

Publié le 29.09.2023 par La Rédaction du Monde de L’Énergie
En 2022, le bois énergie avait connu un franc succès auprès des Français, dans un contexte énergétique et économique parfois rude. À l’approche de l’hiver, il est cette année encore très prisé par les ménages. En tête des énergies renouvelables utilisées en France (avec 35,1%), le succès du bois-énergie témoigne du rôle central que le bois et sa filière jouent dans la transition écologique tricolore.

Chez les professionnels, on se réjouit plus que jamais : la demande est telle que tous les carnets de commandes sont d’ores et déjà remplis.
Auto-entrepreneur dans le bois à Auxonne, Daniel témoigne : « Depuis le retour des vacances, ça n’arrête pas. Je reçois des demandes tous les jours. ».
Les raisons du succès du bois-énergie sont bien connues : la crise énergétique de l’hiver 2022 a entraîné une hausse des coûts de l’énergie de +45 % en moyenne pour le MWh d’électricité, et de +107 % pour le gaz selon l’Insee. De quoi pousser les Français à diversifier leurs méthodes de chauffage et à se tourner vers le bois.
Il faut dire qu’il y a matière : selon une étude de Total Énergies, le bois représente une manne énergétique précieuse que les Français auraient tort de bouder. En 2020, le ministère de la Transition écologique avait constaté l’intérêt porté par les consommateurs à cette source d’énergie et anticipait pour 2023 un total de 9,5 millions de logements chauffés au bois avec un appareil labellisé, et jusqu’à 11,3 millions à l’horizon 2028.

Dans une enquête réalisée cette année, l’interprofession France Bois Forêt (FBF) révélait que 24 % des Français utilisent le bois comme source d’énergie pour se chauffer, en en faisant ainsi la 3e source d’énergie la plus utilisée (derrière l’électricité et le gaz).
Pour 42 %, ce choix est motivé par des raisons écologiques et financières, précise l’enquête : en effet, l’hiver dernier, le prix du chauffage au bois valait 4 centimes le kWh contre 7 pour le gaz et 16 pour l’électricité, selon le ministère de l’Économie.

Le bois énergie : une énergie issue de l’économie circulaire
Pour soutenir une telle demande, encore faut-il pouvoir produire du bois. Et c’est tout le but de la sylviculture : entretenir les forêts tout en garantissant une production de bois pour les besoins de la société. Mal connue de la plupart des Français, cette dernière fait l’objet d’une désinformation qui amalgame gestion des forêts et déforestation.
La production de bois-énergie découle pourtant d’un processus vertueux, propre à l’économie circulaire : le bois énergie étant issu majoritairement de déchets du bois d’œuvre ou industrie. « Le bois énergie n’est pas une utilisation finale recherchée en sylviculture, ce n’est qu’un sous-produit d’exploitation », précise le Syndicat des énergies renouvelables (SER).
Et Roland de Lary, directeur général du Centre National de la Propriété Forestière de rappeler : « Le bois est un des rares matériaux où rien ne se perd. Même en cas de combustion, on envisage aujourd’hui de renvoyer les cendres, riches en éléments minéraux, en forêt. C’est ce qu’on appelle une économie circulaire (presque) parfaite ». Énergie renouvelable, matériau noble issu d’une filière responsable, le succès du bois énergie auprès des Français depuis l’hiver dernier s’explique donc facilement. Et pour l’heure, sa popularité ne faiblit pas.

2023 : quel soutien au bois énergie ?
Dans ce contexte, des questions demeurent quant au soutien public pour le bois énergie. En 2022, le gouvernement avait organisé et mis en place un chèque d’achat de bois pour les ménages se chauffant de cette manière. Une initiative qui avait permis de soutenir une filière durable et fiable, mais aussi les ménages face à l’augmentation des prix de l’énergie.
Reste désormais à savoir si l’expérience sera renouvelée en 2023 alors que de plus en plus de Français se tournent vers le bois.
Dans le même temps, les débats autour de la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED III), actuellement en cours d’adoption, ont inquiété les forestiers français. Si cette directive prévoit d’augmenter la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie de l’UE de 32 à 45% d’ici 2030, elle exclurait une grande partie du bois-énergie issu de la forêt.
Dès octobre, les élus s’étaient emparés du sujet auprès du gouvernement, à l’instar du sénateur Laurent Burgoa. Les acteurs de la filière bois-forêt rappelaient, eux, dans une lettre conjointe que « sans une mobilisation de bois énergie issu d’une gestion forestière durable, la France sera dans l’incapacité de respecter ses objectifs européens, a fortiori si l’objectif global est rehaussé à 45 %». Si la France a obtenu que le bois-énergie ultramarin échappe à certaines dispositions contraignantes, le débat est toujours en cours à l’heure où la directive est discutée en trilogue entre le Parlement européen, le Conseil, et la Commission.
https://www.lemondedelenergie.com/bois-energie-cette-annee-encore-francais-reviennent-au-bois/2023/09/29/
