L’industrie bancaire frappée d’obsolescence?

Par Jean Claude Werrebrouck – 22.07.25 – La Crise des Années 2010
Le monde de la banque risque de voir s’achever une étape historique qui lui fût extrêmement favorable. Sous la protection de banques centrales- qui elle-mêmes étaient devenues indépendantes des Etats – elles ont pu se rendre maitres de la gestion monétaire et en particulier de la production d’une monnaie juridiquement considérée bien public.

Le stable coin d’une part et la monnaie digitale de banque centrale d’autre part sont les facteurs nouveaux d’une possible dislocation de l’industrie bancaire traditionnelle.
Ce risque d’un monde bien moins favorable aux banques résulte lui-même d’une crise politique majeure affectant le monde occidental dans sa globalité. Dans ce monde de nouveaux pouvoirs privés viennent contester toute idée d’Etat, nouveaux pouvoirs qui en même temps affrontent des défenseurs de plus en plus impliqués dans sa renaissance. Au niveau des banques et de la matière première appelée monnaie il existe ainsi une confrontation entre privatisation des signes monétaires et renationalisation.
Juillet 2025: La promulgation du « Genius Act »

Le « Genius Act » vient d’être voté par le congrès américain et consacre de manière spectaculaire le processus de privatisation de la monnaie:
émission complètement décentralisée ( même les GAFAM peuvent s’y consacrer),
fin de l’utilisation des circuits bancaires au profit des blockchain,
fin des gains sur risques de change,
fin du contrôle par la SEC (Securities and Exchange Commission) en raison de leur nature monétaire (ce sont des titres de paiement, donc de la monnaie et non des titres financiers).
Il s’agit par conséquent d’une monnaie complètement nouvelle produite par des acteurs nouveaux. les banques peuvent en produire mais ne peuvent en bénéficier comme elles pouvaient et peuvent encore bénéficier d’une création monétaire classique engendrant mécaniquement un taux d’intérêt.
Comprenons qu’avec le stable coin il y a destruction de ce qui était commun à l’industrie bancaire c’est à dire l’effet de composition permettant une création monétaire collective portant intérêt.
l’économiste Hayek
Si le stable coin s’impose il consacre le rêve de l’économiste Hayek qui souhaitait la création d’un libre marché entre monnaies privées en concurrence, et bien sûr un marché où aucune banque centrale ne parviendrait à l’existence. Si dans l’univers intellectuel hayékien des monnaies de banque disparaissent et que d’autres naissent c’est en raison de la libre concurrence. Bien évidemment le contexte du « Genius Act » et de ses possibles équivalents occidentaux ( projet LUGH de Casino Group et Société générale Forge ou encore Monerium en Irlande) sont une grande difficulté pour les banques classiques qui tentent de réagir en produisant elles mêmes leur propre système de stable coin.
Une privatisation… qui magiquement vient sauver un État failli…?
le caractère authentiquement monétaire des stable coin vient curieusement renforcer les Etats menacés et en particulier l’Etat américain. Ainsi on peut considérer que le « genius Act »– par l’obligation qui est faite de considérer que chaque Token émis est équivalent à un dollar liquide ou un dollar en dette publique américaine– est aussi un outil de garantie de la domination du dollar et de sécurisation de la dette américaine. Curieusement nous serions revenus au 19 ième siècle où la monnaie de banque émise était garantie par un poids d’or. Si effectivement un Token vaut un dollar de dette américaine – comme naguère en régime d’étalon-or une monnaie nationale valait son poids en or – alors le genius Act produit une nouvelle version de l’étalon dollar, non pas en utilisant la force de l’Etat mais celle du marché…
La monnaie redevient privée et garantit la puissance américaine…. Et si effectivement le monde du stable coin se développe la question de la dette publique américaine n’est plus d’actualité et le dollar comme l’or au dix-neuvième siècle devient la liquidité ultime…sans la crainte d’un pénurie de monnaie.
Le nouvel étalon ne risque pas de connaitre la rareté puisque le déficit américain viendra nourrir son abondance…Une réalité proprement magique devenue choix politique sous la pression des « broligarques » américains qui ne sont pas tous imprégnés de la théorie hayekienne des droits de propriété.
Evidemment les « broligarques » sont les ennemis d’un Etat fédéral renouant avec la puissance, mais ils utilisent les classiques entrepreneurs politiques pour servir leurs objectifs spécifiques.
D’où une complexité qui explique au moins partiellement l’étonnante hétérogénéité du bloc au pouvoir aux USA: pas vraiment libertariens, pas vraiment libéraux, pas vraiment nationalistes, pas vraiment il libéraux
La banque américaine n’est qu’à moitié blessée
On comprend mieux que ce pari américain s’accompagne dans un même geste de l’abandon fédéral de tout projet de lancement de monnaie numérique de Banque centrale. La Réserve fédérale ne pourra pas émettre de crypto monnaie tant il est vrai que dans ce nouveau monde un Etat ne peut venir concurrencer un marché de pleine concurrence. Le vote du Congrès donne ainsi l’ordre à la Réserve fédérale d’abandonner ses travaux sur le dollar numérique.

Promulgation du Génius Act et interdiction de produire une monnaie numérique de banque centrale furent l’objet de décisions conjointes. La banque américaine peut encore voir dans sa blessure une opportunité, mais surtout elle conserve tout son poids en matière de création monétaire. Cela risque de ne pas être le cas en Europe.
La double blessure des banques européennes

l’interdiction de produire une monnaie numérique de banque centrale n’existe pas, pour les autres pays et – partout où cela est possible – les travaux de mise en place de la monnaie numérique de banque centrale se poursuivent.
Il s’agit de l’autre danger pour les banques, non plus celui de la privatisation de la monnaie mais celui de son étatisation.
Nous avons déjà développé cette question en insistant sur la grande résistance des banques qui craignent de voir une fuite monétaire depuis les dépôts de tous les clients vers la banque centrale. Techniquement si le futur portefeuille numérique universel de la BCE ne connait pas de limitation de volume il est pratique pour tous les agents de vider les comptes classique au profit de la banque centrale. Sans limitation du portefeuille numérique de monnaie centrale la matière première de la rentabilité à savoir les dépôts qui nourrissent les crédits serait en voie de disparition.
Dans un même geste la création monétaire par les banques disparaitrait et la responsabilité des cette création par les seules banques centrales serait engendrée. De quoi là aussi autoriser sans pleurs un financement monétaire des États.
Un ‘Genius Act » européen s’ajoutant au projet de monnaie numérique de banque centrale viendrait ainsi consacrer l’obsolescence de l’industrie bancaire européenne. Privatisation comme renationalisation de la monnaie sont ici des dangers qui s’additionnent. On ne peut politiquement développer le marché et favoriser son interdiction.
La bancarisation du monde à l’époque des trente glorieuses était une politique de développement fantastique des marchés.les dépôts nouveaux nourrissent massivement les crédits et l’évaporation de la monnaie de banque centrale (les salariés ne sont plus payés en liquide mais par virement de compte à compte) ne gène en aucune façon la puissance monétaire des Etats.
En retour du cadeau fait aux banques ces mêmes Etats fixent des contraintes de politique publique ( gestion autoritaire des taux de l’intérêt, achats obligatoires de dette publique, etc.) A cette époque, développement et limites du marché ne sont pas en contradiction et une coopération se met en place. Une industrie bancaire très puissante s’engendre sous la surveillance des Etats.
Toute autre est la réalité actuelle où les nouvelles technologies tuent les anciens marchés ( ce qui est naturel) mais nourrissent en même temps le grand retour des Etats. Dans ce contexte l’Amérique semble jouir encore d’un statut d’exception, ce qui n’est pas le cas de l’Europe. Sans faits nouveaux majeurs l’obsolescence de l’industrie bancaire risque d’être plus criante en Europe.
Jean Claude Werrebrouck – 22 juillet 2025

Excellente question, Jean ! ? Elle touche à la fois la mécanique des cryptomonn naies et les fondements du système bancaire traditionnel. Voici une réponse en deux volets :%%%%%%%%%%%%%%%%%?ᄌマ Comment se crée concrètement un stablecoin ?La création d’un stablecoin dépend de son type de collatéralisation. Il existe trois grandes catégories :1. Stablecoins centralisés adossés à des monnaies fiat
2. Stablecoins décentralisés adossés à des cryptos
3. Stablecoins algorithmiques
%%%%%%%%%%%%%%%%%? Les stablecoins remettent-ils en cause le système bancaire ?Oui, potentiellement, et voici pourquoi :? Désintermédiation bancaire
? Création monétaire parallèle
? Risque systémique
En résumé : les stablecoins ne remplacent pas encore les banques, mais ils bousculent leur monopole sur la création monétaire et redéfinissent les règles du jeu financier. C’est une révolution silencieuse… mais puissante.Tu veux qu’on explore comment les banques centrales réagissent à ça ? Ou comment les stablecoins pourraient coexister avec les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) ? |

https://www.lacrisedesannees2010.com/2025/07/l-industrie-bancaire-frappee-d-obsolescence.html

