«L’Occident nous a trompés»

Les résultats des votations du Brandebourg confirment les dernières tendances. La quête des responsabilités du désastre pour Berlin manque souvent de profondeur, comme le démontre l’article suivant mettant au centre un exemple instruisant (réd.). |
par Karl-Jürgen Müller – N° 20 du 08.10.24 – Horizons & Débats
Christoph Zwickler
Christoph Zwickler est un nom certes pas connu de la plupart des Allemands. C’est le «Berliner Zeitung» qui nous l’a présenté récemment. Christoph Zwickler a étudié les sciences politiques, la philosophie, l’Histoire et les sciences économiques.

Depuis 2016 il est président d’une communauté électorale locale située dans le sud de la Hesse. L’édition du 21 septembre du journal lui a accordé deux pages entières dans le cadre de l’«initiative open source» lancée de la rédaction. Il s’agit là d’un forum publiant des articles qui ne proviennent pas de la rédaction. C’est le titre et l’introduction de cet article déjà qui suscitent l’intérêt de la contribution de Zwickler
Pour lui, les résultats dans les trois Laender ayant formés jadis la République Démocratique Allemande (la RDA du temps du communisme) sont principalement dus au sentiment partagé amplement dans leurs populations, que, comme dit le titre de son exposé,
«L’Occident n’a pas tenu ses promesses». La rédaction commente que l’on
«déduit souvent des taux d’approbation élevés de l’AfD que l’Est allemand serait hostile à la démocratie et ingrat. Par contre, notre auteur défend que la dénonciation des tromperies de la partie ouest est tout à fait appropriée».
Le raisonnement de l’auteur se résume ainsi: dans l’ancienne RDA, il était habituels d’ associer mentalement à l’ancienne République fédérale la «prospérité pour tous», grâce à son économie sociale de marché, ses libertés et son acceptation de la diversité d’opinions, son respect même envers les opinions minoritaires ainsi que son sens de la recherche de compromis dans les décisions politiques.
Tout cela a changé, pas à pas, après 1990 dans cette Allemagne devenue plus grande et plus puissante.

Tout cela a pris un caractère décisif sous la chancellerie d’Angela Merkel.
L’«absence d’alternative», trop souvent évoquée par la chancelière, a remplacé la diversité d’opinions, les «dissidents», jadis au moins écoutés, sont devenus «des fauteurs de troubles», tandis que les médias grand public ne se considéraient de moins en moins comme des voix critiques du public, attentifs aux risques et manquements de la politique dominante, mais comme le pilori pour ses présumés «détracteurs». Enfin, et surtout: L’économie de marché a perdu, avec de plus en plus d’évidence, son caractère jadis «social»
ALLEMAGNE
La conclusion de l’article est particulièrement remarquable:
«A l’Est, tout cela est enregistré plus rapidement et avec plus de préoccupation qu’à l’Ouest. On réagit de manière plus sensible puisqu’on connaît donc deux systèmes et on les compare. La République fédérale ne se leur présente et explique plus par sa seule existence. Elle représente un système auquel l’Est s’est confronté longtemps et pour lequel beaucoup ont finalement opté avec confiance. Ce sont ces antennes plus fines concernant l’ordre vécu et ses contradictions qui font que l’état d’âme d’un nombre croissant de concitoyens allemands dans sa parti est se trouve en ébullition, base des résultats des élections en Saxe et en Thuringe.
S’y ajoutent actuellement celles de Brandebourg. D’aucuns diront que tout s’est bien passé. Le SPD a obtenu la majorité relative des voix, il est vrai. Il peut donc continuer à gouverner avec qui que ce soit. Mais il ne faut pas oublier que les électeurs du Brandebourg – à l’instar de ceux de Saxe et de Thuringe trois semaines plus tôt – ont accordé un grand nombre de voix aus deux partis traités de «parias politiques» du mainstream occidental, l’AfD et le BSW (43% – dont 30% à l’AfD, le parti le plus marginalisé par les médias mainstream). 77% des personnes interrogées dans le Brandebourg, le jour des élections, ont affirmé être mécontentes du gouvernement fédéral. Mais les sondages n’ont tout de même pas relevé de forte tendance d’opinions anticonstitutionnelles parmi les électeurs interrogés. Au contraire, 85% ont témoigné défendre la démocratie comme forme adéquate du gouvernement allemand. Mais en même temps, 54% se sont déclarés être déçus face au mauvais fonctionnement de la démocratie allemande – un nombre nettement plus élevé que dans l’ensemble du pays tandis qu’ils sont même à 63% de se trouver «très inquiets» du fait que «la démocratie et l’Etat de droit sont en danger». A cela s’ajoute le fait que 67% – 8% de plus qu’il y a cinq ans – estiment que «les Allemands de l’Est sont toujours traités, dans plusieurs domaines, comme des citoyens de seconde classe».

A la fin de son article, Christoph Zwickler écrit:
«Dénoncer les tromperies n’est pas signe d’ingratitude. Peut-être parviendra-t-on enfin à le reconnaître, les résultats des élections dans le Brandebourg en offrent la chance.»
le Chancelier fédéral, Olaf Scholz
Toutefois, le Chancelier fédéral, Olaf Scholz (SPD), a déclaré, face aux élections dans le Brandebourg: «C’est quand même magnifique que nous ayons gagné.» Il n’a pourtant pas soufflé mot concernant une éventuelle correction de sa politique menée jusqu’à présent. •

https://www.zeit-fragen.ch/fr/archives/2024/nr-20-1-oktober-2024/der-westen-hat-uns-getaeuscht

