Comment expliquer la catastrophe de Blatten et quels risques pèsent encore sur la vallée…

Valais modifié hier à 23:09
L’effondrement mercredi après-midi du glacier du Birch sur le village de Blatten était le pire scénario imaginé par les géologues qui surveillaient depuis une dizaine de jours la montagne. Interrogés par la RTS, des experts expliquent comment ce drame a pu se produire, et quels sont les risques pour la vallée.
« Ce qu’il s’est passé, c’est un peu l’impensable, le scénario catastrophe », a commenté le géomorphologue Christophe Lambiel, maître d’enseignement et de recherche à l’Unil et spécialiste des glaciers, invité mercredi soir dans Forum pour réagir à l’effondrement du glacier du Birch qui a détruit 90% du village de Blatten.
>> Lire notre suivi des évènements : Le village de Blatten pulvérisé par l’effondrement du glacier du Birch, une personne portée disparue
« Avec les éboulements successifs, on avait échappé à l’effondrement total du pilier au-dessus de Blatten et on savait que le risque provenait désormais du glacier. Mais personnellement, je ne pensais pas qu’on pourrait assister à un tel effondrement global. Actuellement, on n’a encore aucune information sur l’ampleur de la partie qui s’est détachée. Mais il est certainement parti sur plusieurs centaines de mètres. C’est vraiment le scénario du pire », explique-t-il.
Il s’agit d’un évènement très rare. Nous ne savons pas exactement ce qu’il y a encore en haut mais l’essentiel est tombé
Raphaël Mayoraz, chef du Service des dangers naturels du canton du Valais
« Le scénario du pire est survenu », a également déclaré mercredi soir Raphaël Mayoraz, le chef du Service des dangers naturels du canton du Valais, lors de la conférence de presse à Ferden réunissant les autorités locales, cantonales et fédérales. Il a indiqué que les trois millions de mètres cubes de matériel qui s’étaient accumulés sur le glacier du Birch sont descendus dans la vallée.
« Il s’agit d’un événement très rare », a affirmé le spécialiste, très ému. « Nous ne savons pas exactement ce qu’il y a encore en haut mais l’essentiel est tombé », a-t-il encore dit.
Instabilité accentuée par le réchauffement
Selon Christophe Lambiel, le changement climatique a « probablement » joué un rôle. « Ce glacier est très particulier: alors que la quasi-totalité des glaciers des Alpes sont en fort retrait, celui-ci était un des seuls qui avançait de plusieurs mètres par année, depuis une dizaine d’années », expose-t-il.
La raison: il se trouve sous une haute paroi rocheuse prise dans un permafrost qui s’est dégradé sous l’effet du réchauffement ces 10-15 dernières années. « Cela affecte la stabilité des parois, donc on a eu une forte augmentation des chutes de blocs rocheux », explique Christophe Lambiel. « Cela a amené beaucoup de poids sur le glacier, et c’est un facteur déterminant dans sa vitesse. C’est pour ça qu’il était dans une position très instable. Et les éboulements des dernières semaines l’ont chargé encore plus. »
Formation d’un lac
Un autre risque plane sur la vallée: la formation d’un lac en raison des gravats qui obstruent la Lonza. Un énorme barrage, long de 2 km et large de 50 à 200 mètres, s’est en effet formé sur la rivière après l’éboulement.
« Il va faire très chaud ces prochains jours et on est en période de fonte de neige. Donc il va vite falloir imaginer un système pour évacuer cette eau, pour éviter que le lac grandisse trop, parce que c’est un réel risque pour toute la vallée en contrebas, jusqu’à Gampel. « Mais pour l’instant, c’est inimaginable de se rendre sur la zone pour y travailler », précise-t-il.
Les autorités surveillent d’ailleurs attentivement le cours de la Lonza. Une lave torrentielle n’est pas totalement exclue, même si la probabilité est assez faible puisqu’il n’y a pas beaucoup d’eau dans la rivière, a déclaré Raphaël Mayoraz, chef du Service des dangers naturels du canton du Valais.
Le Canton prendra toutes les mesures qu’il faut pour éviter un accident, a encore souligné le responsable.
Propos recueillis par Renaud Malik et Valentin Emery
Texte web: Antoine Michel, Pierrik Jordan et Victorien Kissling
Publié hier à 22:30 Modifié hier à 23:09
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Valais voir https://www.rts.ch/info/regions/valais/
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