3196 – La disparition accélérée d’insectes est aussi inquiétante que celle des grands mammifères …

Éditorial. Au rythme actuel, la plupart des insectes pourraient avoir disparu de la planète d’ici un siècle. Face à cette menace majeure sur la biodiversité, l’impuissance des autorités publiques est aussi évidente qu’accablante.

IRBITours  A l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte de Tours, jeudi 24 janvier 2019. CYRIL CHIGOT POUR LE MONDE

Editorial du « Monde ». Évidemment, la menace de disparition des éléphants ou des rhinocéros des savanes africaines provoque davantage d’émotion que le déclin rapide des mouches, pucerons, fourmis ou coléoptères sur la surface de la planète. Il n’empêche :

la disparition accélérée, depuis quelques décennies, de toutes sortes d’insectes est largement aussi inquiétante – et plus problématique – que celle des grands mammifères.

Tel est le cri d’alarme lancé, après bien d’autres, par des chercheurs australiens.

Ils ont compilé et synthétisé quelque soixante-dix études à long terme, menées par des scientifiques du monde entier, sur l’évolution des populations d’insectes. Ce premier rapport mondial sur le sujet vient d’être publié. Ses conclusions sont impressionnantes :

au total, de l’ordre de 40 % des espèces d’insectes sont en déclin continu depuis une trentaine d’années et leur taux d’extinction est beaucoup plus rapide que celui des mammifères, des oiseaux ou des reptiles.

Au rythme actuel, estiment les chercheurs, la plupart des insectes pourraient avoir disparu de la planète d’ici un siècle, si l’on n’y prend garde. Le phénomène est général puisqu’on l’observe aussi bien en Australie qu’en Allemagne, à Porto Rico qu’en France – où tout automobiliste d’un certain âge peut constater que son pare-brise n’est presque plus moucheté, comme autrefois, d’insectes écrasés.

Des conséquences catastrophiques

La belle affaire ! diront les âmes sensibles ou aseptisées, débarrassées de ces petits animaux agaçants, urticants ou piquants. Réaction à très courte vue si l’on veut bien se rappeler que les insectes sont des acteurs essentiels de la biodiversité, car ils sont à la base de très nombreux écosystèmes naturels :

leur disparition ne manquerait pas d’avoir des conséquences catastrophiques à la fois sur les autres espèces qui s’en nourrissent (oiseaux, reptiles, amphibiens, etc.) et seraient menacées à leur tour, mais aussi sur nos productions et régimes alimentaires.

Les cultures pollinisées par les insectes assurent plus du tiers de l’alimentation à l’échelle mondiale. L’exemple des abeilles est bien connu, mais il est très loin d’être le seul. Pour la communauté scientifique, l’origine de ce problème planétaire ne fait guère de doute : l’urbanisation, la déforestation et la pollution sont dévastatrices pour les insectes. Mais, plus encore, l’intensification de l’agriculture depuis un demi-siècle et l’utilisation généralisée de pesticides, en particulier les néonicotinoïdes massivement répandus depuis une vingtaine d’années.

La France ne fait pas exception

Le cercle vicieux est redoutable : plus l’agriculture moderne utilise de pesticides pour améliorer ses rendements et nourrir l’humanité, plus elle fait disparaître les puissants mécanismes naturels de pollinisation par les insectes – et favorise, en outre, le développement d’insectes ravageurs, résistants aux insecticides et qui s’attaquent aux cultures.

Face à cette menace majeure sur la biodiversité, l’impuissance des autorités publiques est aussi évidente qu’accablante.

La France ne fait pas exception, loin de là. Le plan Ecophyto, adopté en 2008, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, prévoyait de diviser par deux, en dix ans – « si possible », était-il prudemment précisé –, l’usage de pesticides. Le constat d’échec est patent : en 2018, loin de diminuer, leur utilisation a augmenté de 22 %. Les palinodies des gouvernements successifs sur la suppression du glyphosate confirment cette coupable cécité.

Le Monde


Source/ https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/02/13/la-disparition-acceleree-d-insectes-est-aussi-inquietante-que-celle-des-grands-mammiferes_5422963_3232.html?fbclid=IwAR2fIZtJsdzwhxl4bH8mPAReErvTWKgkLtP-Q5V2xFZCQqD5APm5Q940NU8


La disparition des insectes, un phénomène dévastateur pour les écosystèmes

Leur taux d’extinction est huit fois supérieur à celui des autres espèces animales, selon une étude australienne. Un déclin qui pèse sur la biodiversité et notre alimentation.

Par Clémentine Thiberge Publié 13/02/2019

ISRAEL-NATURE-DRAGONFLY  Selon l’étude de la revue « Biological Conservation », les libellules pourraient bien avoir disparu d’ici un siècle. JACK GUEZ / AFP

Papillons, scarabées, libellules… tous ces insectes pourraient bien avoir disparu d’ici un siècle, entraînant un « effondrement catastrophique de tous les écosystèmes naturels »

 selon une étude publiée dimanche 10 février dans la revue Biological Conservation. Cette publication, menée par des chercheurs des universités de Sydney et du Queensland, en Australie, constitue le premier rapport mondial sur l’évolution des populations d’insectes.

Et les résultats de l’étude sont alarmants. Au total, 40 % des espèces d’insectes sont en déclin, parmi lesquelles les fourmis, les abeilles, les éphémères, etc. Depuis trente ans, la biomasse totale des insectes diminue de 2,5 % par an. Leur taux d’extinction est huit fois plus rapide que celui des mammifères, des oiseaux et des reptiles.

« A ce rythme-là, d’ici un siècle, il ne restera plus d’insectes sur la planète, alerte Francisco Sanchez-Bayo, l’auteur principal de l’étude. Ou alors à peine quelques espèces nuisibles qui se seront développées au détriment des autres. »

Cette crise est mondiale. Des effondrements de populations d’insectes ont été observés partout sur la planète. A Porto Rico par exemple, où une publication récente a révélé une chute de 98 % des espèces terrestres depuis trente-cinq ans. Ou encore en Allemagne, où d’autres chercheurs ont mesuré une diminution de 75 % des insectes dans les réserves naturelles protégées.

« Syndrome du pare-brise »

Pour obtenir ces résultats, les chercheurs australiens ont compilé 73 études de long terme publiées au cours des quarante dernières années. Elles ont chacune été menées pendant une période d’au moins dix ans, et jusqu’à cent cinquante ans pour certaines d’entre elles.

« Les méthodes de comptage d’insectes varient d’une étude à l’autre, explique Francisco Sanchez-Bayo. Il est beaucoup plus difficile d’estimer l’augmentation ou la diminution des populations de scarabées par exemple que celles de gros animaux, il faut donc s’adapter au milieu et à l’animal que l’on veut étudier. »

Pour le cas d’une des études menées en Nouvelle-Zélande, par exemple, les chercheurs ont recueilli des échantillons d’insectes dans vingt forêts différentes pendant trois ans, à raison d’un échantillon par forêt et par mois. Ils ont ensuite comparé les résultats aux mêmes échantillons récoltés quinze ans plus tôt.

« Cette étude permet de quantifier précisément ce phénomène, explique Henri-Pierre Aberlenc, entomologiste et ingénieur de recherche au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Mais il est facile pour n’importe qui de l’observer grâce à ce qu’on appelle le syndrome du pare-brise. La plupart des conducteurs de plus de 40 ans peuvent comparer l’état de leur pare-brise aujourd’hui à celui d’il y a quelques dizaines d’années : le nombre d’insectes écrasés a considérablement diminué. »…

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