

Chronique stratégique du 13 décembre 2023
Mardi, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté à une écrasante majorité une résolution pour un cessez-le-feu urgent à Gaza, avec 153 pour, 10 contre et 23 abstentions.
Il s’agit d’une défaite retentissante pour l’ « ordre fondé sur des règles » de Londres et Washington. D’autant plus que, depuis le vote en octobre dernier, où l’Assemblée s’était exprimée en faveur d’une « trêve humanitaire » avec 120 voix contre 14 et 45 abstentions, le fossé se creuse entre d’un côté un monde de plus en plus révolté contre la folie destructrice d’Israël à Gaza, et de l’autre les États-Unis et leurs alliés, plus isolés que jamais.
Vendredi dernier, le veto des États-Unis à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza a non seulement été largement dénoncé, mais il a également poussé les partisans de la paix à se montrer encore plus déterminés.
Le meilleur exemple en est peut-être le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui est à l’origine de ce vote, et qui a déclaré suite au veto américain : « Je promets de ne pas renoncer » à obtenir un cessez-le-feu.
Depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, les États-Unis et le Royaume-Uni ont tenté de « gérer » toutes les parties impliquées, en manipulant l’opinion publique et en promettant une chose tout en faisant le contraire. Au-delà du fait qu’elle est vouée à l’échec, comme l’a démontré le vote de mardi, cette approche court-termiste a largement entamé la crédibilité de « l’ordre mondial fondé sur des règles ».
Le veto américain de vendredi a fini de lever le voile sur ces manœuvres hypocrites, et le monde est désormais forcé de voir l’effroyable réalité de l’orientation génocidaire de Wall Street et de Londres qui sous-tend toute la politique anglo-américaine.
C’est pourquoi les remarques de la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères ont fait mouche. Interrogée lundi sur la réaction de la Chine à la nouvelle série de sanctions américaines et à la condamnation de la Chine pour violation des « droits de l’homme », elle a simplement déclaré :
« Si les États-Unis se souciaient vraiment des droits de l’homme, ils ne devraient pas opposer leur veto à un cessez-le-feu humanitaire à Gaza, alors que la situation sur place se détériore d’heure en heure ».
Stopper le complexe militaro-industriel anglo-américain
La réalité est que derrière le masque de l’hypocrisie se cache le visage froid et calculateur d’un complexe militaro-industriel anglo-américain prêt à tout pour maintenir le monde en état de conflit.
En effet, comme le montre un rapport détaillé de l’American Friends Service Committee (AFSC), Israël ne serait pas en mesure de soutenir son offensive actuelle sans un flux continu d’armes en provenance des États-Unis, pour le plus grand plaisir d’un groupe très restreint de marchands de canons qui se gavent de profits. Parmi ceux-ci, l’on retrouve :
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le britannique BAE Systems, qui fabrique l’obusier automoteur M109 de 155 mm que l’armée israélienne utilise abondamment, tirant des dizaines de milliers d’obus de 155 mm sur la bande de Gaza, y compris, selon certains groupes de défense des droits de l’homme, des obus au phosphore blanc.
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l’américain Boeing, qui fabrique entre autres l’hélicoptère d’attaque Apache et l’avion de combat F-15, tous deux largement utilisés par les forces israéliennes à Gaza.
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l’américain Caterpillar, qui fournit à Israël le bulldozer D9 depuis de nombreuses années, que Tsahal n’utilise pas pour verdir le désert mais comme une arme contre les Palestiniens pour raser des maisons et des infrastructures civiles. « Israël a passé une commande urgente de dizaines de bulldozers blindés D9 pendant les attaques actuelles », révèle l’AFSC.
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l’américain Lockheed Martin, qui produit non seulement les avions de combat F-16 et F-35 utilisés par l’armée de l’air israélienne, mais aussi les missiles AGM-114 Hellfire qui constituent l’armement principal des hélicoptères d’attaque Apache, et dont 2 000 missiles ont été livrés à Israël entre le 7 octobre et le 14 novembre.
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RTX (anciennement Raytheon), le plus grand fabricant américain de missiles au monde, livre les missiles intercepteurs pour le « Dôme de fer », le système anti-roquettes d’Israël.
La fin de « l’ordre fondé sur des règles »
L’arrêt du conflit entre Israël et Palestine implique une suspension complète de l’afflux d’armes vers Israël, comme le demande l’AFSC. C’est pourquoi il est crucial que la pression continue de monter contre ce système hypocrite et défaillant.
Comme l’a déclaré à Doha le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov,
« un nouveau monde multipolaire émerge après cinq cents ans de domination de ce que nous appelons ‘l’Occident collectif’. Afin d’étouffer ce type de développement, [ou] toute dissidence, nos collègues occidentaux ont décidé de sacrifier tous les principes de la mondialisation, qu’ils vendent à tout le monde depuis des décennies et des décennies, (…) au nom d’un ordre mondial fondé sur des règles ».
Un changement profond et historique est à l’œuvre, de façon inexorable. Mais, en même temps, l’intensité du mal perpétré à Gaza risque de déclencher un conflit beaucoup plus vaste dans toute l’Asie du Sud-Ouest et même au-delà.
Mardi, lors de l’Assemblée générale l’ambassadeur égyptien auprès des Nations unies, Osama Mahmoud, a souligné :
« La perpétration de cette guerre destructrice risque de conduire à une véritable catastrophe, dans laquelle le génocide deviendra un outil de guerre, au mépris total du droit international, entraînant la région dans une guerre totale et mettant en péril la crédibilité de cette organisation internationale ».

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