3293 – « La rousse qui venait du froid », la paranoïa à l’espionnite est de retour aux États-Unis …+ Au sujet de l’espionnage russe…

1/ « La rousse qui venait du froid », la paranoïa à l’espionnite est de retour aux États-Unis …

2/ + Au sujet de l’espionnage russe…

Cold War Espionage

 

1/ « La rousse qui venait du froid », la paranoïa à l’espionnite est de retour aux États-Unis …

Avec Alain Rodier – Atlantico.fr

La Russe Maria Butina a été condamnée à dix-huit mois de prison aux Etats-Unis ce vendredi 26 avril pour avoir agi comme agente d’un pays étranger sans en avertir le gouvernement américain.

usa La Russe Maria Butina 636676137453076994-EPA-RUSSIA-USA-ESPIONAGE-BUTINA-101581651 La Russe Maria Butina

Le maccarthysme est une période de l’Histoire des États-Unis du début des années 1950. Elle est aussi qualifiée de « peur rouge » et assimilée à la chasse aux sorcières. Cette époque semble être de retour depuis l’échec à l’élection présidentielle de Hillary Clinton.

Il fallait bien trouver un « coupable » à ce revers électoral inconcevable puisque la candidate démocrate ne pouvait, bien sûr, pas avoir commis de faute.

Depuis, le feuilleton de la connivence de Donald Trump et/ou des membres de son équipe de campagne avec Moscou, fait régulièrement la une. Il faut dire que, sans doute pour se dédouaner de quelques turpitudes, le président américain en rajoute parfois dans la russophobie ambiante.

Globalement, il ne fait pas bon aujourd’hui aux États-Unis de fréquenter des Russes, fut-ce l’ambassadeur bien sûr assimilé à un espion.

À noter pour les lecteurs non avertis que les diplomates, même s’il n’appartiennent pas aux services, font aussi du renseignement – théoriquement « ouvert » – et se livrent en permanence à une politique d’influence en présentant leur pays sous le meilleurs jour possible. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont payés, souvent grassement.

Une affaire entrant dans ce cadre a défrayé la chronique d’autant que tous les ingrédients du mauvais roman d’espionnage sont là :

  • une belle jeune femme rousse posant lascivement avec des armes à feu, symbole phallique au demeurant, style couverture de roman SAS du regretté Gérard de Villiers,
  • un amant américain, un banquier russe un peu moche  
  • et surtout sulfureux à l’image du méchant Ernst Stavro Blofeld dans les James Bond 007, qui dirige tout depuis les coulisses ;

le public allait se régaler…

usa Ernst Stavro Blofeld blofeld007-legends  Ernst Stavro Blofeld

La citoyenne russe impliquée âgé de 30 ans, Maria Butina, qui fréquentait depuis 2016 une université américaine à Washington a ainsi appris à ces dépends que le « leader du monde libre, l’Oncle Sam » pouvait faire incarcérer n’importe qui comme bon lui semblait sans avoir besoin de l’ombre du début de la moindre preuve.
  • À savoir qu’arrêtée en juillet 2018, elle avait fini par « plaider coupable » en décembre de la même année, histoire pour ses interrogateurs d’avoir le temps de la convaincre de la justesse de la démarche.
Cela rappelle un autre film où le prévenu est obligé d’avouer ses crimes, « l’Aveu » de Costa-Gavras.

Il est reproché à Butina d’avoir agi comme « agent étranger non déclaré ».

Soit dit en passant, cette manière de procéder rappelle effectivement les procès staliniens à la différence notable que le présumé coupable n’est pas exécuté d’une balle dans la tête au fond de sa cellule.
Il faut reconnaître cette mansuétude aux Américains ; ils ne pratiquent plus la peine capitale que dans certains États même si elle peut être assimilée à de la torture mentale car le locataire du couloir de la mort y passe généralement des dizaines d’années dans l’incertitude sur son sort jusqu’au petit matin où il finit pas être extrait de sa cellule pour une dernière fois.

Le cas de Butina est tout de même moins grave car elle n’était accusée que d’avoir « conspiré avec un ‘officiel’ russe pour infiltrer un groupe de défense du deuxième Amendement de la Constitution portant sur le droit à porter des armes (la National Rifle Association, NRA).

Comme il est connu que la NRA est surtout influente dans les milieux conservateurs (quoiqu’il y ait des exceptions), le véritable objectif de Butina était donc d’influencer des militants et autres élus républicains. Était particulièrement visé le candidat Donald Trump pour sa supposée politique favorable à l’égard de la Russie.

usa Tanya-S.-Chutkan-Article-201903192057   Tanya Chutkan

Le procureur Tanya Chutkan a réclamé – et obtenu – 18 mois de prison pour la prévenue. Son avocat a estimé qu’elle avait déjà purgé sa peine (elle a passé neuf mois dans des pénitenciers de l’État de Washington puis de celui de Virginie) et donc ne devait pas être maintenue en détention. Il est effectivement possible qu’elle soit expulsée.
Le dossier d’accusation affirme que Butina poursuivait un ambitieux plan de « conspiration » et savait qu’une partie de ses activités serait rapportée à des autorités russes. Par contre, chose étonnante, il précise formellement que Butina n’est pas une « espionne » dans le vrai sens du terme. Elle n’est pas un officier de renseignement entraîné mais les actions qu’elle a entrepris personnellement l’étaient dans le but de favoriser la Fédération de Russie et cela pouvait potentiellement nuire à la sécurité nationale des États-Unis.

russie alexander-torshin-gty-jt-180406_hpMain_12x5_992  Alexander Torshin

Alexander Torshin qui occupait le poste de directeur adjoint du gouverneur de la banque centrale de Russie a été identifié comme étant le « contact officiel » de Butina (le « méchant » du film, forcément proche d Vladimir Poutine)

Il n’est même pas considéré comme un « espion » par la justice américaine puisqu’il n’a pas été inculpé dans cette affaire mais il est sous le coup de sanctions du Département du Trésor depuis avril 2018 dans le cadre des sanctions économiques prises par Washington à l’égard de la Russie.

usa Paul Erickson, et bettina la russe maxresdefault  Paul Erickson & Maria Butina

Elle avait aussi un « contact » américain en la personne de son amant, Paul Erickson, un conservateur américain. Ce dernier s’est retrouvé poursuivi pour des délits financiers n’ayant aucun rapport avec l’affaire Butina mais la justice américaine ne pouvait pas faire moins.

Avis aux amateurs, aux États-Unis, il est mal vu d’avoir pour ami(e) un(e) Russe.

usa Mueller_800.jpg.hashed.5a49f049.desktop.story.inline      Robert Mueller

Le conseiller spécial Robert Mueller qui a mené une enquête de 22 mois concernant les interférences suspectées de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016 a reçu brièvement Butina – une seule fois – sans poursuivre sur son cas qui décidément semblait fort peu l’intéresser.
  • Un dossier vraiment trop vide sans doute ?

Cela n’a pas empêché les juges américains de la condamner. Ils ne pouvaient tout de même pas avouer que l’enquête menée n’avait pas abouti à une condamnation. Aux États-Unis, dans les films c’est toujours le « bon » (l’Américain) qui gagne et elle, c’est la méchante « rousse qui venait du froid ».

Cela dit et même si cela ne semple pas avoir de rapport direct, la croissance aux États-Unis au premier trimestre 2019 est de 3,2% et le chômage tourne autour des 3% (structurellement, il ne pourra pas aller plus bas).

À ce rythme, Donald Trump sera réélu s’il ne fait pas l’objet d’un impeachment.

Alors, à quand la prochaine histoire bien croustillante qui l’impliquerait directement ?

Celle de la Golden Shower apportée par l’ancien officier du Mi-6 Christopher Steele semble oubliée (comme lui, d’ailleurs !).


source/ https://www.atlantico.fr/decryptage/3571416/–la-rousse-qui-venait-du-froid—la-paranoia-a-l-espionnite-est-de-retour-aux-etats-unis-alain-rodier

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source/ https://www.atlantico.fr/qui-sommes-nous

Au sujet de l’espionnage russe…

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Éditorial d’Éric Denécé N°49 / octobre 2018

Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la France ont accusé, le 4 octobre 18, la Russie de multiplier les cyberattaques contre l’Occident, notamment suite à une tentative de piratage du siège de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) située à La Haye. Amsterdam a aussitôt expulsé quatre espions russes. Il est toutefois étonnant que cette affaire, découverte en avril dernier, ne soit révélée et médiatisée qu’aujourd’hui.

Après la supposée implication de Moscou dans la tentative de perturbation des élections américaines de 2016 et l’affaire Skripal, cet événement nous replonge dans un climat de Guerre froide.

L’espionnage russe est une réalité. Nous assistons incontestablement à sa remontée en puissance depuis quelques années, tant à travers des opérations de renseignement que des interventions clandestines, majoritairement cybernétiques. Cela ne signifie pas pour autant que toutes les actions imputées à Moscou soient de son fait.

Les services russes ne sont pas les seuls à être actifs contre l’Occident. Les Chinois le sont plus encore. Et de toute façon, tout le monde espionne tout le monde. N’oublions pas que le dossier Skripal illustre aussi très clairement les actions de renseignement que les Britanniques conduisent contre la Russie[1].

Aussi, dénoncer l’espionnage russe, ce n’est prendre en considération qu’une partie de la réalité en occultant délibérément l’autre.

Digital War

Trois faits doivent être rappelés si l’on veut objectivement considérer cette question.

1.Les Occidentaux – c’est-à-dire les Américains, appuyés ou suivis par les Européens – n’ont tenu ni les engagements ni les promesses faits à Moscou à l’issue de la Guerre froide. Qu’il s’agisse de l’élargissement de l’OTAN, de la crise ukrainienne, de l’intervention en Libye, des accusations systématiques d’espionnage sans toujours en apporter les preuves, de l’exagération grossière de la soi-disant menace russe… nous n’avons cessé de provoquer Moscou, voire de l’humilier, et lui avons imposé des sanctions fort discutables. Force est de reconnaître que nous sommes largement responsables de cette remontée en puissance du ressentiment russe à notre égard et de son activisme en matière de renseignement.
 2. Si l’espionnage russe est une réalité – et il importe de le dénoncer, de s’en prémunir et de riposter –, il convient de rappeler que l’État le plus actif en ce domaine est bien… Les États-Unis. En termes d’effectifs, de budget, de technologies, de couverture géographique, rien n’égale l’ampleur du renseignement américain. Depuis 2002, sous prétexte de lutte contre le terrorisme, Washington a mis la planète entière sur écoutes ; certes ses adversaires, mais aussi ses alliés et sa propre population ; et a tout fait pour faire taire Snowden que nous ne remercierons jamais assez d’avoir dénoncé de telles dérives. Ainsi, l’espionnage politique et économique des Américains est sans commune mesure avec celui des Russes, mais les élites et les médias européens, aveugles ou manipulés, ne le dénoncent que très rarement et timidement.
3Enfin, il importe de poser une question essentielle :
  • qui porte aujourd’hui le plus atteinte aux intérêts politiques et économiques des Européens ?
  • Qui contribue le plus à notre affaiblissement économique ?
  • Qui rachète et démantèle nos entreprises ?
  • La Russie ou les États-Unis dont nous mesurons chaque l’unilatéralisme croissant ?

Les faits sont sans appel. Depuis une décennie, par l’imposition extraterritoriale abusive de son droit, Washington a tout fait pour affaiblir ses concurrents et néanmoins alliés du Vieux continent.

Sous couvert de défense de la démocratie et des droits de l’homme, les États-Unis nous interdisent de commercer avec l’Iran et nous sanctionnent lorsque des sociétés européennes commercent avec des États qu’ils considèrent infréquentables. Sous couvert de lutte anticorruption, ils imposent des amendes faramineuses aux acteurs économiques européens.

Que cela soit au titre des embargos ou de l’anticorruption, les entreprises françaises (BNP-Paribas, Total, Technip, Alstom, Alcatel, Société générale, Sanofi) ont versé ces dix dernières années plus de 14 milliards de dollars d’amendes au Trésor américain, sous la pression de la justice de ce pays et pour des raisons hautement discutables.

Aussi sachons raison garder. Et s’il convient de renforcer nos défenses face au renseignement russe, ne crions pas stupidement “au loup !”, sauf à vouloir faire le jeu de Washington et de l’OTAN et à défendre leurs intérêts au détriment des nôtres

USA spying on Russia  Espionnage américain sur la Russie. espionnage américain sur les réseaux informatiques russes 

https://www.cf2r.org/editorial/au-sujet-de-lespionnage-russe/