1047 – « La Chine et sa stratégie globale » 2007

2016.04.15 3. Lever de soleil sur la Grande Muraille de Chine de Joseph Tam
Traditionnellement, la Chine exclut toute forme d’ingérence dans la politique intérieure des pays qui acceptent ses aides. Sous la pression de la communauté internationale, elle est cependant en train de réexaminer cette position issue de son histoire longue, même si elle n’est pas prête à substituer complètement le courant de moralisation cosmopolite à son principe de non-ingérence. Le fait que la Chine soit passée du statut de pays exportateur de pétrole à celui d’importateur explique en partie pourquoi les Chinois commencent à avoir une nouvelle vision du monde : ils ont désormais besoin de l’étranger.

Par Zheng Ruolin  article de 2007 -Avis de « Sans a priori » >  Journaliste écrivain chinois parlant et écrivant en français d’où une parfaite connaissance des « subtilités langagières » entre Chinois et Occidentaux – Le sujet traité est toujours valable hormis qu’il faut tenir compte des dernières évolutions « politiques » internationales > USA, Japon, Mer de Chine et « ingérences diverses et variées » … Le but de ce papier est de nous faire comprendre les différences « fondamentales » entre Occidentaux et les Chinois.

Plan de l’article

  1. Victime des ingérences de tous bords
  2. Non-ingérence, un principe né d’une histoire douloureuse
  3. La « naissance » d’une nouvelle stratégie chinoise
  4. Construire un monde harmonieux : une stratégie du « no enemy »

Préambule

La tendance à la moralisation de la diplomatie internationale, ou plus précisément de la diplomatie des pays occidentaux, suscite un réel débat de principe en Chine : faut-il escorter le courant international et « moraliser » les actions extérieures en suivant l’exemple des pays occidentaux, c’est-à-dire en imposant des conditions aux aides accordées à certains pays en développement ?

Ou bien faut-il continuer à maintenir le principe chinois de « non-ingérence » qui lui vient de ses propres expériences, de sa longue histoire non dépourvue de douleurs, mais lui vaut les critiques les plus virulentes ?

N’est-elle pas accusée de « soutien à la dictature », de « volonté de conquête sans scrupule des matières premières », voire même de « néocolonialisme » ?

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Certains médias européens et américains prennent souvent la Chine comme « contre-exemple » de la diplomatie morale, visant particulièrement les offensives diplomatiques menées depuis quelques années par Pékin en Afrique. Les aides financières et économiques chinoises accordées sans conditions aux pays africains, y compris à ceux soumis à des « dictatures », sont violemment condamnées par les opinions occidentales.

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En réalité, la diplomatie chinoise, placée sous l’étiquette de « consensus de Pékin » (en référence justement aux échecs du « consensus de Washington »), exclut en fait toute forme d’ingérence dans la politique intérieure des pays qui acceptent les aides financières et économiques de la Chine.

  • Cette politique n’est pas un choix de hasard, mais le résultat de la longue expérience d’épreuves qu’a vécues la Chine durant son histoire contemporaine.
  • Elle concerne non seulement des pays africains, mais aussi d’autres pays des divers continents.
  • Cette non-ingérence résulte en fait du principe de la politique globale de la Chine envers le monde extérieur.
  • Ce qui est évident aussi, c’est que sous la pression de la communauté internationale, Pékin est en train de réexaminer cette position.

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Mais les observateurs internationaux aussi bien que chinois se distinguent par deux attitudes différentes :

  1. les uns estiment que l’erreur que la Chine a commise avec ce principe de « non-ingérence » est due à ses conceptions de la diplomatie jugées démodées ou inappropriées,
  2. tandis que les autres accusent la Chine d’exercer une forme de « néocolonialisme » sur le continent noir.

Pour beaucoup de Chinois et d’Africains, il est très difficile d’accepter cette dernière accusation, surtout venant d’anciennes puissances coloniale. Ils y voient une preuve de l’ironie et de l’absurdité de l’histoire humaine...

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Victime des ingérences de tous bords

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Il faut savoir que la Chine, pays qualifié aujourd’hui d’émergent, n’est montée en réalité sur la scène internationale que depuis deux cents ans, un laps de temps certes très long dans le cadre d’une vie humaine, mais très court pour un pays dont l’histoire est vieille de 5 000 ans. Ce qui différencie en effet la Chine des pays européens ou américains, c’est qu’elle fut une sorte de continent totalement isolé du reste du monde. La Chine se crut pendant des siècles au centre du monde, ce qui explique que la notion de relations internationales lui soit totalement inconnue jusqu’au XIXe siècle.

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La guerre de l’opium força alors la Chine à ouvrir sa porte au… libre-échange commercial. Les Anglais imposèrent leurs importations d’opium à un Empire du milieu considérablement affaibli par sa lourde défaite, afin de rééquilibrer la balance commerciale entre les deux pays (dans laquelle la Chine avait été jusqu’alors bénéficiaire, comme c’est le cas de nos jours). Nous connaissons tous le résultat de cet épisode historique.

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Le traumatisme de cette première « ingérence », perpétrée au nom du libre-échange, reste gravé dans la mémoire collective des Chinois.

  • À partir de cette guerre, la Chine subit une série de défaites militaires pendant près de 150 ans.
  • Les envahisseurs étrangers avaient toujours de bons prétextes pour « s’ingérer » dans les affaires de la Chine, y compris les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Les Japonais « pénétrèrent » (terme utilisé jusqu’à nos jours par les autorités de Tokyo) sur le sol chinois pour « chasser les Occidentaux du territoire de l’Asie et libérer la Chine ».
  • Heureusement, dans les deux conflits mondiaux, la Chine demeura toujours aux côtés des Alliés victorieux, ce qui lui permit de compter parmi les cinq fondateurs des Nations unies et membres permanents du Conseil du sécurité.

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Mais cette situation n’a pas empêché la Chine de continuer à subir des « ingérences » de tous bords.

  • Elle a été successivement victime des ingérences de l’Union soviétique puis de celles des États-Unis et des pays occidentaux, sous des prétextes divers tels que la solidarité entre les « pays camarades communistes » ou « l’état des droits de l’homme et de la démocratie »
  • Aujourd’hui encore, les motifs de critiques continuent de varier selon les circonstances : Tibet, Taiwan, et bien sûr des problèmes de nature économique tels que l’évaluation de monnaie chinoise ou encore la protection de l’environnement.

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Évidemment, les attitudes des Chinois face à ces critiques évoluent au fil du temps. Certaines « ingérences » font réfléchir les autorités de Pékin, d’autres moins.

  • Pour les Chinois par exemple, l’affaire de Taiwan ne saurait être considérée autrement que comme une « querelle entre les deux frères ennemis », une prolongation de la guerre civile, donc une affaire « intérieure » à la Chine. Et toutes les interventions extérieures sont considérées comme des ingérences inacceptables.
  • Tandis que les critiques sur la protection de l’environnement font bouger l’opinion publique chinoise et font pression sur le gouvernement de Pékin. Le résultat, c’est que les autorités chinoises sont de plus en plus ouvertes au sujet des critiques « vertes », car Pékin a finalement compris que c’est une question concernant la planète entière ; tout gouvernement « responsable » se doit donc de faire de la protection environnementale une de ses priorités.
  • Mais excepté certains problèmes « non politisés », la Chine reste globalement sceptique sur « le droit d’ingérence ».

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Non-ingérence, un principe né d’une histoire douloureuse

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Si je me réfère explicitement et inlassablement à la petite histoire de la Chine depuis 1840, c’est justement pour mieux faire comprendre comment et pourquoi les Chinois attachent tant d’importance – parfois même trop – à leur indépendance et au principe de non-ingérence dans leurs relations extérieures.

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Ce principe de non-ingérence fut pour la première fois proposé comme une orientation de la diplomatie chinoise en 1953, lors d’une rencontre entre une délégation gouvernementale indienne et le Premier ministre (qui cumulait en même temps les fonctions de ministre des Affaires étrangères) Zhou Enlai, pour trouver une solution aux querelles territoriales entre les deux pays.

La Chine avança alors cinq principes pour la coopération pacifique entre les États, dont le troisième est la non-ingérence dans les affaires intérieures d’autrui.

  • L’Inde et la Birmanie de l’époque acceptèrent ces cinq principes, et les trois pays firent une déclaration commune.

Depuis, la non-ingérence est devenue un principe intangible dans les relations internationales en Asie, et surtout pour la Chine.

  • En avril 1955, Zhou Enlai, représentant de la Chine populaire, assista à la conférence de Bandung et signa une déclaration conjointe avec une trentaine de pays asiatiques et africains. Le principe de non-ingérence figurait dans cette déclaration commune finale.

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En réalité, ce principe de non-ingérence, très important pour la Chine pendant les deux décennies qui suivirent l’arrivée au pouvoir des communistes de Mao, rassurait tous les petits voisins du « géant rouge » qui, pendant une certaine période, surtout celle de la révolution culturelle, s’était mis en tête d’exporter la révolution… Et durant les décennies suivantes, ce principe servit aussi de bouclier contre toutes les menaces extérieures, qu’elles proviennent de l’Est ou de l’Ouest.

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Il faut souligner que l’attitude des autorités chinoises à l’égard de ces ingérences étrangères, surtout sur la question des droits de l’homme et des libertés individuelles, ainsi que sur certains problèmes économiques, s’est radicalement modifiée depuis une quinzaine d’années.(+9ans en 2016)  La raison de cette révision est très simple :

  • la Chine est devenue plus confiante en elle-même grâce à ses progrès économiques, mais aussi sociaux et politiques. Ils lui ont permis d’accepter plus facilement les critiques, même excessives.
  • Mais, en dépit de ce changement, l’attitude générale de la Chine se caractérise par une méfiance instinctive envers toutes les formes de « droit d’ingérence ».
  • Celui-ci est perçu comme une menace pour la stabilité intérieure, garante du développement économique et social, ou une attitude susceptible de casser les rythmes propres de l’évolution d’un pays qui a connu trop de « révolutions brutales » et estime avoir besoin désormais d’une évolution douce.

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Le principe de non-ingérence a accompagné depuis près d’un demi-siècle une diplomatie chinoise très passive, que les experts chinois eux-mêmes qualifiaient de « diplomatie de réaction ». Mais cette situation a commencé à changer à l’insu de presque tout le monde depuis quelques années, au moment même où commençait à se développer le phénomène de tentative de moralisation de la diplomatie internationale.

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La « naissance » d’une nouvelle stratégie chinoise

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Bien entendu, la Chine n’est pas prête à suivre ce courant de moralisation cosmopolite de la diplomatie internationale contre son principe de non-ingérence. Mais il faut reconnaître que le sujet passionne, et suscite un vrai débat dans le pays. Cependant, ni les partisans, ni les opposants n’arrivent à répondre à diverses questions :

  • où est la limite de ce droit d’ingérence ?
  • Qui distingue le bien et le mal ?
  • À quel but et à quels droits veut-on associer les aides, et à quelles conditions ?
  • A-t-on pensé aux réactions des bénéficiaires des aides face à ces éventuelles conditions ?
  • Seront-ils heureux de se voir imposer des obligations qu’ils ne souhaitent pas et n’éprouveront-ils pas le fâcheux sentiment d’être ainsi humiliés et opprimés ?

Sans réponses claires et convaincantes à toutes ces questions, les Chinois ne sont manifestement pas prêts à accepter, et encore moins à exercer ce « droit d’ingérence ».

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Au contraire, la Chine, au fil de ces dix dernières années(en2007), s’est mise petit à petit, et pour la première fois de son histoire, à nouer des relations avec le reste du monde, à élaborer sa propre stratégie globale. Officiellement, cette stratégie se définit par l’expression suivante : construire un monde harmonieux. Mais, officieusement, je lui donne le nom de stratégie du « no enemy ». Cette stratégie est en train de voir le jour et apporte déjà certains fruits à la Chine, mais elle montre aussi certaines limites, notamment une remise en question du principe de non-ingérence.

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Trois expressions clefs sont à retenir pour comprendre la nouvelle stratégie diplomatique de la Chine :

  • l’émergence pacifique (le mot « émergence » a apparemment suscité des polémiques en Chine depuis plusieurs mois, et il est remplacé par un autre terme plus « neutre » : le « développement pacifique »), la démocratisation des relations internationales et la construction d’une société internationale harmonieuse. En réalité, selon la révélation d’un quotidien de Hong-Kong, pro-Pékin, la Chine est en train de rédiger un livre blanc intitulé La Diplomatie harmonieuse de la Chine pour définir cette nouvelle diplomatie dite « de la construction d’un monde harmonieux ».

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Contrairement aux États-Unis et à bien d’autres puissances, la Chine n’a jamais pris position dans certains conflits internationaux tel le conflit israélo-palestinien.

  • Elle n’a jamais non plus connu de vraie guerre de religion, n’étant ni pour ni contre quelque religion que ce soit.
  • Elle ne connaît pas non plus la notion de race et n’a donc pas subi de guerre raciale.
  • Pendant longtemps, l’économie de la Chine fut auto-suffisante et ce n’est que récemment que la Chine a tourné les yeux vers des régions productrices d’énergies. Mais elle n’a jamais non plus fait de guerre pour conquérir le pétrole ou le gaz naturel.

En un mot, pour la Chine, le monde et les relations avec ce monde sont des notions récentes.

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Pendant des décennies, la Chine a pratiqué une diplomatie de réaction : elle se contentait de réagir quand elle le jugeait nécessaire. De l’époque de Mao, mais aussi celle de Deng Xiaoping jusqu’à Jiang Zemin, la Chine n’a jamais vraiment eu de stratégie globale, qui aurait donné des orientations permanentes à sa diplomatie. Pékin concentrait celle-ci sur ses relations avec les principales puissances, et surtout avec les États-Unis.

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Le fait que la Chine soit passée du statut de pays exportateur de pétrole à celui d’importateur change tout à fait la vision du monde des Chinois. Le pays a compris qu’elle a besoin de l’étranger. Elle doit gérer ses relations avec le monde. C’est justement dans ce contexte que les stratèges chinois ont commencé à réfléchir à ce que devrait être une politique étrangère active. Après un débat très dynamique tout au long des années 1990, la Chine s’est engagée dans un processus visant à définir sa propre stratégie et sa propre diplomatie pour gérer des relations extérieures qui deviennent de plus en plus primordiales.

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En 2005, après avoir fixé le cap de ses politiques intérieures (la construction d’une société harmonieuse), Hu Jintao a pour la première fois exposé, dans un discours au sommet Asie-Afrique de Jakarta en Indonésie, la notion de « construction d’un monde harmonieux ». En juillet de la même année, cette conception d’un monde harmonieux était introduite dans la déclaration commune russo-chinoise à la fin de la visite de Hu Jintao à Moscou.

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Le mot « harmonieux » vient d’un texte très ancien, Zuo Zhuan, Les Chroniques de Zuo, datant du IVe siècle avant J.-C. Il expose que, durant huit ans, les neuf princes vécurent ensemble en paix comme une musique très harmonieuse. Confucius a écrit une phrase dans le même sens dans ses fameux Entretiens : « Alors que les gentlemen pourront vivre ensemble tout en cultivant leurs différences, des personnes viles qui se ressemblent n’auront jamais la capacité de cohabiter en paix ». Confucius utilise lui aussi le mot « harmonieux », qui devient à travers l’histoire de la Chine une des vertus confucéennes.

2016.05.21 La vieille ville de Jianshui, perdue aux confins du Yunnan 4

Construire un monde harmonieux : une stratégie du « no enemy »

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Construire un monde harmonieux, c’est d’abord renoncer à tout ennemi idéologique, religieux ou racial.

  • La Chine d’aujourd’hui ne connaît en effet plus aucun pays « ennemi ». Telle est la base de la nouvelle doctrine de la diplomatie chinoise. De plus, un monde harmonieux veut aussi dire un monde pacifique. La Chine n’a plus fait de guerres à l’extérieur depuis longtemps, à part bien sûr plusieurs conflits frontaliers. Mais, même de ces conflits frontaliers, on n’entend plus parler depuis le début des années 1980.

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Il faut néanmoins souligner que si la Chine n’a plus d’ennemi, cela ne signifie pas qu’elle n’a plus d’intérêts à défendre !

  • Pourtant cette défense des intérêts, surtout des intérêts vitaux, ne s’exercera plus par des moyens non pacifiques. « Donnant-donnant » et « gagnant-gagnant » sont les deux termes les plus souvent utilisés depuis quelques années par les diplomates chinois. En fait, le mot « harmonie » invite aussi à réduire le plus possible les risques de conflits en trouvant des terrains d’entente, en menant une diplomatie de « bonne volonté » opposée à la diplomatie de puissance et d’intérêt et préconisant la manière pacifique pour résoudre les divergences d’intérêts.

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En vertu de cette conception, la Chine mène, depuis plusieurs années déjà, une offensive tous azimuts afin de trouver des solutions pour elle-même et certains pays comme le Japon, les États-Unis, l’Inde, le Viêtnam, la Mongolie, etc. Les résultats sont significatifs.

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Avec les États-Unis, les tensions sur plusieurs dossiers ont été considérablement réduites. Au sujet de Taiwan, de la balance commerciale, de l’évaluation de monnaie chinoise, etc., les deux pays ont trouvé des solutions acceptables. Même pour l’une des questions les plus délicates : la relation entre les deux armées, la chinoise et l’américaine, les deux capitales se sont tendu la main. Une des grandes révélations de la 6e Conférence sur la sécurité asiatique tenue à Singapour fut celle du prochain établissement d’une ligne téléphonique directe entre les deux armées, qui sera opérationnelle dès le mois de septembre 2007 : signe d’une détente continue entre les deux puissances militaires. Est-ce un résultat positif de l’offensive diplomatique menée par Pékin depuis quelques années, ou simplement un changement de tactique de la part du Pentagone ? De toute façon, les secrétaires à la Défense américains ont sensiblement modifié leur discours envers la Chine. Les observateurs se souviennent des critiques extrêmement sévères de l’ancien faucon Donald Rumsfeld concernant l’augmentation des dépenses militaires chinoises, tandis que Robert M. Gates, le nouveau patron du Pentagone n’a pas hésité à affirmer récemment son « optimisme » sur les relations bilatérales entre les deux armées et gouvernements. En réalité, la « menace militaire » brandie par les faucons du triangle D. Rumsfeld, R. Perle, P. Wolfowitz était largement démentie par les événements de ces dernières années. Les États-Unis n’ont jamais eu autant besoin de la Chine depuis que George W. Bush est arrivé au pouvoir en 2001. Les récentes discussions à Washington sur les stratégies économiques entre les deux pays ont confirmé les interdépendances entre deux puissances économiques qui ont déjà atteint un niveau que les Européens n’ont pas encore tout à fait réalisé. (note sans a priori depuis 2007 ce point à évolué et a changé voir l’actualité 2016)

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La Chine trouve également un terrain d’entente avec le Japon. La visite du Premier ministre chinois Wen Jiabao à Tokyo prouve là encore que la nouvelle diplomatie du « no enemy » fonctionne pleinement, de même que dans les autres relations délicates (avec l’Inde, le Viêtnam, etc.).

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Dans l’histoire de la Chine, la conception de l’hégémonie n’a jamais connu la même forme que celle des pays occidentaux. Les empereurs chinois des différentes dynasties ont tous eu en commun de croire qu’il suffisait à la Chine d’être plus civilisée que ses voisins pour être respectée et admise en tant que leader « mondial ». C’est à cause de cette idée de supériorité spirituelle que la Chine fut envahie et battue deux fois par des « barbares » mongols et mandchous ; mais c’est aussi grâce à cette supériorité spirituelle que la Chine a « civilisé » ses deux vainqueurs. Pendant plus de deux siècles, les Chinois ont perdu cette confiance spirituelle envers le monde, mais surtout en leur propre avenir.

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Aujourd’hui, la Chine, avec sa forte croissance économique et son progrès social, retrouve petit à petit sa confiance en elle-même. Construire un monde harmonieux, c’est pour elle remonter sur la scène internationale avec cette conviction qu’elle avait perdue : la Chine a sa place parmi les nations du monde.

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Une dernière question reste sans réponse : si la Chine ne conteste plus l’ordre international dominé par les pays occidentaux, elle en profite au contraire pleinement. Toutefois, ira-t-elle, comme les pays occidentaux, jusqu’à « moraliser » sa diplomatie pour imposer des conditions aux autres pays en voie de développement dont elle fait toujours partie ?

Pour citer cet article

Ruolin Zheng, « La Chine et sa nouvelle stratégie globale », Revue internationale et stratégique 3/2007 (N°67) , p. 143-150
URL : www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2007-3-page-143.htm.
DOI : 10.3917/ris.067.0143.