7048 – «Où voulez-vous qu’on aille ?» Les habitants de Gaza attendent dans l’angoisse la prise de contrôle de leur ville par Israël – Par Alice Moreno depuis Ramallah – 09.08.25 – Le Figaro –

                                                                «Où voulez-vous qu’on aille ?» Les habitants de Gaza attendent dans l’angoisse la prise de contrôle de leur ville par Israël

Par Alice Moreno depuis Ramallah – 09.08.25 – Le Figaro –


REPORTAGE – L’occupation de l’agglomération bombardée et surpeuplée est annoncée comme la première étape du nouveau plan israélien. Elle implique l’évacuation de près de 1 million d’habitants, qui ne savent où se réfugier.
« Je n’ai aucun plan pour l’instant. »
Mohammed Zakout, 30 ans, vit dans un quartier central de la ville de Gaza. Le jeune homme se sent totalement impuissant face à la menace d’une entrée de l’armée israélienne dans sa ville.
« Nous sommes épuisés, nous avons faim et nous n’avons nulle part où aller »,
se désespère-t-il. Il est réfugié chez ses parents, dans un appartement qu’il partage avec une vingtaine d’autres membres de sa famille.
« Ce sont des cousins, des proches, tous réfugiés du Nord. Où voulez-vous qu’on aille ? Le camp de Khan Younes est plein. Alors, nous attendons les ordres et nous déciderons de ce que nous ferons à ce moment-là. »
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Il décrit une ville de Gaza saturée, dont la population a doublé depuis le début de la guerre.
Près de 500.000 habitants du nord de l’enclave y ont trouvé refuge, poussés par les bombardements. Même si les images satellite laissent apparaître de nombreux bâtiments réduits en poussière par les bombes, certains quartiers de la ville de Gaza sont encore épargnés, contrairement aux autres localités du nord du territoire, qui ont été rasées.
Le gouvernement israélien prévoit d’évacuer l’intégralité des Gazaouis se trouvant dans la ville, soit près de 1 million de personnes. Cela représente la moitié de la population de l’enclave. L’opération devrait s’étendre sur deux mois.
Elle prendrait fin à la date, très symbolique, du 7 octobre.
430.000 personnes réfugiées  dans le camp al-Mawassi
Les Gazaouis seront repoussés vers le sud de l’enclave palestinienne, avec l’espoir de trouver refuge dans des camps déjà saturés de monde.
Younes* est arrivé dans le camp al-Mawassi à Khan Younes il y a quelques semaines. Avec sa femme et ses deux enfants, il a fui les assauts de l’armée israélienne à Deir al-Balah.
« J’ai dû me déplacer plus de quinze fois depuis le début de la guerre, quinze fois ! Cela demande de l’argent, des efforts… tout cela sous les bombardements, car l’armée israélienne ne donne pas l’occasion aux gens de se déplacer en sécurité. À mon avis, plus un seul Palestinien n’a les moyens de bouger », lance-t-il.
Ce travailleur humanitaire a suivi les informations relatives à la réunion du Cabinet de sécurité israélien tout au long de la nuit de jeudi à vendredi, les yeux rivés sur son téléphone dans l’attente de la décision.
« Ça a été un choc de voir que le plan de contrôle total était adopté, souffle-t-il, nous avions l’espoir il y a seulement quelques semaines que la guerre prendrait fin bientôt. Nous en avons assez. Gaza n’en peut plus. »
J’aimerais que le monde essaie d’imaginer à quel point nous souffrons. Chaque soir, je me couche en me demandant si je me réveillerai le lendemain.
Younes, habitant du camp al-Mawassi
Il décrit aussi l’état de saturation du camp al-Mawassi :
« Personne ne peut venir s’installer ici, les tentes sont collées les unes aux autres. Il n’y a pas d’espace, pas d’eau potable, rien que ces tentes au milieu du désert. »
Le camp s’étend sur quatorze kilomètres de long et un kilomètre de large, le long de la mer Méditerranée. Près de 430.000 personnes y sont réfugiées, selon un dernier état des lieux du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha), publié en juin.
La densité s’élève à près de 48.000 personnes au km2, circonscrites sur une plage, sous une chaleur étouffante.
Dans de telles conditions, Younes ose à peine songer à l’avenir.
« J’aimerais que le monde essaie d’imaginer à quel point nous souffrons. Chaque soir, je me couche en me demandant si je me réveillerai le lendemain. Je regrette de m’être marié et d’avoir eu des enfants. Ils ne méritent pas de vivre ça. »

« Ce sont des méthodes génocidaires »

Ce désespoir est partagé par beaucoup d’autres Gazaouis, coupés du monde, assiégés dans un territoire de plus en plus restreint et désormais officiellement menacés par un contrôle total de l’armée israélienne.
« Nous allons assister à un massacre de grande ampleur »,
alerte Moustafa Barghouti, fondateur de l’Initiative nationale palestinienne, un mouvement politique qui se positionne comme indépendant du Fatah et du Hamas.
« Ce sont des méthodes génocidaires, de nettoyage ethnique, affirme-t-il, et aucun pays n’a imposé de sanctions à Israël. Faute de sanctions, le gouvernement israélien a compris qu’il pouvait poursuivre son plan et faire tout ce qu’il veut. »
Il rappelle le bilan de l’offensive israélienne menée à Gaza depuis octobre 2023 : 62.000 civils ont été tués, dont 18.500 enfants, selon le ministère de la Santé de l’enclave, contrôlé par le Hamas (des chiffres que l’ONU ne remet pas en cause).
« Mais vous pouvez multiplier ces chiffres par je ne sais combien si Israël met à exécution son attaque sur la ville de Gaza »,
prévient Moustafa Barghouti. Il pense qu’Israël ira plus loin dans ses opérations de déplacement des populations.
« Ce qu’ils veulent, c’est pousser tout le monde vers l’extrême sud, à Rafah, qui est détruite, alors les survivants n’auront pas d’autre choix que partir. »
Mais pour aller où ?

 

Président al-Sissi
Après les annonces israéliennes, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi s’est entretenu par téléphone avec Le maréchal égyptien a réaffirmé son rejet catégorique de tout déplacement forcé des Palestiniens hors de leurs terres.

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