54-COP21, limiter à +1,5°C de réchauffement, devient « improbable »!!

 

Publié le mardi 1 décembre 2015 08:36

Compte à rebours des années d’émissions restantes y compris 2015 (sur la base des émissions actuelles) pour les différents budgets carbone attribués par le GIEC à des niveaux de réchauffement de +1,5°C, +2°C et +3°C. ©Carbonbrief

Le président français François Hollande, son ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, ou encore le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ont appelé à limiter le réchauffement à +1,5°C si possible, à l’ouverture de la conférence climat de Paris. Or, pour avoir deux chances sur trois de ne pas dépasser les 1,5°C, il ne faut plus émettre que 200 milliards de tonnes de CO2, selon les données du GIEC, soit plus ou moins 5 ans des émissions mondiales actuelles…

Au premier jour de la Conférence climat de Paris, l’objectif de limiter le réchauffement à +1,5°C depuis l’époque préindustrielle, et donc pas seulement à +2°C, a fait son retour dans la bouche de nombreux orateurs, dont le président de la COP21(1) Laurent Fabius, le président français François Hollande, le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon et différents dirigeants, notamment de petits états insulaires. Il est vrai que cet objectif semble a priori bien plus ambitieux que celui de +2°C. En effet, à ce niveau de réchauffement, et même sans parler des risques d’évolutions brutales du climat, c’est par exemple les petits états insulaires géographiquement plats qui sont déjà condamnés à disparaître, à “couler”, à être rayés des cartes à assez brève échéance du fait de la hausse du niveau des mers issue du réchauffement global.

“En 2009, les meilleures projections scientifiques ne nous donnaient qu’une centaine de mois pour modifier nos comportements. 80 de ces cents mois se sont écoulés” (Prince Charles)

« D’ici 2030, il y aura peut-être des communautés insulaires dans l’Océanie et dans l’Atlantique qui ne seront plus là », a averti le président de la Fédération de états de la Micronésie, Peter M. Christian. « Notre survie en tant que nation dépend des décisions que nous prendrons à cette conférence, » a estimé le Premier ministre de l’archipel des Tuvalu, Enele Sosene Sopoaga.

Le problème est que le compteur du réchauffement et de son inertie tourne. Ainsi, ce qui était possible il y a quelques années ne l’est plus forcément aujourd’hui. Comme l’a indiqué le prince Charles, en ouverture de cette COP 21, “en 2009, les meilleures projections scientifiques ne nous donnaient qu’une centaine de mois pour modifier nos comportements. 80 de ces cent mois se sont écoulés”.

Ainsi, avec l’aide du phénomène El NIno, 2015 doit passer cette année le cap d’un réchauffement de +1°C. Quelles chances restent-ils alors de limiter le réchauffement global à +1,5°C ? Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) fournit la réponse dans son dernier rapport, à la disposition de tous (page 64 de la synthèse générale): pour avoir une chance sur deux de limiter le réchauffement global à + 1,5°C, il ne faut plus émettre que 550 milliards de tonnes de CO2 après 2010, soit 350 environ après 2015. Oui, cela passe vite ! Et pour avoir deux chances sur trois de ne pas dépasser ces +1,5°C, il ne nous reste plus que 200 milliards de tonnes de CO2 à émettre, soit plus ou moins 5 ans de nos émissions actuelles.

Toujours selon les données du GIEC, nous avons encore une quinzaine d’années d’émissions si nous nous contentons d’une chance sur trois de ne pas dépasser +1,5°C. Une quinzaine d’années pour passer de 40 milliards de tonnes annuelles d’émissions de CO2 à pas grand chose. Une quinzaine d’années pour engager et entamer très largement notre sortie du charbon, du pétrole et du gaz, en laissant sous terre pas moins de 90% des ressources actuelles prouvées de ces énergies fossiles… Car ce sont effectivement elles les principaux responsables de cette situation.

Par ailleurs, en termes de concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et non plus seulement de CO2, nous sommes en 2014 à 481 ppm selon l’index annuel AGGI de l’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). Or, à échéance 2100, 480 ppm est la barre au-delà de laquelle fondent les dernières chances de limiter le réchauffement à +1,5°C, toujours d’après le GIEC. Il faudrait en fait revenir à 450 ppm pour retrouver environ une chance sur deux d’atteindre cet objectif…

Pire, ce sont dès à présent les chances de limiter le réchauffement global à +2°C depuis l’époque industrielle qui sont en train de fondre sous la barre des « deux chances sur trois ». La barre d' »une chance sur deux » sera franchie à 530 ppm. La progression est de 2-3 ppm par an.

Tic tac tic tac…

(1) 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques.

 

http://www.sortirdupetrole.com/la-problematique-energie-climat/452-cop21-limiter-le-rechauffement-global-a-1-5-c-est-de-plus-en-plus-hors-de-portee