6522 – Colère des agriculteurs – Pourquoi l’accord avec le Mercosur pose problème… – par Valentin Ledroit – 18.11.24 – Toute l’europe –

Colère des agriculteurs 
Pourquoi l’accord avec le Mercosur pose problème…

par Valentin Ledroit – 18.11.24 – Toute l’europe

Photo L’accord avec le Mercosur est également la cible des agriculteurs belges, ici le 13 novembre dernier devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles – Crédits : Flickr FIANBelgium CC BY-NC-ND 2.0

Depuis ce lundi 18 novembre, les agriculteurs manifestent de nouveau pour dénoncer, entre autres, l’accord de libre échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur.

Que reprochent-ils concrètement à ce traité en cours de discussions ?

Un sentiment de déjà-vu. Après une importante mobilisation en début d’année, les agriculteurs français expriment de nouveau leur mécontentement cette semaine. Si leurs revendications sont nombreuses (réduction des contrôles administratifs, versement des aides promises, etc.), l’accord de libre échange entre les pays du Mercosur (Argentine, Bolivie, Brésil, Paraguay, Uruguay) et l’Union européenne cristallise les tensions.
Ce traité, dont un accord de principe a été conclu en 2019 mais qui n’a jamais été signé ni ratifié, vise à supprimer une grande partie des droits de douane entre les deux régions. Ce lundi 18 novembre marque également l’ouverture du sommet du G20 à Brasilia (Brésil), où les discussions sur le sujet devraient se poursuivre, bien qu’une conclusion lors de la rencontre semble peu probable. C’est dans ce contexte que les agriculteurs sont descendus dans la rue pour dénoncer ce projet.

Une concurrence déloyale

On nous met dans un monde de libre-échange et il faut qu’on ait les mêmes règles que les autres, sinon on est morts”, déplore Damien Radet, secrétaire général de la FDSEA (fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) Ile-de-France, au micro de RMC. A l’image de ce représentant syndical, les agriculteurs dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale.
L’accord prévoit de supprimer plus de 90 % des droits de douane entre le Mercosur et l’Union européenne. Cela permettrait l’importation de nombreux produits sud-américains en Europe, sur la base de quotas spécifiques.
Dans le détail, 99.000 tonnes de bœuf par an pourraient par exemple entrer en Europe à un taux préférentiel (7,5 %), ainsi que 60 000 tonnes de riz et 45 000 tonnes de miel sans obstacles tarifaires.
De l’autre côté, les droits de douane du Mercosur seraient progressivement éliminés sur des produits européens tels que les voitures, machines, vêtements, vins, fruits frais ou chocolats.

Pour les agriculteurs, ces produits sud-américains débarqueraient sur le marché européen à des tarifs défiant toute concurrence, mais pour de mauvaises raisons.

Selon eux, les normes environnementales et sociales européennes sont bien plus strictes que celles appliquées dans les pays du Mercosur. L’agriculture française et européenne ne supporterait pas longtemps la concurrence déloyale d’un tel afflux de poulets dopés aux antibiotiques, de maïs traité à l’atrazine ou de bœuf responsable de la déforestation”, résument ainsi plusieurs sénateurs dans une résolution adoptée le 16 janvier dernier.
L’accord serait tout de même assorti de mécanismes de sauvegarde, permettant aux deux blocs de limiter temporairement les importations en cas de préjudice grave porté à leur économie. De plus, les pays du Mercosur s’engageraient à reconnaître plusieurs indications géographiques de l’UE, protégeant des produits européens de haute qualité contre la contrefaçon, comme le prosecco italien ou le roquefort français.

Gagnants et perdants

En France, la classe politique et les syndicats agricoles sont quasi unanimes pour dénoncer l’accord de libre-échange avec le Mercosur.
Cette position trouve également quelques échos ailleurs en Europe. Le Copa qui rassemble les syndicats agricoles majoritaires appelle ainsi à revoir le projet et à défendre une politique commerciale portant les standards rigoureux de notre agriculture”.
De son côté, le principal syndicat allemand, le Deutscher Bauernverband (DBV) estime qu’un accord se ferait unilatéralement au détriment de notre agriculture. Il doit être renégocié de toute urgence”. Dans de nombreux pays européens, ces arguments sont repris par les principaux représentants du monde agricole.
Pourtant, certains agriculteurs pourraient tirer leur épingle du jeu avec l’entrée en vigueur d’un tel accord. Si les éleveurs bovins et avicoles risquent de subir des pertes importantes, les producteurs laitiers, viticoles ou encore le secteur des spiritueux pourraient, eux, profiter de nouvelles opportunités. En Espagne et en Italie, les producteurs d’huile d’olive pourraient également y trouver leur compte.
Pour tenter de bloquer l’accord, la France cherche à rallier d’autres États européens à sa cause, comme la Pologne, afin de constituer une minorité de blocage au sein de l’Union européenne.


https://www.touteleurope.eu/agriculture-et-peche/colere-des-agriculteurs-pourquoi-l-accord-avec-le-mercosur-pose-probleme/