6579 – Récolte des olives en Palestine – dans des circonstances extrêmes – par Cara Marianna* – 17.12.24 – N° 26 – Horizons & Débats

Récolte des olives en Palestine
– dans des circonstances extrêmes –


Etat des lieux dans d’un pays occupé

– par Cara Marianna* – 17.12.24 – N° 26 – Horizons & Débats
Un olivier romain en Cisjordanie planté entre 63 avant Jésus-Christ et 66 après Jésus-Christ. (photo Cara Marianna)

Je publie cette mise à jour depuis la ville al Khakil (aussi connue sous le nom de Hebron) située en Palestine occupée, où je suis en route depuis le 23 octobre  2024 et où j’ai pu m’entretenir avec les gens qui vivent, de jour en jour, ce qu’ils me montrent et commentent. Le voyage a été financé par ce qui restait des dons d’une campagne GoFundMe de cette année.
Un grand merci à tous ceux qui m’ont rendu possible ce deuxième état des lieux et de ses habitants en Palestine de cette année si dévastatrice.

    20 novembre C’est traditionnellement le temps de la récolte des olives en Cisjordanie.

La récolte annuelle dure deux mois, de la mi-octobre jusqu’à la mi-décembre. Les olives font partie des produits agricoles les plus importants pour les familles palestiniennes  dépendant existentiellement des olives et de l’huile d’olive comme aliment de base. La production de l’huile d’olive est décisive pour le bien-être économique des communes et des familles dont la vente de l’huile excédentaire constitue presque la seule source de garantir un revenu pour la famille. Sans cette injection financière annuelle les familles tomberaient dans la pauvreté dont souffriraient des communautés entières.


A l’ombre de la violence

Avec l’extension des colonies illégales en Cisjordanie, la saison de la récolte est de plus en plus en proie à la violence.
Les habitants des villages sont harcelés, chassés de leurs terres et victimes des tirs des colons, souvent sous les yeux  des forces d’occupation israéliennes qui ne réagissent pas.
J’ai passé la journée du 23 octobre au village al Mughayyr dans le gouvernement de Ramallah. Depuis le 7 octobre de l’année passée, les habitants du village ne peuvent plus atteindre les oliveraies entourant leur commune. Ceux qui s’approchent des terres risquent de se faire atteindre de tirs.
    Cet après-midi, nous avons profité de l’occasion, en prenant une route étroite et poussiéreuse qui nous conduisit dans les bois et les terres en labour. Depuis là nous pouvions voir la route principale pavée qui traverse la vallée fertile. La route est maintenant fermée pour les Palestiniens, pavoisée de drapeaux israéliens incontournables. Sur une proche colline je discerne un poste avancé illégalement et un mirador avec un autre drapeau au sommet. C’est depuis cette colline que les colons surveillent  les champs en permanence. Cette colline leur permet de descendre rapidement dans la vallée et de chasser les Palestiniens essayant de récolter leurs olives.

Source : SoWhAt249, Wikimedia Commons, 2017, dernière mise à jour en 2022.

Al-Mughayyr
Al Mughayyr est une commune éloignée et menacée, souvent attaquée par les colons la pillant le jour et par les I.O.F. (International Occupying Forces) qui, elles,  préfèrent terroriser les gens  la nuit.
70% des surfaces agricoles d’al-Mughayyr oliveraies,  vignobles, champs de blé, amandiers, champ de légumes et serres sont inaccessibles depuis le mois d’octobre de l’année passée. 
C’est donc la deuxième année de suite que les habitants du village se voient bloquer l’accès à leurs olives.
Lorsque nous traversons les champs délaissés, notre guide du village, un homme du nom de Kathem, arrête la voiture  et me prie de le prendre en photo devant ses terres – des terres où les restes des raisins, des olives et du blé témoignent tristement de leur abandon, desséchés et pourris.
    Je prends trois photos de Kathem, debout et fier, à l’expression faciale stoïque devant ses champs de blé desséchés.
Pendant que je prends ces photos, les autres de notre équipe jettent constamment des regards nerveux en arrière, en direction du poste avancé.  Notre position dénuée de toute sécurité nous oblige de nous retirer. Nous remontons dans la voiture pour rentrer, dans la sécurité précaire qu’offre le village.
    Actuellement donc, tout ce qui reste des terres à Kathem est une de mes fotos..
C’est la réalité pour un grand nombre de Palestiniens habitant la campagne, avec leurs terres menacées par les colonies illégales dont l’étau se resserre toujours  plus sur eux.

En Cisjordanie, tout a pris une tournure désespérante depuis l’attaque du Hamas l’année passée.
Dans le village de Battir – une région connue pour ses terrasses agricoles historiques  déclarées par l’Unesco comme héritage culturel mondial depuis l’octobre passé, les I.O.F. ont érigé un poste de contrôle à l’entrée et sortie par la route principale, seul accès aux champs et aux Oliveraies.
Une année plus tard, en cette saison de récolte, le point de contrôle est toujours en fonction. Comme l’année passée, les I.O.F. ne  donnent aux  agriculteurs palestiniens que trois jours pour rentrer dans leurs champs et pour récolter les olives. Normalement, une famille a besoin de deux semaines pour cette tâche.  Plus d’une fois, les agriculteurs sont arrivés, le jour et à l’heure convenue, pour apprendre que le portail aurait «dû rester clos»
.    Vendredi passé, au village de Tarqumiyah, dans le gouvernement de Hebron, on a chassé les familles palestiniennes de leurs oliveraies et on a volé toutes les olives récoltées.
Ensuite on a détruit les olives.  Comme Kathem m’avait dit, lors de notre première rencontre en mai:
«Ils sont faits pour détruire, c’est pour cela qu’ils sont là. Ce sont des machines à détruire. Ils tuent, ils volent, ils prennent tout. Tous les hommes sur terre veulent la paix et la stabilité. Eux non, ils ne le veulent pas.»
Et de conclure:
«Eux, ils sont là pour tuer et pour voler.»
    Les années passés, des centaines de volontaires internationaux sont venus soutenir les habitants pendant la récolte des olives, créant ainsi de la «présence protectrice» face aux colons. Mais face au  génocide US-israélien qui sévit toujours dans la Bande de Gaza, les bombardements au Liban et les menaces constantes d’une plus grande guerre régionale entre l’Iran et Israël, la plupart des activistes et les bénévoles internationaux font défaut.
Ainsi abandonnés, les Palestiniens sont encore plus exposés aux agressions qui se poursuivent.
Sources:
https://westbankalerts.substack.com/p/the-olive-unharvest-season?utm_campaign=post&utm_medium=web du 20/11/2024
(Traduction de l’anglais Horizons et débats)


* Cara Marianna est auteur et coéditrice de The Floutist, un bulletin d’information en ligne qu’elle publie avec son mari Patrick Lawrence (https://thefloutist.substack.com/). Cara Marianna publie également sa propre newsletter intitulée Winter Wheat (https://winterwheat.substack.com/). Elle est artiste et titulaire d’un doctorat en études américaines. Au printemps et en automne 2024, elle s’est rendue en Palestine et a commencé sa série «Voix de Palestine». Soutenez son travail en vous abonnant à Winter Wheat ou en faisant un don (paypal). Contact: winterwheat7@gmail.com.

https://www.zeit-fragen.ch/fr/archives/2024/nr-26-10-dezember-2024/die-olivenerntezeit