7092 – Bavardages nuisibles autour de la dette Par Jean Claude Werrebrouck – 02.09.25 – La Crise des années 2010 –

Bavardages nuisibles autour de la dette 


Par Jean Claude Werrebrouck – 02.09.25 – La Crise des années 2010 –

Le premier ministre souhaite ce qu’il croit être une prise de conscience des français sur les gigantesques dangers de la dette publique. D’une certaine façon il réussit et les différentes entreprises politique comme leurs sympathisants sont d’accords : il faut réduire la dette et ce de façon simple, soit moins dépenser, soit davantage prélever, soit un mix des deux. Et les choses sont semble-t-il très simples, il suffit de reprendre ligne à ligne le budget et de réduire les chiffres d’un côté et de les accroitre de l’autre.
Pour autant il y aurait lieu de s’interroger sur les causes profondes qui ont fait grossir les dépenses et diminuer les recettes. Aucun économiste ou journaliste n’ose affronter ces questions. Nous tentons ci-dessous d’apporter une réponse crédible au problème posé.

A – Une croissance proche de zéro pour un déficit colossal 

Le premier fait consiste à constater que le déficit n’arrive pas à attiser une croissance disparue. Logiquement les dépenses trop importantes sont des opérations qui accroissent la demande globale. Prendre en charge les dépenses de santé permet aux salariés de disposer d’un revenu plus élevé lui permettant de dépenser plus ; distribuer des subventions ou alléger les impôts de production permet aux entreprises de disposer de moyens plus importants pour se moderniser et investir, etc.  Or chaque année le déficit public se trouve très supérieur au supplément de richesse produit et acheté sur les marchés. C’est ce que le premier ministre lui-même met en avant en parlant sur les plateaux de TV de 50 milliards de croissance contre 150 milliards de dettes nouvelles. C’est dire que logiquement, une disparition du déficit correspondrait à une diminution de la richesse produite et achetée, c’est-à-dire une réalité pour laquelle il y aurait plus de chômage et de dépôts de bilans donc une réalité supposant de nouvelles interventions de l’Etat…et une aggravation du déficit que l’on voulait combler. Cette simple constatation évidente permet par conséquent de douter de l’ensemble des solutions proposées par les divers partis. Car jadis, au temps des trente glorieuses il en était autrement et une demande globale plus élevée dont l’origine pouvait être un déficit développait une hausse de la croissance entrainant elle-même un financement facile et une évaporation du déficit.

Il faut donc aller beaucoup plus loin et se poser la question de l’origine de cette nouvelle réalité à savoir une croissance qui ne cesse de tendre vers zéro.

B – Pour produire davantage il faut un marché

Pour cela il faut simplement partir  des réflexions de tout investisseur impliqué dans les réalités industrielles. Supposons un industriel qui fort de ses compétences et de ses ressources se propose de produire une marchandise, par exemple des aspirateurs. La première question de tout investisseur rationnel est de savoir s’il dispose- compte tenu de ses capacités et de son potentiel-  d’un marché.

Sachant qu’il travaille dans un milieu ouvert, ce marché dépend complètement du taux de change entre la monnaie dont il dispose et les monnaies étrangères.

C – Et le marché dépend d’un taux de change…qui peut étrangler… ou libèrer.

Si le cours de la monnaie nationale est très élevé cela signifiera que les aspirateurs sont très coûteux pour des clients étrangers et qu’à l’inverse les nationaux seront très intéressés par  ces mêmes marchandises produites à l’étranger dans une monnaie étrangère dont le cours est faible par rapport à la monnaie nationale. Dit plus simplement, notre investisseur rencontrera un gros problème de débouché, ne produira que peu et sera considéré non compétitif. La conclusion est que le prix de loin le plus important dans un milieu ouvert est le cours de la monnaie nationale et donc le taux de change.
Si maintenant pour une raison ou une autre le taux de change est durablement élevé , et que l’on se trouve dans un pays où historiquement l’Etat joue un rôle central dans ce qu’il croit être un intérêt général-  ce qui est le cas de la France avec un Etat qui s’est construit depuis plus de 1000 ans aussi bien par des rois que par une idéologie républicaine- il sera demandé au dit Etat d’intervenir.

Logiquement si on ne peut baisser le cours du change parce que par exemple l’autorité monétaire n’appartient plus à l’Etat ( cas de l’euro) il faudra obtenir une baisse des couts internes et donc procéder à une dévaluation interne. L’opération est bien sûr beaucoup plus difficile que lorsqu’il est souverainement possible d’opérer par simple décret à une dévaluation externe.

D – Un Etat peut « lâcher  la laisse » et compenser artificiellement un étranglement

Concrètement il sera demandé à l’Etat de moins prélever d’impôts sur des entreprises déjà handicapées par la concurrence aiguisée par un taux de change trop élevé. L’ Etat sera aussi invité à verser des subventions au titre de l’aide à la compétitivité. Plus encore ce même Etat sera aussi invité à baisser le cout du travail en supportant une partie du cout du travail (charges sociales). Autant d’opérations qui correspondent à des baisses de rentrées fiscales et des hausses de dépenses publiques, et font émerger un déficit public très apprécié d’une finance en recherche de produits financiers sécurisés.

Les banques créatricessans cout de production car simple jeu d’écritures-  de monnaie peuvent ainsi se nourrir d’un déficit public résultant d’une dévaluation interne exigé par la plupart des marchés politiques.

E – Des revenus supplémentaires qui maintiennent les gens dans la prison d’un monde artificiel

Deux artificialités sont à considérer. La première est celle du confort assuré par le déficit. Le déficit public est fait de revenus supplémentaires, pour les agents (ménages et entreprises) et ne correspondent à aucune production. Toutefois sans le déficit, les salariés disposeraient d’un pouvoir d’achat inférieur les empêchant d’acheter la marchandise, ici dans notre exemple des aspirateurs, et les entreprises seraient victimes d’un cout de production trop élevé pour espérer exporter. Si le déficit empêche le rétrécissement du marché il ne permet pas son élargissement. Il crée un marché pour les exportateurs étrangers attirés par le taux de change élevé. Il bénéficie aussi aux touristes nationaux attirés par un étranger bon marché. Par contre le revenu supplémentaire nationalement distribué ne permet pas l’élargissement de la production nationale et ne fait que maintenir une activité partiellement improductive. Il s’agit là d’une première artificialité.
La seconde artificialité concerne la magie financière. Les banques et le système financier se nourrirent du déficit public et gagnent sur plusieurs tableaux. Equipés d’un actif fait de titres publics sécurisés les banques supposées rationnelles doivent  réduire leurs fonds propres. Naguère, lorsque le système financier nourrissait l’économie réelle, il fallait couvrir les risques par des fonds propres importants (environ 25%  du total des bilans). Ils peuvent aujourd’hui descendre à moins de 5% et ainsi augmenter la rémunération du capital sans les risques de l’économie réelle. Plus le déficit public existe pour ne pas tuer l’économie réelle et la maintenir dans sa situation d’étranglée victime du taux de change  et plus la finance se libère en se détournant de l’économie réelle. De façon plus accessoire les titres de la dette publique deviennent collatéral sur tous les marchés financiers qui eux-mêmes ne représentent plus l’économie réelle avec des volumes qui multiplient souvent par plus de 100 les échanges réels.

Le déficit issu d’un taux de change irréaliste devient double drogue, celle qui enferme l’économie réelle et celle qui propulsent les acteurs dans les  mirages de la finance.

F – Une artificialité qui ne peut être réduite…sans sortir d’un cadre qui restera prison

Maintenant il n’y a que peu d’espoirs de voir de nouveaux investissements. Cela exigerait pour les investisseurs étrangers et nationaux  de disposer des mêmes avantages en termes fiscaux et sociaux et donc le déficit risquerait de s’aggraver.  Fondamentalement le pays n’est pas compétitif et tout projet doit se trouver aider par un Etat qui du même coup ne peut que grossir et se bureaucratiser. Tout projet de réduction du déficit aboutit mécaniquement à une diminution de la demande globale et donc au résultat inverse de celui qui est recherché. Le déficit lui -même n’accroit pas la compétitivité et ne fait que masquer son insuffisance, le vrai problème étant un taux de change dont la manipulation est devenue impossible.
Ce que nous venons d’expliquer concerne hélas la France, un pays qui naguère conservait sa cohérence et ses choix d’avenir par des dévaluations compensatrices de ses choix peut-être trop dynamiques. Et un pays qui, aujourd’hui, voulant conserver son Etat puissant et protecteur se brise sur une réalité monétaire qu’il ne contrôle plus.

L’insupportable bricolage des débats actuels sera hélas repris dans les mêmes termes qu’il y ait dissolution ou non, élection présidentielle ou non, débats fondamentalement nuisibles à l’intérêt du pays.

Jean Claude Werrebrouck – 2 septembre 2025.

https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/09/bavardages-nuisibles-autour-de-la-dette.html