2254 – La Corée du Nord et l’arme nucléaire … un spécialiste parle … Vidéo 20’44

 

Dans cette vidéo, Benjamin Hautecouverture, Maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, expose quelques idées fausses et communément répandues sur la crise nucléaire et balistique nord-coréenne, afin d’identifier les principaux enjeux de cette crise aujourd’hui et les défis à venir pour la surmonter. La crise nucléaire avec la Corée du Nord (DPRK) a longtemps été une crise de prolifération, affectant le régime mondial de non-prolifération nucléaire. C’est longtemps resté une crise régionale parce que la communauté internationale a sans doute mal évalué à quel point la menace nord-coréenne pouvait prendre une ampleur mondiale. C’est depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong un une crise de sécurité de portée mondiale pour des raisons stratégiques (portée des missiles de Pyongyang qui s’accroit à une vitesse mal anticipée), politiques (brèche majeure dans l’autorité de la norme de non-prolifération nucléaire), économiques (déstabilisation des économies en cas de nouveau conflit dans la péninsule).

Le dirigeant nord coréen n’est certainement ni fou ni irrationnel. Sa volonté de se doter de l’arme nucléaire est avérée. Le clan Kim est déterminé, depuis longtemps, à se doter de l’arme nucléaire. Le régime nord coréen a tout misé sur la viabilité d’un arsenal projeté par des missiles. Le programme nucléaire est consubstantiel du clan Kim, voici pourquoi la négociation s’annonce très difficile. Pour autant, la démarche du régime n’est pas nécessairement en mesure de créer un effet d’entrainement dans la région.

L’implication des pays clés traditionnels , qui furent les acteurs des pourparlers à Six entre 2003 et 2009, est naturellement la clé principale d’une sortie de crise. Cela étant dit, il ne faut sans doute pas surestimer le rôle de la Chine dans les perspectives de sortie. Il faut en revanche accorder plus de poids à un engagement européen, alors que l’UE en est le parent pauvre depuis le début du siècle (expérience échouée de la KEDO entre 1997 et 2002).

Quels gages les Etats-Unis vont-ils donner à leurs alliés dans la région Asie Pacifique, notamment le Japon ? L’Union européenne va-t-elle décider d’une politique appropriée, devenant ainsi l’acteur stratégique à part entière qu’elle prétend être?

En tout état de cause, la crise nord-coréenne marque un défi historique auquel les Etats-Unis sont désormais confrontés: la primauté américaine dans la région Asie-Pacifique n’est plus garantie de manière automatique, comme un élément géostratégique allant de soi.

Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique de l’Université Paris Sorbonne, fondateur du Diploweb.com. Images, son et montage Fabien Herbert