2601 – Macron et sa copine Anastasie* …

Anastasie-Macron

Le texte du projet de loi qui devrait permettre la censure d’Internet est prêt. Il a été transmis aux  députés LREM. Parce que dans une démocratie telle que la conçoit Emmanuel Macron, eux seuls ont droit à une information préalable.

Ceux que ça intéresse trouveront ici un fac-similé du document.

Sa lecture est ébouriffante.

Tout d’abord un style digne de celui qu’on trouve dans une mauvaise littérature d’espionnage de gare. Ensuite le caractère incroyablement liberticide de ce qui est proposé. Notre Bonaparte au petit pied fait semblant de prendre au sérieux les accusations selon lesquelles Poutine serait responsable des résultats électoraux en Grande-Bretagne, en Catalogne, en Italie et bien sûr aux États-Unis. S’appuyant sur ces délires l’objectif est donc clairement de mettre en place une censure pour préserver l’hégémonie des médias entre les mains des grands groupes oligarchiques, et empêcher toute parole dissidente contraire, en muselant la liberté d’expression sur le Web.

On reviendra en détail sur les mesures proposées, mais d’ores et déjà il est impératif de réagir et de s’opposer à cette tentative d’instaurer une censure préalable. Ce que l’on trouve dans le texte n’est pas autre chose qu’un retour d’Anastasie et de ses ciseaux.

fake-news—03-2017 – 8 pages 

ou sur /http://www.vududroit.com/wp-content/uploads/2018/03/fake-news-03-2017.pdf

ciseaux

un clin d’œil à Anastasie*

La censure et les censeurs

Avant de parler d’Anastasie, un bref mot sur la censure et les censeurs. Comme toujours, l’étymologie est précieuse : le mot censure vient du latin censere, (arbitrer ou mesurer la valeur), et date du 5e siècle avant J.-C. Il désignait alors les magistrats chargés du cens. Leur boulot consistait à classer les citoyens par ordre de fortune et d’âge pour fixer le niveau de l’impôt et le degré de leur contribution à la défense de Rome. Avec le temps, ce droit de classer les Romains au triple point de vue financier, politique et militaire se développa. L’autorité de la censure (censoria potestas) s’étendit à la mesure de la dignité, de l’honneur des citoyens, et donc à la surveillance des mœurs. Les censeurs pouvaient en cas d’infraction la noter sur le registre du cens avec indication du motif et frapper les coupables d’ignominie. Ce genre de jugements définitifs pouvait concerner les hommes célibataires d’un certain âge qui n’avaient pas pris la peine de se marier et ceux qui ne remplissaient pas leurs obligations militaires, la négligence des obligations religieuses, la fraude, les abus de pouvoir, la brutalité vis-à-vis des femmes, des enfants ou des esclaves, la répudiation d’une épouse légitime, la cruauté, la débauche…

Celle qui ne meurt jamais

Si la censure vient du latin, Anastasie, elle, vient du grec : son nom signifie « résurrection » – une façon pour les auteurs et les médias de rappeler que la censure, un temps abolie sous la Révolution puis rétablie par Napoléon, ne meurt jamais vraiment. Lorsqu’Anastasie succède en 1870 à ses ancêtres Dame Censure ou Dame Séraphine, seuls des historiens du droit seraient encore en mesure de comprendre quelque chose aux évolutions successives des champs concernés par la censure, de l’Empire à la Troisième République en passant par quelques Restaurations. Les textes de loi changent fréquemment, comme les champs visés par les censeurs et les peines prévues.

Chouette et lorgnons

La première et la plus célèbre des représentations figure en tête de ce billet et apparaît en 1870 sous le crayon du caricaturiste André Gill. Et comme dans toute allégorie, aucun détail n’est innocent.

Là où la Liberté est jeune, lumineuse, radieuse et attirante, Anastasie est une vieille mégère grimaçante au sourire sournois. La taille disproportionnée des ciseaux d’Anastasie en dit long sur la finesse des coupes qu’elle prétend faire dans les œuvres littéraires, la presse ou les spectacles, quels qu’ils soient. La chouette qu’elle porte sur l’épaule symbolise évidemment son caractère scrutateur : la censure surveille le pays, jour et nuit, avec une attention maniaque.

Maniaque, mais myope, à en juger par les lorgnons de la vieille femme. Une façon là encore de moquer des décisions arbitraires et pas forcément justifiées d’une censure qui taille à tort et à travers dans des œuvres dont elle ne comprend pas grand-chose. Et cette chouette n’est pas là seulement pour la formule ironique (« Anastasie, cette vieille chouette »). Elle symbolise la nuit et les superstitions d’un âge reculé et obscurantiste. Anastasie ressemble d’assez près à la figure traditionnelle de la sorcière : vieille, atrocement moche, les ongles crochus, sortie tout droit du fond des âges…

Si les vêtements et le chapeau d’Anastasie rappellent de leur côtés ceux d’une concierge de l’époque, il ne s’agit là encore pas d’un hasard : elles qu’on appelle dans l’argot du 19e les « bignoles » sont souvent des indicatrices de choix pour la police. D’autres illustrations confirmeront cette tendance à faire d’Anastasie cette vieille envieuse soumise au pouvoir – elle porte un tablier de domestique – qui écoute dans les cages d’escaliers.

source/ https://blog.francetvinfo.fr/deja-vu/2014/01/05/de-quoi-anastasie-est-elle-le-nom.html

Source/ http://www.vududroit.com/2018/03/macron-copine-anastasie/