1076 – Après Theresa May au Royaume-Uni… Comment l’histoire aura à trancher entre Clinton et Trump ? vu d’Oran

 

Theresa May est depuis le 13 juillet la Première ministre du Royaume-Uni. On parle d’elle de la nouvelle dame de fer. Ne manque alors que celui qui rappellerait Ronald Reagan.

Des commentateurs trouvent que Donald Trump partage beaucoup de points communs avec l’ancien président des États-Unis. Posons-nous alors la question sur ce qu’a été le duo Thatcher-Reagan, dans le contexte historique des années 1980, et le duo dont on ne sait s’il vient à exister, dans les années à venir ? Si l’histoire ne se répète jamais, il reste que l’histoire est aussi un éternel recommencement. Et par les enjeux que vit le monde, toute ressemblance dans des périodes historiques est dans l’ordre des possibles ?

par Medjdoub Hamed*
*Auteur et Chercheur indépendant en Économie mondiale,Relations internationales et Prospective

2016.08.17 2016-07-11t110202z_1647324000_s1aetoyjdyab_rtrmadp_3_britain-eu-may_0

Une similitude de parcours politique de Theresa May et Margaret Thatcher ?

Quid de la nouvelle Première ministre britannique, Theresa May ? Elle devient la deuxième première ministre du Royaume-Uni après Margaret Thatcher (1979-1990). Elle est régulièrement comparée à celle-ci, bien qu’elle se cherche à s’en distinguer. Ce qui est un regard sur soi de taille. Généralement, on peut être flatté par l’image de l’autre, mais on l’est plus par l’image de soi que l’on veut donner à l’autre.

Diplômée d’Oxford comme Margaret Thatcher, elle entame sa carrière politique en 1986.

En succédant à David Cameron, démissionnaire pour cause de Brexit, elle est la deuxième femme cheffe de gouvernement de son pays après Margaret Thatcher (1979-1990).

Lors de sa candidature, le 30 juin à la tête du Parti conservateur, l’ancienne ministre de l’Intérieur de David Cameron déclara :  » Je vais être claire avec vous. Je suis Theresa May et je pense que je suis la meilleure personne pour diriger ce pays.  » (1)

Ceci est révélateur de sa personnalité. Sûre d’elle-même, et même le poste de ministre de l’intérieur qu’elle avait tenu dénote de sa personnalité. Une femme politique qui sait ce qu’elle veut, et ce que veut son pays, doit-on conclure. D’ailleurs on dit que  » Theresa May sait se faire cassante. Le Daily Telegraph, qui la désigne comme la femme politique la plus puissante du pays, estime qu’elle est arrivée au sommet grâce à une détermination féroce « . (2) Infatigable dans le travail, austère, déterminée, habile femme politique, on lui reproche néanmoins son image de froideur et son manque de charisme. Mais, pour autant, Theresa May mérite-t-elle d’être comparée à la  » Dame de fer « ?          Certes, il y a les origines sociales dans le parcours des deux femmes. Fille d’un pasteur anglican, Theresa May revendique ses origines (relativement) modestes, se dit-elle  » femme du peuple « , et par conséquent qu’elle est plus à même de les comprendre.

Il y a certainement une ressemblance entre les deux femmes politiques. Et on le constate lorsque Margaret Thatcher, en son temps, a brisé les grèves et fait plier les syndicats. Theresa May aussi s’est illustrée alors par sa dureté, lors des émeutes de 2011, provoquées par la mort d’un homme tué par la police. D’autant plus que n’est pas qui veut d’être nommé secrétaire d’État à l’intérieur dans le gouvernement de coalition de David Cameron. Précisément, cette fonction qu’elle occupait toujours au moment de proposer sa candidature à la tête des tories a constitué un record de longévité inégalé à ce poste. Un ministère de l’intérieur dans tout pays est un poste très sensible. Il est synonyme de respect de l’ordre public dans toute situation de paix, de crise ou de guerre. C’est tout l’édifice d’un État qui en jeu, il constitue, par conséquent, un des derniers remparts, après la Défense nationale, pour la survie d’un État, au sein des nations.

On comprend dès lors lorsqu’on lit  » D’une FERMETÉ FÉROCE « , ELLE INSTAURE DES PROCÉDURES DE JUGEMENT ACCÉLÉRÉES ET TAPE FORT, SANS S’ENCOMBRER DE SCRUPULES « , rapporte le TEMPS. Même ligne ferme affichée sur les questions d’immigration, mais sans grands succès, souligne Le Monde.  » ELLE EST LOIN D’AVOIR RÉALISÉ L’IMPOSSIBLE PROMESSE DE SON PARTI DE FAIRE BAISSER LES FLUX (EUROPÉENS COMPRIS) A MOINS DE 100 000 PERSONNES PAR AN. « En 2013, elle réussit faire expulser un prédicateur islamiste alors que ses prédécesseurs avaient tous échoué. Theresa May reste aussi intransigeante face aux syndicats de policiers qui protestent contre des coupes budgétaires sans précédent. Elle ne se gêne pas non plus pour dénoncer les contrôles d’identité et les fouilles systématiques par la police.  » (2)

Ceci étant, force est de dire que l’on ne peut dissocier un contexte socio-politico-économique donné et le choix d’une personnalité dans une fonction politique donnée, surtout si elle relève d’un poste de souveraineté, c’est-à-dire stratégique, généralement la Défense, l’Intérieur, les Finances et les Affaires extérieures. Il y a donc un lien causal qui fait apparaître deux éléments socio-politiques de base. D’abord la psychologie de la personnalité, et peu importe qu’elle soit une femme ou un homme, et qui est en rapport avec la stature de la personne la mieux confirmée dans l’échantillon d’élites que présente un parti politique, arrivé au sommet du pouvoir. Enfin de l’autre, il y a des enjeux de l’heure. Par exemple, une situation de croissance et de stabilité politique et économique n’exige pas une personnalité de poigne comme l’exigerait une situation politique et économique difficile qui n’augure rien de bon.

On comprend dès lors une symbiose d’un double naturel qui doit venir d’un contexte historique donné et d’une personnalité requise pour les défis de l’heure. La sûreté de conscience de Thérésa May s’explique lorsqu’elle déclare :  » Je vais être claire avec vous. Je suis Theresa May et je pense que je suis la meilleure personne pour diriger ce pays. «  Trait caractériel qui ne fait que ressortir l’intime conviction qu’elle a d’elle-même, dans le sens qu’elle est la  » mieux armée «  à sortir le Royaume-Uni en ce tournant critique de son histoire. Un Brexit qui, à bien d’égard, risque d’accentuer le déclin de l’Occident. Et si ce n’est qu’un déclin à relativiser, mais juste un recentrage nécessaire des puissances occidentales aux nouvelles donnes géo-économiques mondiales ?

Ce qui caractérise les candidats aux élections présidentielles dans une société démocratique

2016.08.17 DonaldTrumpL

A Cleveland, le Parti républicain a nommé le 19 juillet 2016 Donald Trump candidat à la présidentielle américaine. Une désignation qui fait oublier les divisions au sein du parti, mais cible une ennemie commune : la démocrate Hilary Clinton. Comment ce milliardaire, partant comme perdant d’avance, personne ne le croyait capable de remporter l’investiture république, a pourtant réussi ce tour de force, d’être le représentant des Républicains à la présidentielle de novembre ?

Depuis l’annonce de sa candidature à la Maison-Blanche en juin 205, Donald Trump occupe l’espace médiatique. En lice pour les primaires du Parti républicain, le magnat de l’immobilier et du jeu joue la provocation avec une campagne populiste et résolument anti-immigration, suscitant beaucoup de critiques. Lors des débats télévisés, le franc-parler du milliardaire désarçonne ses rivaux. Trump a surtout réussi le tour de force de se faire passer le candidat anti-système. Ce qui lui a permis d’être en tête des sondages d’opinion.

Pour comprendre ce tour de force, il faut porter un regard sur la situation qui a prévalu depuis le lancement des primaires tant du parti démocrate que du parti républicain. Trois éléments caractérisent l’ascension du candidat dans la campagne de l’investiture. Deux sont propres directement au candidat et touchent à sa personnalité. Le premier, c’est son caractère, sa vision de ce qu’il est, ce qu’il sera, et cela doit être porté à travers un programme économique au public pour que celui-ci puisse porter un jugement de valeur pour la fonction postulée. Le second, c’est la campagne présidentielle, i.e. c’est-à-dire comment elle est menée sur le plan médiatique, la stratégie, les moyens mis pour la soutenir, et surtout rendre visible les promesses du programme économique, pour gagner les votes des électeurs.

Le troisième élément capte ce qui est hors du candidat – les enjeux, les défis de la nation, les capacités et les promesses du candidat (e) pour redresser la nation relevant du jugement des électeurs. Il est historiciste, c’est-à-dire l’élu (e), au-delà des électeurs, devient une réponse de l’histoire.

La publication d’un livre de 200 pages où on voit le magnat de l’immobilier, dans la page de couverture du livre, posant avec ses sourcils blonds froncés, est déjà un témoin de ce qui prévaut dans le pays le plus puissant du monde. Un peu comme l’a exprimé Bertrand Badie,  » l’impuissance de la puissance « , un message qu’il veut transmettre dans ce retournement de puissance ? Décrit par les médias, une photo  » terrible, horrible, méchante  » choisie à dessein – de son propre aveu – pour incarner  » la colère et la tristesse  » sur la situation des États-Unis.  » Le candidat républicain aux primaires pour la Maison-Blanche en 2016, Donald Trump, a publié un livre mardi dans lequel il fustige avec son verbe habituel les maux d’une Amérique malade, reprenant les thèmes qu’il égrène à longueur de campagne.

L’ouvrage Crippled America: How to Make America Great Again (L’Amérique estropiée: comment rendre sa grandeur à l’Amérique) est publié au moment où le milliardaire, qui a fait un début de campagne exceptionnel depuis l’annonce de sa candidature cet été, est au coude-à-coude dans les sondages avec son principal adversaire côté républicain, le neurochirurgien retraité Ben Carson. (3)

Plusieurs centaines de partisans venus des quatre coins des États-Unis s’étaient rassemblés en fin de matinée à la tour Trump, à New York, où l’ancienne vedette de la télé-réalité tenait une séance de dédicaces pour son livre, « qui se vend comme des petits pains », selon lui. « 

Et puis quand Donald Trump lance devant les caméras :  » Je pense que je vais être investi et gagner la Maison-Blanche. Je pense que battre Hillary Clinton (candidate démocrate à la présidentielle) va être facile, car ses antécédents sont tellement mauvais.  » Il y a à la fois la crédulité, la franchise, la sincérité, la sagacité de l’homme d’affaires, donc autant de traits qui font sa force et touche le public, les électeurs. Il y a cette impression dans ses déclarations qu’il dit ce qu’il pense, sans calcul, avec ses bévues, ses polémiques.

Dans sa préface intitulée  » Vous devez le croire », il ne revient pas sur ses déclarations-chocs concernant les Mexicains, qu’il avait qualifiés de violeurs et de trafiquants de drogues (les immigrants mexicains illégaux) en début de campagne, ajoutant cette fois que l’immigration clandestine privait les Américains de travail.

Il y défend également sa volonté d’ériger un mur le long de la frontière mexicaine, citant comme source d’inspiration la barrière de séparation bâtie par Israël en Cisjordanie,  » grandement efficace. Donald Trump, sans expliquer comment, appelle aussi à vaincre le groupe djihadiste État islamique, dont les forces, selon lui,  » ne pourraient probablement pas remplir le stade des Yankees, à New York. « 

Ce sont des déclarations politiques-chocs, populistes, simplistes, mais réelles, terre à terre, qui touchent le public américain.

A Cleveland, un Donald Trump, anti-sytème, face à une Hillary Clinton optimiste, à Philadelphie

Le 21 juillet 2016, le républicain Donald          Trump, après avoir accepté l’investiture de son parti, qu’il dit  » avec humilité et gratitude « , déclara dans son discours devant la convention républicaine réunie à Cleveland.

Quelques extraits de son discours.

Je me battrai pour vous

« Je vous dis ces mots ce soir : je suis avec vous, je me battrai pour vous, et je gagnerai pour vous.

– Retour à la sécurité

« Mon message à vous tous est le suivant: la criminalité et la violence qui affligent aujourd’hui notre pays vont bientôt cesser. À partir du 20 janvier 2017 (date de la prise de fonctions du prochain président américain, après l’élection présidentielle de novembre prochain NDLR), ce sera le retour à la sécurité.« 

« Le devoir de base de l’État est de défendre la vie de ses citoyens. Tout gouvernement qui échoue à cela est un gouvernement qui n’est pas digne de diriger. » Évidemment, il vise les immigrés, les réfugiés, les musulmans.

– Hillary Clinton

« L’Amérique est moins en sécurité, et le monde plus instable, depuis qu’Obama a pris la décision de donner la responsabilité de la politique étrangère américaine à Hillary Clinton (…)     C’est le bilan d’Hillary Clinton: mort, destruction et affaiblissement. »

« Mais le bilan d’Hillary Clinton n’a pas à être le bilan de l’Amérique. Les problèmes auxquels nous sommes confrontés, pauvreté et violence chez nous, guerre et destruction à l’étranger, dureront tant que nous continuerons à compter sur les mêmes responsables politiques qui les ont créés.[…] Un changement de leadership est nécessaire. »(4)

– Changement

« Tant que nous serons dirigés par des hommes politiques qui ne feront pas de l’Amérique leur priorité, nous pouvons être sûrs que les autres pays ne traiteront pas l’Amérique avec respect. Tout cela changera quand je prendrai mes fonctions. »

« Mon message est que les choses doivent changer, et elles doivent changer maintenant. »

« Chaque jour, je me lève, déterminé à améliorer la vie des gens de ce pays qui ont été négligés, ignorés et abandonnés. »

Autre signes notables, il parle pour la première fois de la communauté homosexuelle.  » Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour protéger la communauté homosexuelle de la violence, de l’oppression et de la haine venue de l’étranger. Et en particulier le terrorisme que, selon lui, Hillary Clinton a contribué à aggraver lorsqu’elle a été secrétaire d’Etat de Barack Obama. L’héritage d’Hillary Clinton c’est la mort, les destructions, le terrorisme et la faiblesse du pouvoir. « 

Donald Trump a bien dépeint une Amérique en déclin tout en promettant d’en devenir le sauveur. Il déclare :  » Nous devons recréer notre industrie manufacturière pour rendre l’Amérique grande et riche à nouveau » (6)

Nous avons là le même message que Theresa May pour le Royaume-Uni où elle dit :  » Je vais être claire avec vous. Je suis Theresa May et je pense que je suis la meilleure personne pour diriger ce pays. « 

Qu’en est-il de nouveau de ce candidat qui se proclame, à l’instar de Theresa May, le nouveau sauveur de l’Amérique ? Comme l’a crié, en son temps, Barack Obama :  » Yes, we can « , Oui, Nous Pouvons. Et pourtant le même message demeure après deux mandats soit huit ans à la Maison Blanche. Le  » Yes, we can  » n’a toujours pas apporté de réponse fiable à l’économie de la première puissance mondiale.

2016.07.26 160204-hillary-clinton-jpo-420a_42350312077f70bb22aff5540695862b.nbcnews-ux-2880-1000

A Philadelphie, même ton pour Hillary Clinton, écrit Europe 1  » Hillary Clinton, qui devrait recevoir l’investiture démocrate cette semaine, veut opposer une image de fraternité au discours clivant de Donald Trump.  » Contrairement à son rival, l’objectif de la candidate démocrate est de  » construire des ponts, pas des murs « , tandis qu’à Cleveland, Donald Trump dépeint une Amérique en déclin. Hillary Clinton annonce qu’elle est le camp des solutions, non des problèmes. Selon une déléguée au micro d’Europe 1,  » ce n’est pas l’Amérique  » réelle  » qui était rassemblée à Cleveland :  » Ici vous verrez plus d’Afro-Américains, d’asiatiques et de latinos, bref, Hillary c’est l’espoir et Trump, la haine. « (5)

Hillary, une candidate du système ? Il faut le croire, le changement dans la continuité. Si le milliardaire était l’unique star de la convention républicaine, à Philadelphie, c’est toute la famille démocrate qui vient serrer les rangs autour de la candidate démocrate, Hillary Clinton, Barack Obama, Bill Clinton, Bernie Sanders mais aussi des vedettes du show-biz comme l’actrice Eva Longoria ou le rappeur Snoop Dog en clôture du show.

Bien qu’elle le présente pour un candidat dangereux, raciste et diviseur, le danger est grand pour la candidate démocrate et Hillary Clinton, que Donald Trump la fait apparaître comme la candidate du système, d’ Hollywood et des élites, la  » marionnette du système  » et qu’il ne cesse de dénoncer.

Les accusations que lance le candidat républicain contre elle sont redoutables. Lors d’un discours en juin 2016, le milliardaire l’accuse d’avoir « transformé le Département d’État en fond d’investissement personnel » à son profit, et « d’avoir déstabilisé presque seule le Moyen Orient. L’État islamique nous menace aujourd’hui à cause des décisions qu’Hillary Clinton a prises avec le président Obama « , a-t-il martelé, fustigeant le retrait militaire d’Irak, le lâchage de Moubarak pendant la révolution égyptienne de 2011, puis la décision d’intervention armée en Libye. « 

2016.08.17 le-style-deroutant-de-donald-trump-photo-14

« Cette élection va décider si nous sommes gouvernés par le peuple ou par les politiciens », dit Donald Trump dans un discours en juin 2016. Le choix est entre « reprendre le pouvoir aux intérêts spéciaux » qui dictent leurs conditions en politique et en économie avec des résultats catastrophiques pour le peuple, poursuit l’homme d’affaires, ou « leur abandonner les dernières miettes d’indépendance qui nous restent encore « . (6)

Il est évident que la campagne présidentielle sera brutale, sans répit parfois odieuse, parce que tous les moyens sont bons pour diaboliser l’autre. Et Ils sont à mettre au compte des traits qui décrivent l’Amérique d’aujourd’hui. D’abord, l’Amérique est réellement à la croisée de l’histoire des chemins, d’ailleurs au même titre que l’Europe (voir analyse, en note de renvoi 7), depuis l’avènement des grandes puissances démographiques émergentes, l’Inde et surtout la Chine. Ce qui signifie des enjeux redoutables tant pour l’Amérique que pour le reste du monde. Des présidentielles où tous les coups sont bons pourvu qu’ils rapportent.

Les Américains observent les coups portés par la candidate du système et le candidat anti-système. Méfiants par tant de promesses, ils cherchent à se retrouver dans cette guerre des mots, hautement émotionnelle, caractéristique des sociétés riches, et qui se trouvent à la croisée des chemins.

L’évolution du monde dans le dernier quart du XXe siècle

Pour comprendre les enjeux que représentent les élections présidentielles sur l’avenir du monde, il faut se référer à l’évolution de l’humanité durant ces 25 dernières années. Et cette évolution est intimement liée à l’histoire des États-Unis. Et 1979 nous apparaît comme une année-charnière pour l’avenir des États-Unis et du monde. On peut même avancer l’année 1971 qui a vu le président Richard Nixon suspendre la convertibilité du dollar en or. Mais cette suspension était plutôt d’ordre technique, elle montrait les abus de l’utilisation de la planche à billet par la Réserve fédérale (Fed) et la facilité avec laquelle, la Fed répercutait les déficits américains sur le reste du monde. La fin de la convertibilité du dollar en or, le 15 août 1971, mettait fin à l’étalon dollar-or. Néanmoins, l’Amérique, par sa position centrale dans le système monétaire international, continua de profiter du pouvoir exorbitant du dollar et, par conséquent, à répercuter ses déficits. Ce qui dans un sens était nécessaire.

2016.02.22.or index 2016.02.22.or index

Pour comprendre la dialectique historique, il faut se référer aux années post-1945. L’Europe détruite, sortant d’une guerre extrêmement meurtrière, qui a été une véritable hécatombe pour les peuples d’Europe, avait besoin d’être reconstruite. Par les destructions à l’échelle continentale, elle s’est érigée en véritable moteur à la première puissance du monde. Elle a, par ses formidables besoins financiers et matériels, fortement tiré le premier moteur du monde, les États-Unis. Sans l’Europe, et il faut aussi dire sans le Japon, l’économie américaine aurait stagné, et probablement des millions d’emplois américains auraient été détruits. Le monde n’aurait alors pas connu les  » Trente Glorieuses « . Donc la guerre comme les destructions et le choix des Américains de financer la reconstruction de l’Europe et du Japon a été un choix stratégique et géo-économique, puisque, se faisant, il a permis une forte croissance partagée pour l’ensemble du monde.

Mais, dès le début des années 1970, le refus des Européens de financer les déficits extérieurs américains ont changé les donnes. L’équilibre géo-économique mondial a changé et était au bord de la rupture. En effet, le monde n’avait pour ainsi dire plus un moteur mondial. Et le reste du monde qui représentait les blocs socialistes aux économies dirigées et fermées ainsi que la multitude de pays d’Afrique et d’Asie sortis de la colonisation, se trouvant aussi à poser les fondations de leurs États, ne constituait pas, par leur faiblesse économique et financière, un pôle susceptible de remplacer le second pôle, i.e. l’Europe et le Japon.

Le monde était donc organisé en trois grands pôles. Les deux pôles, les États-Unis face à l’Europe et au Japon qui se concurrencent dans le commerce mondial, et le reste du monde constitué des blocs socialistes, des premiers pays émergents (Taïwan, Corée du Sud, Singapour, etc.) et de pays en développement mais dépendants des premiers.

Justement, les chocs pétroliers et donc la hausse des prix de pétrole et des matières premières dès 1973 constituaient une solution inévitable pour sortir les pays occidentaux de la crise économique qui se doubla d’une crise monétaire. En d’autres termes, les pays occidentaux qui se concurrençaient n’avaient d’autres choix que de financer le reste du monde, en augmentant la masse monétaire dans le système financier international.

Ce qui a permis une neutralisation mutuelle nécessaire dans le sens que l’Amérique finançait ses déficits en dollars, en augmentant le prix des matières premières et surtout le pétrole, obligeant les pays européens et le Japon à acheter des dollars-dettes, qui, à leur tour, émettaient des masses monétaires en francs, deutschemarks, livre sterling, lire italienne, couronnes danoises, etc., pour contrebalancer les émissions monétaires américaines. En quelque sorte, un  » équilibre de terreur monétaire  » qui a provoqué la folle inflation que le monde a connue dans les années 1970.

Grâce à ces liquidités injectées, le reste du monde se transformant en moteur pour les l’Occident, la décroissance économique mondiale a été limitée. Certes, le chômage a augmenté, l’inflation a fortement augmenté, mais la situation était telle qu’il ne pouvait y avoir d’autre solution. Le monde s’est trouvé plongé dans la  » stagflation « , i.e. la hausse du chômage combinée avec la hausse de l’inflation.

CYf7_L9WEAEXCAO PUIT DE PETROLE CONTRE JOUR 2016

Les chocs pétroliers, le recours aux fortes expansions monétaires par les Banques centrales européennes, japonaise et américaine, les prix des biens et services en constante augmentation font que l’inflation qui ne cessait d’augmenter risquait de détruire les économies-monde. Donc, en tant que processus provisoire qui atteignait ses limites, il devenait urgent de briser la spirale inflationniste qui s’est formée à la fin des années 1970. Et tout va se jouer en 1979, année qui marquera un tournant dans l’histoire politique et économique du monde.

Pour la première fois, une femme, Margaret Thatcher, arrive au pouvoir au Royaume-Uni. Une année après, Ronald Reagan, un acteur de cinéma, républicain, devient président des États-Unis d’Amérique. Et Thatcher, comme Reagan, héritait d’une situation économique difficile, venant de la confrontation de trois grandes économies occidentales du monde. Et l’apparition, au cours de cette décennie, des dragons asiatiques, qui seront suivis plus tard des tigres asiatiques, vont encore renforcer la concurrence entre l’Asie et les pays occidentaux dans le commerce mondial.

Et c’est l’avènement de Margaret Thatcher au poste de Premier ministre du Royaume-Uni qui va rompre avec la politique plus à gauche de James Callaghan. Celui-ci, représentant les syndicats au parlement, faisaient face à une multitude de grèves. Margaret Thatcher, intransigeante, met fin aux grèves qui paralysaient plusieurs secteurs de l’économie nationale, en particulier la longue grève des mineurs britanniques qui a duré une année complète, de mars 1984 à mars 1985. Réduisant la voilure sociale de la classe ouvrière, elle remit l’économie britannique en marche.

Même situation aux États-Unis. Le nouveau président procéda à une politique économique basée sur le libéralisme, le laisser-faire et une lutte contre l’inflation. Comme au Royaume-Uni, il réduisit les programmes d’aides sociaux et lutta contre le pouvoir des syndicats. A l’été 1981, après un ultimatum de 48 heures, il licencia 11 345 contrôleurs aériens fédéraux qui étaient toujours en grève le 5 août qu’il remplaça par des contrôleurs militaires. Ces derniers continuèrent à assurer la gestion du trafic civil jusqu’à ce que de nouveaux contrôleurs furent formés. Il était évident qu’une autre ère s’annonçait pour les syndicats.

2016.08.17 index

Si le bilan de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan a été positif pour l’économie britannique et américaine, il reste que ce n’est encore qu’une nouvelle étape de transition comme fut la forte inflation de la décennie 1970. Surtout que la décennie 1980 a été particulièrement éprouvante pour le reste du monde. La hausse drastique du taux d’intérêt directeur de la Banque centrale américaine (Fed) a fait du jour au lendemain exploser l’endettement du reste du monde. L’aspiration des liquidités en dollars vers les États-Unis a eu des conséquences dramatiques pour les pays d’Afrique et d’Asie. Le bloc Est a fini par éclater et l’Union soviétique se démembrer. Elle sera suivie, au début des années 1992, par l’éclatement de la Fédération de Yougoslavie.

Le choix de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan au plus haut sommet de leurs États, leur inflexibilité dans leur politique de moins d’État et plus de privé dans leurs économies, revêt un rôle historique dans ce tournant géopolitique et géo-économique du monde.

L’histoire de l’humanité était telle que ni les deux moteurs occidentaux ne pouvaient être le moteur tiré ni le reste du monde ne pouvait continuer à être tirant par l’absorption pour l’économie occidentale, par la hausse des prix des matières premières et du pétrole. Il était une nécessité que les trois moteurs du monde devaient diminuer leur voilure.

La  » décennie d’endettement  » ou ce que des économistes appellent la  » décennie perdue « , en réalité, n’a pas été perdue en fait, elle a été une réponse historique nécessaire pour obtenir un nouveau monde plus adéquat avec l’évolution du monde. Une déflation mondiale qui était en réalité déjà en puissance depuis 1945.

C’est ainsi que, à la fin de cette phase historique de transition, les trois moteurs que sont les États-Unis, l’Europe et le Japon, et le reste du monde, vont se retrouver, de nouveau, confrontés à un blocage de leurs économies.

Le Japon est touché, en 1990, par une grave crise immobilière et boursière, dont l’origine remonte depuis la réévaluation du yen en 1985 (accords de Plaza, à New York). Les États-Unis et les pays d’Europe tombaient successivement en récession, les premiers en 1992, les seconds en 1993.

L’arrivée de Georges Bush à la Maison Blanche, en 1990, n’apporta aucune amélioration à l’économie américaine, et ne fit qu’un mandat. Le monde était économiquement anesthésié par l’endettement de continents entiers.

Ce n’est qu’en 1993, avec l’arrivée de Bill Clinton, que l’économie américaine va redémarrer, entraînant avec elle l’économie mondiale. On peut se poser la question pourquoi l’économie américaine a redémarré, alors que les moteurs mondiaux soit stagnaient soit étaient en récession ? Et qu’est-ce qui a pu réenclencher la reprise, en commençant par le premier moteur du monde, i.e. les États-Unis ? Et pourquoi seulement en 1993 ?

En réalité, il n’y a aucun mystère, la réponse est tout simplement historique. D’emblée, peut-on dire que la reprise en 1993 est un remake de la période 1945-1965, qui a vu l’Europe et le Japon se reconstruire puis commencer à peser dans le commerce mondial. Et arriver ensuite au choc des années 1970. Une évolution positive d’un moteur, l’Europe et le Japon, qui tirait un moteur plus puissant,les États-Unis, devient paradoxalement, à la fin de la séquence historique, négative pour les deux moteurs. Ce qui explique la confrontation des années 1970, et les injections massives de liquidités, au cours de cette décennie, et l’inflation qui a résulté n’a été possible que parce qu’un moteur,  » le reste du monde  » existait. Il absorbait ces liquidités et s’endettaient, et en s’endettant, il absorbait le surplus de la production industrielle et manufacturière américaine, européenne, japonaise et asiatique. Si ce reste du monde n’avait pas existé, il n’y aurait pas eu d’inflation à deux chiffres, ni de chocs pétroliers, ni d’endettement du reste du monde, ni d’éclatement des blocs socialistes, dans les années 1980.

Aussi doit-on regarder ce même processus de nouveau généré, dans les années 1990, par un nouvel acteur du troisième pôle, face aux deux pôles occidentaux. Et on le devine, c’est la Chine avec son plus d’un milliard de chinois et, à sa suite, l’Inde, les autres dragons et tigres asiatiques, les jaguars mexicain et brésilien de l’Amérique latine et la Russie.Ce sont ces nouvelles puissances de près de trois milliards de petites mains développeuses qui, en absorbant les formidables liquidités qu’émettaient la Réserve fédérale américaine et les Banques centrales européennes et japonaise pour financer l’économie mondiale, à travers leurs déficits, et cette fois-ci sans inflation, vont bousculer l’ordre de puissance mondial.

D’autant plus que l’Occident délocalisait en masse des entreprises devenues non compétitivité vers la Chine, l’Inde, l’Amérique du Sud, comme les Américains l’ont fait, à leur époque avec les Européens et les Japonais, entre les années 1945 et 1960. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

2016.08.17.delocalisation-2

Enfin, il faut ajouter la nouvelle et formidable révolution industrielle, les NTIC, les nouvelles technologies de l’information et la communication qui vont changer radicalement le quotidien de l’humanité, transformant la planète en un seul pays virtuel, multiculturel, multilinguistique, multi-économique,multi-politique. L’humanité est désormais un monde borné. Ainsi on comprend mieux la place de 3 milliards d’êtres humains que constituent une grande partie de l’ensemble du reste du monde et s’érigent en un autre moteur redoutable producteur de biens et services, ils ont permis de booster l’économie américaine et européenne. Mais, comme dans les années 1960, arrive ce qui est arrivé déjà entre les pays d’Occident, ces nouveaux acteurs émergents, en particulier la Chine, vont entrer en compétition avec les deux moteurs occidentaux, dans le commerce mondial.

2016.08.17 lebretzell_21-08-13_0

Du reste du monde, il ne reste plus que l’Afrique, le monde arabe, et une partie de l’Amérique latine. Un reste du monde bien pauvre pour constituer un moteur tirant à la fois l’Occident et les pays émergents.

Le renversement de l’ordre économique mondial, après 2001

En 2001, c’est le républicain George W. Bush junior qui devient président des États-Unis.

La situation économique, en 2000, déjà précaire, sept ans d’exubérance financière vont se terminer en catastrophe. Une crise immobilière éclate en 2007, elle sera suivie par une grave crise financière, en 2008.

Les trois moteurs sont malmenés par le nouveau acteur, la Chine, qui forme à elle seule, un nouveau moteur et celui-ci est développeur et dépasse en compétitivité les tous les pays développés. La Chine accumule excédents sur excédents commerciaux. Pour l’Occident, malgré l’abaissement drastique du taux d’intérêt de la Fed de 6,5 % à 1 %, l’exubérance financière n’arrive pas à redémarrer la reprise aux États-Unis, en Europe et au Japon. Les attentats du 11 septembre 2001amènent l’Amérique à se lancer dans une guerre contre le terrorisme islamique tout azimut.

La tentation impériale et martiale de l’Amérique qui prédominait, et lui laissait croire toujours à sa destinée, ne lui faisait pas entrevoir que, en avançant, l’Amérique, en réalité, reculait. Et à chaque fois qu’elle reculait, elle faisait, ironie de l’histoire, émerger un nouvel acteur ou consolidait celui qui a déjà émergé. Et cette fois-ci, ce nouvel acteur est redoutable sur tous les plans, en particulier économique et démographique.

Précisément la guerre en Irak qui paraissait facile a priori pour les stratèges américains, un pays qui n’était adossé à aucune puissance contrairement au Vietnam, adossé à la Chine et l’Union soviétique, va surprendre et s’avérer redoutable pour la superpuissance. De même en Afghanistan pour l’OTAN.

Fin décembre 2011, l’aventure américaine en Irak se termine pratiquement sans gain. Plus de 3000 milliards furent dépensés pour la guerre en Irak, auxquels il faut ajouter le financement du consumérisme américain, qui sont allés alimenter la plus grave crise immobilière et financière que l’Amérique ait connu depuis 1929. Financements qui sont allés aussi grossir, en grande partie (via les excédents commerciaux), les réserves de change de la Chine, les pays émergents et les pays exportateurs de pétrole.

2016.08.17 2008 slide_2
Novembre 2008, c’est un démocrate, de surcroît un afro-américain, Barack Obama, qui devient président des États-Unis. Au fiasco républicain, la réponse du peuple américain et de l’histoire a tranché. Barack Obama, concentrant beaucoup d’attentes du peuple américain, devait apporter un nouvel élan d’espoir.Mais la situation économique mondiale est devenue tellement complexe, imbriquée, que la compétition entre de grands acteurs économiques, en particulier avec la Chine, l’atelier du monde, va engendrer une situation conflictuelle et lourde de menace. La crise de la Grèce et le Brexit menacent l’existence même de l’Union européenne et de l’euro.

Les moteurs initiaux occidentaux, confrontés au nouveau moteur, les pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), luttent à armes inégales. Les premiers, en déclin (perte de compétitivité), détenant les principales monnaies internationales (dollar, euro, livre sterling et yen), disposent de l’arme monétaire. Les seconds disposent, en particulier la Chine, d’une forte compétitivité dans le commerce mondial, et des matières premières.

Les premiers compensent la perte de compétitivité par l’arme monétaire. Ce qui explique pourquoi, confrontés à la crise financière, ils ont usé massivement, pendant huit ans (de 2007 à 2014), de vastes programmes de  » Quantitative easing  » (QE). Des politiques d’assouplissement monétaire non conventionnelque les quatre grandes Banques centrales occidentales ont mené pour sauver le système bancaire occidental. Et ce faisant, ils ont dopé les économies des pays du reste du monde.

Ce qui nous fait dire que les deux moteurs occidentaux par les QE sont devenus les principaux moteurs qui ont tiré l’économie mondiale. Un moment historique qui a acculé les grandes Banques centrales à ce processus pour la simple raison qu’elles n’avaient pas de solution de rechange. Les QE ou la dépression mondiale du type des années 1930 avec des dizaines de millions voire des centaines de millions d’emplois détruits à travers le monde.

2016.08.17 QE BCE 720-milliards-QE

Ces QE ont permis à la fois à l’Occident de sortir de la crise et amorcé une reprise économique à l’échelle mondiale. Bien que la croissance est molle, et la demande mondiale stagnante, les pays du reste du monde (BRICS et pays en développement d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie) disposaient toujours d’une croissance plus élevée que celle des pays d’Europe, du Japon et des États-Unis.

Cependant, à partir de l’été 2014, depuis que la Fed a mis fin aux Quantitative easing (QE3), la situation économique mondiale s’est retournée pour le reste du monde. La Russie et le Brésil sont en récession. La Chine, les pays exportateurs de pétrole, et tous les pays hors-Occident qui ont accumulé des réserves de change depuis 2001, sont en train de les consommer.
Afficher l'image d'origine
Le prix du baril de pétrole est passé d’un cours de 100 à 120 dollars, à un cours oscillant entre 40 et 50 dollars, perdant ainsi près de 60 % de son prix, et ce depuis deux ans. D’autre part, la Fed a relevé son taux d’intérêt directeur, en décembre 2015, le portant de 0 à 0,25 % à 0,25 % à 0,50 %. Et elle s’apprête à le relever à 1 %, en 2016, et à plus de 3 %, en 2019, selon ses déclarations.

Ce qui explique la décélération rapide de la croissance des pays émergents et pays en développement, due à l’affaiblissement accentué de la demande mondiale depuis deux années et qui ne cesse de tirer leur croissance vers le bas. La Chine a vu sa croissance décélérée de plus de 7 % à environ 6 %, et ne limite ce retournement économique qu’en misant sur la demande intérieure.

La question qui se pose :  » Que pourra faire la première puissance mondiale face au renversement de l’équilibre économique mondial, depuis 2001 ? Le retournement que l’Amérique a provoqué depuis 2014 pourra-t-il lui être favorable ? Et la question essentielle, basique faudrait-il dire, parce qu’elle engage le monde, et surtout l’Occident, dans un tournant majeur de l’histoire, presqu’aussi important que fut la fin du Deuxième Conflit mondial qui a vu la naissance de la bipolarité du monde :  » Comment les États-Unis pourront-ils répondre aux avancées des pays du BRICS, en particulier de la Chine qui a commencé à s’attaquer à l’arme monétaire dont dispose les grands pays occidentaux ? « L’internationalisation de la monnaie chinoise va bon train, et le yuan cherche même à partager le pouvoir exorbitant du dollar américain, en devenant progressivement une monnaie de facturation du pétrole et des matières premières. Le 1er octobre 2016, le yuan sera officiellement inclus comme cinquième monnaie internationale dans le panier qui sert à déterminer le DTS du FMI.

Comment l’Histoire aura à trancher entre Hillary Clinton, la candidate du système, et Donald Trump, le candidat anti-système ?

Dès lors,peut-on résumer la situation mondiale aujourd’hui à ce schéma. Le monde est constitué de deux moteurs occidentaux, i.e. les États-Unis et le duo Europe-Japon, le troisième moteur est évidemment la Chine, qui sera rejoint probablement de l’Inde, à moyen terme. Et le jeu pourrait être ouvert aux autres grands pays émergents.

Et le plus important dans ce jeu à trois voire quatre pôles si on prend en compte le quatrième pôle, le reste du monde sans la Chine, est cette évidence qui apparaît clairement aujourd’hui : » Il n’y a plus de moteur qui tire les autres moteurs du monde. Ou du moins les États-Unis, l’Europe et l’Europe sont de plus en plus réticents à être le moteur de la Chine et du quatrième pôle, i.e. les autres pays émergents et les pays en développement. « La financiarisation du monde par le dollar, la livre sterling, l’euro et le yen, ces dernières décennies, a débouché sur la crise financière de 2008, et entraîné une banqueroute de leurs économies. Et les Quantitative easing, il faut le souligner, étaient un passage obligé pour sauver leurs économies.

2016.08.17 n-ECONOMIC-CRISIS-large570
Businessman Facing Euro Crisis

Dès lors que les États-Unis, au deuxième semestre 2014, ont donné un tour de vis au robinet monétaire, ce qui a engendré un cours baissier des prix du pétrole et des matières premières, et l’Europe comme le Japon continue à user de politique monétaire non conventionnelle mais sans grand impact sur le plan macroéconomique mondial, il demeure que les liquidités internationales injectées sont en train de se raréfier, entraînant une  » sous-financiarisation de l’économie mondiale.  » Le reste du monde avec son troisième pôle tente de limiter la contraction de ses réserves de change qu’il a accumulées, tout en luttant contre la décélération de leurs économies.  » De même, l’Occident, contré par les enjeux avec le reste du monde, tente d’en supporter le prix par l’austérité, et une nouvelle politique d’industrialisation de son économie. « 

Et c’est à cette question complexe que les décideurs au plus haut des Etats américains, européens et japonais tentent de répondre. Et ni les solutions ni les stratégies à mener ne sont visibles compte tenu de la complexité d’un problème qui est d’ordre mondial. On peut même dire que les pays occidentaux naviguent à vue. Et c’est précisément cet enjeu qui est au centre dans la campagne des élections américaines aujourd’hui. En clair, ce sera la tâche qu’aura à faire face le prochain président des États-Unis, tout comme Theresa May, la nouvelle Première ministre, l’est pour le Brexit, au Royaume-Uni.

Aussi peut-on s’interroger  » Qui des candidats, Hillary Clintonou Donald Trump, sera le plus apte à présider aux destinées de la première puissance du monde, et surtout faire face à la nouvelle équation du monde ?

163028dc4cfdd5bae46dd02509ea9113_large

Le monde, en particulier les États-Unis, l’Europe et le Japon, par la place qu’ils occupent dans le système financier et monétaire international, est à la croisée des chemins ? (7) Le devenir de l’Amérique et du monde va se jouer par conséquent dans les dix à douze années à venir. Ce qui signifie que les deux mandats ou trois mandats présidentiels américains à venir, i.e. les périodes 2017-2020, 2021-2024, 2025-2028, seront cruciaux pour l’Amérique et le monde ? Hillary Clinton sera-t-elle la Margaret Thatcher ? Donald Trump sera-t-il le Ronald Reagan des années 1980 ?

Il est évident que l’histoire du monde, au-delà des peuples, a aussi son mot à dire.Et tout plaide que le monde a besoin d’un anti-système, comme le temps des empires coloniaux a laissé place à un monde anti-empires coloniaux, i.e. un monde libre. Comme les régimes communistes ont laissé place à un monde anti-communisme, i.e. des régimes politiques libéraux. Ou encore le communisme maoïste pur et dur a laissé place à un nouveau système économique communiste, le  » socialisme de marché « .

Ce sont des lois de l’histoire, le monde n’est pas figé, il progresse. Aujourd’hui l’humanité est en progrès par rapport à hier, et demain sera en progrès par rapport à aujourd’hui.

Le problème n’est pas de dire que Hillary Clinton est la candidate du système, ou Donald Trump est le candidat de l’anti-système. Le problème est dans la rénovation des systèmes de gouvernance politique et économique du monde, conformément aux lois historiques qui agissent et interagissent entre les peuples. C’est cela l’essentiel des enjeux du monde à venir à comprendre. Et là aussi l’importance dans le choix du candidat américain que l’Histoire aura à retenir pour la course vers la Maison Blanche.

Le problème donc n’est pas la continuité du système ou la rupture du système, mais l’évolution du monde et le système politique et économique adéquat qui compose avec la dynamique de l’Histoire d’une humanité en mouvement.  » Et le candidat choisi, ou retenu, sera celui ou celle qui aura à rénover un système de gouvernance mondial, de plus en plus dépassé. « Avec les formidables progrès du monde qui vont aussi avec les formidables régressions aujourd’hui, le monde est entré de plain-pied dans un  » monde apocalyptique subjectif.  » Personne ne comprend vraiment l’autre, et c’est la raison pour laquelle Samuel Huntington a annoncé le choc des cultures qui est intimement lié au progrès et au poids économique des autres cultures.Qui tout compte fait relève d’un cours naturel de l’Histoire.

On comprend dès lors les sorties médiatiques folles de Donald Trump qui met tous les déboires de l’Amérique sur les Musulmans, et sa volonté, par exemple, de leur fermer les frontières. Une politique populiste pour gagner des électeurs, qui est de bonne guerre, parce que le monde de l’Islam n’a pas bonne presse, eu égard à la barbarie criminelle des terroristes islamistes. Bien qu’il sache que le monde musulman avec le monde africain représente le maillon de l’humanité le plus vulnérable de la planète. Un monde qui n’a ni technologie ni industrie et n’a que du pétrole, et ce pétrole ne profite cependant qu’ à une minorité de riches au Moyen-Orient que l’Occident, en 1916, a tracé les frontières, pour délimiter cette infime population arabe immensément riche, et cette majorité arabe pauvre.

En réalité, tous les déboires du monde musulman viennent du pétrole et des convoitises occidentales depuis plus d’un siècle. Et Trump le sait, d’ailleurs, le pays qui menace l’Amérique, i.e. la Chine, le candidat républicain ne cesse de le désigner, et il promet que les règles qui régissent le commerce mondial vont changer s’il est élu président des États-Unis. Qu’il rétablira des règles plus favorables pour l’Amérique.

Hillary Clinton, la candidate démocrate, même si les sondages la désignent en avance par rapport Trump, réussira-t-elle à inverser la tendance et à rallier surtout la population blanche américaine qui est largement favorable au candidat républicain. Et la population afro-hispanique reste encore indécise même si une bonne partie est acquise à la candidate Clinton.

2016.08.17 terre mdt_01

En réalité, les dés sont jetés. Si le candidat est déjà choisi par l’Histoire, et si l’on croit qu’il y a un destin du monde, les peuples alors ne feront qu’entériner ce que l’Histoire a déjà tranché. Évidemment, cette approche herméneutique peut ne pas être acceptée. Tout ce qu’on peut dire pour conclure, est que cette élection aux États-Unis, compte tenu des enjeux chargés au niveau planétaire, constitue un tournant pour l’histoire de l’humanité.

*Auteur et Chercheur indépendant en Économie mondiale,Relations internationales et Prospective

Notes :

1.  » Theresa May : Pas encore Premier ministre, déjà historique  » Paris Match. 13/07/2016

http://www.parismatch.com/Actu/International/Theresa-May-Pas-encore-Premier-ministre-deja-historique-1018963

2.  » Theresa May est-elle vraiment la nouvelle Margaret Thatcher ? « , Francetvinfo. 13/07/2016

http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/la-grande-bretagne-et-l-ue/theresa-may-est-elle-vraiment-la-nouvelle-margaret-thatcher_1543467.html

3.  » Donald Trump lance un livre de campagne « , Agence France Presse – New York, le 3 novembre 2016

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201511/03/01-4916833-donald-trump-lance-un-livre-de-campagne.php

4.  » Convention républicaine: premiers extraits du discours de Donald Trump « , le Journal de Montréal. 21 juillet 2016

http://www.journaldemontreal.com/2016/07/21/convention-republicaine-premiers-extraits-du-discours-de-donald-trump

5.  » La convention démocrate se réunit à Philadelphie pour investir Hillary Clinton  » par Europe. Le 25 juillet 2016

http://www.europe1.fr/international/la-convention-democrate-se-reunit-a-philadelphie-pour-investir-hillary-clinton-2807140

6.  » Trump fustige le système corrompu qui serait incarné par Hillary Clinton « , le Figaro. 23 juin 2016

http://www.lefigaro.fr/international/2016/06/23/01003-20160623ARTFIG00005-trump-fustige-le-systeme-corrompu-qui-serait-incarne-par-hillary-clinton.php

7.  » Réponse à Jen Weidmann et François Villeroy, présidents de la Deutsche Bundesbank et de la Banque

de France, sur la crise en Europe « , par Medjdoub Hamed, le 11 juillet 2016

http://www.agoravox.fr , http://www.lequotidien-oran.com , http://www.sens-du-monde.com


source/http://www.lequotidien-oran.com/?news=5232330