692 – Chypre « invité » à adhérer à l’Otan

Note Sans à priori : un rappel succin de l’Histoire de l’ile de Chypre pour mieux comprendre son actualité, rajouté à la suite de l’article présent.

| 30 avril 2016

 

Washington pousse à une solution de la crise chypriote qui inclut l’adhésion de l’île réunifié à l’Alliance atlantique. C’était le message de l’ambassadrice Victoria Nuland, le 19 avril à Nicosie.

En 1974, alors que Chypre était devenu le refuge des Grecs persécutés par la dictature des colonels, une opération conjointe —coordonnée par Henry Kissinger— de la Grèce et de la Turquie permit

  • à Athènes de tenter un coup d’État à Nicosie
  • et à Ankara d’envahir militairement l’île prétendument pour s’y opposer.

Depuis lors, le Nord-Est de Chypre est occupé par des troupes turques et s’est constitué en État sous tutelle turque.

Depuis 2004, des négociations de paix visent à réunifier l’île sous une autorité fédérale inspirée du modèle suisse.

La même année, Chypre a adhéré à l’Union européenne, qui n’a pas pris sa défense car elle est occupée par un membre de l’Otan.

Il est vite apparu que le plan Nuland se traduirait en réalité par le maintien des troupes turques dans l’île, sous le drapeau de l’Otan cette fois.

Il semble que Washington exerce un chantage sur le président Níkos Anastasiádis pour le contraindre à soutenir l’adhésion de l’île —jusqu’ici neutre— à l’Alliance atlantique.

Il aurait en effet créé avec Theofanis Philippou la société Imperium, laquelle aurait servie à la gestion des affaires de Leonid Lebedev* qui font aujourd’hui l’objet de plusieurs procès, dont un à New York pour 2 milliards de dollars. Le président Anastasiádis a par ailleurs favorisé l’acquisition de la nationalité chypriote du milliardaire et sénateur russe.


*Le 5 Février 2014, Lebedev a poursuivi ses anciens partenaires, Viktor Vekselberg et Leonid Blavatnik, pour rupture de contrat pour 2 milliards $ à la Cour suprême de l’État de New York (https://en.wikipedia.org/wiki/Leonid_Lebedev)


note de Sans à priori – Pour comprendre « Chypre » un peu d’Histoire :

Histoire de Chypre

Carte topographique de Chypre.

L’histoire de Chypre est celle d’une île méditerranéenne située au carrefour de l’Europe, du Levant et de l’Afrique.

L’île de Chypre, que les anciens Égyptiens nommaient « Alachia », les anciens Assyriens « Iatnana » et les Phéniciens « Enkomi », fut dès l’Antiquité au carrefour d’importants courants commerciaux, assimilant au fil des siècles différentes cultures provenant de la Crète minoenne, de la Grèce mycénienne et de tout le pourtour du Bassin Levantin. Son nom grec de « Kupros » (« Κύπρος ») signifie cuivre, en référence aux importants gisements de ce métal, qui assurèrent sa renommée et sa prospérité dans l’ensemble du bassin méditerranéen.

Après avoir été longtemps indépendante et autonome sous l’autorité de rois placés à la tête de dix cités-royaumes, Chypre devient au VIe siècle av. J.-C. l’enjeu de guerres entre les Perses et les Grecs. Elle reste perse, puis passe sous le sceptre d‘Alexandre le Grand, et, après sa mort, sous celui des Ptolémées d’Égypte.

Cette période hellénistique inaugure l’hellénisation de l’île,

  • qui reste majoritairement de culture grecque sous la domination romaine en 59 avant notre ère,
  • byzantine, franque en 1192,
  • vénitienne en 1489,
  • ottomane en 1571
  • et britannique en 1878.

Aujourd’hui, l’île de Chypre est peuplée d’environ 1 200 000 habitants,

  • dont l’élément grec est majoritaire
  • et l’élément turc minoritaire,
  • ainsi que par des Britanniques installés dans des enclaves militaires sous souveraineté de la Couronne.

La partie nord de l’île est occupée par la Turquie depuis 1974.

Chypre est divisée de facto en deux entités, séparées entre elles par la Ligne verte ou ligne Attila.

Du protectorat à la conquête britannique

L’île demeure ottomane pendant trois siècles, avant d’être cédée en 1878 au Royaume-Uni « pour être occupée et administrée » par ce dernier au nom de l’Empire ottoman, qui conserve néanmoins la souveraineté nominale sur l’île, même si en pratique celle-ci est désormais intégrée à l’Empire britannique12.

Le 5 novembre 1914, à la suite des déclarations de guerres successives entre la Triple-Alliance et la Triple-Entente, le Royaume-Uni annexe totalement l’île de Chypre12. Cette occupation sera reconnue par le Traité de Lausanne, signé en 1923 entre les Alliés et la Turquie13.

Chypre devient une colonie britannique14 au mécontentement des insulairesNote 1 et le nouveau gouvernement de Ronald Storrs dote l’île d’une « Constitution » qui vise à apaiser le sentiment nationaliste.

la réclamation de l’énosis

Photo d'une manifestation en faveur de l'Énosis sur l'île au début des années 1930.

Manifestation en faveur de l’Énosis au début des années 1930.
Article connexe : Référendum de 1950 à Chypre.

Le 21 octobre 1931, une première révolte des Chypriotes grecs contre l’occupation a lieu, elle est aujourd’hui connue sous le nom d’Oktovriana (Οκτωβριανά) et mène à une période sombre où les Britanniques règnent sur l’île par la force, profitent de ses richesses et de sa position stratégique en Méditerranée orientale mais ne mènent aucune politique destinée à développer l’île sur les plans économiques et sociaux quand les citoyens les réclament. Durant cette période appelée « Palmerokratia »15, les droits des Chypriotes sont réduits, les associations et regroupements interdits et les manifestants pour l’émancipation de l’île et son rapprochement avec la Grèce, réprimés. L’Oktovriana est utilisée comme prétexte par l’administration britannique pour abolir le Conseil législatif et réduire le pouvoir des Chypriotes dans l’administration coloniale. Cette période autocratique dure presque dix ans16.

Un premier référendum sur le rattachement de l’île à la Grèce a lieu le 15 janvier 1950, soutenu par l’Église orthodoxe et sous l’égide de l’archevêque Makarios IINote 2.

  • 95,7 % des Chypriotes grecs se prononcent alors en faveur du rattachement à la Grèce : l’Union ou « Énosis » (en grec : ἔνωσις)Note 3,17,18, démontrant leur rejet de l’administration coloniale britannique dans les urnes.

Celle-ci considère le plébiscite comme un stratagème dans la rivalité entre le parti AKEL – d’orientation communiste – et l’Église orthodoxe ; elle ne lui accorde aucune considération. Pire, l’anticommunisme occidental de l’après-guerre permet à Sir Andrew Wright, devenu gouverneur de l’île en 1949, de défendre sa politique répressive envers les partisans de l’Énosis (dont l’AKEL est au premier rang) auprès du Colonial office16.

La lutte pour l’indépendance

En 1955, les Chypriotes grecs reprennent les armes contre le pouvoir britannique en formant l’Ethniki Organosis Kyprion Agoniston (EOKA), dirigé par Georges Grivas. De son côté, le Royaume-Uni commence à recruter des milices chypriotes turques pour renforcer ses troupes coloniales.

Les accords de Zurich et de Londres de 1959 mettent fin à la lutte anti-coloniale et le traité de garantie19 garantit l’abandon de toute prétention territoriale britannique future.

Le Royaume-Uni, la Turquie et la Grèce deviennent garants de l’équilibre constitutionnel de la République de Chypre.

Le traité accorde, en particulier, un droit d’intervention militaire, sous certaines conditions, pour rétablir l’ordre constitutionnel si celui-ci venait à être modifié19.

Chypre devient une République indépendante en 1960 et adopte sa propre constitution20. Elle intègre par ailleurs l’ONU et le Commonwealth.

Indépendance et partition

De l’indépendance aux violences inter-communautaires

La constitution garantit à la minorité chypriote turque un poids politique important (30 % des postes dans la fonction publique et 40 % dans la police) au regard de son poids démographique (18 % de la population) et un droit de véto sur les décisions du parlement dans un système communautaire que certains jugent analogue à celui du Liban. Selon les Chypriotes grecs, ces quotas se révélèrent si disproportionnés que, durant la période 1960-1962, le nouvel État chypriote eut des difficultés à les remplir, par manque de candidats turcophones.

Makarios III, le 8 juin 1962

Le 24 mai 1961, Chypre devient membre du Conseil de l’Europe.

En 1963, le président Makarios III propose des amendements à la Constitution de 1960. Cette proposition, connue sous le nom des « 13 amendements de Makarios », visait à répondre à la situation de blocage institutionnel persistant depuis plusieurs mois. En effet, les représentants chypriotes grecs et turcs usant alternativement, et de manière systématique, de leur droit de véto, sur les propositions issues de l’autre communauté, le blocage était inévitable.

  • Les questions fiscale et de partage de l’administration des villes furent, en 1963, à l’origine de la paralysie complète des institutions sur ces sujets.

Aussi, les propositions de Makarios avaient-elles pour but de dénoncer le droit de véto chypriote turc, et plus généralement la pondération excessive des pouvoirs institutionnels.

  • Ce coup de force du président chypriote contribua à exacerber les tensions entre les deux communautés, conduisant à de violents affrontements intercommunautaires en décembre 1963.

Cet épisode sanglant très controversé dans son déroulement, marque certainement la fin des espoirs de cohabitation pacifique entre les deux communautés, qui n’ont de cesse de se séparer, et de s’affronter dans une lutte fratricide.

Profitant de cette situation de tension, la Turquie reprend et actualise une ancienne revendication : la Taksim, autrement dit la partition de l’île.

La communauté turque, historiquement très liée à Ankara, met en œuvre, partout où elle le peut dans l’île, ce programme de séparation. Au début de l’année 1964, Chypre est à feu et à sang.

  • Des opérations d’épuration ethnique (destructions de villages et de mosquées, assassinats, viols)[citation nécessaire] sont commises par la partie grecque, ce qui provoque des représailles du côté turc.

Les Chypriotes grecs profitent de la politique de la chaise vide, décidée en janvier 1964, par les représentants chypriotes turcs, dans toutes les instances représentatives, pour faire passer des lois rééquilibrant les pouvoirs conformément au prorata démographique.

  • Les Chypriotes turcs s’enfoncent quant à eux dans la logique de la séparation, provoquant de ce fait les conditions de leur mise à l’écart.
  • Le TMT, milice chypriote turque, provoque de manière concertée des incidents, auxquels les Chypriotes grecs répondent de manière toujours plus disproportionnée.
  • Les dirigeants chypriotes turcs poursuivent, durant tout l’hiver 1964, cette politique du pire dans le but de démontrer que leur sécurité est en jeu et que la partition est la seule solution préservant leur existence même.

Cette politique se concrétise, dans les premiers jours de juin, par l’appel de la communauté chypriote turque à la Turquie, pour qu’elle intervienne militairement afin d’assurer sa protection.

Les États-Unis, à travers l’ancien chef du département d’État, Dean Acheson, tentent une médiation secrète entre la Grèce et la Turquie (par ailleurs alliées au sein de l’OTAN) sur la question chypriote afin d’éviter une guerre entre ces deux pays susceptible de déstabiliser le flanc sud-est de l’OTAN.

Ces tentatives se soldent par un échec faisant de Chypre le terrain d’affrontements incessants entre les milices chypriotes grecque et turque, ce qui conduit l’ONU à envoyer un important contingent de casques bleus (UNFICYP) sur l’île en mars 1964, à l’issue de l’adoption de la résolution 186.

Du coup d’État grec à l’invasion turque

Carte de Chypre montrant la division politique marquée après l’invasion de 1974

En 1974, la Garde nationale chypriote, soutenue par la dictature grecque, organise un coup d’État contre Makarios III dans le but de rattacher l’île à la Grèce (Enosis).

La Turquie intervient militairement prenant pour prétexte de protéger la minorité turque.

Cette intervention militaire, justifiée par l’existence d’un traité de garantie de la Constitution de 1960, devait rétablir l’ordre constitutionnel dans l’île.

Au lieu de cela, et bien que le coup d’État ait échoué en moins de dix jours, l’invasion turque fut maintenue coupant l’île en deux.

  • La République de Chypre se retrouva donc amputée de plus de 30 % de son territoire occupé militairement par l’armée turque.
  • En 1983, la partie occupée de Chypre se déclara République turque de Chypre Nord (RTCN), mais, étant issue d’une violation flagrante des règles de droit international, elle n’est pas reconnue par le reste de la communauté internationale (elle ne dispose pas de siège à l’ONU), à l’exception de la Turquie.

Au cours des opérations, environ mille six cents Chypriotes grecs ont disparu, sur le sort desquels la Turquie a toujours refusé de donner la moindre indication. Des renseignements fournis par des services secrets, publiés par La Tribune de Genève, indiquent néanmoins qu’un grand nombre fut exécuté rapidement alors que d’autres restèrent détenus… plus de vingt ans21,22.

Chypre, membre de l’Union européenne

Le plan Annan, intervenant après trente ans de négociations infructueuses, propose d’instaurer un État confédéral, chaque État confédéré devant permettre l’installation (ou le retour) de 33 % au plus de résidents de l’autre communauté sur son sol.

Il est proposé au cours d’un référendum.

Bien que le nombre de Turcs soit insuffisant pour atteindre ce taux au Sud, alors que le nombre de Grecs est largement suffisant pour l’atteindre au Nord, ce plan

  • fut accepté à plus de 65 % par les habitants du Nord de l’île,
  • mais rejeté à 70 % par ceux du Sud lors d’un référendum :

en effet, pour les Grecs ayant été chassés du Nord, la limitation à 33 % était inacceptable, étant donné qu’ils étaient environ 79 % des habitants du nord avant 1974 ;

pour les Turcs en revanche, cela revenait à sauvegarder l’essentiel de leurs acquis tout en revenant dans la légalité internationale et en échappant à l’embargo et à la dépendance vis-à-vis d’Ankara.

Au cours de ce référendum d’ailleurs, pour la première fois, des manifestations massives, rassemblant jusqu’à 50 000 personnes, ont eu lieu dans la partie occupée de Chypre, au cours desquelles la communauté chypriote turque a contesté ouvertement la politique sous tutelle d’Ankara du « président » Rauf Denktash, exigé sa démission, et exprimé son souhait de rattachement à la partie sud23.

Le 1er mai 2004, la République de Chypre entre dans l’Union européenne alors qu’une partie de son territoire est toujours occupée militairement par la Turquie24, et depuis, l’inégalité économique entre les deux parties s’est aggravée : selon la terminologie officielle du protocole no 10 du traité d’Athènes, « l’acquis communautaire est suspendu dans les zones où le gouvernement de la République de Chypre n’exerce pas de contrôle effectif « .

Tout progrès vers une solution à ce conflit qui sépare les deux communautés depuis 1974, semble désormais largement lié à l’avancée des négociations sur l’adhésion de la Turquie à l’Europe : le retrait d’Ankara de Chypre est en effet l’une des conditions de cette adhésion.

La création depuis 2005 de points de passage entre les deux côtés, permet aux populations de renouer des contacts et donne une lueur d’espoir en vue d’une amélioration de la situation.

Le 21 mars 2008, lors d’une entrevue entre le nouveau président de la République de Chypre Demetris Christofias et son homologue de la partie turque, Mehmet Ali Talat, il est annoncé l’ouverture d’un point de passage dans la rue Ledra, grande rue commerçante de Nicosie. Ce nouveau check point s’ajoute aux cinq autres ouverts depuis 2003 sur plusieurs points de la « ligne verte ». Un autre point de passage serait ouvert à Limnitis dans la partie nord-ouest de l’île coupée en deux depuis 1974.

Le 3 avril 2008, la rue Ledra, rue piétonne et commerçante du Vieux-Nicosie, alors coupée en deux par un mur, est rouverte après 40 ans de séparation. On peut y voir là un premier pas symbolique vers la réunification de l’île.

À ce propos, le 3 septembre 2008 des négociations entre la République de Chypre et la République turque de Chypre du nord ont débuté sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies. Alexander Downer a été nommé au poste de « Conseiller spécial du Secrétaire général25 » afin d’encourager le processus de réunification de l’île fondée sur une fédération bicommunautaire, bizonale et sur l’égalité politique26.
Depuis de nombreuses années les autorités turques mènent une politique de colonisation active de la partie nord, avec des installations massives de colons turcs venus d’Anatolie. L’autre axe d’action consiste à effacer le passé orthodoxe et plus généralement chrétien de l’île, avec des destructions massives d’églises, de couvents et de leurs mobiliers, ou leur transformation en mosquées27.

extraits de source / https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Chypre