2799 – Réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en marge du sommet russo-allemand, Sotchi, 18 mai 2018

Question: Aujourd’hui, des journalistes allemands ont utilisé le terme de « renaissance » pour caractériser les relations russo-allemandes. Êtes-vous d’accord avec cela?

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Sergueï Lavrov: Je pense que nous ne nous sommes jamais éloignés des bonnes relations. Nous avons toujours essayé de laisser de côté tout ce qui était superficiel. Je pense que nos amis allemands ont également compris qu’il fallait s’orienter sur ses intérêts nationaux. Je suis certain que, de cette manière, nous aurons de nombreux projet et actions mutuellement bénéfiques et utiles.

Question: N’avez-vous pas trouvé que, par rapport à l’année dernière, l’atmosphère de la rencontre était différente, plus légère?

Sergueï Lavrov: Non, le Président russe Vladimir Poutine et la Chancelière allemande Angela Merkel ont de bonnes relations personnelles. Même quand ils se sont rencontrés en Europe en période d’aggravation de la situation mondiale, ils n’ont jamais perdu leur aptitude à parler franchement, à ne pas omettre les questions complexes, ils les posaient ouvertement, et les commentaient tout aussi ouvertement. Je pense que ce format russo-allemand au niveau du Président russe et de la Chancelière allemande est très efficace.

Question: Vous avez dit que désormais l’Allemagne se laisserait guider par ses intérêts nationaux. Pourquoi le pensez-vous? Pourquoi les dirigeants allemands ne l’avaient-ils pas compris, et pourquoi le comprennent-ils soudainement aujourd’hui?

Sergueï Lavrov: Il m’est difficile de penser et d’essayer de deviner à la place de nos partenaires allemands. Il me semble que l’Allemagne s’est toujours laissée guider par ses intérêts nationaux, mais que parfois ce qu’on appelle la solidarité euro-atlantique, la solidarité européenne, prenait le dessus. Malheureusement, la solidarité européenne (UE) et otanienne s’appuyait très souvent sur l’avis d’une minorité agressive.

Aujourd’hui que les processus économiques et politiques deviennent de moins en moins prévisibles sur la scène internationale, notamment suite aux tentatives et même aux décisions des USA qui modifient les accords multilatéraux clés, d’après moi, l’Europe

(et c’est au sommet de l’UE qui a eu lieu à Sofia qu’on en a entendu parler, par les commentaires de ses participants, des dirigeants de l’UE, du Conseil européen, de la Commission européenne)

prend conscience du fait qu’il faut tout de même penser avant tout à ses propres intérêts, qu’ils sont prioritaires. Je ne cherche pas à semer la division dans les relations euro-atlantiques. Angela Merkel a fermement réaffirmé aujourd’hui, notamment pendant la conférence de presse, que les relations d’alliés restaient prioritaires. Mais entre alliés il faut aussi s’entendre pour que s’établisse un équilibre des intérêts et non un simple suivi du pays en tête – en l’occurrence les USA.

J’espère vraiment qu’en promouvant leurs intérêts économiques et politiques (le Président russe Vladimir Poutine en a parlé aujourd’hui) les USA tiendront compte non seulement des intérêts de leurs alliés, mais également d’autres acteurs-clés ou bénéficiant de moins d’influence sur la scène internationale.

Question: Peut-on dire que, dans la guerre commerciale avec l’Europe et les USA, notre Nord Stream a déjà vaincu, qu’il sera construit et fonctionnera?

Sergueï Lavrov: Nous avons entendu une nouvelle confirmation, cette fois au niveau de la Chancelière allemande Angela Merkel. La même chose avait été confirmée par le Ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas lors de sa venue à Moscou il y a une semaine: l’Allemagne est attachée au Nord Stream 2. Bien sûr, ils veulent trouver des solutions qui ne compliqueraient pas leurs relations avec les USA. Mais comme l’a souligné aujourd’hui le Président russe Vladimir Poutine pendant la conférence de presse, nous comprenons ces préoccupations et ne voulons pas causer de problèmes artificiels. Nous sommes parfaitement convaincus qu’avec la bonne volonté de toutes les parties, une solution convenable à tous pourra être trouvée.

Question: Le Président français Emmanuel Macron  arrive la semaine prochaine.

Sergueï Lavrov: C’est à ce moment-là que nous en parlerons.

Question: L’agence Bloomberg a parlé de conditions catégoriques du Président américain Donald Trump, qui a abordé avec Angela Merkel la non-participation de l’Allemagne au Nord Stream 2. En a-t-on parlé aujourd’hui?

Sergueï Lavrov: Je suis assez gêné de répondre à cette question. Elle a été commentée de manière très détaillée aujourd’hui par le Président russe Vladimir Poutine et la Chancelière allemande Angela Merkel. Je viens de dire que nous étions entièrement convaincus qu’avec la bonne volonté de tous les acteurs intéressés – il s’agit avant tout des Européens – une solution pouvait être trouvée.


SOURCE/  http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3229062