7063 – La guerre en Ukraine et le grand théâtre pétrolier – par Jean Claude Werrebrouck – 19 Aout 2025 – La Crise des Années 2010

La guerre en Ukraine

et le grand théâtre pétrolier


par Jean Claude Werrebrouck – 19 Aout 2025 – La Crise des Années 2010

Eurasia Europa Russia China India Indonesia Thailand

L’Inde paye le pétrole russe :en roupies et le revend – après raffinage- en dollars.
Les USA protestent en concluant qu’il s’agit d’une barrière au régime de sanctions et tentent d’imposer à l’Inde des droits de douanes dissuasifs.
Si l’on comprend aisément le caractère avantageux de l’échange du point de vue de l’Inde, il est plus difficile de repérer un intérêt russe, paramètre que nous examinerons en quelques points. Insistons sur le fait que c’est bien l’échange avec l’Inde qui fait problème car les exportations pétrolières de la Russie vers la Chine échappent à la plupart des difficultés.
Le poids de la Chine permet d’échapper à la réglementation bancaire et surtout de payer dans une monnaie complètement convertible en marchandises dans ce qui est devenu l’usine du monde.

Des gains à l’échange déséquilibrés en défaveur de la Russie

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Certes il existe des possibilités de mobilisation de la monnaie indienne pour acheter des biens fabriqués dans le pays. Toutefois l’éventail des possibilités reste limité (médicaments ou quelques produits alimentaires). A priori la Russie, ou en particulier sa banque centrale, s’encombre d’actifs monétaires qui deviennent des créances douteuses et donc font peser un risque. Les banques russes doivent donc se sécuriser auprès de la banque centrale qui elle – en sa qualité de banque centrale- ne risque pas de défaut en détériorant la qualité de l’actif de son bilan.

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Toutefois il est aussi évident que ces exportations font partie d’une richesse créé à coût très faible puisque dans l’économie pétrolière les coûts marginaux sont en général très limités. les roubles issus de la conversion des roupies permettent de financer les infrastructures pétrolières et leurs salariés, voire contribue aux ressources du Trésor par voie fiscale. Si donc l’exportation n’existait pas il y aurait un manque à gagner qui viendrait alourdir l’écosystème russe. Un autre inconvénient est bien sûr une pression inflationniste puisque la monnaie créée n’a pas pour support une production nationalement disponible.
D’où cette anomalie: la Russie crée des revenus sans production pétrolière disponible,  tandis que l’Inde dispose de dollars pétroliers sans gisements disponibles sur son territoire.

Des gains à l’échange qui peuvent encore diminuer pour la Russie

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Les gains à l’échange- sans doute déséquilibrés au détriment de la Russie – peuvent aussi voir leur périmètre global modifié par le marché pétrolier mondial.
Nous entrons dans une phase durablement excédentaire de l’offre mondiale de brut, circonstance associée à d’importants gains de productivité au niveau des gisements américains et des besoins en devises des pays du golfe.
On pense ainsi que la production américaine déjà considérable, de loin la plus importante du monde avec plus de 13 milliards de barils/jour, pourrait ne pas souffrir d’un prix situé entre 45 et 50 dollars le baril. Une offre qui de façon indirecte pourrait aboutir à des dérivés géothermiques en raison de la parenté technologique dans les outils d’exploitation entre les 2 formes d’énergie.
C’est dire que les raffineurs indiens qui bénéficient déjà de prix bradés sur les achats en provenance de Russie (environ 5 dollars par baril) pourraient encore accroitre la pression sur le prix du pétrole Russe.
Logiquement, la répartition des gains à l’échange Russie/Inde déjà très favorable à ce dernier pays devrait encore se déformer à son profit. Pour autant on sait que la Russie ne peut accepter une diminution de ses ressources.

Construire une duopole américano russe?

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Face à cette situation on peut imaginer le sens d’une coopération nouvelle entre USA et Russie. Dans la mesure où les deux pays disposent des potentialités productives de loin les plus importantes du monde en matière de pétrole et de gaz, il pourrait être mutuellement avantageux de construire un duopole conduisant à la production de plus du quart de la production mondiale de pétrole et de plus du quart de la production mondiale de Gaz.
Sachant que la substitution entre les deux énergies fossiles est industriellement aisée, le deal pourrait consister en une participation majoritaire des infrastructures présentes et futures russes offerte à des capitaux américains.
Un premier investissement pourrait concerner la réparation des Northstream sous contrôle de capitaux américains.
D’autres sans doute beaucoup plus importants pourraient concerner le continent arctique gorgé d’hydrocarbures, et continent appelé à se substituer au Moyen-Orient.
De quoi disposer d’un potentiel d’électrification rapide au profit des surconsommations des infrastructures massivement investies dans l’intelligence artificielle.
De quoi partager une rente nouvelle entre Russie et USA, mais surtout de disposer d’une avance considérable sur une Europe et une Chine dépourvues de capacités importantes dans l’électrification.
Avec un bénéfice supplémentaire, celui de construire une séparation entre ces 2 autocraties que sont la Russie et la Chine et répondre ainsi à une grande peur américaine.
Par contre il est clair que l’Europe pourrait retrouver ses divisions avec une Allemagne prête à renouer avec le gaz russe et s’éloigner de la problématique de la guerre en Ukraine.
Ce scénario jamais évoqué doit probablement se trouver dans les têtes de certains décideurs et bien évidemment serait un grand saut dans l’inconnue pour le prédateur russe. Ne risquerait il pas, avec son ambition de retour de l’empire, de devenir simple vassal?
Jean Claude Werrebrouck – 19 Aout 2025.


https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/08/la-guerre-en-ukraine-et-le-grand-theatre-petrolier.html