3486 – Brexit… entre affabulation et vérité… & … 5 choses à savoir sur Dominic Cummings, le conseiller très controversé de Boris Johnson

1/Brexit… entre affabulation et vérité… 

2/ 5 choses à savoir sur Dominic Cummings, le conseiller très controversé de Boris Johnson

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1/Brexit… entre affabulation et vérité..

par Karl Müller – N° 21, 30 septembre 2019 – Horizons et débats

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La tendance de nier tout argument politique alternatif, aussi sérieux et honnête soit-il, se répand comme un cancer. Un exemple (parmi tant d’autres) est celui de l’approche négative au retrait de la Grande-Bretagne de l’UE dans d’autres pays européens et malheureusement aussi en Suisse. Les raisons en sont évidentes. Mais les dangers pour la démocratie qui découlent de tels modes de débat public sont grands.

Le retrait de la Grande-Bretagne de l’UE (Brexit) occupe beaucoup les esprits dans les États de l’UE, mais aussi en Suisse.

Quelques semaines avant les élections aux Chambres fédérales suisses, la Télévision suisse-alémanique SRF 2 a diffusé le 12 septembre à 20h15 un long métrage britannique de 2019 sur les campagnes britanniques concernant le Brexit.
Le film commence par l’annonce: «Ce film est basé sur des événements réels». Le texte d’accompagnement de la SRF dit:

«En 2016, les Britanniques ont dit oui au Brexit. Comment en est-on arrivé là?

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Le stratège politique Dominic Cummings croyait connaître la réponse. En tant que leader de la campagne du ‹oui›, il s’est appuyé sur de nouvelles méthodes d’influence des électeurs contribuant à la victoire qui semblait perdue d’avance. […]
Cummings se débarrasse d’abord de ses opposants conservateurs au sein de la campagne, puis s’entoure d’une équipe hautement professionnelle qui lui permet de mettre en place l’arme la plus pointue actuellement connue des militants politiques au XXIe siècle:

les médias sociaux.

Lorsqu’un employé de Cambridge Analytica lui propose d’utiliser le micro-ciblage pour s’adresser à des gens qui n’ont jamais voté auparavant, Cummings saisit intuitivement le potentiel d’une telle méthode.»

En même temps, Dominic Cummings se caractérise comme suit:

«Le conseiller politiquement obsédé, que l’ancien Premier ministre conservateur David Cameron a décrit comme un ‹sociopathe de carrière›, a beaucoup souffert dans le cirque politique londonien avant le début de l’histoire du Brexit. Entre-temps, il est devenu conseiller personnel du Premier ministre Boris Johnson connu sous le nom de «la force sombre du 10 Downing Street». Avec son style d’ingénieux autiste, il dérangeait de nombreux politiciens et autres conseillers en communication plus communicatifs que lui. Cependant, son palmarès était impressionnant, et il était considéré comme l’homme des cas désespérés.»

Messages télévisés à la SRF

Afin de ne pas trop s’éterniser, les messages du film1 peuvent être résumés comme suit:
  1. La campagne en faveur de Brexit visait principalement les sentiments de la population, tandis que la campagne des opposants au Brexit et des partisans de l’UE était objective. Le 23 juin 2016, la majorité pour le Brexit n’a pas suivi des arguments factuels, mais une campagne très manipulatrice et hypocrite.
  2. Les principaux acteurs de la campagne du Brexit étaient tous des personnalités ambivalentes, tandis que les partisans de l’UE auraient été très sérieux, réfléchis et soucieux du bien-être des Britanniques.
  3. La campagne pour le Brexit a plongé la culture politique britannique dans l’abîme. Les bonnes traditions britanniques (et européennes) ont été jetées par-dessus bord, et la pointe de l’iceberg a été l’assassinat d’une députée britannique favorable à l’UE quelques jours avant le vote.
Le film, diffusé à la télévision suisse, s’inscrit ainsi dans le courant dominant de l’UE. Cela n’aide en rien à faire avancer la discussion factuelle.

Différents motifs face au Brexit de la part des élites britanniques

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Il est vrai que les motivations des élites politiques et sociétales britanniques à quitter l’UE n’étaient pas uniformes. Theresa May, par exemple, initialement partisane à ce que la Grande-Bretagne reste dans l’UE, a été nommée par le Parti conservateur à la tête du parti et Premier ministre pour la préparation du divorce de son pays avec l’UE.

Elle a associé ce divorce aux vieux rêves britanniques de puissance mondiale.

Le 26 janvier 2017, quelques jours après l’investiture du nouveau président américain Donald Trump, elle s’est rendue aux États-Unis et a pris la parole devant le Congrès du Parti républicain.2
Elle a souligné la «relation spéciale» entre la Grande-Bretagne et les États-Unis et a exprimé son espoir que maintenant, après un Brexit, celle-ci pourrait diriger le monde à nouveau avec les États-Unis, comme si souvent dans l’histoire des deux États. D’ailleurs, elle n’a reçu aucun commentaire positif de la part du nouveau président américain.
De telles voix en provenance de la Grande-Bretagne ne représentent cependant pas les millions de Britanniques ayant voté pour quitter l’UE.
Mais parler des arguments réels dans le courant dominant local mettrait l’UE en difficulté – y compris les partisans de l’UE en Suisse. C’est presque par hasard que l’on trouve de telles indications, dans certains cas, là où l’on ne les attend pas du tout. Par exemple, dans le Magazin du quotidien suisse «Tages-Anzeiger» du 14 septembre 2019.

La voix d’un historien suisse-britannique

olivier-zimmer Oliver Zimmer, professeur d’histoire, Anglo-suisse, qui enseigne à Oxford (GB) Oliver Zimmer, professeur d’histoire, Anglo-suisse, qui enseigne à Oxford (GB)

Dans ce même journal a été publié une contribution de l’historien suisse Oliver Zimmer, qui enseigne l’histoire à l’Université d’Oxford depuis plusieurs années déjà. Sa contribution se concentre sur le système scolaire et universitaire anglais et critique la forte fixation britannique sur une carrière académique. Cependant, à la fin de l’article, Oliver Zimmer parle du Brexit. Et on y trouve des déclarations très intéressantes.

Philip Hammond, chancelier de l’Echiquier sipa_shutterstock40716247_000012  Philip Hammond, chancelier de l’Echiquier

Il y a par exemple le discours de Philip Hammond, chancelier de l’Echiquier sous Theresa May et «fervent Remainer»3 et «depuis l’arrivée au pouvoir de Boris Johnson, le héros de nombreux journalistes traitant le Brexit et appartenant aux médias de langue allemande».
Le lecteur apprend que Philip Hammond «est apparu dans sa fonction comme lobbyiste pour de grandes entreprises comme Amazon, BP, Siemens et Tesco».
Il poursuit en ces termes: «Pour ces entreprises possédant également une influence politique, les réglementations de l’UE signifient avant tout un mur protectionniste pour tenir à distance une concurrence indésirable. Ces multinationales figurent parmi les gagnantes de la mondialisation et du marché intérieur de l’UE. Elles bénéficient de la possibilité d’importer rapidement et à moindre coût des travailleurs étrangers, alors qu’ils ont pu compter jusqu’à présent sur la politique industrielle à court terme du gouvernement britannique, qui a toujours été disposé favorablement à leur égard.
Nous lisons ensuite: «En comparaison, les entreprises de moins de dix salariés – elles aussi constituent la grande majorité sur l’île – ont été négligées par le gouvernement.»
Enfin: «Est-il surprenant que, dans une enquête menée juste avant le référendum, les patrons des petites entreprises aient plaidé cinq fois plus souvent pour Brexit que les patrons des grandes entreprises?»

Pourquoi le Brexit peut être un succès

Finalement, Oliver Zimmer formule une opinion fondamentale sur le Brexit:
«Le Brexit, surtout celui sans accord, mettrait certainement le pays à l’épreuve, mais il pourrait aussi être un succès. Après tout, le oui au retrait de l’UE était aussi un soulèvement contre une élite fixée sur Londres et les grandes entreprises. […] L’argument peu convaincant selon lequel nous devons procéder de cette manière parce que l’UE et la mondialisation nous l’imposent n’est plus d’actualité. A un moment donné et dans l’intérêt général, les politiciens devront également renoncer à l’excuse arbitraire et trop facile du populisme. Car les problèmes du statu quo ne peuvent être résolus avec davantage de statu quo. Il s’agit de dire adieu au statu quo. On ne peut qu’espérer que le retrait de l’UE sera le point de départ de réformes fondamentales dans la vie économique et sociale.»

Comme je l’ai déjà dit, de telles voix se font rarement entendre dans le discours mainstream de l’UE et malheureusement aussi dans le discours mainstream suisse. A ce courant mainstream, le film diffusé par SRF 2 est parfaitement adapté …

La question reste donc de savoir comment le citoyen peut y faire face. Penser de manière indépendante, agir humainement et ne pas oublier les fondements de la démocratie directe sont certainement un bon début.    •

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1    La ligne d’argumentation du long métrage britannique projeté par SRF 2 correspond à celle de l’ancien Premier ministre britannique David Cameron. Cameron vient de publier ses mémoires, pleines d’accusations contre ses anciens collègues du cabinet qui ont rejoint la campagne de retrait de l’UE, et d’attaques sévères contre la campagne. Le numéro du 16 septembre de la «Basler Zeitung» se lit sans aucune question critique: «Un point central dans les mémoires est celui dans lequel Cameron énumère le pouvoir concentré des instruments avec lesquels les populistes d’aujourd’hui peuvent manipuler et inciter la révolte dans l’opinion publique: à un moment donné, tous les arguments objectifs ont été recouverts – par la domination agressive des médias sociaux, des fausses nouvelles, de la haine de l’establishment, de la critique diffuse de la mondialisation, de la colère contre les immigrants. Selon Cameron, ‹la physique de la politique avait changé›.»
2    https://www.businessinsider.com/full-text-theresa-mays-speech-to-the-republican-congress-of-tomorrow-conference-2017-1?r=US&IR=T
3    «Remainer» est la formule courte pour les forces en Grande-Bretagne qui étaient (et sont) en faveur du maintien du pays dans l’UE.


source/ https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2019/n-21-30-septembre-2019/brexit-entre-affabulation-et-verite.html


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2/ Royaume-Uni … 5 choses à savoir sur Dominic Cummings, le conseiller très controversé de Boris Johnson

le 25 juillet 2019 – Thomas Liabot – Jdd

Le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson s’est entouré du conseiller Dominic Cummings, connu pour ses méthodes peu conventionnelles et son rôle dans la dernière campagne pour le Brexit.

Dominic Cummings était le principal stratège de la campagne pro-Brexit en 2016.

Boris Johnson, qui a pris mercredi les rênes du gouvernement britannique, a nommé comme conseiller Dominic Cummings, directeur controversé de la campagne officielle en faveur du Brexit lors du référendum de juin 2016. L’arrivée aux portes du pouvoir de ce mystérieux stratège de 47 ans a été suivie de nombreuses critiques. Cummings est en effet le fondateur de Vote Leave, un mouvement dont les méthodes ont été mises en cause ces dernières années, en particulier l’utilisation de slogans trompeurs et de publicités politiques ciblées. Voici 5 choses à savoir sur le nouveau conseiller de Boris Johnson.

1 – Un anti-européen notoire

Stratège du camp du « Leave » durant la campagne du référendum sur le Brexit, Dominic Cummings est un eurosceptique de longue date. Au tournant des années 2000, il a notamment été le directeur de campagne du mouvement Business for Sterling qui s’opposait à l’adoption de l’euro par le Royaume-Uni. Après être passé par plusieurs postes, et notamment avoir travaillé comme conseiller de Michael Gove au ministère de l’éducation, il est devenu fin 2015 le directeur de campagne de Vote Leave. Depuis trois ans, il multiplie les tribunes assassines contre la stratégie gouvernementale sur le Brexit dans l’hebdomadaire The Spectator.

2 – Un stratège aux méthodes nouvelles

Décrit comme impétueux et reconnu pour son franc-parler, Dominic Cummings a joué un rôle considéré comme décisif en décidant de mener une campagne basée sur les réseaux sociaux et la collecte de données personnelles plutôt que sur de traditionnels meetings politiques lors de la campagne pour le Brexit. C’est aussi lui qui a inventé le slogan « Take back control » (« reprenez le contrôle »), trois mots qui ont touché les électeurs eurosceptiques au coeur.

3 – L’homme derrière LA fake news du Brexit

Mais Cummings est surtout connu pour être derrière la fake news la plus emblématique de cette campagne. Selon lui, le Royaume-Uni économiserait 350 millions de livres par semaine en quittant l’Union européenne et pourrait, en cas de Brexit, les affecter à la Sécurité sociale. Ce chiffre était faux, mais médiatisé par Boris Johnson (déjà lui) et imprimé en gros caractère sur un autocar rouge qui sillonnait le pays, il a peut-être fait basculer le scrutin.

4 – Des pratiques très controversées

Les méthodes employées par Cummings font en effet débat. En juillet 2018, la commission électorale britannique avait infligé une amende à son mouvement Vote Leave pour avoir dépassé le plafond de dépenses autorisées et s’être allié en secret avec une autre campagne pro-Brexit, ce qui n’est pas autorisé par le code électoral britannique.

Vote Leave a aussi été lié au scandale de fuites de données personnelles Cambridge Analytica. Sommé il y a quelques mois de s’expliquer devant une commission parlementaire enquêtant sur les fake news utilisée dans la campagne de 2016, Cummings a refusé de le faire.

5 – Il a fait l’objet d’un téléfilm

Pour toutes ces raisons, Dominic Cummings est devenu un personnage de fiction. Dans un téléfilm diffusé au mois de janvier sur Channel 4, Brexit : The Uncivil War, il est interprété par l’acteur Benedict Cumberbatch et décrit comme un agitateur autoproclamé déployant des tactiques tirées de L’art de la guerre de Sun Tzu.

source/ https://www.lejdd.fr/International/Europe/royaume-uni-5-choses-a-savoir-sur-dominic-cummings-le-conseiller-tres-controverse-de-boris-johnson-3911462