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Kofi Annan, une vie pour les Nations unies…

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Kofi Annan est décédé samedi à l’âge de 80 ans. REUTERS/Michael Dalder/File Photo

Décédé samedi à l’âge de 80 ans, ce diplomate de carrière, charismatique sans être flamboyant, a contribué à rendre l’ONU plus présente sur la scène internationale pendant ses deux mandats, de 1997 à 2007.

OLJ/AFP/Carole LANDRY – 18/08/2018 – L’0rient le Jour

Kofi Annan, décédé samedi à l’âge de 80 ans, a marqué de son empreinte les Nations unies, à la tête de l’organisation pendant dix ans, devenant le seul ancien dirigeant de l’ONU à avoir, jusqu’ici, accédé au rang de vedette de la diplomatie mondiale. Ce diplomate de carrière, charismatique sans être flamboyant, a contribué à rendre l’ONU plus présente sur la scène internationale pendant ses deux mandats, de 1997 à 2007. 

Premier secrétaire général issu de l’Afrique sub-saharienne, le Ghanéen a dirigé l’organisation pendant la période troublée suivant les attentats du 11-Septembre puis de la guerre en Irak, avant de voir son bilan terni par des accusations de corruption dans l’affaire « pétrole contre nourriture ». Lorsqu’il dirigeait le département du maintien de la paix, l’ONU a également connu deux des épisodes les plus sombres de son histoire: le génocide rwandais et la guerre en Bosnie.

A son départ du secrétariat général, il était cependant un des dirigeants de l’ONU les plus populaires. Conjointement avec l’organisation, il a reçu en 2001 le prix Nobel de la Paix pour ses « efforts en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

« J’ai essayé de placer l’être humain au centre de tout ce que nous entreprenons: de la prévention des conflits au développement et aux droits de l’Homme », avait-il déclaré.

40 ans aux Nations unies

Ces dernières années, Kofi Annan avait repris du service sur la scène diplomatique, prenant la tête d’une commission sur les droits des musulmans rohingyas poussés à fuir au Bangladesh face à la répression de l’armée birmane. Plus de 700.000 Rohingyas ont été forcés à l’exode l’année dernière.  Il a aussi créé une fondation consacrée au développement durable et à la paix et faisait partie du groupe des Elders (« les anciens »), créé par Nelson Mandela pour promouvoir la paix et les droits de l’homme.

A part quelques années passées comme directeur du tourisme du Ghana, M. Annan a consacré quarante ans de sa vie professionnelle aux Nations unies. Il a été le premier secrétaire général à sortir des rangs de l’organisation. Il a d’abord dirigé les ressources humaines de l’ONU, puis les affaires budgétaires, avant de chapeauter à partir de 1993 le maintien de la paix et d’être propulsé quatre ans plus tard à la tête de l’organisation.

Dans son autobiographie, il affirme que l’ONU doit servir « non seulement les Etats mais les peuples » et qu’elle doit être « l’enceinte où les gouvernements rendent des comptes sur la façon dont ils traitent leurs propres citoyens ».

Des échecs

Le génocide rwandais et la guerre en Bosnie dans les années 90 n’ont pu être empêchés par les Nations unies, Kofi Annan étant alors à la tête des missions de maintien de la paix.

Les Casques bleus se sont retirés en 1994 du Rwanda en proie au chaos et aux violences ethniques. Et un an plus tard, l’ONU n’a pas su empêcher les forces serbes de massacrer plusieurs milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie.

Ces échecs « m’ont confronté à ce qui allait devenir mon défi le plus important comme secrétaire général: faire comprendre la légitimité et la nécessité d’intervenir en cas de violation flagrante des droits de l’homme », a écrit Kofi Annan dans son autobiographie.

« Rock star de la diplomatie »

Malgré l’ombre jetée par le Rwanda et Srebrenica, Annan s’est vite adapté à son nouveau rôle de diplomate en chef, multipliant les apparitions à la télévision et les participations aux dîners mondains. Jusqu’à devenir une vedette, qualifié par certains de « rock star de la diplomatie ».

Kofi Annan devait sa nomination aux États-Unis, qui avaient mis leur veto à un second mandat de son prédécesseur, l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali. Cela ne l’a pas empêché de faire preuve parfois d’indépendance vis-à-vis des grande puissances. Ainsi, il a irrité Washington en estimant « illégale » l’invasion de l’Irak en 2003 parce que cette opération n’avait pas été entérinée par le Conseil de sécurité.

Alors, quand en 2005 un scandale de corruption lié au programme « pétrole contre nourriture » en Irak éclaboussa Kofi Annan et son fils Kojo, certains commentateurs y virent une vengeance. Une commission d’enquête innocenta Kofi Annan mais découvrit des lacunes dans la gestion du programme: Kojo Annan était en relation avec une société suisse qui avait conclu de juteux contrats dans le cadre du programme.

Du Ghana à New York

Né en avril 1938 au Ghana, fils d’un cadre d’une filiale d’Unilever, Kofi Annan a étudié à l’université de Kumasi, puis dans une université américaine, avant d’entrer à l’Institut des hautes études internationales de Genève. En 1965 il épouse Titi Alakija, issue d’une famille nigériane fortunée. Ils auront un fils, Kojo, et une fille, Ama, mais se sépareront à la fin des années 1970. En 1984, il épouse en secondes noces Nane Lagergren, juriste suédoise, qui lui donnera une fille, Nina.
En février 2012, il est choisi par l’ONU et la Ligue arabe pour mener une médiation dans la guerre en Syrie, mais il jette l’éponge cinq mois plus tard.  Il accusera les grandes puissances d’avoir par leurs dissensions transformé sa médiation en « mission impossible ».

SOURCE/ https://www.lorientlejour.com/article/1130487/kofi-annan-une-vie-pour-les-nations-unies.html

Kofi Annan et l’Afrique: la cicatrice du génocide, les succès d’un diplomate

Premier secrétaire général des Nations unies originaire d'Afrique sub-saharienne, le Ghanéen Kofi Annan (ici en 1996), est décédé samedi à 80 ans. AFP / Odd ANDERSEN

Premier secrétaire général des Nations unies originaire d’Afrique sub-saharienne, le Ghanéen Kofi Annan (ici en 1996), est décédé samedi à 80 ans. AFP / Odd ANDERSEN

Comme toute une génération de responsables, diplomates et ministres des Affaires étrangères, le Ghanéen restera marqué à jamais par l’incapacité de la communauté internationale à prévenir et empêcher le génocide au Rwanda en 1994. 

 

OLJ/AFP/François AUSSEILL – 19/08/2018 – L’0rient le Jour
Premier secrétaire général des Nations unies originaire d’Afrique sub-saharienne, le Ghanéen Kofi Annan, décédé samedi à 80 ans, aura connu sur le continent l’un des pires moments de sa carrière avec le génocide au Rwanda et plusieurs de ses plus belles réussites de diplomate.

Comme toute une génération de responsables, diplomates et ministres des Affaires étrangères, Kofi Annan restera marqué à jamais par l’incapacité de la communauté internationale à prévenir et empêcher le génocide au Rwanda en 1994, qui fit 800.000 morts selon l’ONU, essentiellement parmi la population tutsi. 

Kofi Annan a 56 ans et occupe depuis un an le poste de secrétaire général adjoint en charge des opérations de maintien de la paix lorsque les machettes des génocidaires s’abattent sur les Tutsi et hutu modérés au Rwanda. Une mission de maintien de la paix de l’ONU (Minuar) est déployée au Rwanda au moment du génocide, sous le commandement militaire du général canadien Roméo Dallaire, mais elle n’a pas arrêté les massacres, faute de renforts dont l’envoi nécessitait un vote du Conseil de sécurité.

Pendant que les tueries faisaient rage, les effectifs de la Minuar ont même été réduits. A plusieurs reprises après le génocide, Kofi Annan reconnaîtra que son action a été insuffisante pour prévenir les massacres.

‘Regrets amers’

« La communauté internationale n’a pas été à la hauteur au Rwanda et cela devra toujours être pour nous une source de regrets amers et de chagrin »,

a-il notamment déclaré, à l’occasion du 10e anniversaire du génocide. Fin 2006, un mois avant de quitter son poste de secrétaire général de l’ONU après 10 ans de mandat, Kofi Annan promet de ne pas oublier l’Afrique.

« Je ne suis pas fatigué et je voudrais travailler sur l’Afrique, offrir mes conseils », glisse-t-il à la presse.

Un peu plus d’an après, son désir est exaucé, l’Union africaine faisant appel à ses talents de diplomate pour faire office de médiateur dans la crise politique kényane et y éteindre l’incendie des violences électorales.

Kofi Annan arrive à Nairobi en terrain miné fin janvier 2008: le pays est déchiré par des violences politico-ethniques qui feront au total plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés, à la suite de la contestation par le candidat de l’opposition Raila Odinga de la réélection du président Mwai Kibaki.

M. Annan s’installe dans un grand hôtel de Nairobi où il mène à huis clos les premières séances de médiation entre les deux camps. Les déclarations empreintes de défiance des représentants du pouvoir et de l’opposition, lors de conférences de presse improvisées devant l’hôtel, ne laissent rien augurer de bon. Pourtant, fin février, avec l’appui massif de la communauté internationale – États-Unis en tête – M. Annan arrache aux protagonistes un accord de partage du pouvoir qui ramène progressivement le calme dans le pays.

‘Élégance’ et ‘éloquence’

Kofi Annan quitte le Kenya auréolé d’une image de faiseur de miracle: des employés de la réserve animalière du Masaï Mara baptisent un rhinocéros nouveau né « Kofi Annan » et le portrait de l’ancien secrétaire général de l’ONU fleurit sur les mini-bus de transports collectifs de Nairobi. Samedi, l’annonce de son décès a suscité de nombreuses réactions au Kenya.

« On se souviendra de M. Annan pour sa médiation en faveur du retour de la paix au Kenya, quand notre pays était confronté à des turbulences politiques en 2007 », écrit ainsi M. Kibaki dans un communiqué où il salue également « son inimitable élégance » et son « éloquence ».

Raila Odinga a tenu à saluer « la +doctrine Annan+ » selon laquelle, d’après le responsable kényan,

« la communauté internationale a le droit d’intervenir quand les gouvernements échouent à protéger la vie de leurs citoyens ».

Outre la crise kényane, M. Annan avait supervisé en 2006, alors qu’il était encore secrétaire général de l’ONU, un accord entre le Nigeria et le Cameroun au sujet la péninsule pétrolière de Bakassi, au centre d’un long différend entre les deux pays.

En 2000, il avait annoncé depuis Addis Abeba avec un plaisir non dissimulé la fin de la très meurtrière guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée, obtenue grâce à la médiation de l’Algérie.

De fait, les armées des deux pays ont continué de se regarder en chiens de faïence de part et d’autre de leur frontière commune pendant encore près de deux décennies, avec parfois de violents accrochages à la clé. M. Annan aura vécu assez longtemps pour voir le Premier ministre éthiopien et le président érythréen publiquement enterrer la hache de guerre, le 9 juillet dernier.


SOURCE/ https://www.lorientlejour.com/article/1130497/kofi-annan-et-lafrique-la-cicatrice-du-genocide-les-succes-dun-diplomate.html