sécurité internationale.

La base turque d’Incirlik, située à 110 kilomètres de la Syrie, abrite au moins 50 bombes thermonucléaires (lien3), ce qui représente le plus grand stock d’armes nucléaires de l’Alliance. Pendant les heures d’instabilités qui ont suivi le coup d’État, cette base a été en proie à un certain désordre et la sécurité a été portée au niveau « FPCON Delta », niveau le plus élevé d’alerte utilisé normalement en cas d’attaque terroriste imminente.

  • Ces armes ont-elles été en « danger » de vol, d’acte de destruction, de vandalisme ?

Nul ne le sait, aucune communication officielle n’ayant été faite, mais on sait que le commandant de cette base et neuf autres de ses officiers ont été arrêtés pour avoir soutenu le coup d’État…

  • Face à une telle situation d’instabilité et de risque potentiel, ne serait-il pas temps pour les États-Unis de rapatrier ces armes sur son territoire ?
  • Les États membres de l’OTAN qui partagent cette politique nucléaire ne devraient-ils pas s’inquiéter de ces risques ?

Si le pire arrivait – détonation accidentelle ou volontaire – « les effets d’une explosion atomique ne connaîtraient pas de frontières nationales et affecteraient les États et les populations, tant au niveau régional qu’au niveau mondial ». C’est la conclusion faite par la Norvège (membre de l’OTAN) en 2013 lors de la première Conférence sur l’impact humanitaire des armes nucléaires…(lien4)

Il n’est pas inutile de noter par ailleurs que ce retrait serait un signe d’apaisement envers Moscou, qui voit s’installer le long de sa frontière européenne un système de défense antimissile, dont le rôle est complémentaire de celui des armes nucléaires, ainsi que l’a affirmé ce Sommet.

Bernard Norlain

lien1/http://www.idn-france.org/2016/07/la-france-veut-redonner-a-lotan-sa-culture-nucleaire/

lien2/http://www.grip.org/fr/node/554

lien3/http://www.newyorker.com/news/news-desk/the-h-bombs-in-turkey

lien4/http://www.grip.org/fr/node/880


source/http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2016/08/sommet-de-l-otan-le-nucleaire-militaire-en-question.html


Sans a priori : sur le sujet  vous recommande la lecture –

3/- DÉMANTÈLEMENT DES ARMES ET BÂTIMENTS NUCLÉAIRES

Terrifiant héritage pour les générations futures -Par Luc Mampaey
20juin 2016 -Cette Note d’Analyse est la retranscription d’une conférence sur le désarmement nucléaire donnée à l’Université européenne de la Paix, à Brest,