Incitation à la guerre –
selon la feuille de route du Ministère allemand «de la Défense»
Ministre allemand «à la guerre», Boris Pistorius,
hd. La déclaration du ministre allemand «à la guerre», Boris Pistorius, retentit encore dans les oreilles de maint citoyen croyant rêver: «Nous devons devenir aptes à la guerre». On a pourtant bien compris, malheureusement que cette déclaration du ministre allemand de la Défense n’était pas un lapsus – au contraire, elle représente l’état d’âme régnant pour de vrai actuellement à Berlin.
km. C’est ce que montre un article publié par «Zeit online» le 19 novembre.1 Les auteurs de l’article sont deux bellicistes allemands de premier plan: Nico Lange, Senior fellow pour l’initiative «Zeitenwende» [changement d’ère] de la Conférence sur la sécurité de Munich, et Carlo Masala, professeur de politique internationale à l’Université de la Bundeswehr à Munich.
Sans le dire expressément, les deux auteurs reconnaissent que l’Ukraine n’est plus en mesure de poursuivre la guerre contre la Russie. Mais ils n’en tirent pas la conséquence raisonnable qui est celle d’entamer enfin des négociations sérieuses et de mettre fin à la guerre. Au lieu de cela, ils préconisent désormais la «guerre totale» contre la Russie. Ils le font en peignant sur le mur le scénario de la guerre mondiale. Celle-ci serait imminente si l’on parvenait à une solution négociée respectant les objectifs de la Russie.
Chacun ayant gardé un reste d’arbitre impartial, peut les citer facilement (puisque toujours communiqués par la Russie, mais intercepté de l’UE): la démilitarisation et la dénazification du gouvernement de l’Ukraine et la protection de la population russophone. Concrètement: pas d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et – entre-temps – l’intégration des régions majoritairement russophones du pays dans la Fédération de Russie. La perspective: un ordre sécuritaire européen avec la même sécurité pour tous les Etats européens, y compris la Russie.
Lange et Masala donnent à ces buts raisonnable l’aspect radicalement différent – sans l’étayer d’ailleurs par la moindre preuve faitière. Ils présentent les choses comme si une telle solution négociée déclencherait la fin de nos jours. Exemple: «Les sirènes hurlent. Les alertes des téléphones portables retentissent des milliers de fois. Alerte aérienne à Munich, Francfort et Berlin. Des missiles de croisière et des essaims de drones pénètrent dans l’espace aérien allemand. Depuis plusieurs jours déjà, des soldats allemands sont engagés dans des combats dans les Pays baltes. En réaction aux attaques russes dans ces pays, l’OTAN a déclenché une procédure d’urgence au titre de l’article 5 [soutien en cas d’agression contre un membre]. La Russie a répondu par des missiles.» Le scénario d’horreur continue d’être imaginé: guerre mondiale mettant fin à la démocratie et les droits de l’homme.
Pour l’Allemagne la fantaisie belliciste évoque: «Notre vie en Allemagne sera plus incertaine, plus pauvre et plus solitaire.
Et pour l’Europe les prophètes au solde des Etats-Unis prédisent: «Plus personne en Europe ne serait en sécurité.»
Et pour le reste du monde: «Une victoire russe sur l’Ukraine sonnerait la fin du monde tel que nous le connaissons.»
Les deux auteurs se veulent pourtant sérieux: «Cela semble-t-il exagéré? Non! Si Vladimir Poutine gagne sa guerre d’agression, ce scénario est réaliste.»
C’est là qu’intervient la phrase centrale exprimant l’objet des efforts pronostiques des deux experts: «C’est pourquoi il vaut la peine de soutenir l’Ukraine dans sa lutte défensive contre l’agresseur russe avec tout ce dont l’Europe et les Etats-Unis disposent.»
Ce qui veut dire concrètement pour l’Allemagne: «L’engagement allemand plus important pourrait contribuer considérablement à préserver l’ordre mondial de bouleversements fondamentaux qui vont à l’encontre de nos intérêts et de nos valeurs fondamentales». (Soulignements km)
Si l’on retire le poids de la propagande d’une telle agitation guerrière, il apparaît en toute évidence que dorénavant, les forces prêtes à se transformer en organes d’exécution des intérêts et de la politique américaines – c’est elles qui donnent actuellement le ton – se trouvent en Allemagne. Aux Etats-Unis, la guerre contre l’Ukraine perd de plus en plus de soutien. C’est pourquoi, dans leur concepts, c’est l’Allemagne qui devra à l’avenir prendre en charge principale l’avenir ce cette guerre. On fera ainsi d’une pierre deux coups. Les Etats-Unis peuvent se retirer d’une guerre coûteuse – et en même temps, l’Allemagne, concurrent gênant et longtemps cantonais incertain (en raison de ses relations autrefois assez bonnes avec la Russie), pourra s’impliquer, de manière plus décisive encore, dans cette guerre. Cela aura comme effet voulu que toute réconciliation avec la Russie reste bloquée pour des décennies.
Il faut se détromper, voilà donc le vrai enjeu de ce qui se passe en Allemagne, selon le sens falsifié de la prophétie suivante: «La victoire russe sur l’Ukraine sonnera la fin du monde tel que nous le connaissons.» Et alors? Où se situerait alors le dommage lorsque ce monde se caractérisait par l’application sans défaillances du droit international, par la coopération honnête des Etats du monde entier, pratiqué en garantissant leur souveraineté et sur un pied d’égalité, où il n’y aurait plus d’hégémon ni de puissance mondiale «unique» et où le Sud global pourrait enfin se rétablir?
N’y a-t-il donc plus personne dans l’Allemagne officielle prête à faire entendre sa voix et réorienter vers les réalités la folie collective représentée par des gens comme Pistorius, Lange et Masala, Baerbock, Kiesewetter et Strack-Zimmermann, et tous ceux qui les soutiennent? •

1https://www.zeit.de/politik/ausland/2023-11/krieg-ukraine-russland-wladimir-putin-sieg-europa/komplettansicht (entièrement réservé aux abonnés de Z+) |