3776 – Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l’agence de presse TASS, Moscou, 29 avril 2020

QUESTIONS
  1. Question: C’est la première fois que nous nous rencontrons en ligne. Dans quelle mesure ce format est-il devenu habituel pour vous? Je sais que vous organisez des réunions en visioconférence, et que vous avez même rencontré vos homologues des Brics de cette manière. D’après vous, combien de temps faudra-t-il encore vivre dans ce milieu en ligne?
  2. Question: Malheureusement, la pandémie a laissé une empreinte sur toute notre vie et a sérieusement terni la fête de la Victoire du 9 mai. Il reste littéralement 10 jours. Le Président russe Vladimir Poutine a annoncé qu’un défilé aérien aurait lieu avec un feu d’artifice, bien sûr. Mais ne cachons pas que la fête se déroulera autrement. Nous attendions de nombreux hôtes étrangers. D’après vous, dans cette situation, quel pourrait être le format international de la célébration de la Journée de la Victoire, de la grande fête que personne ne nous enlèvera?
  3. Question: De plus en plus de gens estiment que cette situation globale changera l’ordre mondial, que le monde sera différent. De votre point de vue, en tant que chef de la diplomatie russe, en tant que grand diplomate, quel pourrait être le nouvel ordre mondial, quelle sera sa spécificité?
  4. Question: Ne pensez-vous pas que derrière ces tentatives de créer de telles alliances, le sabotage des institutions actuellement en place de l’Onu, notamment l’OMS (le Président américain Donald Trump a déclaré durant son entretien avec le Président français Emmanuel Macron qu’elle devait être réformée), les propos concernant l’inefficacité de l’Onu dans le cadre de la pandémie, se cachent les tentatives de promouvoir un « nouvel ordre mondial » (dont je parlais), et donc de créer de nouvelles institutions internationales sous le prétexte d’une prétendue « réforme »? Dans quelle mesure le Ministère russe des Affaires étrangères et la Russie dans l’ensemble sont attachés au maintien des institutions actuellement en place? Compte tenu des nouvelles réalités, bien sûr.
  5. Question: L’Onu fêtera son 75e anniversaire en septembre. J’ai parlé au Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres à ce sujet. Il était prévu de célébrer assez largement cet anniversaire lors de la semaine traditionnelle de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies, des invités d’honneur étaient attendus. Comme vous l’avez dit, c’est difficile de prévoir quoi que ce soit aujourd’hui. Si la situation ne permettait pas de se rencontrer en tête-à-tête dans l’enceinte de l’Onu, mène-t-on des consultations actuellement pour savoir comment célébrer cet anniversaire qui est tout de même important pour le monde, s’il n’était pas possible d’organiser une session à part entière au siège de l’Onu à New York?
  6. Question: Si vous permettez, je voudrais revenir sur un thème important pour nous tous: la pandémie. Plus la bataille contre cette terrible épidémie avance, plus l’on entend s’élever des voix qui appellent à trouver les coupables, enquêter sur son origine – différentes commissions ont été créées, notamment au Sénat américain, et on voit paraître de nombreuses investigations journalistiques. De plus en plus de flèches sont pointées sur la Chine. Il existe différentes recherches conspirationnistes de coupables aux États-Unis, il y a même des pseudo-intellectuels qui recherchent les racines de cette pandémie en Russie. Faut-il dès à présent réfléchir à la manière d’examiner et d’étudier cette situation après la pandémie? Comment pourrait-on faire? Ou est-il préférable de tirer un trait là-dessus et de se concentrer sur la lutte contre la pandémie en laissant l’investigation à plus tard?
  7. Question: Vous avez dit récemment que le sommet en ligne des dirigeants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, qui sera consacré au coronavirus, était en principe fixé. Y a-t-il une date précise, ou des prévisions, quant à la réunion en ligne des cinq dirigeants de la Russie, de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France pour consolider les efforts dans la lutte contre le coronavirus?
  8. Question: La date n’est donc pas encore fixée?
  9. Question: En raison de la pandémie, le Ministère russe des Affaires étrangères a été contraint d’assumer une fonction assez nouvelle pour lui: contribuer au retour de nos compatriotes, coordonner ce travail. Un travail gigantesque a été réalisé en ce sens, des efforts immenses sont fournis. Le Ministère des Affaires étrangères travaille 24h/24. A l’agence de presse TASS nous avons couvert cela tout le temps et avons vu la quantité du travail accompli par le Ministère russe des Affaires étrangères, même s’il y avait des critiques que je trouve injustes. Quelle est la situation aujourd’hui? Combien de gens doivent encore être rapatriés? Comment envisagez-vous le règlement de ce problème à court terme?
  10. Question: Je me joins à vos mots de gratitude mais je me dois de poser une question sur une chose très importante. Cela relève davantage du domaine de vos pronostics et propositions. Le monde est fermé aujourd’hui, les frontières sont fermées, les avions ne volent pas. Cette question ne peut être posée à quelqu’un d’autre que vous. Quand les frontières seront-elles ouvertes, quand la communication aérienne reprendra-t-elle, quand commencera la communication normale entre les gens? Selon vos prévisions, votre vision du monde, votre impression, d’après les conversations avec les collègues, quand et comment le monde s’ouvrira-t-il? Car les frontières sont fermées même entre les pays de la CEI, avec les pays lointains. Comment, progressivement ou rapidement, cela se déroulera-t-il sur le plan pratique?
  11. Question: Vous connaissez la célèbre photo, la meilleure photo du XXe siècle: la photo du correspondant de TASS Evgueni Khaldeï « Le Drapeau rouge sur le Reichstag ». Une question pour vous, en tant que personne qui appréciait la photographie à une époque. Si vous deviez prendre une photo de la future victoire sur la pandémie, qu’est-ce qui devrait figurer sur cette photo, selon vous?
  12. Question: Peut-on vous demander tout de suite de présider le comité d’organisation du concours?
  13. Question: J’ai récemment acheté un album photo intéressant, il y en a des vôtres aussi. Puisque le concours des victoires sur la pandémie sera international, laquelle de vos photos ajouteriez-vous à l’album? L’une des vôtres.

Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l'agence de presse TASS, Moscou, 29 avril 2020 Интервью ТАСС

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Question: C’est la première fois que nous nous rencontrons en ligne.

  • Dans quelle mesure ce format est-il devenu habituel pour vous?

Je sais que vous organisez des réunions en visioconférence, et que vous avez même rencontré vos homologues des Brics de cette manière.

  • D’après vous, combien de temps faudra-t-il encore vivre dans ce milieu en ligne?
Sergueï Lavrov: Je pense que personne ne le sait. C’est effectivement inhabituel, mais, dans une certaine mesure, intéressant également. Comme nous l’avons déjà souligné plusieurs fois, cette communication ne remplacera jamais les réunions en personne, notamment confidentielles, en tête-à-tête, mais il est confortable d’utiliser les technologies modernes dans la situation actuelle parce qu’il est impossible d’interrompre toutes les communications.
En effet, hormis les entretiens téléphoniques, qui ont toujours fait partie de notre activité diplomatique, nous utilisons à présent de plus en plus souvent les visioconférences. Une telle visioconférence a été organisée hier entre les ministres des Affaires étrangères des Brics. La Russie préside ce groupe cette année.
Demain est prévue une visioconférence entre les ministres des Affaires étrangères des pays du Format Normandie, pendant laquelle nous évoquerons qui et comment met en œuvre ou non les recommandations approuvés en décembre dernier au sommet du Format Normandie à Paris.

La semaine prochaine, après les festivités du mois de mai, nous comptons également continuer d’utiliser ce format. J’ignore combien de temps cela durera. Cela dépend surtout des autorités sanitaires en fonction des estimations réelles de la situation épidémiologique.

A partir de ces estimations sont préparés des rapports destinés aux autorités du monde entier. Vous le savez, tous les gouvernements réfléchissent actuellement à des délais approximatifs pour préparer les mesures afin de sortir de la crise.
Des directives en ce sens ont été données hier par le Président russe Vladimir Poutine pendant la réunion avec les gouverneurs. Nous sommes donc entre les mains de la nature et des efforts entrepris par l’homme pour que la nature ne cause pas trop de dommages.

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Question: Malheureusement, la pandémie a laissé une empreinte sur toute notre vie et a sérieusement terni la fête de la Victoire du 9 mai. Il reste littéralement 10 jours. Le Président russe Vladimir Poutine a annoncé qu’un défilé aérien aurait lieu avec un feu d’artifice, bien sûr. Mais ne cachons pas que la fête se déroulera autrement. Nous attendions de nombreux hôtes étrangers.

  • D’après vous, dans cette situation, quel pourrait être le format international de la célébration de la Journée de la Victoire, de la grande fête que personne ne nous enlèvera?

https://cdnfr1.img.sputniknews.com/img/104371/28/1043712878_0:0:3364:2048_1000x608_80_0_0_e9bb1db80ba676e0d7f167875cbbdbd5.jpg.webp © Sputnik . Maksim Blinov -Avions d’attaque au sol Su-25 au-dessus de Moscou lors de la répétition de la partie aérienne du défilé de la Victoire.


Sergueï Lavrov: Je suis entièrement d’accord avec vous mais, premièrement, aucun hôte étranger n’a encore exprimé son intention de renoncer à venir à Moscou pour le défilé quand la nouvelle date sera fixée. Tous les hôtes étrangers invités, les chefs d’État et de gouvernement, ainsi qu’un grand groupe de vétérans étrangers de la Grande Guerre patriotique, de la Seconde Guerre mondiale, ont exprimé leur compréhension de la décision annoncée mi-avril par le Président russe Vladimir Poutine concernant la nécessité de reporter le défilé, qui aura inévitablement lieu en plein format cette année, comme il l’a souligné.

Nous partons du principe que tous les invités qui avaient déjà confirmé leur participation quand le défilé était prévu pour le 9 mai étudieront la possibilité de venir à Moscou à la nouvelle date.

Bien sûr, au format international on  ne peut pas passer à côté du 75e anniversaire de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale, la Grande Guerre patriotique. Je rappelle que tous les cinq ans l’Onu adopte une résolution à ce sujet.

Il y a cinq ans, à l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté par consensus une résolution soulignant le caractère intemporel de cet exploit, de cet événement, et a souligné que c’était grâce à la Victoire que l’Onu avait été créée, dont la Charte a pour objectif principal de préserver les futures générations de la guerre.

Il y a littéralement quelques jours, le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump ont célébré une nouvelle étape dans la marche des vainqueurs: la réunion sur l’Elbe.

Je pense que c’est un signal très important et émotionnellement fort pour que nous placions en priorité des intérêts la sécurité, le sauvetage des vies, et non des calculs géopolitiques.

Hormis ces événements et ces déclarations a été préparé le projet de résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, cette fois à l’occasion du 75e anniversaire de la Victoire dans la Seconde Guerre mondiale.

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Ses coauteurs sont les pays de la CEI, la Chine et d’autres membres de l’Onu. Nous espérions adopter cette résolution pour la Journée de la Victoire. Ce jour-là il était prévu, comme il y a cinq ans pour le 70e anniversaire, d’organiser une discussion spéciale lors de la réunion plénière de l’Assemblée générale des Nations unies.
L’Assemblée générale, comme d’autres organes de l’Onu, travaille à distance actuellement et de telles réunions (grandes ou non) ne sont plus organisées. Nous sommes convenus, avec nos partenaires coauteurs de cette résolution, de nous orienter sur la période à laquelle l’Assemblée générale reprendra un travail normal afin d’organiser absolument une telle réunion. Des expositions et des diffusions de films étaient prévues à New York au siège de l’Onu et au niveau d’autres représentations russes à l’étranger.
Bien évidemment, d’une manière ou d’une autre, pour le Jour de la Victoire se tiendront des activités consacrées à la mémoire de ceux qui ont combattu le fascisme. Nous avons chargé nos représentations diplomatiques, Ambassadeurs et Consuls généraux d’organiser, compte tenu des exigences des autorités épidémiologiques locales, compte tenu de la situation épidémiologique, la visite des mémoriaux en hommage aux guerriers soviétiques qui sont tombés sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale.
Les tombes resteront comme toujours entretenues. Certaines activités qui prévoyaient l’organisation d’expositions et d’allocutions dans les médias auront tout de même lieu, mais la plupart d’entre elles se dérouleront probablement en ligne. Je vous assure que d’une manière ou d’un autre cette date sera dignement célébrée au niveau de toutes nos représentations diplomatiques.

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Question: De plus en plus de gens estiment que cette situation globale changera l’ordre mondial, que le monde sera différent.

  1. De votre point de vue, en tant que chef de la diplomatie russe, en tant que grand diplomate, quel pourrait être le nouvel ordre mondial, quelle sera sa spécificité?

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Sergueï Lavrov: Personne ne peut probablement donner une réponse claire aujourd’hui. Il existe au moins deux tendances, peut-être plus.

  • La première est que de nombreux pays, dirigeants, politiques, politologues et personnalités publiques sont convaincus de la nécessité d’unir les efforts, de promouvoir des approches multilatérales des problèmes globaux et de souligner que l’isolationnisme, les tentatives de se distancer des problèmes mondiaux derrière des « barrières » nationales ont échoué.
  • La seconde tendance est complètement inverse: dans des conditions où il est impossible de compter sur les actions de différents gouvernements dans différentes régions où le système de santé n’est pas aussi développé, où ne sont pas aussi développés les structures chargées d’assurer l’ordre, de veiller à la circulation des gens, il vaut mieux compter sur soi-même. Si mon pays est plus riche que d’autres, alors je vais m’occuper de mes propres problèmes – que les autres se débrouillent comme ils veulent.

Bien évidemment, je suis partisan de la première approche, tout comme la Fédération de Russie. La Russie est toujours partie de la nécessité d’unir les efforts, de chercher des méthodes collectives pour régler tous les problèmes.

Le plus dangereux serait peut-être de sortir de cette pandémie et, en attente d’une nouvelle menace globale, n’avions aucune entente pour savoir comment agir. D’où l’importance de ce qui se passe aujourd’hui notamment sous l’égide de l’Onu, de l’OMS, du G20.

Toutes ces structures, en la personne de leurs dirigeants,
  • du Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres,
  • du Directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus
  • des dirigeants du G20, présidé actuellement par l’Arabie saoudite,
ont appelé à unir les efforts et à lancer un grand programme unilatéral.

Il est consacré, premièrement, à l’élaboration d’un antidote contre ce genre d’infections et de menaces;

deuxièmement, à l’aide pour ceux qui en ont besoin (assez importante, d’ailleurs);

et, troisièmement, à l’élaboration de mesures organisationnelles permettant de mobiliser plus rapidement la communauté internationale si, Dieu nous en garde, une telle chose se reproduisait.

Un tel programme a été lancé maintenant. Il a été soutenu par l’UE et l’Arabie saoudite en tant que présidente du G20. Il n’est pas prévu seulement pour un an. La somme de 7,5 milliards de dollars a été annoncée. Tout cela sera encore analysé, étudié pour comprendre comment il est possible d’organiser une telle coopération multilatérale dans le confort maximal pour chaque pays. Que cela soit nécessaire: nous n’en doutons pas du tout.

Au sujet du multilatéralisme, je voudrais souligner encore une fois ce que je disais il n’y a pas si longtemps. Il faut savoir que seule une union universelle des efforts est la bonne réponse qui tiendra compte des intérêts de tous.

Nous assistons ces dernières années à des tentatives de présenter le multilatéralisme d’une autre manière: en tant que droit d’un certain groupe de pays à formuler la politique sur une question globale, puis forcer tous les autres à adhérer à un point de vue qui n’a pas été élaboré dans un format universel.

L’Allemagne et la France ont proposé l’an dernier de créer une alliance pour soutenir le multilatéralisme. Sachant qu’elles l’ont fait hors du cadre de l’Onu, en dehors de ses structures organisationnelles.

L’évolution de la situation a montré que cette initiative était une proposition consistant à ce que tout le monde s’oriente sur l’UE en tant qu’idéal de multilatéralisme dans son activité en politique étrangère.

Nous nous demandons:

  • s’il existe l’Onu, que peut-il exister de plus multilatéral sur Terre?

Les tentatives de présenter les approches dont je parle, de présenter les choses comme quoi le multilatéralisme serait défini par les puissances les plus avancées sur le plan démocratique – ce contexte est flagrant – ne signifient qu’une chose.
Quand ces pays viennent avec leurs initiatives à l’Onu est sont confrontés à la nécessité de tenir compte de l’avis des autres, de changer leurs approches, de chercher des compromis, un consensus, cela leur paraît inopportun.
Ils veulent insister précisément sur leurs approches unilatérales qui ne tiennent pas compte de la position des autres.
C’est alors qu’apparaissent des idées sur la création, en dehors des structures universelles et de l’Onu, d’alliances d’intérêts dont les décisions sont ensuite présentées comme une vérité de dernière instance.

Nous contestons cette approche. Nous disons à nos collègues occidentaux, et notamment européens, que tous les problèmes doivent être réglés honnêtement et sans craindre les opposants. Qu’on le veuille ou non, il existe 193 membres de l’Onu dans le monde. Si chaque année nous réaffirmons tous l’attachement aux idéaux de la Charte de l’Onu, alors travaillons sur la base de ses principes, dont le principal est l’égalité souveraine des États.

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Question:

  • Ne pensez-vous pas que derrière ces tentatives de créer de telles alliances, le sabotage des institutions actuellement en place de l’Onu, notamment l’OMS (le Président américain Donald Trump a déclaré durant son entretien avec le Président français Emmanuel Macron qu’elle devait être réformée), les propos concernant l’inefficacité de l’Onu dans le cadre de la pandémie, se cachent les tentatives de promouvoir un « nouvel ordre mondial » (dont je parlais), et donc de créer de nouvelles institutions internationales sous le prétexte d’une prétendue « réforme »?
  • Dans quelle mesure le Ministère russe des Affaires étrangères et la Russie dans l’ensemble sont attachés au maintien des institutions actuellement en place?

Compte tenu des nouvelles réalités, bien sûr.

 

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Photo ONU/Jean Marc Ferré – Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres (à gauche) et le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr. Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse à Genève (photo d’archives).

Sergueï Lavrov: Nous prônons toujours le respect du système Onu-centrique de l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale. L’humanité n’a encore inventé rien de plus stable et fiable.

Le système de l’Onu possède une légitimité unique.

Elle est unique en termes de couverture des questions traitées par l’Onu elle-même et ses institutions spécialisées, ses fonds et programmes. Il serait impardonnable de perdre une telle richesse de mécanismes multilatéraux reflétant les intérêts de tous les pays membres de l’Organisation mondiale.
Il ne fait aucun doute que « rien n’est éternel », que personne n’est parfait, nous le savons tous, c’est pourquoi les questions relatives à la réforme et au perfectionnement de l’activité de l’Onu et de toutes ses structures sont toujours à l’ordre du jour quand se réunissent les organes intergouvernementaux et interétatiques dirigeant ces structures, déterminant l’activité de leurs secrétariats.

Cela concerne également l’OMS où une nouvelle expérience s’accumule constamment. Avec chaque nouvelle épidémie, avec chaque nouvelle maladie infectieuse s’accumule le bloc de spécialistes, de connaissances qui sont immédiatement mises à profit.

De nouvelles structures sont créées. Cela concerne toutes les structures internationales, notamment le Conseil de sécurité des Nations unies où, vous le savez, du point de vue des approches géopolitiques sont déjà soulevées les questions de sa réforme pour le rendre plus représentatif.

Pour cela il faut avant tout se concentrer sur l’élargissement de la représentativité, au Conseil de sécurité des Nations unies, des pays émergents de toutes les régions – l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine.

Les questions relatives au perfectionnement du travail des organisations multilatérales sont constamment à l’ordre du jour.

Toute réforme n’est pas une action unique, mais un processus permanent car la vie va de l’avant. Et chaque jour, de plus en plus rapidement, grandit le flux de nouveaux acquis de la science et de la technique, de nouvelles technologies, de nouveaux phénomènes transfrontaliers. Il serait déraisonnable et erroné de figer et de ne pas évoquer le perfectionnement des réponses de la communauté internationale.

En ce qui concerne la création de nouvelles organisations, il n’existe aucune objection aux initiatives en principe.

Mais en cas de création d’une organisation en fonction de la région ou d’une orientation politique, comme dans le cas des alliances que vous avez mentionnées, quand les Européens, les Occidentaux les créent en dehors de l’Onu, s’ils créent une structure à participation limitée  – seulement avec les pays qui sont considérés comme démocratiques par les organisateurs –  tout en prétendant régler les problèmes pour tout le reste de l’humanité, alors nous ne pouvons certainement pas être d’accord.
Il existe de nombreux exemples, en parlant de votre métier, quand une « alliance pour le soutien de la sécurité de l’information et de la démocratie » est créée avec des implications évidentes qu’il existe des médias et des moyens de propagande », notamment visant directement RT et Sputnik.

Si cette alliance proclamée prend la responsabilité de régler les problèmes et de donner son avis sur l’activité de tous les autres, alors cela ne va pas. Il existe l’Unesco, chargée notamment de ces problèmes, ainsi que les différentes structures dans le cadre de l’OSCE. C’est pourquoi nous disons oui aux nouvelles organisations si elles sont créées sans porter atteinte aux prérogatives des structures universelles existantes qui s’appuient sur la Charte de l’Onu approuvée par tous.

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Question: L’Onu fêtera son 75e anniversaire en septembre. J’ai parlé au Secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres à ce sujet. Il était prévu de célébrer assez largement cet anniversaire lors de la semaine traditionnelle de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies, des invités d’honneur étaient attendus. Comme vous l’avez dit, c’est difficile de prévoir quoi que ce soit aujourd’hui.

  • Si la situation ne permettait pas de se rencontrer en tête-à-tête dans l’enceinte de l’Onu, mène-t-on des consultations actuellement pour savoir comment célébrer cet anniversaire qui est tout de même important pour le monde, s’il n’était pas possible d’organiser une session à part entière au siège de l’Onu à New York?

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Sergueï Lavrov: Nous partons tout de même du principe qu’il est trop tôt pour faire de tels pronostics. Pour l’instant, nous comptons sur le fait que les plans d’une réunion solennelle en septembre 2020 à New York dans le cadre de la semaine de haut niveau et au sommet qui se déroule pendant la troisième décade de septembre seront réalisés.

Nous préparons la déclaration consacrée au 75e anniversaire de la formation de l’Onu, des concerts, des expositions et des projections de films. Nous prévoyons des activités similaires à Moscou, notamment avec la participation du Centre d’information de l’Onu dans notre capitale et de l’Association de la Fédération de Russie pour l’Onu.

Pour revenir aux activités préparées à New York, je souligne encore une fois que pour l’instant nous espérons que prochainement la situation se clarifiera concernant la possibilité d’organiser des sessions de l’Assemblée générale des Nations unies, y compris la semaine de haut niveau au format habituel.

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Question: Si vous permettez, je voudrais revenir sur un thème important pour nous tous: la pandémie.

Plus la bataille contre cette terrible épidémie avance, plus l’on entend s’élever des voix qui appellent à trouver les coupables, enquêter sur son origine – différentes commissions ont été créées, notamment au Sénat américain, et on voit paraître de nombreuses investigations journalistiques.

De plus en plus de flèches sont pointées sur la Chine. Il existe différentes recherches conspirationnistes de coupables aux États-Unis, il y a même des pseudo-intellectuels qui recherchent les racines de cette pandémie en Russie.

  • Faut-il dès à présent réfléchir à la manière d’examiner et d’étudier cette situation après la pandémie?
  • Comment pourrait-on faire?
  • Ou est-il préférable de tirer un trait là-dessus et de se concentrer sur la lutte contre la pandémie en laissant l’investigation à plus tard?

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Sergueï Lavrov: Je voudrais dire avant tout que nous sommes déçus par la rhétorique exprimée, par les tentatives de pointer du doigt tel ou tel pays. Vous avez mentionné que les États-Unis accusaient la Chine. On entend également des accusations (en France et en Allemagne) visant la Chine

. Les pays européens voudraient exiger des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars de la Chine à titre de réparations pour ne pas avoir informé la communauté mondiale à temps. Le Président américain Donald Trump a déclaré, en évoquant ce sujet lors d’une récente conférence de presse, qu’il était possible que les États-Unis avancent également de telles exigences, mais bien plus élevées que des centaines de milliards de dollars.

Nous voyons tout cela. C’est regrettable, évidemment. Comme vous l’avez dit, le plus important actuellement est de vaincre cette pandémie. Ensuite il faudra bien sûr enquêter sur ses origines au moins pour comprendre comment élaborer un antidote qui sera fiable à terme.

Car certains chercheurs prédisent que ce coronavirus pourrait revenir pour être en permanence avec nous, comme la grippe et d’autres maladies saisonnières. C’est pourquoi il faudra absolument élucider ses causes. Mais pas dans le but de dire « j’avais raison, voilà le responsable, j’ai tout fait correctement, alors votez pour moi », mais afin de comprendre comment élaborer les approches optimales pour surmonter cette menace à terme.
Quant aux actions engagées actuellement par le système de l’Onu, honnêtement, je ne vois aucune raison d’avancer des accusations parce que les actions engagées étaient suffisamment rapides et opportunes, je trouve.
On peut toujours dire « j’aurais pu faire quelque chose un jour plus tôt ». Oui, probablement.
Premièrement, les organisations du système de l’Onu ne sont pas une entité détachée des pays membres: elles ont été créées et dirigées par ces derniers, il y a des organes exécutifs et dirigeants.
Les secrétariats de ces organisations se composent des citoyens des pays membres. Sachant que plus le pays est grand, plus grand est son PIB, plus les cotisations sont élevées, plus les citoyens de ce pays sont nombreux au sein du secrétariat de l’organisation.
C’est également le cas pour l’OMS. Si l’on analyse toute la chronologie des actions entreprises par l’OMS depuis janvier 2020, il en ressort assez clairement que l’Organisation a agi en parfaite conformité avec sa Charte.

Voici un autre aspect important. L’Organisation n’a pas le pouvoir d’instaurer tel ou tel régime dans les pays membres. Elle émet des recommandations. C’est un point très important à connaître. L’Organisation ne pouvait pas ordonner à tout le monde de décréter l’état d’urgence. Chaque pays, selon sa perception de la situation au niveau national, tenait ensuite compte ou non de ces recommandations. C’est un point très important à connaître.

L’OMS n’est pas la seule du système de l’Onu à participer à ce travail: il y a le Programme des Nations unies pour le développement, l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour la population, le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation pour le développement industriel (UNIDO).
Ils possédaient et possèdent tous des programmes de soutien aux personnes dans le besoin dans les pays émergents. Des programmes qui aident à améliorer la situation socioéconomique de la population, notamment de ses couches démunies. Sans un tel soutien, l’impact pour les pays émergents, qui maintiennent pour l’instant une ligne visant à empêcher la pandémie d’atteindre trop profondément leur société, serait bien plus destructeur.

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Question: Vous avez dit récemment que le sommet en ligne des dirigeants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, qui sera consacré au coronavirus, était en principe fixé.

  • Y a-t-il une date précise, ou des prévisions, quant à la réunion en ligne des cinq dirigeants de la Russie, de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France pour consolider les efforts dans la lutte contre le coronavirus?

Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l'agence de presse TASS, Moscou, 29 avril 2020 Интервью ТАСС

Sergueï Lavrov: J’ai déjà évoqué ce sujet. Nous sommes prêts à une telle conversation. Nous partons du principe qu’il sera important pour les cinq dirigeants de faire une déclaration conjointe formulant un avis et des objectifs concernant notre vision des intérêts de la communauté internationale dans l’union des efforts pour combattre le coronavirus. Le projet de cette déclaration est pratiquement prêt. Nous étions prêts à nous réunir la semaine dernière déjà et cette semaine aussi, mais certains membres des Cinq ont demandé du temps supplémentaire pour déterminer leur position.

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Question: La date n’est donc pas encore fixée?

Sergueï Lavrov: Non, pas encore. Je voudrais souligner une nouvelle fois que cette visioconférence entre les cinq dirigeants sera consacrée uniquement à la lutte contre le coronavirus suite aux décisions prises par consensus à l’Assemblée générale des Nations unies, au G20, et à l’OMS. Elle viendra les appuyer.

En parallèle, nous poursuivons la préparation du sommet principal des dirigeants des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies qui a été proposé par le Président russe Vladimir Poutine en janvier 2020.

Cette initiative a été soutenue par tous les autres dirigeants des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Actuellement, nous travaillons sur le contenu de cette réunion au sommet. Nous sommes tous d’accord sur le fait qu’elle doit être consacrée aux principaux problèmes du monde contemporain, à la stabilité stratégique, et à la sécurité mondiale dans toutes ses dimensions – militaro-politique, économique, et sociale. Il s’agit de toutes les tâches prioritaires à l’ordre du jour de la communauté internationale, de savoir comment les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies pourront mettre en application, dans les conditions actuelles, la responsabilité qui leur est donnée par la Charte de l’Onu.

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Question: En raison de la pandémie, le Ministère russe des Affaires étrangères a été contraint d’assumer une fonction assez nouvelle pour lui: contribuer au retour de nos compatriotes, coordonner ce travail.

Un travail gigantesque a été réalisé en ce sens, des efforts immenses sont fournis. Le Ministère des Affaires étrangères travaille 24h/24. A l’agence de presse TASS nous avons couvert cela tout le temps et avons vu la quantité du travail accompli par le Ministère russe des Affaires étrangères, même s’il y avait des critiques que je trouve injustes.

  • Quelle est la situation aujourd’hui?
  • Combien de gens doivent encore être rapatriés?
  • Comment envisagez-vous le règlement de ce problème à court terme?

https://cdnfr1.img.sputniknews.com/img/104300/42/1043004227_0:235:2884:1795_1000x0_80_0_1_7a447ae15b2b749189c189a12c9341b5.jpg.webp  Un avion des Forces aérospatiales russes a évacué 80 citoyens russes de la ville chinoise de Wuhan vers la région russe de Tioumen


Sergueï Lavrov: Ce n’est pas un nouveau type d’activité pour nous. Les problèmes liés aux situations difficiles de nos compatriotes à l’étranger ont toujours existé. Certes, pas en tel nombre ni d’une telle ampleur. Mais la fonction de soutien à nos compatriotes en détresse à l’étranger faisait partie des priorités de nos établissements diplomatiques à l’étranger.

Le coronavirus a provoqué une situation tendue. Certains partaient à long terme (pour des études ou en stage), d’autres comme de simples touristes. Ce sont des centaines de milliers de personnes.

La situation n’est pas simple car il ne s’agit pas du fait qu’il y a un citoyen russe qui doit rentrer chez lui – ce qui est son droit constitutionnel. Il existe d’autres circonstances liées directement à la propagation du coronavirus en Fédération de Russie. Il y a des décisions prises par les autorités du pays, le Centre opérationnel pour la prévention de l’entrée et la prolifération du coronavirus auprès du gouvernement de la Fédération de Russie, dictées par la tâche prioritaire qui consiste à minimiser les conséquences négatives de la pandémie actuelle.

La préservation des vies et de la santé des Russes est prioritaire. A partir de là ont été déterminés les paramètres dans le cadre desquels il sera possible de rapatrier nos citoyens aussi bien du point de vue du nombre que des régions où ils comptent revenir.

C’est un travail très difficile. Il a demandé de nombreuses concertations interministérielles, puis s’est poursuivi jusqu’à l’élaboration d’un algorithme spécial qui a été perfectionné sur la base des essais et des erreurs – parce que les erreurs sont inévitables.
Vous avez dit que nous étions critiqués. La critique peut toujours être utile. Elle n’est jamais injustifiée ou infondée à 100%. Il y a toujours une part de vérité. C’est pourquoi il est important de comprendre qu’en prenant soin de nos citoyens nous nous orientons avant tout sur la ligne nationale élaborée dans le cadre de la lutte contre cette menace, des mesures prises au niveau national.
On peut comprendre dans quel état sont ceux qui n’embarquent pas sur un vol pour telle ou telle raison. Mais il faut comprendre aussi ce que j’ai dit plus tôt: il y a la ligne nationale dans le cadre de laquelle il faut fournir ses informations personnelles, tenir compte des facteurs qui surviennent sur place.
A l’initiative du Ministère des Affaires étrangères, le Centre opérationnel auprès du gouvernement de la Fédération de Russie a apporté des précisions très importantes à l’algorithme conformément auquel nous agissions. L’approbation des listes en fonction des informations fournies sur le site Gosuslugi (Services publics) est prise en charge par le Ministère russe du Développement numérique et des Communications.

D’après l’expérience accumulée dans la réalisation de cet algorithme, les recommandations de nos ambassadeurs et consuls généraux, nous avons soumis des propositions au gouvernement russe, qui a très rapidement octroyé à nos ambassadeurs le pouvoir d’inscrire sur la liste des individus indépendamment de leur présence sur la liste validée par le Ministère des Communications en cas de situation humanitaire grave.

Un autre avion de rapatriement est rentré de New York avec 257 personnes. 90 d’entre elles faisaient partie de la « liste humanitaire » sur laquelle elles avaient été inscrites sur décision de l’Ambassadeur de Russie aux États-Unis.

En exprimant ma gratitude à nos diplomates, je voudrais noter l’approche pas du tout remarquée de nombreux ambassadeurs et collaborateurs d’ambassades et de consulats généraux. Par exemple, au Népal, sur le territoire de l’agence Rossotroudnitchestvo à Katmandou, l’Ambassadeur et ses collaborateurs ont créé un campement pour ceux qui n’avaient plus d’argent. A New York, au Népal, en Argentine: pratiquement dans tous les pays les collaborateurs accordent des fonds personnels pour aider à acheter les produits de première nécessité, et fournissent de la nourriture.

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Un vol de New York a enfin permis de rapatrier 19 élèves qui s’étaient retrouvés aux États-Unis par un moyen qu’on ignore dans le cadre de programmes douteux dont le gouvernement russe n’avait pas connaissance. Nous attendons encore de nos collègues américains des explications claires et détaillées. L’Ambassadeur des États-Unis en Russie John Sullivan a essayé. Il a dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter: certains sont déjà rentrés, d’autres n’ont pas voulu, certains sont dans des familles, d’autres ont été transférés ailleurs. Ces explications sont inacceptables pour nous. Nous devons savoir où, chez qui et pour quelle raison chaque enfant se trouve actuellement. Il faudra encore comprendre comment des mineurs ont réussi à prendre un vol international. Un grand travail reste à venir, nous le faisons conjointement avec le Ministère russe de l’Éducation.
Je voudrais également souligner un autre aspect. Le gouvernement russe a rapidement pris une décision spéciale pour les Russes qui n’avaient pas encore la possibilité de prendre un vol international et qui n’avaient vraiment plus d’argent parce qu’ils comptaient rester à l’étranger pour une durée bien inférieure qu’ils ne l’ont dû. Des fonds spéciaux ont été alloués et sont distribués par le Ministère des Affaires étrangères de manière appropriée pour soutenir nos compatriotes pour le reste de la durée de leur séjour à l’étranger. Il y a des sommes journalières pour les adultes et les enfants. C’est également d’une grande aide. Je répète: personne n’est parfait, il a fallu faire bien des choses, voire pratiquement tout « sur le tas » en s’appuyant sur les mesures prises au niveau national et leur impact sur nos capacités à rapatrier un certain nombre de personnes dans différentes régions russes.
Je voudrais remercier une nouvelle fois tous nos collègues des autres ministères, tous ceux qui, au Centre opérationnel, adoptent l’approche la plus constructive des préoccupations exprimées par nos établissements à l’étranger. Je voudrais remercier tout particulièrement tous nos diplomates à l’étranger. Sans ménager leur temps personnel ils font tout pour que la situation actuelle de nos citoyens qui restent à l’étranger soit la plus confortable possible.

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Question: Je me joins à vos mots de gratitude mais je me dois de poser une question sur une chose très importante. Cela relève davantage du domaine de vos pronostics et propositions.

Le monde est fermé aujourd’hui, les frontières sont fermées, les avions ne volent pas. Cette question ne peut être posée à quelqu’un d’autre que vous.

  • Quand les frontières seront-elles ouvertes, quand la communication aérienne reprendra-t-elle, quand commencera la communication normale entre les gens?
  • Selon vos prévisions, votre vision du monde, votre impression, d’après les conversations avec les collègues, quand et comment le monde s’ouvrira-t-il?

Car les frontières sont fermées même entre les pays de la CEI, avec les pays lointains.

  • Comment, progressivement ou rapidement, cela se déroulera-t-il sur le plan pratique?

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Sergueï Lavrov: Nous avons déjà abordé ce sujet au tout début de la conversation. Sur le plan pratique, malheureusement ou heureusement, le Ministère des Affaires étrangères est un organe du pouvoir exécutif qui n’est pas forcé de prendre une décision à ce sujet: elle doit être prise sur une base collective.

Je souligne encore une fois que le Président russe Vladimir Poutine, lors de ses entretiens réguliers avec les régions, les membres du gouvernement et les scientifiques, donne des consignes dont l’application doit aider à définir les critères, les délais et les étapes, la rapidité du déconfinement. Vous le savez, le Président a chargé de présenter les propositions en la matière pour le 5 mai. Elles doivent tenir compte des avis collectifs des organes fédéraux du pouvoir exécutif et de la situation spécifique dans chaque région du pays. Nous espérons vraiment que ces mesures détermineront les délais permettant de réaliser la majeure partie des projets prévus pour cette année au niveau de la diplomatie russe.

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Question: Vous connaissez la célèbre photo, la meilleure photo du XXe siècle: la photo du correspondant de TASS Evgueni Khaldeï « Le Drapeau rouge sur le Reichstag ». Une question pour vous, en tant que personne qui appréciait la photographie à une époque.

  • Si vous deviez prendre une photo de la future victoire sur la pandémie, qu’est-ce qui devrait figurer sur cette photo, selon vous?

Sergueï Lavrov: C’est une très bonne question pour un concours international. Je vous propose de breveter cette idée.

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Question:

  • Peut-on vous demander tout de suite de présider le comité d’organisation du concours?

Sergueï Lavrov: Nous verrons. Si cette idée était soutenue et que le comité d’organisation était créé, je réfléchirais pour en faire partie. Cette photo ne doit certainement comporter aucun bâtiment symbolisant un quelconque État.

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Question: J’ai récemment acheté un album photo intéressant, il y en a des vôtres aussi.

  • Puisque le concours des victoires sur la pandémie sera international, laquelle de vos photos ajouteriez-vous à l’album? L’une des vôtres.

Sergueï Lavrov: J’y ajouterais une qui n’a pas encore été prise. Nous avons au Ministère l’excellent photographe Edouard Pessov. Le jour de la victoire sur la pandémie nous nous rencontrerons et essaierons de faire des photos de tous nos amis. Nous verrons quel air ils auront en ce jour marquant.

Question: Je vous prends au mot. Merci!

SOURCE/ https://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/4108208

 

 

3 réflexions au sujet de « 3776 – Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l’agence de presse TASS, Moscou, 29 avril 2020 »

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