968 – L’armée syrienne et ses alliés sont en train de fermer la seule route qui mène vers Alep-est …

1/-L’armée syrienne et ses alliés sont en train de fermer la seule route qui mène vers Alep-est

2/-Syrie : et si Damas et Moscou parvenaient à libérer Alep ?

3/- Guerre en Syrie : Alep, une ville cruciale pour le régime de Bachar

2016.07.15 en-syrie-les-images-des-villes-devastees-par-la-guerre

1/-L’armée syrienne et ses alliés sont en train de fermer la seule route qui mène vers Alep-est

Changements atmosphériques sur la Syrie

Avec le départ de Cameron en tant que Premier ministre britannique, un autre politicien de haut rang qui disait qu’«Assad doit partir », quitte la scène politique. Le président syrien Assad est toujours en place et rien n’indique qu’il partira dans le proche avenir.

Il semble que les faits réels ont, encore de nos jours, plus de poids que les lieux communs de la propagande de « changement de régime ».

 Les faits restent si têtus qu’on commence à sentir à nouveau quelques variations dans l’atmosphère politique.

L’armée syrienne et ses alliés sont en train de fermer la seule route qui mène vers Alep-est. Pour cela ils doivent conduire une intense guérilla urbaine (vidéo) contre les terroristes djihadistes. Selon un porte-parole du Pentagone cette partie d’Alep est détenue par al-Qaïda:

[C]’est principalement al-Nusra qui occupe Alep, et bien sûr, al-Nusra ne fait pas partie des groupes qui ont signé l’accord de cessation des hostilités.

Toutes les attaques contre la partie Est d’Alep sont par conséquent tout à fait légitimes et respectueuses du cessez-le-feu.

Malgré cela, une nouvelle campagne médiatique « d’indignation » va, sans nul doute, être menée pour condamner le « siège d’Alep » soi-disant crée par que ce blocage. Ces articles de propagande « indignés » comme celui d’aujourd’hui dans le Los Angeles Times, ne font même pas état du fait que l’ouest d’Alep, avec ses près de deux millions d’habitants, est du côté du gouvernement. Quand Ils parlent de « Alep » ils parlent seulement de la partie orientale. Ils exagèrent également le nombre de civils qu’il reste dans Alep-est, en disant qu’il y en a plusieurs centaines de milliers. Le journaliste du Guardian, Martin Chulov, est allé à Alep-est plusieurs fois au cours des dernières années. Il y a un an, il y en avait beaucoup moins, selon lui:

Il reste dans l’est d’Alep environ 40 000 personnes sur une population estimée avant la guerre à environ un million …

Il est douteux que le nombre de personnes dans Alep-est ait augmenté depuis. Les combattants d’Alep-est et leurs familles ont aussi eu assez de temps pour se préparer à un siège. Comme même l’article du LA Times l’admet :

Anticipant un siège, les autorités locales ont stocké de la nourriture pour trois mois et des fournitures médicales pour trois à six mois, selon Sahloul.

Un article de Reuters le confirme:

Les zones rebelles d’Alep ont stocké suffisamment d’approvisionnement pour survivre à plusieurs mois de siège …

Les articles alarmistes sur une famine imminente dans Alep-est qui ne manqueront pas d’être diffusés, sont d’ores et déjà  démystifiés.

Le changement d’atmosphère politique porte sur le fait que « l’Occident et la Russie se sont mis d’accord sur qui sont les groupes terroristes en Syrie qui doivent donc être combattus. C’est la conséquence d’un changement de l’opinion publique.

Amnesty international vient d’affirmer, avec six ans de retard, que plusieurs groupes de « rebelles modérés » soutenus par les États-Unis avaient torturé et enlevé des civils, et régulièrement commis des crimes de guerre. Les « rebelles modérés », qui ont récemment tenté une nouvelle offensive à Latakia s’annoncent ouvertement comme des djihadistes étrangers. Ahrar al Sham, qui, il n’y a pas longtemps écrivait des articles d’opinion pour des journaux « occidentaux », et qui prétendait être « modéré », menace maintenant des « modérés » soutenus par les Étasuniens dans le sud la Syrie parce qu’ils en ont assez du cessez-le-feu.

Le président français Hollande vient enfin de reconnaître qu’al-Qaïda est un ennemi clé en Syrie et qu’il faut le combattre:

« Nous devons nous coordonner pour poursuivre les actions contre Daesh mais aussi … prendre des mesures efficaces contre Al-Nusra, » a dit Hollande, en en appelant à la Russie et aux États-Unis.

En 2012, le gouvernement français saluait le rôle d’Al-Qaïda. Fabius, le ministre des Affaires étrangères, avait déclaré : « Nusra fait du bon boulot. »

Kerry, le Secrétaire d’Etat des États-Unis, non seulement reconnait le rôle d’Al-Qaïda, mais il élargit maintenant la qualification de terroriste à Ahrar al-Sham et à d’autres groupes salafistes:

« Il y a deux sous-groupes qui se sont créés à partir de Daesh et Jabhat al-Nusra, à savoir Jaysh al-Islam, Ahrar al-Sham – qui se battent parfois aux côtés des deux premiers  pour lutter contre le régime Assad, » a-t-il dit, se référant à deux groupes rebelles que les États-Unis n’avaient pas désignés comme des groupes terroristes jusqu’à présent.

C’est une concession très importante à la position de la Russie qui a pendant des mois a plaidé pour que ces groupes soient ajoutés à la liste terroriste des Nations Unies.

Il faut aussi noter que l’opposition syrienne de salon, parrainée par le duo Arabie saoudite/ Etats-Unis, est à nouveau prête à négocier avec le gouvernement syrien. Ce groupe avait rompu les négociations au cours du dernier round. Quelqu’un leur a maintenant ordonné de revenir dans le jeu.

Les Russes ont à nouveau démontré leur engagement envers la Syrie. Ils soutiennent non seulement l’armée syrienne dans le siège d’Alep-est, mais ils ont repris les frappes aériennes avec des bombardiers à longue portée qui décollent de Russie. C’est un signe certain que la Russie est plus que jamais prête à intensifier la lutte.

C’est probablement en Turquie que le plus grand changement a lieu. Après avoir mené une politique étrangère catastrophique, le Président Erdogan, à cause du choc causé par les récentes attaques terroristes sur le sol turc ajouté à une forte pression économique, a décidé de changer de cap. Il s’est séparé de son fidèle acolyte Davutoglu, et a tissé de meilleures relations avec la Russie et d’autres pays. Après qu’il a présenté ses excuses pour avoir abattu l’avion de chasse russe, la Russie a accepté de reprendre les relations et de lever quelques sanctions économiques contre la Turquie. Mais il faudra en faire plus avant que la Turquie ne retrouve une bonne réputation internationale. La Turquie a adouci son langage mais sa position réelle sur la Syrie n’a pas encore changé :

« La normalisation de la Syrie est possible, mais tout le monde doit faire des sacrifices pour y arriver. Nos partenaires stratégiques et les partenaires de la coalition doivent guérir les blessures en Syrie et prendre plus de responsabilités. Nous, en Turquie, nous faisons ce qu’il faut pour ouvrir les portes de la paix et de la sécurité », a déclaré Yildirim.

Mais Yıldırım a dit qu’il n’y aurait pas de rencontre avec la Syrie dans l’immédiat. « Il faut d’abord mettre fin à l’oppression et à la dictature.  Quel accord peut-on conclure avec un régime qui a tué plus d’un demi-million de ses habitants sans sourciller? Tout le monde est d’accord avec ça », a-t-il dit.

C’est toujours « Assad doit partir », mais il y a un léger changement de ton. La nouvelle position des Etats-Unis et de la France sur Al-Qaïda et Ahrar al-Sham, tant choyés par la Turquie, augmente la pression sur Ankara pour qu’il assouplisse sa position. Erdogan finira peut-être aussi par se rendre compte que, tout comme Cameron, il sera obligé de quitter la scène avant que le Dr Assad ne pense même à quitter son poste.

Tous les éléments ci-dessus ne sont en eux-mêmes que de légers changements de positions mais pris tous ensemble ils révèlent un changement significatif dans le climat politique qui règne sur la Syrie.

Moon of Alabama | 12 juillet 2016

Article Original

Traduction : Dominique Muselet

Source :http://arretsurinfo.ch/larmee-syrienne-et-ses-allies-sont-en-train-de-fermer-la-seule-route-qui-mene-vers-alep-est/


2016.07.15 syrie-660x330

2/- Syrie : et si Damas et Moscou parvenaient à libérer Alep ?

FIGAROVOX/TRIBUNE – Dans une certaine indifférence médiatique, l’Armée syrienne vient de couper la dernière route qui reliait les bases de la rébellion islamiste à Alep. Pour Hadrien Desuin, c’est une victoire stratégique pour le régime de Damas et pour Moscou.


Ancien élève de l’École spéciale militaire de St-Cyr puis de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d’un master II en Relations internationales et en Stratégie sur la question des Chrétiens d’Orient, de leurs diasporas et de la géopolitique de l’Égypte, réalisé au Centre d’Études et de Documentation Économique Juridique et social (CNRS/MAE) au Caire en 2005. Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Aujourd’hui il collabore à Causeur et Conflits, où il suit l’actualité de la diplomatie française dans le monde.


Alep outragé, Alep brisé, Alep martyrisé, mais Alep bientôt libéré ?

Alep outragé, Alep brisé, Alep martyrisé, mais Alep bientôt libéré? C’est dans l’indifférence générale que l’armée syrienne vient de couper la dernière route qui reliait la rébellion islamiste de ses bases. Pour la première fois depuis le début de l’insurrection, les factions djihadistes qui ceinturent la seconde ville du pays sont prises à leur propre piège. Par un mouvement enveloppant venu du nord, les positions syriennes ont retourné le siège contre leurs assaillants. De geôliers en 2012, les rebelles islamistes se retrouvent aujourd’hui détenus dans leurs quartiers.

Malgré le silence de cathédrale et la clameur du stade qui ont couvert la nouvelle en Europe, c’est un nouveau tournant dans la guerre civile syrienne qui frappe le pays depuis cinq ans. Une victoire tactique mais aussi stratégique. Alep est la seconde ville de Syrie; elle domine tout le nord du pays et rivalisait autrefois avec Damas.

  • Après Homs et Hama, c’est une nouvelle avancée symbolique pour les forces loyalistes.
  • Désormais la Syrie utile, celle qui concentre les 80% de la population du pays est sous contrôle.
  • Progressivement le pays se desserre de l’étau de ce que certains persistent encore à appeler «l’opposition syrienne» mais que même Amnesty international et Le Monde ont fini par appeler «rebelles islamistes». Le dernier rapport de l’association de défense des droits de l’Homme a reconnu un nouveau crime de guerre de cette opposition qui n’a de «modérée» que le nom.

Une victoire de l’armée syrienne qui intervient alors que la Turquie vient de se réconcilier spectaculairement avec la Russie et Israël.

  • Profitant des fêtes de la fin du Ramadan et de l’euro de football, l’armée syrienne appuyée par les kurdes inflige une défaite lourde de conséquences pour les factions djihadistes alliées à Al Qaeda en Syrie (Jabbat Al Nosra) et aux Turcs.
  • Ce revers ne peut qu’encourager, un peu plus, la reprise du dialogue entre Ankara et Damas.
  • Pour la Turquie, il est temps de se rendre à l’évidence: attiser la guerre civile n’a fait qu’accentuer le risque djihadiste dans toute la région.

C’était la stratégie russe depuis le début de son intervention.

  • Frapper symboliquement Daech à Palmyre mais surtout se débarrasser des factions djihadistes du nord appuyés par le Qatar, l’Arabie saoudite à la frontière turque.
  • Il n’y a pas de libération possible de Rakka et Der Ez Zor avant de s’être débarrassé au préalable de la tenaille alépine.
  • Pas de libération possible sans couper la rébellion islamiste de ses bases turques.

Certes la guerre civile syrienne est loin d’être terminée mais, clairement, l’espoir a changé de camp. Il suffit de constater l’absence de réaction occidentale qui, il y a un an à peine, vociférait contre une armée syrienne acculée.

  • Le temps est loin où Laurent Fabius rapportait de ses amis pétromonarques que «le front Al Nosra faisait du bon boulot».
  • Le maintien de Bachar El Assad au pouvoir est une réalité qu’il va falloir prendre en compte dans les années à venir.
  • Après cinq ans d’aveuglement, il est temps de rouvrir notre ambassade à Damas et de renouer avec la politique arabe de la France.

C’était la stratégie russe depuis le début de son intervention. Frapper symboliquement Daech à Palmyre mais surtout se débarrasser des factions djihadistes du nord appuyés par le Qatar, l’Arabie saoudite à la frontière turque


source / http://premium.lefigaro.fr/vox/monde/2016/07 /08/31002-20160708ARTFIG00103-syrie-et-si-damas-et-moscou-parvenaient-a-liberer-alep.php


2016.07.15 soldats-syriens-bachar_5428479

3/- Guerre en Syrie : Alep, une ville cruciale pour le régime de Bachar

État au 06.05.2016 par Elise Koutnouyan

Le 22 avril, le cessez-le-feu en Syrie mis en place le 27 février a volé en éclats à Alep. Lancée par les forces du régime, la reprise des hostilités dans cette ville septentrionale, la deuxième du pays, a fait au moins 285 morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Sous la pression des Etats-Unis et de la Russie, Damas s’est engagé à respecter une trêve de deux jours jeudi et vendredi.

Jeudi 5 mai au matin, un calme régnait sur les quartiers est de la deuxième ville du pays, divisée depuis 2012 en secteurs rebelles et prorégime. Aucun raid aérien n’était à signaler sur la ville depuis l’annonce à 00h01 jeudi  de l’entrée en vigueur de ce cessez-le-feu de 48 heures. 28 personnes ont toutefois étaient tuées dans des raids sur un camp de réfugiés, situé dans la province d’Idleb, à proximité de la frontière turque. Des réfugiés qui avaient justement fui Alep…

Mais dans la ville elle-même, de nombreux commerçants ont rouvert leur magasins après avoir été contraints de les fermer pendant plusieurs jours à cause de l’intensité des bombardements. Les marchés de fruits et légumes, dont l’un avait été visé par des raids qui ont fait 12 morts le 24 avril, ont également rempli leurs étalages.

La ville divisée en deux 

Depuis juillet 2012 et l’offensive des rebelles contre Alep, la deuxième ville de Syrie est divisée en deux. Héritière après la chute de Homs du flambeau de « Capitale de la révolution », Alep est le fief de l’opposition.

La partie Est est tenue par les insurgés. Une quinzaine de groupes rebelles djihadistes, islamistes et modérés sont présents dans la ville.

Le secteur Ouest est sous contrôle des forces gouvernementales, aidées par ses alliés russes, iraniens et le Hezbollah libanais.

Les forces en présence 

  • Le régime

Les forces gouvernementales pilonnent indistinctement les secteurs Est, aux mains des insurgés. Les alliés russes sont présents dans les airs mais aussi au sol. Plusieurs sources rapportent que la Russie a envoyé des mercenaires pour renforcer sa présence au sol, portant à 3.000 le nombre de soldats russes au service de Bachar al-Assad, selon « Le Figaro ». Le régime syrien peut aussi compter sur le renfort de combattants du Hezbollah libanais et de l’Iran, qui a envoyé des brigades de l’armée, des gardiens de la Révolution ainsi que des Hazara afghans.

  • Les rebelles

La présence de djihadistes comme le Front Al-Nosra, branche d’al-Qaida en Syrie, est exploitée par le régime syrien et ses alliés pour justifier une intervention. Pourtant, le Front Al-Nosra est moins présent que les groupes islamistes non-djihadistes. Enfin, l’opposition modérée compte plusieurs brigades dans la ville, notamment des formations proches de l’Armée syrienne libre. Le mardi 3 mai, une coalition de groupes rebelles, « Fatah Halab » (« la conquête d’Alep ») a lancé une offensive sur les quartiers pro-régime.

  • Les Kurdes

Des factions kurdes du YPG sont déployées dans le Nord d’Alep et occupent une place ambiguë dans le conflit. Christopher Kozak, de l’Institute for the Study of War (ISW) affirme que les forces pro-régimes coopèrent avec les Kurdes dans l’espoir d’encercler la partie nord d’Alep, comme elle avait tenté de le faire en février dernier. Pour les Kurdes, cette coopération vise à faciliter la prise de contrôle d’une zone continue le long de la frontière turque.

La bataille suprême pour Bachar al-Assad

« Pour Bachar al-Assad, il est très important de reprendre Alep car pour lui la Syrie, c’est Damas plus Alep, et il se voit comme le président de toute la Syrie », expliquait pour « France 24 » Fabrice Balanche, chercheur et spécialiste de la Syrie.

Dans un éditorial le 28 avril, le quotidien proche du régime « al-Watan » se faisait écho de cette détermination :

« Ce n’est pas un secret que l’armée syrienne et ses alliés ont préparé cette bataille décisive pour débarrasser Alep des terroristes. Elle commencera dans peu de temps et se terminera rapidement. »

Ce n’est pas la première fois que Bachar al-Assad tente de regagner le contrôle total de la ville. Début février, les forces du régime et ses alliés étaient quasiment parvenues à encercler Alep, après un assaut d’envergure contre les villes rebelles au Nord. Avant cela, l’armée syrienne s’était attaquée à l’automne 2015, aux positions tenues au Sud de la ville septentrionale. Ziad Majed, politologue libanais et enseignant à l’Université américaine de Paris, rappelle que « ça fait maintenant deux à trois ans qu’on se bat pour Alep. »

Pourquoi maintenant ?

Le 7 avril, profitant du cessez-le-feu, les monarchies du Golfe avec le soutien des Turcs ont remis aux insurgés environ 2.000 tonnes d’armes. C’est cette livraison qui aurait déclenché l’offensive du régime syrien avec son allié russe.

Trois jours après, le Premier ministre syrien Waël al-Halqi déclarait à l’occasion d’une rencontre avec des parlementaires russes à Damas :

« Avec nos partenaires russes, nous préparons une opération pour la libération d’Alep et l’arrêt de tous les groupes illégaux qui n’ont pas rejoint ou qui ont violé l’accord de cessez-le-feu ».

Dès mi-avril, des rumeurs faisaient plus largement état de préparation, du côté rebelle et gouvernemental, pour la bataille d’Alep. Sur place, médias locaux et observateurs avaient rapporté des mouvements de troupes syriennes, russes et iraniennes, tandis que l’armée russe indiquait l’arrivée massive de combattants du Front al-Nosra. La présence de ce groupe djihadiste, branche d’al-Qaida en Syrie, a servi de prétexte aux forces loyalistes pour briser le cessez-le-feu du 27 février, dont le Front al-Nosra est exclu.

Les enjeux de la bataille

Alep, capitale économique du pays, est la dernière grande ville divisée entre les rebelles et le régime. Sa reconquête est indispensable pour le régime et constituerait un sérieux revers pour les groupes d’opposition, tant du point de vue moral que tactique.

Sur le plan militaire, le contrôle d’Alep par les forces gouvernementales pourrait ouvrir la voie à d’autres avancées dans des provinces stratégiques comme Latakia ou Hama, analyse Christopher Kozak pour l’ISW.

D’autre part, la perte d’Alep par les rebelles pourrait pousser les groupes modérés à renforcer leur coopération avec les djihadistes du Front Al-Nosra. Or, une telle stratégie de survie compromettrait les chances de l’opposition modérée dans les négociations de paix.

En outre, la prise d’Alep « nourrirait le nihilisme des djihadistes, avec le sentiment que le monde abandonne les civils à leur sort », craint Ziad Majed, auteur de Syrie, la révolution orpheline (Actes Sud, 2014). Avec le risque que l’opposition se radicalise encore plus.

La Russie, arbitre de la bataille d’Alep

« Les Russes sont au premier plan de cette bataille. Ils veulent montrer leur capacité à reconquérir l’espace urbain en Syrie, et surtout préparer les nouvelles phases de négociations », analyse Ziad Majed. Plus que Bachar al-Assad, Vladimir Poutine est l’instigateur des combats, selon le chercheur. L’enjeu est de profiter de ces gains territoriaux pour peser sur la résolution diplomatique du conflit.

Et pour cause. La Russie est en position de force dans les négociations de paix. Le 30 avril, alors qu’Etats-Unis et Russie s’accordent sur une trêve, celle-ci exclut Alep : la Russie refuse de demander à son partenaire syrien de cesser les bombardements. Mardi 3 mai, Staffan de Mistura, l’émissaire de l’ONU sur la Syrie, s’est rendu à Moscou pour discuter d’un rétablissement du cessez-le-feu. Sans la Russie, impossible de conclure une trêve. Cette dernière n’a donc été annoncée que le 4 mai au soir. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry s’est félicité d’une « étroite coordination avec la Russie » pour « surveiller » le silence des armes.

L’ambiguïté américaine

Toutefois, Washington, leader de la coalition internationale, ne conserve qu’une influence très limitée dans la région. En cause : la décision de Barack Obama de ne pas intervenir militairement et de se concentrer sur la lutte contre Daech. Ce choix, très paradoxal, montre ses limites à Alep, où les Américains laissent le champ libre à la Russie et à Bachar al-Assad.

« La Syrie commence à ennuyer Obama, car le conflit s’éternise », explique Ziad Majed.

Le chercheur dénonce l’inaction des Etats-Unis depuis 2013 et leur ambiguïté sur la réhabilitation de Bachar al-Assad.

Une crise humanitaire

Depuis la reprise des affrontements le 22 avril, on dénombre plus de 285 morts dont au moins 80 femmes et enfants, selon l’OSDH. Aucun quartier n’est épargné par les bombardements, alors qu’une stratégie globale de terreur met les civils en première ligne des victimes. Les Aleppins font face à de graves problèmes d’accès à l’eau et à l’électricité.

Pas moins de six centres médicaux ont été détruits ces derniers jours et il est devenu quasiment impossible de se soigner. Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et Médecins Sans Frontières sont présents dans les zones sous contrôle gouvernemental et continuent à soutenir les équipes médicales présentes dans les quartiers contrôlés par les insurgés. Dans la partie Est, la situation humanitaire est encore plus détériorée. Mercredi, l’ONU a annoncé que le gouvernement syrien refusait d’y laisser passer l’aide humanitaire. Une « stratégie d’étouffement de la ville » selon Ziad Majed, qui affirme que le régime essaie de contrôler le seul point de ravitaillement alimentaire de la ville.

Un possible afflux de réfugiés 

La violence des combats et tirs, qui touchent les quartiers résidentiels et bâtiments publics dans toute la ville, pourraient pousser les habitants à fuir l’enfer. Mais coté rebelle, seule la route de Castello, qui permet de fuir vers la Turquie, est encore ouverte. « Un afflux massif de réfugiés vers les frontières turques » est à prévoir selon Ziad Majed.

Elise Koutnouyan

source/ http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/guerre-en-syrie/20160504.OBS9875/guerre-en-syrie-alep-une-ville-cruciale-pour-le-regime-de-bachar.html

2016.07.15 soldats-syriens-bachar_5428479