
Calogena.. cette entreprise familiale qui installera le premier petit réacteur nucléaire de France
Par Emmanuel Egloff – 25.08.25 – Le Figaro –

DÉCRYPTAGE – L’industriel a signé avec le . Il vise une mise en service pour son SMR (small modular reactor), destiné aux réseaux de chaleur, d’ici 2032 sur le site de Cadarache.
Et si Calogena était le premier industriel à mettre en service un SMR (small modular reactor) en France, ces petits réacteurs nucléaires dont les projets se multiplient dans le monde ?
L’entreprise créée en 2022, filiale du groupe industriel français Gorgé, vient de passer un accord avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA).
« Nous annonçons aujourd’hui la signature d’une lettre d’intention avec le CEA, qui permet de lancer les études d’implantation d’un SMR Calogena sur le site de Cadarache (qui est un centre de recherche sur l’énergie nucléaire, NDLR) », se félicite Julien Dereux – Directeur général de Calogena.
En mars, à l’issue du Conseil de politique nucléaire réuni par le président Emmanuel Macron, un tel accord entre Calogena et le CEA avait été évoqué. Mais on attendait une officialisation. C’est désormais chose faite. De quoi permettre à Calogena d’être « la première société à disposer d’un SMR prêt à l’horizon 2030 ».
Le petit réacteur de Calogena, d’une puissance de 30 MW (mégawatt), doit permettre d’alimenter le réseau de chaleur de Cadarache, qui fonctionne aujourd’hui au gaz, ce qui fait un peu désordre pour un site nucléaire qui met en avant ses faibles émissions de CO2.
« Nous avons fait le choix différenciant de développer un petit réacteur nucléaire spécifiquement pour le chauffage urbain », détaille Julien Dereux.
Dans l’immense majorité des cas, le nucléaire est utilisé pour produire de l’électricité. Pour cela, il faut de la chaleur à haute température, plus de 300 °C, pour alimenter une turbine. Ce n’est pas le cas avec la technologie de Calogena, puisque le SMR peut se contenter de 110 °C pour alimenter un réseau de chaleur.
« En conséquence, le design de notre SMR est beaucoup plus simple, ce qui nous permet de proposer un prix compétitif, précise le dirigeant. Nous visons 60 euros du MWh, alors que, aujourd’hui, le prix moyen pour les réseaux de chaleur en France se situe autour de 110 euros le MWh ».
Un investissement de 100 millions à 200 millions d’euros
Désormais le calendrier du projet se précise, avec une concertation publique lancée courant 2026, puis une demande de création auprès du ministère en charge de la sûreté nucléaire déposée d’ici mi-2027.
« Nous espérons obtenir cette autorisation de création en 2029, afin de démarrer le chantier la même année, détaille encore Julien Dereux. Et la mise en service de ce premier module devrait se faire en 2032 ».
Il va ensuite falloir trouver le financement, qui est loin d’être négligeable puisque « l’investissement pour la tête de série se situe entre 100 millions et 200 millions d’euros », indique le dirigeant.
Pour l’instant, Calogena a perçu 5,2 millions d’euros dans le cadre du plan France 2030 et espère être éligible à des financements de Bruxelles dans le cadre d’un Piiec (projet important d’intérêt européen commun).
Évidemment, passer un accord avec un acteur de l’importance du CEA est un atout pour attirer des investisseurs.
« Nous sommes très satisfaits d’avoir le soutien du CEA, qui joue un rôle de soutien actif à notre projet de SMR, reconnaît Julien Dereux. L’innovation doit aussi être portée par des partenariats public-privé. »
Implanter un premier SMR à Cadarache présente également des avantages pratiques.
L’acceptabilité sociale, qui est un réel enjeu, est plus facile.
« Le fait de nous positionner sur un site nucléaire existant est un atout, car l’autorité nucléaire le connaît bien, les élus et les habitants à proximité également et le site dispose déjà de la sécurité nécessaire », confirme le dirigeant.
Si le premier SMR de Calogena va être installé à Cadarache, la société a d’autres ambitions. La décarbonation des réseaux de chaleur est en enjeu considérable et les SMR représentent une solution très pratique. D’ailleurs, des discussions ont déjà lieu avec d’autres clients potentiels.
« Outre notre partenariat avec le CEA, nous avons signé deux autres lettres d’intention, la première avec une ville française du Grand Est et la seconde avec la ville finlandaise de Kupio », précise Julien Dereux.
Ce projet serait considérable : Kupio cherche à installer l’équivalent de trois modules, ce qui représente un investissement de 400 millions à 500 millions d’euros. Enfin, le groupe a répondu à un appel d’offres de la capitale finlandaise, Helsinki. La réponse est attendue d’ici à la fin de l’année. Le contrat pourrait être colossal.
« Les besoins correspondent à l’équivalent de 12 à 15 modules, confirme Julien Dereux. C’est donc un marché à 1,5 milliard d’euros ».
Peu de concurrents directs
Un tel potentiel suscitera des convoitises. Sauf qu’il y a peu de concurrents directs dans le monde. La plupart des projets de SMR sont beaucoup plus gros que le SMR de Calogena, de l’ordre de 1 000 MW thermique (300 MW électriques). Ils produisent d’abord de l’électricité, mais pourraient également utiliser la chaleur produite pour alimenter des réseaux de chaleur. Le seul concurrent réellement comparable est une start-up finlandaise, Steady Energy, qui a fait le même choix d’un petit SMR ne produisant que de la chaleur.

https://www.lefigaro.fr/societes/calogena-cette-entreprise-familiale-qui-installera-le-premier-petit-reacteur-nucleaire-de-france-20250825?een=3856e2dca4fb9439c3c80d0596cb346b&seen=2&m_i=xugH_xWINvutj4dGFfGSZJclBLXmjl3sVIMHDzTYpIAIIioQM8VYTCx7fdHuzhJkV6RZpNoQtsOgM_Epb51BrRXRhZcSUT5lxQ
