3374 – Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue de son entretien avec Abdulla Shahid, Ministre des Affaires étrangères des Maldives, Moscou, 25 juin 2019

 

Mesdames et messieurs,

Les pourparlers avec nos collègues maldiviens se sont déroulés de manière constructive et ont été très utiles.

Malgré la longue histoire des relations diplomatiques entre nos deux pays, nouées il y a plus de cinquante ans, Abdulla Shahid est le premier Ministre des Affaires étrangères des Maldives à se rendre en visite en Russie. Nous y voyons la marque d’un intérêt réciproque pour le développement de nos relations bilatérales.

MALDIVES la Ministre de la Défense des Maldives Maria Ahmed Didi 201165_3_9ac134e024f6e675ed472fdb67b10d4a4e4a2521_medium  la Ministre de la Défense des Maldives Maria Ahmed Didi

Il y a quelques jours, la Ministre de la Défense des Maldives Maria Ahmed Didi a assisté aux activités organisées en Russie au niveau des ministères de la Défense, et qu’en automne 2019 nous attendons le Ministre du Tourisme de ce pays Ali Waheed, qui participera à la session de l’Organisation mondiale du tourisme.

MALDIVES Minister of Tourism and former MP Ali Waheed 220431_3_8baf6674e1e138e006279ebf2029416626957340_medium  le Ministre du Tourisme de ce pays Ali Waheed

  • Nous avons évoqué en détail l’état et les perspectives de la coopération économique bilatérale.
  • Nous avons noté la dynamique positive des échanges, même si ces derniers restent encore très modestes.
  • Nous avons constaté l’existence d’une demande constante de produits agricoles russes, notamment de volaille, de la part des Maldives.
  • Nous avons noté la volonté de nos opérateurs économiques d’élargir les fournitures de bio-ressources maritimes des Maldives.
  • Nous nous sommes mis d’accord sur les moyens d’établir les contacts appropriés entre les gouvernements pour le développement efficace de ces processus.
  • Dans l’ensemble, il a été décidé d’accroître et de diversifier les liens commerciaux et d’investissement, notamment compte tenu des résultats du Forum international sur les perspectives d’investissement dans l’économie des Maldives, qui s’est tenu la semaine dernière à Malé en présence d’une délégation russe.

Nous avons évoqué la pratique positive de formation de cadres maldiviens compétents dans les établissements russes d’études supérieures. Monsieur le Ministre a parlé des carrières de nombreux diplômés de nos universités dans leur pays. Nous en sommes ravis.

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Nous avons parlé du développement du tourisme. Nous avons constaté la hausse du nombre de voyages de Russes aux Maldives. Une hausse significative a été enregistrée l’an dernier. Cette année, la tendance se maintient. Nos partenaires ont assuré qu’ils accorderaient une attention particulière à la garantie de la sécurité des touristes étrangers.

Aujourd’hui, nous avons fait un pas de plus vers le perfectionnement de la base juridique de nos relations en signant un accord sur les voyages sans visa pour nos citoyens, ce qui contribuera aussi bien à la hausse du flux touristique qu’au développement global des contacts entre les milieux d’affaires et à d’autres niveaux. Nous sommes convenus d’accélérer la mise au point de plusieurs projets en développement, notamment l’accord sur l’extradition et le transfert des personnes condamnées.

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Nous avons également abordé le triste incident survenu en juillet 2014 à l’aéroport de Malé sous le gouvernement précédent des Maldives, quand notre citoyen Roman Seleznev a été littéralement kidnappé par les services secrets américains.

La position russe en la matière est connue: de tels actes anarchiques sont inadmissibles. Nous sommes reconnaissants envers les Maldives, qui partagent cette approche.

Nous avons exprimé notre grande estime de la coopération entre les ministères des Affaires étrangères.

Nous disposons d’un mécanisme de consultations interministérielles qui s’appuie sur le Protocole signé en 2004. Nous nous sommes mis d’accord pour rendre ces consultations plus régulières. Nous avons analysé en détail les possibilités de renforcer notre coordination à l’Onu et au sein de ses établissements spécialisés. Nous remercions les Maldives pour leur soutien immuable aux initiatives russes, notamment concernant l’inadmissibilité de la glorification du nazisme, le renforcement de la confiance dans l’espace, la prévention du déploiement des armes dans l’espace, la sécurité informatique internationale et la lutte contre la cybercriminalité.

Sur la plupart des questions de l’agenda international, nos positions sont proches.

Nous espérons qu’elles se rapprocheront davantage après les pourparlers d’aujourd’hui, qui étaient très objectifs.

  • Tout comme les Maldives, nous partageons l’importance de la démocratisation de la vie internationale, du développement de la communication interétatique basée sur le droit international en s’appuyant sur les principes de la Charte de l’Onu.
  • Tout comme les Maldives, nous souhaitons une coopération plus efficace entre tous les États pour combattre les nombreuses menaces de notre époque, notamment le terrorisme, le trafic de drogue et d’autres formes de crime organisé, ainsi que pour faire face au changement climatique, qui a une importance particulière pour les Maldives. Nous sommes entièrement conscients de ces préoccupations.

Dans le cadre de notre coopération active avec les États membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques dans le cadre du Fonds vert pour le climat, auquel la Russie contribue, nous soutiendrons les Maldives dans le règlement de ce problème primordial pour elle.

Question:
  • Que pouvez-vous dire du renforcement de la pression par les sanctions contre l’Iran, qui a été annoncé hier par les autorités américaines?
  • Est-ce que Washington entretient un contact avec Moscou sur le dossier iranien?
  • Est-ce que la Russie perçoit de tels contacts comme un mécanisme de règlement ou de détente de la situation actuelle?

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Sergueï Lavrov: Nous avons des contacts avec Washington sur l’Iran et d’autres problèmes de la région, sur la situation dans le Golfe, notamment au Conseil de sécurité des Nations unies. Ces jours-ci, le Secrétaire du Conseil de sécurité de Russie Nikolaï Patrouchev se trouve en Israël où, sur proposition du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, se déroule une réunion bilatérale avec la participation de ses homologues des États-Unis et d’Israël.

Les interlocuteurs de Nikolaï Patrouchev sont manifestement focalisés sur le fait que c’est l’Iran qui est un problème pour toute la région, que c’est dans la politique iranienne que réside l’explication de tous les processus négatifs qui s’y déroulent.

Ils affirment que l’Iran est le principal pays qui propage le terrorisme à travers le monde. En disant cela, les Américains oublient que sur leur propre liste des organisations terroristes (qui en comprend environ 15) une seule est chiite, alors que toutes les autres qualifient l’Iran d’ennemi dans leurs documents programmatiques.

C’est pourquoi, quand les États-Unis prennent l’initiative de classer la menace du terrorisme selon les pays, je leur suggérerais d’abord de regarder leur propre législation.

Question:
  • Est-ce que Moscou est satisfait des preuves présentées au Conseil de sécurité des Nations unies pour démontrer la prétendue culpabilité de l’Iran dans l’attaque contre les cargos pétroliers?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne notre position, nous sommes fermement opposés à ce que l’on rejette gratuitement la culpabilité sur qui que ce soit.

Nous prônons les enquêtes les plus rigoureuses sur toutes les accusations concernant les attaques contre les cargos survenues en mai et ce mois-ci.

Les images floues présentées par les Américains et les vidéos floues n’ont pas été perçues comme une preuve incontestable non seulement en Europe et en Russie, mais également aux États-Unis mêmes. Les experts qui ne sont pas au service de l’administration du Président américain expriment un avis assez franc et critique sur les informations présentées.

Il serait utile de rappeler qu’hier, le Conseil de sécurité des Nations unies a évoqué la situation dans le Golfe et qu’à l’issue des discussions a été adoptée une déclaration qui ne soutenait pas les tentatives insistantes des États-Unis de refléter l’origine iranienne de tous ces incidents. Qui plus est, dans l’impossibilité de le faire, le représentant américain a tenté de valider la formulation soulignant que c’était précisément un « État » qui était clairement impliqué dans cet incident. Cela n’est pas passé non plus parce que personne n’a jamais reçu la preuve qu’un État se trouvait derrière ces actes, et non des groupuscules.

Nous sommes très préoccupés par les récents développements. Les nouvelles sanctions ciblées annoncées hier par l’administration de Donald Trump contre le gouvernement iranien inquiètent et envoient le signal que la situation évolue selon un très mauvais scénario.

Cela me rappelle 2003, quand le secrétaire d’État américain de l’époque Colin Powell s’était présenté au Conseil de sécurité des Nations unies avec sa fameuse fiole, quand les États-Unis avaient décrété des sanctions les unes après les autres contre Saddam Hussein et contre l’Irak dans l’ensemble. Nous nous souvenons de la manière dont tout s’est terminé.

Un mois plus tard, en mai 2003, les États-Unis ont annoncé la victoire de la démocratie en Irak. A vous de conclure comment cette démocratie s’est manifestée depuis 16 ans.

Je terminerai ma réponse en rappelant que la Russie propose depuis longtemps d’établir le dialogue dans le Golfe entre tous les pays côtiers, avant tout les monarchies arabes et l’Iran, qui doivent être aidés par leurs voisins, la Ligue arabe, l’Organisation de coopération islamique, les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, l’UE – une sorte d’accompagnement extérieur positif. Il est temps de cesser d’espérer que les relations entre les pays arabes du Golfe et l’Iran puissent être réglées par un autre moyen que le dialogue, le renforcement de la confiance et la transparence.
Question:
  • Est-ce que Moscou est satisfait de la décision de l‘APCE d’inviter la Russie à participer à la session de juin?
  • Dans ce contexte, comment sera réglé le problème de la dette sur les cotisations?

CONSEIL DE L EUROPE AVEC LA RUSSIE cover-r4x3w1000-5ba3b7182dc1b-l-assemblee-du-conseil-de-l-europe-tend-la-main-aSTRASBOURG (Reuters) – Un projet de modification du règlement de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) sera soumis aux voix en octobre à Strasbourg en vue de trouver une solution à la crise ouverte depuis quatre ans entre l’organisation et la Russie

Sergueï Lavrov: L’APCE a approuvé hier la résolution que les délégués britanniques et ukrainiens, entre autres, avaient tenté de bloquer en soumettant plus de 200 amendements (aucun n’est passé)  afin de saper l’approbation de ce texte et de faire opposition à la volonté de la grande majorité des pays membres du Conseil de l’Europe de faire revenir la Russie à l’Assemblée parlementaire en tant que membre de plein droit de cette Organisation.

La résolution a été adoptée. Nous pensons que c’est une démarche positive. Il est important que les délégations qui ont voté pour cette résolution (je répète, ils sont majoritaires) déclarent clairement que les droits redonnés à la Fédération de Russie ne peuvent pas être contestés. Même si les tentatives de saper ce processus se poursuivent. Et elles se poursuivront aujourd’hui et demain. Nous jugerons sur l’issue, sur les résultats de la session de l’APCE. Elle se poursuit. L’élection du Secrétaire général est à venir. A l’issue de cette session nous pourrons tirer une conclusion définitive. J’espère que la crise sera surmontée.

Quant au règlement de la dette devant le Conseil de l’Europe, cette question sera réglée une fois que le rétablissement de nos droits sera définitivement clair. Nous l’avons dit plusieurs fois.

Après le rétablissement à part entière de nos droits nous serons prêts à verser les cotisations retenues à cause de l’attitude inadmissible et discriminatoire envers la délégation de l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie.

Question:
  • Est-il prévu d’entretenir des contacts politiques avec la Géorgie au format Karassine-Abachidze, au niveau des Discussions de Genève ou du groupe de l’accord douanier?
  • Est-ce vrai qu’une réunion extraordinaire entre Grigori Karassine, Secrétaire d’État et vice-Ministre russe des Affaires étrangères, et Zourab Abachidze, représentant spécial du Premier ministre géorgien, pourrait avoir lieu prochainement?
RUSSIE Grigori Karassine, vice-ministre russe des Affaires étrangères ©RIA Novosti-Vladimir Fedorenkoa3fdab4e-d98f-4a1e-b1ad-30d282dd40cb            Grigori Karassine, vice-ministre russe des Affaires étrangères ©RIA Novosti/Vladimir Fedorenko
GEORGIE le Représentant spécial du Premier ministre géorgien en charge des relations avec la Russie, Zourab Abachidze. Crédit ReutersRTR_abachidze673   le Représentant spécial du Premier ministre géorgien en charge des relations avec la Russie, Zourab Abachidze. Crédit : Reuters

Sergueï Lavrov: Nous n’avons jamais interrompu les contacts politiques avec la Géorgie. Le mécanisme Karassine-Abachidze a été utilisé environ vingt fois depuis la guerre déclenchée en août 2008 par Mikhaïl Saakachvili. Ce mécanisme est très utile, tout comme les Discussions de Genève. C’est l’unique format dans lequel les représentants géorgiens communiquent directement avec les représentants de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Nous pensons qu’il est primordial non seulement de préserver ce format, mais également de l’utiliser plus activement pour avancer vers le règlement des questions pratiques. Cela concerne notamment la signature d’un accord global sur le non-usage de la force, les questions humanitaires et bien d’autres.

En ce qui concerne le groupe de l’accord douanier, si je comprends bien, vous faites allusion au groupe, créé dans le contexte de l’adhésion de la Russie à l’OMC, qui était « en veille » jusqu’à récemment. Nous souhaitons qu’il entame son travail au plus vite. C’est dans notre intérêt parce qu’il y a un accord. Nous apprécions la médiation de nos collègues suisses pour sa signature. Nous appréciations les efforts de médiation de la Suisse pour sa mise en œuvre. Nous souhaitons que cela commence au plus vite. La balle n’est pas dans notre camp. Pour une certaine raison le gouvernement géorgien fait tout pour que ce groupe n’entame pas son activité.

Concernant l’information sur la réunion d’urgence prévue entre Grigori Karassine et Zourab Abachidze, je ne suis pas au courant. Si les autorités géorgiennes voulaient organiser une telle rencontre, nous serions prêts à étudier cette proposition.

Étant donné que vous avez abordé le thème géorgien, je voudrais attirer l’attention des journalistes sur le fait qu’une chose fondamentale échappe pour une certaine raison à la couverture de ces événements:

la délégation de la Fédération de Russie est venue en tant que présidente à la réunion de l’Assemblée interparlementaire de l’orthodoxie, que la Géorgie voulait organiser depuis plusieurs années. Tout ce qui a suivi, y compris le choix du lieu (Parlement géorgien), l’intervention du Président de l’Assemblée et député russe Sergueï Gavrilov, n’était pas une improvisation mais des actions volontaires des organisateurs, du Parlement géorgien.

Quand je lis dans les médias la description de ces événements et que seulement une phrase explique la raison de la crise – la présence de la délégation russe à la réunion de l’Assemblée interparlementaire de l’orthodoxie au Parlement géorgien -, c’est là un cas précis quand taire les choses est pire qu’un mensonge. Il est très important de placer correctement les accents.

GEORGIE Premier ministre géorgien Mamouka Bakhtadze 9022      Premier ministre géorgien Mamouka Bakhtadze

Je répète que nous entendons le Premier ministre géorgien Mamouka Bakhtadze dire que tous les hôtes sont en sécurité. Il ne faut pas oublier que Sergueï Gavrilov et les membres de sa délégation étaient des hôtes au sens premier du terme, et qu’ils n’étaient pas en sécurité.

GEORGIE georgia_1 la présidente Zourabichvili  la présidente Zourabichvili

La déclaration de la Présidente géorgienne Salomé Zourabichvili selon laquelle la Russie serait un « ennemi et occupant » ne contribue pas du tout à la bonne attitude envers les Russes en Géorgie. Elle provoque des sentiments ultra-extrémistes, nationalistes et antirusses, qui se manifestent ensuite dans les rues. Quand on dit qu’il ne faut pas prêter attention à certaines manifestations de sentiments antirusses: je serais plus prudent à ce sujet parce que c’est le chef de l’État qui détermine la politique, or cette politique est franchement antirusse.

Nous craignons toujours que dans ce cas également nos collègues américains tenteront de tout faire pour empêcher la normalisation des relations entre la Russie et la Géorgie (qui était évidente ces dernières années).

USA le directeur du centre Biden, Michael Carpenter 1080_600_1553264131-458  Michael Carpenter

Certains analystes ont noté qu’à quelques jours de la provocation organisée au Parlement géorgien, Tbilissi a été visitée par le directeur du centre Biden, Michael Carpenter.

Il a activement travaillé en coulisses, mais s’est également exprimé publiquement pour appeler à ne pas développer les relations avec la Russie – directement, dans les journaux, dans les médias. Il ne faut certainement pas ignorer cet aspect.

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source/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3699960