7055 – Enjeux monétaires de la rencontre Trump/Poutine en Alaska – Par Jean Claude Werrebrouck – 13.08.25 – La Crise des Années 2010

Enjeux monétaires de la rencontre

Trump/Poutine en Alaska

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Par Jean Claude Werrebrouck – 13.08.25 – La Crise des Années 2010

Une question généralement non évoquée est le financement de l’économie de guerre pratiquée par La Russie et ses conséquences sur les modes de gestion de la banque centrale correspondante.
Le déficit public s’accroit régulièrement avec la montée en puissance de l’industrie de guerre mais  nous ne disposons que de chiffres partiels ou insuffisants. Logiquement, si le Trésor affecte 40% de ses ressources aux divers coûts de la guerre, il est évident que nous devons logiquement entrer dans une économie de dette. Une telle économie n’entre pas facilement dans une société très éloignée de la finance et où même les titres de la dette publique les « Obligatsil federal’noge Zaima «  ne sont guère achetés par les citoyens qui conservent une épargne liquide ni même par les banques qui souhaitent des taux plus rémunérateurs.
Il existe ainsi une anomalie jamais évoquée dans le système médiatique : Comment peut-on mobiliser de tels moyens (40% d’un budget fédéral) sans disposer d’un marché de la dette publique alors qu’en Occident ce même marché présente une taille gigantesque et qu’il est généralement affirmé qu’on ne peut passer en économie de guerre faute de moyens. 
La dette de guerre russe doit logiquement s’envoler et déjà des modalités très curieuses de financement se mettent en place. Par exemple l’annulation des dettes des régions russes – lesquelles  financent les « rentes de cercueil »- au regard du Trésor central – ce qui masque les difficultés à venir du dit Trésor. Plus fondamentalement, le secteur resté privé se trouve en difficulté de financement en raison de la chute considérable de l’investissement privé lequel est victime de taux bancaires rendus extrêmement élevés en raison d’un taux directeur de monnaie centrale lui-même considérable. Ce taux très élevé est aussi sensé contenir une inflation et la chute d’un rouble qui augmenterait encore le coût des importations payées en roubles. D’ores et déjà, de nombreuses entreprises se trouvent en difficulté avec risque de défaut au détriment des banques. Les exemples ne manquent pas et sont mêmes énoncés par les dirigeants et responsables des diverses branches d’activité : métallurgie, mines, construction, industrie automobile.
Globalement, les productions diminuent drastiquement depuis le début de l’année 2025 avec parfois des chiffre ahurissants ( – 28% pour la production de voitures et jusqu’à 40% pour les camions). D’où l’explosion des impayés et leurs effets sur la solvabilité bancaire. On pourrait ajouter à ce tableau, l’extraordinaire montée des coûts associée aux diverses pénuries avec la cannibalisation correspondante (démantèlement de plusieurs unités d’un même bien pour en assembler un seul).
Ces risques n’existent à priori pas pour les banques associées à l’industrie de guerre et on peut penser que, très régulièrement, au moins jusqu’à maintenant, le Trésor, par le biais de son compte à la banque centrale vient alimenter les comptes des entreprises qui livrent à l’armée les moyens de la guerre. On peut toutefois penser que des défauts ou au moins retards de paiement viennent mettre en difficulté l’industrie correspondante avec constitution de créances douteuses dans les actifs bancaires. D’une certaine façon on peut imaginer que, déjà, un financement monétaire existe sous la forme d’avances sur les comptes des banques à la banque centrale. 
Bien évidemment, la Russie et son système bancaire ne peut connaître l’équivalent de ce qu’on appelle en Occident une crise financière. Il n’y a pas et il n’y aura pas de « bank run » anéantissant les bilans bancaires car dans ce type de monde existe une banque centrale qui sans limite peut maintenir le système en place par création sans limite de monnaie centrale
Nous aurions tort de nous moquer de ce qui est très probablement les prémisses d’un « quantitative easing ». En Occident, l’aisance quantitative avait et a pour objet d’empêcher l’effondrement de la finance et des Etats qui lui sont associés.
En Russie, le quantitativisme qui risque de se mettre en place, a pour objet le maintien d’une industrie de guerre consommatrice de ressources considérables.
Toutefois, le problème d’une aisance quantitative est qu’il risque de précipiter l’effondrement du rouble. On comprend par conséquent que la rencontre Trump/Poutine abordera probablement la question de la fin de sanctions qui alourdissent considérablement les coûts de l’économie russe et mettent en danger le maintien d’un surplus extérieur qui générait naguère de précieuses devises directement affectables à l’importation.
Prenons conscience que, si la rumeur d’un « hélicoptère monnaie » finançant l’économie de guerre se généralisait, le paiement des importations en roubles s’arrêterait brutalement…entrainant du même coup la confiance des amis de la Russie. 
La Russie ne peut se permettre un effondrement monétaire. L« hélicoptère monnaie » était pensable en Occident. Il ne l’est pas en Russie. Il est impensable que ces questions ne soient pas évoquées au cours de la rencontre au sommet en Alaska.
Jean Claude Werrebrouck – 13 Août 2025.

https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/08/enjeux-monetaires-de-la-rencontre-trump/poutine-en-alaska.html