La France en guerre.. de Londres à Alger

Par Bertrand Renouvin – 05.08.24 – Guerre 39-45 – « Royaliste »
– Chronique 212
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Quand le général de Gaulle arrive à l’Hôtel de Ville, le 26 août 1944, le discours célèbre qu’il y prononce n’est pas destiné à construire une légende – celle d’une France unanimement résistante. Le Général entend souligner la légalité de son action depuis juin 1940 et la légitimité qui lui a été confirmée par le peuple français tout au long du chemin qui l’a conduit de la Normandie à Paris enfin libéré.
Dans son discours de juillet 2017, Emmanuel Macron a osé affirmer que Vichy, “c’était le gouvernement et l’administration de la France”.
René Cassin
Le démenti de cette assertion se trouvait sous ses yeux : le monument érigé en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité porte une inscription qui les attribue explicitement à l’autorité de fait dite “gouvernement de l’Etat français”. Cette qualification est due à René Cassin – éminent juriste de la France libre, qui avait démontré dès juin 1940 l’illégalité du “gouvernement” vichyste pour une série de motifs juridiques que j’avais rappelés il y a quelques années (1) et que je résume en quelques points
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Trahison du Maréchal Pétain demandant le 16 juin aux soldats français de cesser le combat avant toute prise de contact avec l’ennemi.
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Illégalité de la convention d’armistice signée le 22 juin qui organisait le démembrement du territoire national alors que la loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 soumettait au vote d’une loi toute cession de territoire.
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Négation des principes fondamentaux de la République et abolition des institutions qui recevaient régulièrement le consentement démocratique des citoyens lors des élections législatives.
Dès lors, les Français se trouvant à Londres entendaient se situer dans la continuité de la IIIe République et se présenter, non en simples réfugiés ni en desperados, mais en alliés décidés à poursuivre la guerre selon les termes de l’accord franco-britannique violé par le maréchal Pétain le 16 juin.

C’est selon cette alliance maintenue que, au soir du 28 juin, le gouvernement britannique “reconnaît le général de Gaulle comme chef de tous les Français libres, où qu’ils se trouvent, qui se rallient à lui pour la défense de la cause alliée”.
Dans une note du 12 juillet, Churchill écrit aux chefs d’état-major qu’ils ont le devoir d’encourager les engagements volontaires des militaires français et qu’ils doivent considérer ceux-ci comme “les représentants d’une France qui poursuit la guerre”.
Cette note fait écho à la déclaration publiée par le Premier ministre britannique le 23 juin, au lendemain de la signature de l’armistice, dans laquelle il soulignait que le gouvernement de Bordeaux avait perdu “la liberté, l’indépendance et l’autorité constitutionnelle” (2). Installé à Carlton Gardens avec son état-major le 24 juillet, le général de Gaulle se voit attribuer des émissions régulières sur la BBC et trois avions de la France libre participent, le 23 juillet, à leur première opération – un bombardement de la Ruhr.

Le statut de « Chef des Français libres” est juridiquement inédit.
Mais c’est une autorité constituée, reconnue par le gouvernement britannique – et par l’opinion publique qui apportera son indéfectible soutien à la France libre tout au long de la guerre.
En juillet, les Français libres affirment une souveraineté concrétisée par quelques milliers d’hommes sous les armes mais dépourvue de territoire. Cependant, dès le 30 juillet, le Général prévient Churchill qu’il envisage la création d’un Conseil de défense de l’Empire. Le ralliement des territoires de l’Afrique équatoriale française, du Pacifique et de la Nouvelle Calédonie permet la création de ce Conseil par une ordonnance du 27 octobre, signée à Brazzaville.

Général de Gaulle à Brazzaville-en-1940
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Cet organisme consultatif réunit les gouverneurs des territoires ralliés, les chefs militaires et trois personnalités, parmi lesquelles René Cassin.
La France libre dispose dès lors de vastes territoires, d’une administration et de nouvelles troupes combattantes, d’une population de plusieurs millions de personnes qui approuvent la politique de libération.
La France libre n’a pas encore de gouvernement, mais elle exerce sa souveraineté sur une partie du territoire français et elle confirme se situer dans la légalité républicaine par la Déclaration organique publiée à Brazzaville le 27 octobre 1940.
Ce texte capital est résolument ignoré par les historiens et chroniqueurs qui décrivent l’homme du 18 Juin comme un rebelle lancé dans une aventure romantique fondée sur une fiction juridique destinée à stimuler l’ardeur des combattants.
Rédigée par Pierre Tissier – maître des requêtes au Conseil d’État, la Déclaration organique (3) dément ces interprétations empreintes de mauvaise foi. Cette légalité est reconnue par le gouvernement britannique qui admet les Français libres à bénéficier de l’Allied Forces Act voté par le Parlement britannique le 22 août 40 :
les forces françaises sont reconnues comme “associées” à la Grande-Bretagne et juridiquement soumises à l’autorité française pour ce qui concerne la discipline, l’avancement et les affectations.
Général Giraud
La création du Comité français de libération nationale (CFLN) le 3 juin 1943 à Alger esquisse un gouvernement puisqu’il est composé, sous la coprésidence des généraux de Gaulle et Giraud (jusqu’au 2 octobre 1943) de douze commissaires qui exercent des fonctions ministérielles. Le CFLN, auquel s’adjoint une Assemblée consultative provisoire, se donne pour objectif l’affirmation de la souveraineté française et le rétablissement de la légalité républicaine dans les départements algériens. A la demande de l’Assemblée consultative, le CFLN se proclame Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) le 3 juin 1944.
Il y eut, sous l’égide de ces deux pouvoirs successifs, une République française d’Alger que les inventeurs de la prétendue mythologie gaullienne ont coutume d’ignorer.
(à suivre)


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1/ Cf. Vichy, Londres et la France, Le Cerf, 2018. 2/ Cf. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France libre, De l’appel du 18 Juin à la Libération, Gallimard, 1996. |

Déclaration organique
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LE 26.08.44 PARIS





Merci beaucoup ! J’envoie la suite tout à l’heure. Amitiés. Bertrand
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