587- Le journalisme d’investigation suisse en danger !

2016.03.12 presse3

Entrons-nous dans un monde « Totalitaire » ?

 
 Lukas Hässig, journaliste financier d’investigation accusé de concurrence déloyale et d’atteinte à la personnalité par Crédit Suisse. Plainte reçue par le tribunal de Commerce (ZH)

Les 72 millions de primes offertes à Daniel Vasella en échange d’une clause de non concurrence , c’était déjà lui.

Lui, c’est Lukas Hässig. Un talentueux journaliste qui cumule de nombreuses années dans le monde des médias.

Lukas Hässig a un défaut: il dénonce les iniquités du monde de la Paradeplatz, la place des grandes banques (BNS incluse). D’ailleurs son site s’appelle insideparadeplatz.ch.

Coup de tonnerre en novembre 2015. Le Crédit Suisse porte plainte contre Lukas Hässig pour concurrence déloyale. 24heures précise ainsi:

« La plainte pour concurrence déloyale et atteinte à la personnalité, déposée par Credit Suisse (CS) contre le site d’information Inside Paradeplatz et son propriétaire, le journaliste financier Lukas Hässig, est toujours maintenue. Une semaine après l’avoir reçue au début de novembre, le Tribunal de commerce du canton de Zurich était entré en matière et avait même revu à la hausse la valeur litigieuse de 100 000 francs, à au moins un demi-million. Trois articles sont incriminés (Le CS c’est comme la FIFA, Tidjane Thiam vole le cœur du CS et Urs Rohner n’arrive pas à lever du capital), même si des modifications ont été entre-temps apportées par le journaliste à certains titres et contenus de ses articles. »

Mais ce n’est pas tout. CS s’en prend simultanément à Tages-Anzeiger, journal dans lequel publie régulièrement L Hässig. L’article incriminé est « Credit Suisse est au-dessus des lois aux USA ». Mais contrairement à la plainte contre M Hässig, Credit Suisse ne demande pas d’argent dans le cas du journal.

Mis à part les sommes folles demandées à ce père de famille de 4 enfants, Lukas Hässig a d’ores et déjà perdu une emploi dans un hebdomadaire pour cause de risque commercial.

A côté de ces déboires personnels, professionnels et financier de M Hässig, cette étreinte qui confine à l’étranglement ne manque pas de soulever bon nombre d’interrogations.

Que veut dire Concurrence déloyale quand le bourreau est un journaliste gérant un site modérément grand et une banque globalisée?

Pourquoi Crédit Suisse qui semble soucieuse de son image fait-elle l’objet de plusieurs plaintes autrement plus graves. Le Temps relayait ainsi l’information suivante:

« Début septembre, douze banques – parmi lesquelles Credit Suisse et UBS – s’étaient déclarées prêtes à payer environ 1,87 milliard de dollars pour éviter une plainte collective aux Etats-Unis.

Un groupe d’investisseurs avait fait valoir qu’il aurait subi des pertes à cause d’un cartel illégal, que lesdites institutions financières de même que la firme britannique Markit – prestataire important d’informations financières dans le domaine des dérivés de crédit – auraient monté autour de « credit default swaps ».

De nombreuses banques autour du globe doivent déjà répondre de manipulations sur le marché des devises et des taux de référence comme le Libor. »     

Actuellement, Credit-Suisse fait l’objet de poursuite sur sol américain pour une possible manipulation sur le marché de la dette publique. Qu’est-ce qui fait le plus mal? Ce genre de pub relayé par le Financial Time auprès de la planète anglo-saxonne de la finance ou  ce que peut bien écrire en allemand Lukas Hässig?

La question qui est derrière tout ceci est la désaffection de la place financière suisse et la massive suppression d’emplois qui l’accompagne. Les grandes banques veulent-elles aujourd’hui que la discrétion entoure l’enterrement de la Suisse en tant que place financière? La question se pose.

Nous avons vu l’affaiblissement croissant  des autorités fédérales au profit des puissants lobbies de toute sorte.

  • Qui pense pouvoir protéger encore les citoyens?
  • Qui va protéger la liberté de la presse.
  • Qui va protéger la liberté de penser et de s’exprimer?

Ce sont là des piliers de notre Constitution et donc de notre démocratie.

Il est vrai que ce qui est dit là n’est plus dans l’air du temps. La mode est plutôt aux traités divers et variés qui mettent les entités transnationales au-dessus des vieilles lois publiques, nationales et étatiques. Cet exemple démontre la faiblesse de la situation du citoyen face à ces mammouths de la finance qui ne doivent leur puissance qu’à la générosité de dirigeants qui leur ont délégué des pans de la puissance publique voire des droits régaliens avec la création monétaire bancaire ex-nihilo.

Dernière question qui me saute aux yeux. La plainte pour Concurrence déloyale soulève une question majeure. Est-ce que Lukas Hässig, son site et ses employeurs vont être soumis à la loi sur le Renseignement et celle sur la poste et les télécoms (LSCPT).

Il est dit ceci dans le cadre de la LSCPT:

  • La LSCPT est ordonnée et mise en oeuvre dans le cadre d’une procédure pénale;
  • L’article 15 alinéa 2 précise dans quel  cas le « Service »fournit des renseignements:

Hassig LCD.png

  • Mais de quelles données parle-t-on? Eh bien les voici dans l’article 21:

LSCPT Art 21.PNG

Grâce à cette loi LSCPT (heureusement soumise à référendum), toute plaignant qui invoque la loi sur la concurrence déloyale peut -si sa plainte est reçue- déshabiller la personne physique ou morale (entreprise), objet des doléances.

La question fondamentale et primordiale dans ce dossier est de savoir si Lukas Hässig, son site, etc sont soumis à une surveillance qui permettrait d’identifier les personnes qui lui transmettent les informations.

Si tel devait être le cas, cela signifierait que nous entrons dans un monde totalitaire dont nous n’avons pas le début de l’idée de vers quoi il va nous mener.


source/http://leseconoclastes.fr/2016/04/journalisme-dinvestigation-suisse-danger/