7098 – Le système financier adore la dette publique française (partie1) – par Jean Claude Werrebrouck – 10.09.25 – La Crise des Années 2010

Le système financier adore la dette publique française (partie1) 

 

Jean Claude Werrebrouck
par Jean Claude Werrebrouck – 10.09.25 – La Crise des Années 2010
Il existe autour de la dette publique des champs de réflexion complètement oubliés. Le texte qui suit tente d’aborder l’un d’entre- eux, celui des effets de l’endettement de l’Etat  sur le système financier. Ces questions ne sont jamais abordées et ne le seront probablement pas dans un proche avenir dans les bavardages politiques français. Aucun parti politique n’abordera la question des modalités de fonctionnement de nos systèmes financiers.
Constatons tout d’abord que l’achat de dette publique auprès de l’Agence France Trésor par le système bancaire – la quinzaine d’établissements qu’on appelle les SVT (Spécialistes et Valeurs du Trésor) – n’affecte pas la liquidité des banques.

Des bilans qui grossissent car engorgés de dette publique.

 Mécaniquement, les moyens offerts au Trésor au terme d’une adjudication se retrouvent dans la dépense publique et donc sur les comptes bancaires des ménages et des entreprises qui vont bénéficier des largesses de l’Etat. Ce sera encore le cas des 11 milliards d’euros levés en ce début  septembre, une somme assortie de taux plus élevés en raison des incertitudes géopolitiques. Ces comptes figurent au passif des banques, tandis que la dette achetée figure à l’actif : Actif et passif consolidés des banques se gonflent avec les adjudications du Trésor. Mêmes les achats effectués par les non-résidents accroissent directement la liquidité bancaire laquelle bénéficie des nouvelles dépenses publiques. Le total consolidé des bilans bancaires se trouve ainsi augmenté de  la totalité de la nouvelle dépense publique autorisée par le nouvel endettement. Il est donc erroné de parler d’un effet d’éviction qui détournerait les moyens bancaires depuis l’investissement des entreprises vers l’achat de dette publique. Très mécaniquement, les agents qui épargnent en laissant dormir un compte bancaire important voient la dite épargne transformée en dette publique. L’épargne de plus en plus importante ( près de 19% du PIB) n’est pas sous utilisée et vient nourrir le système financier
Bien sûr puisque la France n’est pas compétitive, les nouvelles dépenses privées nourries par le déficit  vont se diriger partiellement vers l’étranger ce qui, ici, affectera la liquidité bancaire, mais l’achat de dette par les non-résidents favorise la liquidité bancaire française. Les banques étrangères dans -la cohorte des SVT– disposent d’une  place importante : Goldman Sacks, Barclays, JP Morgan, Morgan Stanley, etc.

Des bilans plus gros et plus sécurisés.

 La valeur des actifs pondérés des bilans est plutôt confortée si le poids de la dette publique est important dans les dits actifs. En effet la dette publique est un actif plus sécurisé que les autres (actions, crédit aux entreprises et ménages, autres obligations). Un Etat ne peut être en faillite comme un agent privé et surtout  un Etat n’a jamais à rembourser sa dette mais simplement a le devoir d’en assurer le service. Cette caractéristique conforte par conséquent  la valeur des banques sur le marché qui trouve dans la dette publique une matière première solide.
Maintenant, puisque les actifs sont davantage sécurisés, les risques sur le passif des bilans bancaires sont quasi inexistants (les dépôts bancaires sont protégés par la sécurité de leur contre partie en termes d’actifs). Cette sécurité générale peut donc permettre un allégement des fonds propres (plus de 25% du total des bilans il y a un siècle avant la bancarisation et moins de 5% aujourd’hui)

Des fonds propres plus petits assortis d’une rentabilité plus grande.

Un coussin de fonds propres important est inutile en cas d’accidents puisque les dits accidents sont improbables. Au total la bancarisation qui fait que la dette achetée par les banques se retrouve au passif et à l’actif ne fait que grossir, en sécurité,  le total des bilans. On peut donc, bancarisation oblige, imaginer une chute des fonds propres…et donc une hausse des résultats bancaires : la dette publique rapporte peu mais les gains servent à rémunérer un capital faible et donc le taux de profit augmente. Et plus la dette publique s’alourdit et plus on peut se contenter de fonds propres légers. Avant la crise de 2008 certains établissements frôlaient les 1% de fonds propres.
C’est dire aussi que la matière première du crédit devient extraordinairement importante. Les banques sont toujours présentes aux adjudications du Trésor, sont toujours prêtes à offrir davantage que ce dernier souhaite mobiliser et elles sont prêtes à offrir de nouveaux crédits de toute nature puisqu’elles sont créatrices gratuites de nouvelle monnaie. Ce fut encore le cas ce jeudi 4 septembre et l’AFT n’a eu aucune difficulté à lever les 11 milliards d’euros sur de la dette à 10, 15 et 30 ans, face à des SVT qui se sont positionnées pour offrir au Trésor plus de 27 milliards d’euros. Notons toutefois que la matière première du crédit qui sera proposée à l’économie réelle sera peut- être plus couteuse pour les clients des banques et devra  se négocier dans la prudence puisque les actifs sont ici plus risqués.
Comme l’économie française n’est pas compétitive, il est clair que les opérations de crédit ne vont pas privilégier l’investissement productif. Il vaut mieux investir en d’autres lieux. Par ailleurs, les entreprises étrangères ne sont que peu intéressées d’investir dans un pays où la rentabilité est faible.
Les raisonnements que nous venons de mener n’épuisent pas la réalité d’un système financier qui bénéficie très largement de la dette publique. La véritable question est celle de la soumission de l’Etat à un marché dont il est très dépendant. Pourquoi achetez de l’argent – 11 milliards d’euros ce 4 septembre – à des banques alors que l’Etat pourrait agir avec autorité et exiger de la banque centrale qu’il crédite son compte courant – le compte du trésor auprès de la banque centrale – de ce même montant ? Cette question n’est évidemment jamais évoquée dans les bavardages politiques et sera abordée sur le blog d’ici quelques jours.
Jean Claude Werrebrouck  Le 10 septembre 2025

https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/09/le-systeme-financier-adore-la-dette-publique-francaise-partie1.html