
Pour toujours.. occupation.. génocide et profit
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies
L’analyste et spécialiste révèle quels sont les groupements financiers qui se cachent derrière la destruction de la Palestine
Des personnes en deuil prient pendant les funérailles de Palestiniens tués par des tirs israéliens alors qu’ils cherchaient de l’aide, selon des médecins, à l’hôpital Nasser de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 19 juillet 2025. © Hussam Al-Masri, Reuters
par Francesca Albanese – N° 15 du 15.07.25 – Horizons & Débats
Genève. Le génocide des Palestiniens par Israël est perpétré par un système d’occupation abusif et lucratif, a averti aujourd’hui un rapporteur spécial de l’ONU dans son nouveau rapport 1 au Conseil des droits de l’homme. Il montre comment la présence illégale et les actions d’Israël ont été rendues possibles et favorisées par l’appât du gain de certaines entreprises. |
«Alors que le massacre perpétré par Israël a détruit la vie de Palestiniens et leur environnement au cours des 21 derniers mois, les cours de la bourse de Tel Aviv ont connu une hausse de 213% (en dollars américains) et accumulé 225,7 milliards de dollars de gains sur les marchés, dont 67,8 milliards rien que le mois dernier. Pour certains, le génocide est rentable»,
a déclaré Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967.
Une importante foule est rassemblée devant un centre de distribution de nourriture à Gaza, le vendredi 18 juillet 2025. | ABDALHKEM ABU RIASH / ANADOLU VIA AFP
Le rapport de Mme Albanese révèle l’infrastructure des entreprises qui profitent de l’économie d’occupation israélienne – et sa mortelle transformation en une économie du génocide.
Le rapport met en relief la façon dont la Palestine est devenue l’épicentre d’un règlement de comptes mondial, en mettant en évidence l’incapacité des systèmes commerciaux et juridiques internationaux à garantir les droits les plus fondamentaux de l’un des peuples les plus spoliés au monde.
Francesca Albanese
«Les acteurs économiques concernés sont profondément impliqués dans le système d’occupation, d’apartheid et de génocide dans les territoires palestiniens occupés», a déclaré la rapporteuse spéciale. «Pendant des décennies, l’oppression du peuple palestinien par Israël a été soutenue par des entreprises pleinement conscientes des violations des droits humains et des crimes internationaux commis depuis des décennies, mais qui y demeurent néanmoins indifférentes.»
Le rapport de la rapporteuse spéciale cite 48 entreprises différentes ainsi que leurs sociétés mères, filiales, franchisées, licenciées et partenaires de consortiums dans divers secteurs, notamment les fabricants d’armes, les entreprises technologiques, les institutions financières et les entreprises de construction et d’énergie.
Mme Albanese a mentionné que ces entreprises n’avaient pas respecté leurs obligations juridiques fondamentales, lesquelles impliquaient d’user de leur influence pour mettre fin à la violation en question ou de rompre leurs relations commerciales et se retirer. Bien au contraire, elles ont traité les activités illégales d’Israël dans les territoires palestiniens occupés comme s’il s’agissait d’une activité économique normale, ignorant délibérément les abus systématiques pourtant documentés, même lorsque les atrocités se sont intensifiées en réaction au 7 octobre 2023.
«Ces acteurs économiques ont renforcé et amplifié la logique colonisatrice d’expulsion et de remplacement de population d’Israël, et ce n’est pas un hasard», a déclaré la rapporteuse spéciale. «C’est le rôle d’une économie qui vise à dominer, exproprier et expulser les Palestiniens de leurs terres.»
Le rapport cite des entreprises qui fournissent des F-35, des drones et des technologies de guidage ayant permis le largage de 85.000 tonnes de bombes sur Gaza, soit six fois plus de dimension destructrice que celle d’Hiroshima.
Le rapport met en avant les géants de la technologie qui ont installé des centres de recherche et de développement de systèmes ainsi que des centres de collectes de données en Israël, qui utilisent les données palestiniennes dans le cadre de la guerre de l’IA, alimentant ainsi ce qu’Albanese qualifie de «génocide diffusé en direct».
Le rapport souligne que les entreprises énergétiques ont alimenté le blocus israélien, tandis que les entreprises de construction continuent de fournir l’équipement qui a réduit la bande de Gaza en ruines et empêché le retour et la reconstruction de la vie palestinienne.
Même des acteurs économiques apparemment neutres – organismes touristiques, supermarchés et universités – normalisent l’apartheid et l’éradication systématique de la vie palestinienne, selon le document présenté du rapporteur spécial.
«Ce rapport dévoile la raison pour laquelle le génocide perpétré par Israël se poursuit: parce qu’il est lucratif pour certains», a déclaré Mme Albanese.
Elle a averti que les arrêts de la Cour internationale de justice de 2024 et les mandats d’arrêt de la CPI devraient interpeller tous les acteurs, y compris les entreprises.
«La gravité, la nature structurelle et persistante des crimes et violations commis par Israël ont mené à une responsabilité prima facie de se retirer, une responsabilité que de nombreuses entreprises ont ignorée», a-t-elle déclaré.
«L’obsession des entreprises, fixée sur de strictes formalités et des infractions isolées, plutôt que de se confronter à l’illégalité structurelle de leurs liens avec l’occupation israélienne, est hypocrite», a-t-elle déclaré.
Albanese a appelé les États membres à imposer un embargo total sur les armes, à suspendre les accords commerciaux ainsi que les engagements d’investissement et à tenir ces entreprises responsables quant aux violations du droit international.
«En attendant, les entreprises ne peuvent prétendre à la neutralité: elles font soit partie de la machine d’expulsion, soit de son démantèlement». La Palestine est le miroir de l’échec moral et politique du monde», a-t-elle déclaré.
Albanese a rappelé que certaines entreprises avaient dû rendre des comptes pour leur complicité dans le système d’apartheid en Afrique du Sud tout comme de leur implication dans le nazisme en Allemagne, et a déclaré que la Palestine représentait aujourd’hui un moment décisif pour déterminer si les marchés mondiaux pouvaient exister sans promouvoir de l’injustice et de l’impunité et d’en tirer profit
«Pour mettre fin à ce génocide, l’indignation ne suffit pas, il faut également une rupture nette, la contrainte pour des impliqués de répondre de leurs actes et le courage d’arrêter ce qui l’a rendu possible.»


«Ce qui se passe à Gaza, où sévit une famine délibérément provoquée dans le but d’une extermination, n’est pas une guerre; cela devrait s’appeler un génocide.»
(Francesca Albanese, photo linkedin)
|
Source: https://www.ohchr.org/en/press-releases/2025/07/forever-occupation-genocide-and-profit-special-rapporteurs-report-exposes du 3 julliet 2025 Communiqué de presse de l’ONU du 3 juillet 2025 (Traduction de l’anglais Horizons et débats) |


