5915 – Hongrie – Orban remobilise son camp… fragilisé par un scandale de pédocriminalité – Par Joël Le Pavous – 19.02.24.- Courrier International

Des manifestants se sont rassemblés la veille du discours du Premier ministre Viktor Orban, à Budapest, le 16 février 2024/ © Bernadett Szabo / Reuters

Par Joël Le Pavous – 19.02.24.- Courrier International
Le 17 février, le dirigeant hongrois a brossé “l’état de la nation”, alors que la grâce d’un homme impliqué dans une affaire pédocriminelle provoque une crise politique inédite. Entre discours mobilisateur et peur du pouvoir, l’allocution divise les médias magyars.

Samedi 17 février, une semaine après le retrait de deux cadres féminines du pouvoir magyar provoqué par un scandale de pédocriminalité (la présidente Katalin Novak et l’ex-ministre de la Justice Judit Varga, tête de liste du parti majoritaire Fidesz aux élections européennes), le Premier ministre, Viktor Orban, prononçait son discours très attendu sur l’état de la nation au Bazar du Château, à Budapest, barricadé pour l’occasion. La veille, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestaient “pour les enfants et les victimes” sur la place des Héros.
Choc cauchemardesque”
Hungarian Prime Minister Viktor Orban delivers his annual State of the Nation speech, in Budapest, Hungary, February 17, 2024. Szilard Koszticsak/Pool via REUTERS

Au début de l’allocution, le dirigeant hongrois a salué la “dignité” de Novak et Varga et a prôné un “renforcement du système de protection de l’enfance”, indique la radiotélévision publique MTVA.
Ensuite, Orban a applaudi les résultats économiques de l’exécutif, malgré “une année 2023 très difficile”, dénoncé un “échec” de l’UE en Ukraine, annoncé la ratification de l’entrée de la Suède dans l’Otan “au début de la session printanière du Parlement” (le 26 février) et défendu un “changement à Bruxelles” lors des élections européennes de juin, ajoute MTVA.
Magyar Nemzet célèbre une prise de parole “mobilisatrice” sur la protection de l’enfance, la paix, l’économie et les élections européennes. Orban “réveille son camp” après “le choc cauchemardesque” de la grâce, estime le journal, et entend “maintenir [le pays] en dehors de la guerre [en Ukraine]”. Pour le quotidien conservateur, il veut aussi “ramener l’économie hongroise sur le chemin de la croissance, délaissé à cause du Covid, de la guerre et de la politique stupide de sanctions” et propose une “alternative européenne” qui “vaut la peine de combattre pour la victoire”.
Repris par Origo, média proche du pouvoir, un juriste évoque un discours “centré sur l’économie” afin que la Hongrie “reste forte et compétitive”. Par ailleurs, affirme-t-il, Viktor Orban “soumet plusieurs préconisations aux souverainistes européens et américains pour battre en brèche la politique néfaste de la gauche internationale : Trump doit retourner à la Maison-Blanche, et l’Europe a besoin d’un tournant de nouvelle droite pour rendre le continent plus grand”.
Système incorrigible”


L’hebdomadaire libéral HVG dénonce quant à lui les “trois discours en un” de Viktor Orban, qui “ne peut plus foncer tête baissée sans conséquences”. Le premier pour “clore l’affaire” de la grâce auprès de la société magyare, le second pour “rassurer” son camp, et le troisième “adressé à Giorgia Meloni”, alors que la Fidesz souhaite rejoindre le groupe ECR (Conservateurs et réformistes européens), où siège le parti Fratelli d’Italia de la dirigeante italienne à Bruxelles.
Orban et la Fidesz ont été effrayés par le scandale” de la grâce, d’où “l’annonce de mesures de protection de l’enfance” et l’appel à la “vigilance” lancé au camp du pouvoir, juge Telex. Selon le site, “Orban n’a jamais senti son système aussi faible”, et le leader magyar “montre les muscles en critiquant l’UE plutôt que ses adversaires intérieurs, qu’il n’a pas à craindre”, et son discours trahit ce qu’il entend par unité nationale : la stabilité du régime qu’il conduit”.
Népszava regrette l’absence de “réponses” sur l’affaire de la grâce qui a bousculé le pays. Orban “préfère parler de la reconquête de Bruxelles, de l’UE comme d’un ennemi, de l’Ukraine qu’il faudrait laisser à la Russie, de stabilité et de la mission de rétablissement de l’ordre moral qui attend l’exécutif, phrase on ne peut plus cynique vu la situation actuelle”, assène le quotidien de gauche. “Le printemps politique ne portera pas sur les droits des enfants, mais sur la quête d’adversaires et la stigmatisation”, déplore Népszava, taclant le “système incorrigible” au pouvoir en Hongrie.

Joël Le Pavous

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