
Israël
ravage les pays voisins sur sept fronts
Photo Bande de Gaza détruite … des images qui font le tour du monde … et pourtant, aucune fin à la dévastation n’est en vue.(photo UN News)
par Karin Leukefeld – N° 7 du 25 Mars 2025 – Horizons & Débats

Friedrich Merz + Miosga
Friedrich Merz sera probablement le futur Chancelier allemand. Lors d’un entretien avec Caren Miosga, journaliste de l’ARD, Merz, avocat, conseil en économie et ancien membre du conseil d’administration de la filiale de l’entreprise financière à dimension internationale BlackRock, s’exprime sur ses projets politiques.
Merz y affirme de vouloir inviter le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en Allemagne, en dépit du mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CIP). Le soir des élections allemandes, Netanyahul’avait félicité du résultat, occasion pour Merz de lui proposer une rencontre après la formation du gouvernement. «Dans le cas où il planifierait une visite en Allemagne, je lui ai confirmé que nous trouverons le moyen de lui rendre possible sa visite en Allemagne et de la quitter, sans y être arrêté», a déclaré Merz.1
Netanyahu et son ministre de Défense de l’époque Yoav Gallant
Toujours est-il que le mandat d’arrêt du tribunal pénal international contre Netanyahu et son ministre de Défense de l’époque Yoav Gallant doit être respecté, selon le «Statut de Rome», par les États signataires – donc par l’Allemagne aussi.

Pour rappel, selon les données de l’autorité sanitaire palestinienne du 3 février 2025, depuis le 7 octobre 2023, 61.709 personnes ont été tuées par l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Ce chiffre inclut les personnes portées disparues et présumées mortes sous les décombres. 17.492 des morts sont des enfants. 111.588 personnes ont été blessées.2 La revue médicale The Lancet estime que beaucoup meurent des suites de leurs blessures et de la guerre. Le nombre réel de morts pourrait donc s’élever à 186.000 ou plus.3
En février 2025, un nouveau rapport de Lancet indiqua que l’espérance de vie de la population de la bande de Gaza avait diminué de près de 50% (!). Le nombre de morts pourrait donc être 40% plus élevé que celui estimé jusqu’à présent.4
Le non-respect des victimes et du droit

Le non-respect des victimes de la guerre de Gaza, du droit international et de la Cour pénale international dont fait part le futur chancelier allemand est remarquable. Accueillir le Premier ministre israélien en Allemagne au vu de ces faits («facts» en français moderne) enfreint le droit international.
Pour tenir ses promesses en public, Merz pensera-t-il s’adresser à l’un des nombreux réseaux de passeurs qui, depuis de nombreuses années, font sortir des êtres humains de Syrie, du Liban et de Palestine par voie terrestre et maritime, des gens qui fuient la guerre d’expansion brutale, directe et indirecte, menée par Israël dans le but d’élargir son pouvoir?
Le prix moyen qui donne accès à un des tours de passeurs en direction de l’Europe, souvent au péril de leur vie, ne devrait pas poser de problème à Friedrich Merz. Ces quelques 10.000 et 15.000 dollars américains à destination des passeurs, il les réglera facilement par son compte de frais.
Ou Merz veut-il s’assurer plutôt, par cette invitation, que l’Allemagne continue d’avoir accès à la technologie israélienne en matière d’armes, de drones et de logiciels d’espionnage?
Dans ce domaine Israël s’est excellé, ces derniers temps et sous les yeux du monde entier, notamment par cette nouvelle technologie meurtrière employée à Gaza qui s’appelle «Lavender». Il s’agit là d’une nouvelle espèce d’«intelligence artificielle» capable d’ identifier, en très peu de temps, des milliers de cibles à la fois et d’activer l’autorisation à les abattre.
Au cours des premières semaines de la dernière guerre de Gaza (depuis le 7octobre 2023), «Lavender» a ainsi identifié 37.000 Palestiniens comme cibles parce qu’ils auraient eu des contacts réels ou présumés avec de prétendus combattants du Hamas déjà identifiés. Lors de la libération de quatre prisonniers israéliens (otages) début juin 2024, dans le camp de réfugiés de Nuseirat, plus de 200 personnes ont été tuées et plus de 400 blessées à l’aide de ce nouvel acquis IA. Les survivants ont parlé d’un «enfer sur terre».5
Netanyahu
Netanyahu déclare néanmoins qu’Israël mènerait, depuis un an, sa «guerre de renaissance».
Selon lui, l’« attaque surprise et meurtrière des terroristes du Hamas» a été la «plus terrible attaque contre le peuple juif depuis l’Holocauste». Mais cette fois-ci, différemment qu’alors, face à l’Holocauste, Israël se serait soulevé «en menant une guerre acharnée». Israël serait attaqué sur sept fronts et se battrait donc sur ces sept fronts, a déclaré Netanyahu. Et d’ajouter que «la réalité de la sécurité dans notre région» était en train d’être modifiée «pour le bien de nos enfants et pour le bien de notre avenir».6
Début février, le chef du gouvernement israélien s’est rendu aux Etats-Unis pour y rencontrer le nouveau Président américain Donald Trump. Alors qu’il montait à bord de l’avion officiel du gouvernement, baptisé «Les ailes de Sion», il s’est exprimé devant la presse sur son projet de créer un «Nouveau Moyen-Orient». «Nos décisions dans cette guerre ont déjà changé le visage du Moyen-Orient», a déclaré Netanyahou. «Nos décisions et le courage de nos soldats ont changé la carte». Une étroite collaboration avec le Président américain contribuera à «transformer encore cette carte», et ce «pour le mieux» – tout cela naturellement du point de vue de Netanyahou.7

Netanyahou abuse du pronom possessif en ne parlant que de «notre» région, de «nos» enfants, de «notre» avenir. Dans une perspective plus large et ainsi plus réaliste, «changer la carte», «changer la réalité de notre sécurité» ne signifie pour les peuples et les Etats de la région qu’une chose – la guerre.
La « répartition» violente du Moyen-Orient

La «répartition violente» de la région située entre la Méditerranée orientale et le golfe Persique est planifiée depuis longtemps, comme le démontre l’ancien ambassadeur suisse Kurt O. Wyss dans son livre «Die gewaltsame amerikanisch-israelische ‹Neuordnung› des Vorderen Orients» (Le «nouvel ordre» du Proche Orient par la violence, projet américano-israélien).8
La guerre contre la Palestine dure depuis plus de 100 ans.9 Elle a commencé, au 19e siècle, avec le mouvement sioniste et son idée de créer un «foyer juif» en Palestine. Il s’agissait de construire un État sur le territoire d’un autre peuple, procédé appelé le «colonialisme par peuplement».
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De nombreux États d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Nord et du Sud ont fait l’expérience de ce que cela signifie en réalité. Le projet a pris une première forme avec l’accord franco-britannique Sykes-Picot (1916) et la déclaration Balfour (1917).
Aujourd’hui, l’Etat d’Israël, fondé en 1948, mène directement et indirectement une «guerre sur sept fronts»: dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et en Iran.

Les territoires des peuples de la région sont dévastés et occupés. Les champs de blé deviennent des champs de bataille, les bases de la vie sont brûlées. Ceux qui s’opposent et défendent leur droit, leur pays, leur patrie, sont stigmatisés comme «terroristes» et donc désignés à leur assassinat collectif .
Ils se trouvent devant le choix cynique de se soumettre, être expulsés ou enfermés dans des camps de réfugiés.
Le front dans la bande de Gaza
Depuis le 19 janvier 2025, un cessez-le-feu est en vigueur dans la bande de Gaza. Le premier, issu d’un accord entre Israël et le Hamas prévoyant quatre phases, a pris fin le 28février. Les deux parties ont entamé des négociations sur la deuxième phase envoyant leurs délégations au Caire. Au cours de la deuxième phase, selon l’accord précédent, d’autres prisonniers israéliens devaient être libérés de la bande de Gaza et Israël devait retirer ses troupes. Davantage d’aide et surtout des abris provisoires pour les personnes devaient être livrés dans la bande de Gaza. La troisième phase devait porter sur la question de la reconstruction et de la gestion politique, et la quatrième phase devait marquer le retrait complet de l’armée israélienne.
Rétrospective:
«Bouclier humain»: Le 16 février 2025, le site web israélien The Hottest Place in Hell publie un rapport d’Illy Pe’ery, journaliste indépendant. Selon ce rapport, des soldats israéliens ont «utilisé» un habitant de la bande de Gaza, âgé de 80 ans, comme bouclier humain. Comme ont témoigné des soldats y étant présents, l’officier de la brigade Nahal a attaché un cordon d’explosifs autour du cou du vieillard le forçant de marcher devant eux à travers des bâtiments pour identifier d’éventuels pièges explosifs. Au bout de huit heures, ils l’ont laissé partir en lui disant d’aller chercher sa femme et de disparaître. L’homme est allé chercher sa femme et ils se sont enfuis. Tous deux ont été abattus par une autre unité de l’armée israélienne. Les soldats qui ont observé le cas ont indiqué que cela s’était produit en mai 2024, dans le quartier de Zeitoun, dans la ville de Gaza.10

«Débris et poussière»: Durant la première phase du cessez-le-feu, la population de Gaza a pu retourner au nord, d’où elle avait été chassée. Les habitants se sont retrouvés face au néant11, les bombardements israéliens massifs pendant plus d’un an n’ayant laissé que «des débris et de la poussière».12
22 février 2025: le matin, les brigades Qassam remettent six prisonniers israéliens au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) lors d’une septième remise convenue à Rafah et dans le camp de réfugiés d’Al Nuseirat. Deux des prisonniers étaient détenus depuis dix ans à Gaza, mais Israël n’avait pas montré d’intérêt à les libérer par la négociation, malgré les demandes des familles. Une sixième personne, Hisham al-Sayyid, a été remise directement au CICR. Hisham al-Sayyid est un bédouin palestinien qui a servi dans l’armée israélienne, a-t-on appris du côté du Hamas. Par respect pour lui et sa famille, il n’y avait pas de remise publique.
Trois prisonniers avaient été enlevés, le 7octobre 2023, lors du festival de musique près de la frontière avec la bande de Gaza. Ils étaient présentés sur une scène avant d’être remis au CICR et de recevoir des documents de libération. L’un d’eux, Omer Shem Tov, se tourne brusquement vers le combattant de Qassam qui se tient à ses côtés et l’embrasse sur le front. Il répète le même geste envers un autre combattant Qassam. Tous deux avaient peut-être gardé le prisonnier, ils semblaient se connaître. Tov, visiblement heureux d’être libéré, salue la foule et fait le signe du «pouce levé».13
La scène est vilipendée par les médias occidentaux, la télévision israélienne supprime ces images ne présentant que des extraits. On dit en Israël que les prisonniers ont été drogués avec des tranquillisants ne contrôlant pas leurs gestes.

Le Premier ministre israélien profite de la situation pour suspendre la libération promise de 602 prisonniers palestiniens en contrepartie. Les échanges de prisonniers ne reprendront que lorsque l’exposition publique «dégradant des otages israéliens» cessera. Le Hamas suspend alors les négociations jusqu’à ce que les prisonniers soient libérés comme convenu.
26 février 2025: le Hamas remet les dépouilles de quatre prisonniers israéliens au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans la nuit de mercredi (26 février 2025), sans cérémonie publique. Après un examen médico-légal, Israël commence, comme convenu, à libérer les prisonniers palestiniens.
27 février 2025: les premiers libérés arrivent au Palais de la culture de Ramallah14 au petit matin, où ils sont accueillis par une foule.
Finalement, dans la soirée, 642 prisonniers palestiniens ont été libérés de différentes prisons en Israël, selon le Comité international de la Croix-Rouge. Parmi eux,46 femmes et enfants et 456 prisonniers palestiniens de la bande de Gaza, qui étaient détenus sans inculpation en Israël. 97 prisonniers seront déportés en Egypte, 37 arriveront en Cisjordanie et les autres seront transférés à Jérusalem-Est occupée.
Parmi les personnes libérées figure Nael Saleh Barghouti (66 ans), le prisonnier politique palestinien le plus longtemps détenu. Il a passé 45 ans dans différentes prisons15 de la puissance occupante et est désormais expulsé vers l’Égypte.
Comme convenu, le Hamas a remis 33 prisonniers isrëaéliens, dont huit sont morts. En contrepartie, Israël a libéré 1904 prisonniers palestiniens. Il reste désormais 59 prisonniers israéliens à Gaza, dont beaucoup ne seraient plus en vie. Il n’y a pas d’informations précises à ce sujet, mais des dépêches d’agence indiquent que sur les 59 personnes, seules 27 pourraient encore être en vie. Des milliers de prisonniers palestiniens sont toujours détenus dans les prisons israéliennes, malgré leur libération en 1904.
27 février 2025: l’armée israélienne reconnaît qu’elle a échoué le 7 octobre 2023. Une enquête de l’armée elle-même parle d’un «échec complet» à empêcher l’attaque. Le lieutenant-général Herzi Halevi, commandant en chef des forces armées, en assume l’entière responsabilité. Halevi démissionnera officiellement le 5 mars.16

Les colons juifs pratiquent l’expulsion des Palestiniens
27 février 2025: sous le slogan «Occupation, expulsion et colonisation», des centaines de colons manifestent à Jérusalem pour l’expulsion des Palestiniens. Seule la «réinstallation apporte la paix , peut-on lire sur des banderoles, la bande de Gaza doit être repeuplée. Un porte-parole du parti «Force juive» (Otzma Yehudit) y met le point sur le i en fanfaronnant: «La terre d’Israël est pour le peuple d’Israël. Gaza appartient aux Juifs. La Judée et la Samarie [Cisjordanie] appartiennent aux Juifs.» – «Cette terre est l’héritage de nos pères et de nos actions», martèle un orateur. La ministre de la protection de l’environnement, Idit Silman (parti Likoud), déclare que la seule solution pour Gaza est de «vider Gaza de ses habitants».17 Jénine et Naplouse, en Cisjordanie, sont également «l’héritage» d’Israël.

28 février 2025: dans les décombres de la bande de Gaza, les gens se préparent au mois de jeûne du Ramadan qui commence le 1er mars. Ils ne peuvent pas offrir de cadeaux à leurs enfants. Ils n’ont pas de maison à décorer, pas de couvertures pour garder leurs enfants frigorifiés au chaud. Les mosquées dans lesquelles ils se réunissaient pour prier avant la rupture du jeûne (le soir) ont été détruites. Les parents et amis avec lesquels on passait les soirées du Ramadan ont disparu, sont morts, blessés ou en prison. Pourtant, on bricole, on peint, on fait de la pâtisserie, on chante et on espère recevoir de l’aide et reconstruire.18
28 février 2025: alors que les musulmans se préparent pour le Ramadan, on apprend à Washington qu’une nouvelle livraison d’armes à Israël est en route. Il s’agit d’une «urgence» et l’accord du Congrès n’est donc pas nécessaire, expliquent de concert le Pentagone et le Ministère des Affaires étrangères. La livraison s’élèverait à trois milliards de dollars américains et comprendrait des bombes, diverses armes et des bulldozers de destruction.
La livraison doit se faire en trois phases et se compose de 35 .529 «bombes à usage général», pesant 1000 kg chacune, ainsi que de 4.000 bombes anti-bunker pesant également une tonne chacune.
Le fabricant est l’entreprise d’armement General Dynamics. La livraison n’est prévue que pour 2026, mais pourrait être effectuée plus tôt à partir des entrepôts américains, selon le Pentagone.
Une livraison de 5.000 bombes, pesant une demi-tonne chacune, d’une valeur de 675 millions de dollars US, d’un poids unitaire de 500 kilos, est prévue pour 2028.
A cela s’ajoutent des équipements permettant d’améliorer les bombes non guidées. Une autre livraison prévoit l’envoi de bulldozers en Israël, d’une valeur totale de 295 millions de dollars américains.

Donald Trump
Selon le ministère américain des Affaires étrangères, l’administration Trump a décidé, pour la deuxième fois en un mois, d’une «livraison d’urgence» d’armes et d’armement à Israël.19 Depuis l’entrée en fonction du Président américain Biden, environ 12 milliards de dollars américains de livraisons d’armement à Israël auraient été approuvés. Le pays, «un allié proche», peut ainsi «se défendre sur différents fronts contre les supplétifs de l’Iran».
1er mars 2025: au Caire, Israël déclare ne pas vouloir négocier une deuxième phase du cessez-le-feu, mais prolonger la première phase. Les Etats-Unis se joignent à eux et proposent de prolonger la première phase de six semaines, jusqu’à la mi-avril – après le mois de jeûne du Ramadan et après la fête juive de Pessah. Le Hamas palestinien refuse. Pour les musulmans, le mois de jeûne du Ramadan commence ce jour-là.
2 mars 2025: le Premier ministre israélien ordonne le blocage de toute l’aide à la bande de Gaza. Le Hamas parle de chantage.

La ligne de front en Cisjordanie
La Cisjordanie est une ligne de front depuis le 7 octobre 2023. Dès le premier jour, l’intérieur de la Cisjordanie est complètement fermé, ce qui rend les déplacements des Palestiniens encore plus difficiles qu’ils ne l’étaient déjà. 150.000 personnes perdent ainsi leur emploi et leur revenu.
Le nombre de morts en Cisjordanie s’élève à 680 (Al Jazeera, autorité sanitaire palestinienne) et augmente chaque jour. Depuis le début de l’année 2025, 70 personnes sont tuées par les forces de police et militaires israéliennes, dont 10 enfants.20
Depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, l’armée israélienne étend ses attaques en Cisjordanie. Des routes et des maisons sont détruites à l’aide de bulldozers. Pour la première fois depuis plus de 20 ans, l’armée israélienne déploie à nouveau des chars en Cisjordanie.
Les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nur Shams, au nord de la Cisjordanie, sont au centre des attaques militaires. Rien qu’à Jénine, au moins 120 habitations sont complètement dévastées. Des dizaines de personnes sont arrêtées et plus de 40.000 personnes sont déplacées.
Israël interdit à l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) de venir en aide aux habitants de cette région ou de Jérusalem-Est. L’armée israélienne est soutenue par des troupes de colons agressifs qui attaquent des villages palestiniens et leurs habitants.
17 février 2025: l’organisation israélienne «La Paix Maintenant» annonce qu’Israël a l’intention de construire 1170 logements pour des colons en Cisjordanie occupée. Les unités d’habitation devraient être autorisées dans quatre colonies illégales – Gvaot, Itamar, Shaarei Tikva et Givat Zeev.
Le plan est prêt et attend l’autorisation de construction du Haut Conseil de Planification (HPC), a-t-on appris dans une déclaration de «La Paix Maintenant». La colonie de Gvaot, située juste à côté du village palestinien de Nahalin, devrait à elle seule recevoir 756 nouvelles unités d’habitation. S’y ajoutent 250 unités d’habitation dont la construction a déjà été approuvée. La colonie illégale sur les terres palestiniennes sera ainsi multipliée par vingt. Actuellement, 50 familles palestiniennes vivent à Nahalin.
Selon le droit international, les États occupants ne sont pas autorisés à construire en territoire occupé. Israël se réfère à ses propres lois.
En juillet 2024, la Cour internationale de justice a déclaré illégale l’occupation israélienne de la Cisjordanie palestinienne et de Jérusalem-Est21 et a demandé à Israël de se retirer «le plus rapidement possible» des territoires occupés ainsi que de la bande de Gaza.
Gideon Levy
27 février 2025: Gideon Levy, correspondant de longue date de «Haaretz» dans les Territoires palestiniens occupés, publie un commentaire sur la situation en Cisjordanie. Si une «troisième intifada devait y éclater, n’oubliez pas qu’Israël l’a délibérément allumée», écrit Levy. «Une guerre n’est pas encore tout à fait terminée qu’Israël commence déjà à fomenter la suivante». Il n’y a pas de répit, pas une once d’espoir, poursuit-il. L’«horizon diplomatique» d’Israël ne s’étend plus que d’une guerre à l’autre. Pas moins de trois alternatives sont à l’ordre du jour, écrit Levy: «Reprendre la guerre à Gaza, bombarder l’Iran et commencer une guerre en Cisjordanie».
Les habitants de Cisjordanie – comme leurs concitoyens de la bande de Gaza – seraient diabolisés comme des «animaux humains». Israël affirme avoir «évacué 40.000 Palestiniens de camps en Cisjordanie et vouloir y rester lui-même pendant un an. L’ordre serait «feu à volonté».
Enfant arrêté par les soldats Israéliens
Et c’est systématique…
Le nombre de Palestiniens tués augmente. Israël est le seul responsable de la prochaine guerre en Cisjordanie: «Ne dites pas que cela nous a surpris. N’osez pas dire que nous ne savions pas».
Ce qui se passe en Cisjordanie n’est pas une «guerre contre la terreur». On ne lutte pas contre le terrorisme en détruisant les infrastructures d’approvisionnement en eau, en détruisant les lignes électriques, les routes et les égouts. Ce qu’Israël fait en Cisjordanie est une «destruction systématique des camps de réfugiés».22 Et pour que les choses soient claires, poursuit Levy dans son discours flambant: «Ce que fait Israël aujourd’hui est clair. C’est une autre Nakba».
«No other Land»
2 mars 2025: le film «No other Land» (Pas d’autre pays), déjà primé à la Berlinale (2024), reçoit l’Oscar du meilleur documentaire. Les deux réalisateurs, Yuval Abraham (Israël) et Basel Adra (Palestine), sont également journalistes et ont travaillé cinq ans pour réaliser ce documentaire.
Il montre comment les soldats israéliens détruisent des maisons dans la localité de Masafer Yatta en Cisjordanie et en chassent violemment les habitants afin de construire sur leurs terres un terrain d’entraînement militaire et d’étendre une colonie juive dans les territoires palestiniens. Elle montre également la réalité différente dans laquelle ils vivent: Abraham a une plaque d’immatriculation israélienne jaune qui lui permet de circuler librement, Adra est enfermée sur le territoire de plus en plus réduit de sa localité, où la vie est encore plus restreinte.
Il vient de devenir père et espère que sa fille n’aura pas la même vie que celle qu’il doit mener actuellement, explique Basel Adra. «Avoir toujours peur de la surveillance, de la destruction des maisons et de l’expulsion violente».
Le film montre ce que les Palestiniens endurent depuis des décennies,23 poursuit Adra: «Nous appelons le monde à mettre sérieusement un terme à cette injustice et au nettoyage ethnique du peuple palestinien».
Yuval Abraham ajoute qu’ils ont réalisé le film ensemble parce que «nos voix sont plus fortes ensemble». Son collègue Basel est son «frère», mais ils ne sont pas égaux. «Nous vivons sous un régime où je suis libre et où j’ai des droits civils et où Bâle vit sous une loi militaire qui détruit sa vie et qu’il ne peut pas contrôler».
Le ministre israélien de la Culture Miki Zohar a condamné la remise du prix. Selon lui, les réalisateurs ont suivi une ligne de représentation «qui déformait l’image d’Israël dans le monde». La liberté d’expression était importante, a dit le Ministre, mais l’utiliser pour calomnier Israël au niveau international n’était pas de la créativité, mais du sabotage de l’Etat d’Israël.»24•
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