708 – La patience contrôlée de Poutine

2016.03.21 kremlin index2016.03.15.poutine 4

Les plus âgés se souviendront de la crise d’octobre 1962 qui porta l’humanité à un cheveu d’une guerre nucléaire.

L’enjeu était la présence sur l’île de Cuba d’un missile à tête nucléaire que la Russie avait offert à Cuba, suite à l’attaque étasunienne a la baie des Cochons, en 1961, comme force dissuasive à toute autre intervention des États-Unis contre Cuba.

C’était alors inacceptable pour les États-Unis que l’ex-URSS affirme sa présence nucléaire à 90 milles des côtes de la Floride. Il fallait à tout prix qu’elle mette fin à ce projet et qu’elle démantèle les bases de lancement de ces armes nucléaires sinon la première guerre nucléaire serait déclenchée.

Depuis lors, l’ex-URSS a été démantelée, de nombreux pays qui lui étaient rattachés ont été charmés par l’Occident et en sont devenus des alliés militaires. Leurs frontières furent grandes ouvertes pour recevoir des bases militaires avec les armes les plus sophistiquées pour, soi-disant, les protéger contre une invasion de la Russie. C’est avec empressement que les États-Unis et ses alliés de l’OTAN s’empressèrent à occuper ces espaces nouveaux.

Ce qui était inacceptable pour Cuba, en 1962,

l’est devenu pourla grande majorité des pays de l’ex-URSS.

Il est évident que Poutine voit clairement le jeu des États-Unis et de l’OTAN qui encerclent ainsi militairement la Russie. Ces mêmes pays qui se prêtent à la militarisation de leur territoire deviennent, sans trop s’en rendre compte, le bouclier humain de toute attaque possible de la Russie contre les forces de l’OTAN.

Ces armes dont disposent ces pays

seront les premières cibles de toute intervention russe.

Les populations en seront les premières victimes.

Aujourd’hui, du 2 au 19 mai 2016*1, sont initiés, en Estonie, tout près des frontières russes, des exercices militaires d’envergure de l’OTAN. Ces exercices sont souvent l’occasion d’introduire des armes de haute technologie dans ces pays frontaliers avec la Russie. Poutine voit et sait ce que les États-Unis et l’OTAN ont à l’esprit avec ces manœuvres militaires. Il sait que les provocations sont là pour l’amener à poser un geste militaire offensif afin de les justifier à attaquer la Russie en défense des pays frontaliers.

Ce sont ces mêmes personnages qui font un jeu semblable en Syrie en s’attribuant le rôle des défenseurs des veuves, des orphelins et des persécutés en déployant tous les efforts pour combattre les soi-disant le terroristes et soutenir, à travers ces mêmes terroristes, l’opposition armée qui lutte contre le régime de Bachar Al Assad.

Il ne fait pas de doute que Poutine voit ce double jeu et qu’il décode les stratégies de ceux qu’il continue d’appeler ses partenaires. Sa patience résiste à ces manœuvres, mais il a, à certains moments, des interventions à ne pas prendre à la légère. Il y a des lignes rouges à ne pas dépasser. La sécurité du peuple russe ne doit être, en aucun cas menacée. Pour la Syrie, la ligne rouge à ne pas dépasser est celle du non-respect du droit international et la déstabilisation du gouvernement légitime de Bachar al Assad. L’envoi tout récent**2 de 250 militaires étasuniens en territoire syrien, sans l’accord du gouvernement syrien constitue une invasion et est inacceptable en droit international. À ce sujet, Moscou a fait savoir***3 qu’elle appuierait toute intervention légitime du gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme et ceux qui le soutiennent de diverses manières.

L’art martial du karaté a sans doute appris à Poutine que les coups qui portent le plus sont ceux qui sont placés au moment le plus opportun. Lorsque les coups de l’attaquant n’arrivent pas à atteindre les points forts de l’adversaire, il se retrouve en situation de faiblesse et de vulnérabilité. Dans tout combat, il n’y a pas que les muscles qui comptent, mais aussi, et sans doute davantage, l’intelligence. C’est sans doute ce qui peut expliquer la patience de Poutine, un des hommes les plus informés de la planète. Il mesure les forces dont il dispose, connaît celles de ses adversaires, et attend le moment venu pour frapper là où il n’y aura pas de retour.

Il ne faut pas oublier ce que les rues de Saint-Pétersbourg lui ont appris : « lorsqu’on réalise que la bagarre est inévitable, il faut frapper le premier. » Il faut croire qu’il continue d’espérer qu’une entente puisse être possible. Pour le moment, ses partenaires occidentaux continuent leur double jeu.

Poutine le sait, mais il sait également que ce double jeu finira par avoir raison d’eux. Poutine est de moins en moins seul et ses adversaires de moins en moins crédibles.

Oscar Fortin

http://humanisme.blogspot.com

Le 2 mai 2016


source/http://humanisme.blogspot.fr/


*1

Baptisées Spring storm, ces manœuvres d’envergure auront lieu en Estonie et impliqueront les troupes de dix pays membres de l’Alliance.

Les exercices militaires qui débutent ce lundi en Estonie mobiliseront 6.000 militaires et dureront jusqu’au 19 mai, a annoncé l’état-major estonien des Forces armées.

Les manœuvres impliqueront le contingent militaire en provenance de dix pays, dont les Pays-Bas, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique, le Canada, la Lettonie, la Lituanie, la Finlande et la Suède.

Des véhicules de combat d'infanterie Bradley
© Flickr/ U.S. Army Europe Images
Washington renforce sa présence militaire en Estonie

L’opération aura lieu dans les comtés de Tortu, de Põlva et de Võru qui se trouvent dans une zone frontalière de la Russie, indique le communiqué.
Selon le document, dans le cadre des exercices, la Pologne enverra en Estonie des bombardiers Su-22 et des chasseurs F-15 alors que des hélicoptères de transport lourd CH-47 et des appareils de transport hybride Bell V-22 Osprey arriveront des Etats-Unis.

Ces derniers temps, l’Alliance a multiplié le nombre de ses manœuvres à proximité des frontières russes. Début avril, le commandant adjoint des Forces d’attaque navale et de soutien de l’Otan est arrivé en Estonie pour discuter les plans des manœuvres navales qui se tiendront dans la mer Baltique cet été.

Les troupes de l'Otan débarquent de l'amphibie massif à la côte de Ustka, nord de la Pologne, au cours d'exercice BALTOPS (Opérations baltes) 2015 dans la mer Baltique
© AP Photo/ JANEK SKARZYNSKI
L’Estonie se prépare aux grandes manœuvres navales de l’Otan

Par ailleurs, l’Otan lancera en juin prochain des exercices d’envergure baptisés Saber Strike 2016 dans les pays baltes, principalement sur le territoire estonien. Les troupes terrestres de l’Otan achemineront plus de 500 matériels de guerre en Estonie, surtout des blindés Stryker. Au total, 3.500 militaires des trois pays baltes et plus de 1.600 militaires de l’Alliance seront engagés dans ces manœuvres.


**2 -Le président Obama annonce l’envoi en Syrie de 250 militaires des forces spéciales supplémentaires

Actuellement, les forces spéciales américaines comptent 50 personnels en Syrie. Il s’agit de conseiller et d’appuyer les Forces démocratiques syriennes, au sein desquelles sont réunies les milices kurdes des YPG (Unité de protection du peuple) et des groupes arabes armés.

Au cours de ces dernières semaines, et avec le soutien aérien de la coalition dirigée par les États-Unis, les FDS ont remporté plusieurs succès significatifs contre les jihadistes de l’État islamique (EI ou Daesh), avec notamment la prise récente de la ville stratégique de Chaddadé.

Au début de ce mois, il avait été fait état de l’envoi possible de davantage de commandos des forces spéciales américaines en Syrie. Mais les responsables du Pentagone se gardèrent d’avancer le moindre chiffre.

Finalement, il n’aura pas fallu attendre trop longtemps. Ce 25 avril, lors d’un déplacement à Hanovre (Allemagne), le président Barack Obama a annoncé l’envoi prochain de 250 militaires américains supplémentaires en Syrie, ce qui portera donc leurs effectifs à 300 personnels dans ce pays.

« J’ai approuvé le déploiement de jusqu’à 250 militaires américains supplémentaires, notamment des forces spéciales, en Syrie », a en effet déclaré le chef de la Maison Blanche. Leur mission, a-t-il précisé, sera d’entraîner et d’assister les « forces locales » qui combattent Daesh.

« À l’heure actuelle, la menace la plus urgente pour nos nations, c’est l’EI et c’est la raison pour laquelle nous sommes unis dans notre détermination à le détruire », a fait valoir M. Obama.

« Un petit nombre de membres des opérations spéciales américaines au sol sont déjà en cours en Syrie et leur expertise a été essentielle pour permettre aux forces locales d’exclure EI de certaines zones-clés », a-t-il par ailleurs expliqué. Et c’est justement le succès de cette approche qui justifie, aux yeux de M. Obama, l’envoi de renforts en Syrie.

En décembre 2015, le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, avait déclaré que « en Syrie, là où nous trouverons de nouvelles opportunités de développer le groupe des forces spéciales déjà sur place, nous serons prêts à le renforcer. »

L’annonce faite par le président Obama vient une semaine après celle concernant l’envoi en Irak de 217 conseillers militaires américains supplémentaires, d’hélicoptères d’attaque AH-64 Apache et d’un lance-roquette multiples M142 HIMARS en plus des deux autres déjà déployés dans la province irakienne d’Al-Anbar. Ce renforcement vise à préparer l’offensive que doivent lancer les forces irakiennes en vue de reprendre la ville de Mossoul, tombée aux mains de Daesh en juin 2014.


http://www.opex360.com/2016/04/25/le-president-obama-annonce-lenvoi-en-syrie-de-250-militaires-des-forces-speciales-supplementaires/


***3 -Moscou accuse Obama de violer la souveraineté de la Syrie en y envoyant 250 militaires

La Russie a exprimé son inquiétude concernant le déploiement de 250 militaires américains à Roumeilan, en Syrie, sans le consentement du gouvernement syrien. Le 25 avril, Barack Obama a en effet confirmé l’envoi de 250 soldats de plus en Syrie.

«Nous ne pouvons qu’être préoccupés par le fait que telles actions sont effectuées par les États-Unis sans le consentement de la République arabe syrienne», a confié à l’agence de presse russe TASSle vice-ministre russes des Affaires étrangères, Sergueï Ryabkov, concernant l’arrivée prochaine de soldats américains en Syrie.

«C’est une violation de souveraineté», a-t-il ajouté. «Je souligne qu’une évaluation politique officielle similaire a été déjà faite par Damas et que nous exprimons notre solidarité totale avec cela», a ajouté le diplomate russe.

Le 25 avril, le président américain Barack Obama a confirmé son intention d’augmenter la présence militaire américaine en Syrie en déployant 250 militaires supplémentaires portant leur total à 300. Selon le président américain, ces soldats aideront à expulser Daesh.

Cette mesure a suscité la perplexité parce qu’elle contredit la promesse de «ne pas déployer de militaires américains au sol en Syrie» qu’avait faite Barack Obama en 2013. Il avait déjà rompu cet engagement l’an dernier pour la première fois en envoyant 50 soldats des forces spéciales en Syrie, qualifiant cet acte de mesure «contreterroriste» et non pas de premier pas avant un engagement au sol.

Le 27 avril, près de 150 militaires américains sont arrivés dans la ville de Roumeilan, contrôlée par les Kurdes dans le Nord-Est de la Syrie, a rapporté l’agence de presse syrienne SANA. Une source affirme qu’une partie du contingent s’est immédiatement rendue au Nord de la province de Racca.


https://francais.rt.com/international/19848-moscou-accuse-obama-violer-souverainete