2241 – La crise des Rohingyas en 10 questions + Tribune – faut-il parler d’un « génocide » des Rohingyas ?

A – La crise des Rohingyas en 10 questions

B – Tribune – faut-il parler d’un « génocide » des Rohingyas ?

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Alice Hérait & Luc Chasseriaud

Contexte

1

Qui sont les Rohingyas ?

2

Les Rohingyas sont-ils non-violents ?

3

La « question rohingya » est-elle uniquement religieuse ?

4

Pourquoi les Birmans refusent-ils l’appellation « Rohingya » pour désigner ce peuple opprimé ?

5

De quel statut juridique les Rohingyas jouissent-ils en Birmanie ?

6

Les Rohingyas constituent-ils uniquement un enjeu birman ?

7

Que fait la communauté internationale pour les Rohingyas ?

8

Pourquoi Aung San Suu Kyi a-t-elle mis autant de temps à s’exprimer ?

9

Quel est l’impact géopolitique de la « question rohingya » sur la Birmanie ?

10

Les opinions sur la « question rohingya » sont-elles en train de se polariser ?

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La crise qui frappe le nord de l’État Rakhine est sans précédent. Le 25 août dernier, une attaque perpétrée par l’Armée du Salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) contre des postes de police a provoqué une réponse violente de l’armée. Le 9 septembre, le Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU alarmait la communauté internationale en estimant à 290 000 le nombre de Rohingyas réfugiés au Bangladesh. A la mi-septembre septembre, ce chiffre aurait déjà atteint 410 000 personnes.
Depuis les violences inter-ethniques de juin 2012 qui ont fait plus de 80 morts dans le nord de l’État Rakhine, les médias internationaux couvrent activement la question des Rohingyas et sensibilisent l’opinion internationale sur leur sort dramatique. Ces mêmes médias qui auparavant mythifiaient Aung San Suu Kyi pour sa longue lutte pour la démocratie en Birmanie, sont aujourd’hui les premiers à la tenir responsable des exactions que subissent les Rohingyas. Mardi 19 septembre, la Dame de Rangoun a enfin brisé le silence sur le sort d’une population opprimée depuis la fin de l’ère coloniale, aujourd’hui considérée comme la « plus persécutée au monde » par l’ONU. Asialyst revient sur les éléments-clés pour comprendre la crise, en dix questions.

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1

Qui sont les Rohingyas ?

Le terme « Rohingya » désigne les populations musulmanes de Birmanie vivant dans le nord-ouest de l’État Rakhine*, à la frontière avec le Bangladesh. Ils sont sunnites et parlent une langue indo-européenne, très proche du Bengali. Ils seraient en temps normal 1,1 million à vivre dans le pays. Sous la pression du pouvoir birman, le lieu de vie des Rohingyas est strictement limité à trois cantons ou « townships » depuis 2012.

*Aussi connu historiquement sous le nom d’Arakan. « État Rakhine », est l’appellation officielle aujourd’hui.

L’identité rohingya est née d’un désir d’autonomie. En 1947, la Conférence de Panglong organisée par Aung San, le père de l’indépendance birmane*, attribuait une autonomie financière et politique aux régions frontalières habitées en majorité par des minorités ethniques. Ne voulant pas d’un État Rakhine dominé par les bouddhistes, les musulmans rakhines auraient choisi de se distinguer comme un groupe ethnique à part dans le but de gagner en crédibilité. Sans succès.

*Qui est aussi le père biologique de l’actuelle leader Aung San Suu Kyi.

Considérés par le pouvoir comme des « Bengalis », les Rohingyas ne seront pas intégrés au processus. Au fil des années et plus particulièrement après le coup d’État militaire de 1988, le « mouvement rohingya » gagnera en importance, et de plus en plus de musulmans du nord de l’Arakan s’identifieront comme tels. Dès lors, le terme « Rohingyas » doit être compris comme un mouvement, résultat d’un processus graduel de formation politique et culturelle entre les musulmans de l’État Rakhine plutôt que comme l’expression d’une identité ethnique ancestrale*

. *Gabriel Defert, Les Rohingya de Birmanie, arakanais, musulmans et apatrides, Montreuil : Aux lieux d’être, 2007.

2

Les Rohingyas sont-ils non-violents ?

L’un des principaux arguments avancés par le gouvernement actuel pour justifier l’intervention de l’armée contre les Rohingyas dans les townships de Maungdaw et Buthidaung est la « violence » qui serait perpétrée par ces derniers à l’encontre des bouddhistes rakhines, et les problèmes de sécurité nationale que cela engendrerait. Le Parlement birman s’est ainsi mis d’accord pour qualifier les extrémistes rohingyas de « terroristes » afin de les faire tomber sous le coup de la loi anti-terroriste.

Si la majorité des Rohingyas est composée de civils sans défense, victimes des persécutions perpétrées par l’armée birmane, des groupes armés se sont toutefois constitués afin de répondre à ces violences. Le dernier en date est l’Arakan Rohingyas Salvation Army (ARSA) qui fit parler de lui pour la première fois en octobre 2016 lors d’une attaque coordonnée contre des postes frontières de l’armée birmane, tuant neuf policiers. Ce même groupe est responsable de la vaste offensive lancée par environ 150 insurgés rohingyas contre une trentaine de postes-frontières le 25 août dernier. L’armée birmane s’est empressée d’établir des liens entre l’ARSA et des organisations terroristes étrangères, ce qui reste encore à prouver.

Mais l’histoire de la lutte armée des Rohingyas ne commence pas avec l’ARSA. Dès l’indépendance, des mouvements armés se sont formés : en 1948, des chefs religieux appellent au jihad alors que la promesse des Britanniques d’un État autonome pour les musulmans du nord de l’Arakan n’est pas tenue. C’est la révolte des mujahid qui dure jusqu’en 1961, et à laquelle ont survécu les revendications armées.

Car chaque génération et chaque vague de persécutions a connu son violent fer de lance : en 1964, la Rohingyas Independant Force qui devient en 1969 la Rohingyas Independant Army ; en 1973, le Rohingyas Patriotic Front (RPF) ; dans les années 1990, le Rohingyas Solidarity Organization devient un groupe armé suite à l’exode de 1991 ; en 1998, l’Arakan Rohingyas National Organization (ARNO)… et la liste est encore longue*.

*Stéphane Dovert, Rémy Madinier (dir.), Les Musulmans d’Asie du Sud-Est face au vertige de la radicalisation, Paris : Les Indes savantes (IRASEC), 2003.

En soi, la violence des groupes extrémistes rohingyas et celle de l’armée birmane se nourrissent l’une de l’autre, condamnant la région du nord de l’État Rakhine à l’instabilité et prenant en otage ses populations qu’elles soient musulmanes ou bouddhistes.

3

La « question rohingya » est-elle uniquement religieuse ?

La haine mutuelle qui oppose les deux principaux groupes religieux de l’État Rakhine constitue certes un aspect important du « problème rohingya » : l’opinion publique birmane est en partie influencée par le discours du Ma Ba Tha, une organisation bouddhiste radicale colportant l’idée que le pays est menacé d’invasion par les populations musulmanes du Bangladesh. Si le Ma Ba Tha ne jouit pas du soutien unanime de la population, la majorité des Birmans restent convaincus que l’Islam est un danger pour l’unité du pays.

Toutefois, la question ne se résume pas une opposition entre les bouddhistes et les musulmans de Birmanie puisque les Rohingyas ne représentent pas l’unique communauté musulmane du pays. Les Kaman du Rakhine, musulmans eux aussi mais moins nombreux, font par exemple partie des « citoyens d’ethnie nationale » selon la loi de 1982, et ne sont donc pas apatrides. De plus, Rangoun, la plus grande ville du pays, abrite un certain nombre de mosquées et de communautés musulmanes, la Birmanie ayant connu plusieurs vagues d’immigration de musulmans notamment indiens et chinois, qui eux sont relativement acceptés.

La violence véhiculée par les bouddhistes rakhines et par l’armée envers les Rohingyas est aussi le fruit de ressentiments de nature historique. Depuis le XIXe siècle, bouddhistes et Bengalis vivent de part et d’autres de la rivière Naf, qui sépare aujourd’hui la Birmanie du Bangladesh. La pression migratoire en provenance du Bengale n’a cessé de croître et a engendré des situations durablement conflictuelles tout au long du XXe siècle, sans jamais que le problème soit pris en charge par les États concernés. Pendant l’ère coloniale, les Britanniques ont privilégié les musulmans pour leurs capacités à organiser et exploiter les ressources naturelles de l’État Rakhine, au détriment des populations bouddhistes. L’objectif étant aussi de diviser pour mieux régner, les Britanniques ont entretenu les tensions grâce auxquelles ils pouvaient maintenir leur pouvoir.*

*Jacques Leider, « Transmutations of the Rohingyas movement in the post-2012 Rakhine State crisis », in Ooi Keat Gin, Volker Grabowsky (éds.), Ethnic and Religious Identities and Integration in Southeast Asia, Chiang Mai : Silkworm Books (EFEO), 2017.

4

Pourquoi les Birmans refusent-ils l’appellation « Rohingya » pour désigner ce peuple opprimé ?

La majorité des Birmans les considèrent comme des Bengalis, et donc comme des immigrés. Pour eux, ainsi que pour les autorités birmanes, utiliser le terme « Rohingya » reviendrait donc à reconnaître les musulmans du Rakhine comme une ethnie faisant partie intégrante de la nation birmane à l’image des Shan ou des Karen.

Or l’identité rohingya doit être considérée comme un mouvement né du désir de s’identifier comme une ethnie à part entière et de fait, se distinguer du Bengale voisin. Les auteurs rohingyas ont ainsi fabriqué un réel contre-discours, s’opposant à l’historiographie bouddhiste de l’État Rakhine.

La réalité est que l’on ne sait pas exactement d’où viennent les Rohingyas et l’homogénéité de leur ethnie semble improbable. Les auteurs rohingyas ne sont pas unanimes sur leurs origines communes, ce qui discrédite sensiblement leur cause auprès des autorités. Ils ont aussi bien prétendu être les descendants de Perses, d’Arabes que de populations aryennes ou de Tamouls.*

*Jacques Leider, chap. cit.

Toutefois, la diversité des discours rohingyas se gomme en faveur d’un même projet politique : prouver leur présence sur le territoire birman avant 1848. Ce qui pousserait les autorités à ne plus les considérer comme étrangers. Des sources plus précises évoquent d’ailleurs que des populations bengalies ont été transférées dans le nord du Rakhine pour servir d’esclaves, à l’époque du Royaume de Mrauk-U*.

*Le Royaume de Mrauk-U régnait sur le Bengale et le Rakhine entre le XVIème et le XVIIème siècle.

Mais le gouvernement réfute cette version. Pour cause, l’unité nationale des Birmans, qui repose en grande partie sur leur identité religieuse, pourrait être délégitimée par l’intégration de musulmans qui, en outre, ont voulu jadis s’accaparer une partie du territoire rakhine. Plus précisément, d’après les autorités, ceux qui se revendiquent comme « Rohingyas » sont des Bengalis qui ont immigré à la fin de la période coloniale. Un discours partiellement vrai : au début du XXème siècle, les musulmans qui s’installèrent durablement dans la région ont fait augmenter notablement la taille de la communauté musulmane pour qu’elle atteigne un cinquième de la population rakhine en 1930

. *Gabriel Defert, op. Cit.

5

De quel statut juridique les Rohingyas jouissent-ils en Birmanie ?

Le statut juridique des Rohingyas, ou plutôt leur absence de statut juridique, constitue à bien des égards l’un des nœuds du problème. Les juntes militaires successives, officiellement au pouvoir de 1962 à 2011, ont utilisé les Rohingyas comme bouc-émissaires pour appuyer leur propagande ultranationaliste. La question de leur statut juridique a été largement instrumentalisée pour les exclure de la communauté nationale et en faire des étrangers. Sans doute la junte espérait-elle qu’en les privant de tous droits, elle les encouragerait à partir définitivement.

La première action marquante allant dans ce sens fut la grande campagne de contrôle d’identité lancée par l’armée birmane en 1978 visant à identifier les immigrés musulmans illégaux. Cette campagne baptisée Nagamin (« Dragon Roi ») avait pour but de préparer le premier recensement de la population dans l’État Rakhine depuis 1959. La plupart des Rohingyas ne possédaient pas à l’époque de carte d’identité (Union Citizen Card) et seuls certains d’entre eux possédaient une National Registration Card (NRC) délivrée en 1958, qui ne constitue pas une preuve de citoyenneté mais qui indique un lien avec le pays datant d’avant l’indépendance*.

*Gabriel Defert, op. cit.

En 1982, une nouvelle loi sur la citoyenneté fut introduite, remplaçant celle datant de l’indépendance en 1948. Baptisée « The Burma Citizenship Law », elle créa alors trois catégories de citoyens : les citoyens de première classe, qui incluent les huit races ethniques nationales majeures (dont les Birmans, les Shans ou les Karens) établis avant la colonisation britannique ; les citoyens associés, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent prouver leur présence dans le pays avant la colonisation mais qui peuvent justifier d’une filiation avec un citoyen ; et enfin, les citoyens naturalisés, c’est-à-dire les immigrants arrivés durant la période coloniale*. Une majorité de Rohingyas n’entre dans aucune de ces catégories car beaucoup ont passé la frontière après 1948 ou ne peuvent prouver leur présence avant cette date.

*Stéphane Dovert, Rémy Madinier (dir.), op. cit.

Les conséquences sont graves car depuis cette loi, la plupart d’entre eux se voient privés d’accès aux services publiques élémentaires : hôpitaux, école, vote ou liberté de circuler.

6

Les Rohingyas constituent-ils uniquement un enjeu birman ?

Les Birmans perçoivent les tensions au nord de l’État Rakhine comme une affaire d’une nature différente de celle du processus de paix interne au pays depuis 2011. Ils considèrent les Rohingyas comme des étrangers venus du Bangladesh. Dans la même veine, les mouvements de populations vers ce pays voisin constituent la principale source de tensions entre Dakka et Naypidaw.

Dès 1949, le Pakistan oriental*, s’est vu accusé de favoriser la révolte musulmane moujahid dans l’État Rakhine**. En 1992, le Bangladesh a accueilli un flux continuel de réfugiés musulmans traversant l’embouchure du Naf. Le gouvernement bangladais cherchait alors une solution internationale à la crise tandis que la Birmanie préférait une solution bilatérale. Un rapatriement fut prévu pour le mois de mai la même année, les autorités birmanes n’acceptant que les musulmans qui pouvaient attester de leur identité nationale.

*Nom de l’actuel Bangladesh avant sa sécession du Pakistan en 1971.

**Stéphane Dovert, Rémy Madinier (dir.), op. Cit.

C’est en 2012 que la question rohingya a commencé à prendre une dimension régionale et internationale. Afin de fuir les violences, nombre d’entre eux ont tenté de rejoindre le sud de la Thaïlande sur des embarcations de fortune dans le but de trouver refuge en Malaisie ou en Indonésie, pays où l’Islam est la religion majoritaire. Le phénomène, qui s’est amplifié en 2013, a conduit à une catastrophe humanitaire après que les autorités thaïlandaises ont décidé de sécuriser leurs frontières terrestres en 2015 et repoussé les embarcations trouvées sur leurs côtes en haute mer. S’ensuit alors une sérieuse crise diplomatique au sein des pays de l’ASEAN, suivie d’un sommet à Bangkok qui ne débouchera sur aucune résolution de crise.

En 2017, la question rohingya semble avoir atteint une dimension internationale sans précédent. L’affaire concerne désormais l’ensemble de la communauté internationale dans le sens où elle invoque des problématiques relatives aux droits de l’homme.

7

Que fait la communauté internationale pour les Rohingyas ?

Obtenir le soutien d’États étrangers et des organisations internationales fait partie intégrante de la stratégie du mouvement rohingya. Dans les années 1990, la Birmanie était sous l’emprise d’un régime militaire dictatorial et renfermé sur lui-même. La marge de manœuvre de la communauté internationale pour faire pression sur la junte birmane était alors quasi-nulle. Et en 2012, la communauté internationale s’est montrée relativement discrète vis-à-vis des violences commises dans un pays qui venait tout juste d’entamer sa transition démocratique.

Elle fournit toutefois un soutien humanitaire non négligeable aux Rohingyas, notamment par le biais du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies (UNHCR) – présent dans le Rakhine comme au Bangladesh. Le budget de l’UNHCR pour la Birmanie est largement consacré aux « apatrides du Rakhine », et donc de fait, aux Rohingyas.

Mais depuis la crise actuelle, la communauté internationale s’est impliquée de façon inédite.

Plusieurs États se sont exprimés dans le cadre de relations bilatérales : tandis que le président turc Recep Tayyip Erdoğan a qualifié les opérations militaires de « génocide », le sénateur américain John McCain a pris la décision d’annuler un projet de coopération militaire avec l’armée birmane en guise de sanction. Côté onusien, alors qu’une mission d’investigation votée par le conseil des droits humains a été refusée par le gouvernement birman, Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a mis en garde contre une intensification des violences dans le Rakhine. La question a même été discutée au Conseil de sécurité. Toutefois, la Chine et la Russie s’opposent à une condamnation officielle du gouvernement birman, ce qui réduit sensiblement les possibilités de faire pression sur la junte.

8

Pourquoi Aung San Suu Kyi a-t-elle mis autant de temps à s’exprimer ?

Conseillère spéciale de l’État depuis 2016, un poste qui cumule les portefeuilles de Premier ministre de facto et de ministre des Affaires étrangères, le mutisme d’Aung San Suu Kyi sur le sort des Rohingyas – jusqu’à ce mardi 19 septembre – lui vaut d’être aujourd’hui sous le feu des critiques internationales. Plusieurs pétitions ont été lancées pour demander le retrait de son prix Nobel de la Paix, attribué en 1991 pour sa lutte non-violente contre la junte militaire. Mais derrière la trajectoire de l’héroïne romantique aujourd’hui au banc des accusés de crimes contre l’humanité, se cache une réalité bien plus complexe, dont la lecture est rendue quasi-impossible par les passions qu’elle a toujours suscitées auprès des médias.

Si elle possède une autorité morale incontestable en Birmanie, Aung San Suu Kyi ne détient pas tous les leviers politiques nécessaires pour agir. La séquence politique que connaît la Birmanie depuis 2011, est celle d’une transition dans laquelle l’armée concentre en réalité toujours une grande partie des pouvoirs. Les ministères jouissant de prérogatives en matière de sécurité sont, de facto, attribués aux militaires en vertu de la Constitution de 2008 et ces derniers ont le contrôle sur le budget de l’armée. La marge de manœuvre de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND, parti d’Aung San Suu Kyi majoritaire au Parlement) sur ces questions est donc quasi-nulle et la question des Rohingyas est clairement construite comme telle au niveau national. Ce sont donc les militaires qui sont en charge de ce dossier, comme l’a clairement illustré le déploiement massif de l’armée birmane le 11 août dernier dans l’État Rakhine.

L’opinion birmane quant à elle est très défavorable aux Rohingyas : ils sont considérés comme les fauteurs de troubles. Pour la chercheuse Sophie Boisseau du Rocher, Aung San Suu Kyi est prise en tenaille entre l’opinion birmane et l’armée. Ce qui lui importe aujourd’hui, c’est la transition démocratique et la question rohingya apparaît comme un piège qui pourrait se refermer sur elle : elle ne se risquerait pas à défier l’armée et à mettre en péril la transition pour une cause que personne ne veut défendre en Birmanie. De fait, en la poussant à prendre position, la communauté internationale pourrait même la mettre en danger, confie Maël Raynaud, analyste politique indépendant.

9

Quel est l’impact géopolitique de la « question rohingya » sur la Birmanie ?

La crise des Rohingyas n’est plus seulement une affaire entre la Birmanie et le Bangladesh. Car le drame qui enveloppe ces individus persécutés conduit à les dépeindre aujourd’hui comme martyrs du monde musulman. Et la récupération politique orchestrée par les gouvernements indonésiens et malaisiens qui se sont présentés comme leurs défenseurs les poussent désormais à agir sous la pression de leur propre population…

Le dimanche 3 septembre, un cocktail Molotov a été jeté sur l’ambassade de Birmanie à Jakarta provoquant un incendie au deuxième étage des locaux. De nombreuses manifestions de soutien aux Rohingyas sont par ailleurs régulièrement organisées en Malaisie et en Indonésie, si bien que la ministre indonésienne des Affaires étrangères Retno Marsudi s’est rendue en Birmanie le 4 septembre dernier. Elle y a rencontré Aung San Suu Kyi et le Chef des armées, le Général Min Aung Hlaing, pour tenter de trouver une issue à la crise.

Quelques jours plus tôt, la ministre indonésienne lançait l’Humanitarian Assistance for Sustainable Community Program for Myanmar qui rassemble 11 organisations non gouvernementales sous le nom de l’Indonesian Humanitarian Alliance for Myanmar. Le but de ce programme, estimé à 2 millions de dollars, est de porter assistance aux populations de l’État Rakhine dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’économie et du « renforcement des capacités ».

Ces initiatives sont sans précédent entre les États-membres de l’ASEAN car elles constituent la violation de l’un des principes fondateurs de l’Association : la non-interférence dans les affaires d’un autre pays membre. En 2015 encore, lors du sommet convoqué par la Thaïlande à la suite de la crise des migrants rohingyas en mer d’Andaman, les opinions publiques ne s’étaient pas autant saisies de la question.

Le risque lié à la mobilisation des opinions publiques des pays de l’ASEAN sur la « question des rohingya » serait de voir émerger au niveau régional une rhétorique violente entre bouddhistes et musulmans, comme cela semble déjà être le cas sur les réseaux sociaux et en particulier sur les pages des médias qui couvrent la crise. Une telle escalade aurait pour conséquence de fragiliser l’un des projets centraux de l’ASEAN : la communauté de l’ASEAN, qui vise à créer une communauté de destin rassemblant les 600 millions d’habitants qui la peuplent.

10

Les opinions sur la « question rohingya » sont-elles en train de se polariser ?

Les origines de la crise actuelle sont à chercher dans l’expérience de la colonisation britannique qu’a vécue la Birmanie et dans le modèle de construction nationale proposé par les Occidentaux aux élites birmanes au moment de l’indépendance. Plus ou moins paralysé par des décennies de pouvoir militaire, ce processus qui a pour modèle l’État-nation du XIXe siècle reprend son cours aujourd’hui. Bien souvent, l’observateur qui cherche à saisir la complexité de la question des Rohingyas oublie de se plonger dans l’Histoire ou bien de chercher à comprendre comment les acteurs birmans de la crise perçoivent l’équation à résoudre.

La mondialisation fait que l’écho de la souffrance des Rohingyas touche le monde entier et que chacun, observateur, journaliste, homme politique, se saisit de la crise à sa manière et en devient un acteur sans forcément la comprendre. Les réseaux sociaux sont au cœur de cette caisse de résonnance. Ils constituent l’arène d’une véritable guerre de l’information où la vérité semble parfois se noyer dans le torrent de « faits alternatifs ». C’est la guerre de l’émotion.

Pour défendre sa vérité, certains n’hésitent pas à relayer de fausses photos. Ainsi, le vice-premier ministre turc Mehmet Simsek partageait dans un tweet, sans doute sans le savoir, des photos n’ayant aucun rapport avec les Rohingyas en commentant : « On massacre les musulmans rohingyas. Cessons d’être aveugles face à ce nettoyage ethnique. » En réponse, Aung San Suu Kyi dénonçait « l’iceberg de désinformation ».

Mais la désinformation va dans les deux sens : l’armée et le gouvernement birman n’hésitent pas à nourrir leur propagande avec de fausses images. Ils laissent entendre que les Rohingyas mettent eux-mêmes le feu à leurs maisons, et certains Birmans osent évoquer un génocide contre les Bouddhistes perpétré par les Rohingyas… Nourrie par une forme d’hystérie médiatique, la polarisation des opinions rend la crise encore plus complexe. Aujourd’hui, plus l’armée intervient dans l’État Rakhine, plus elle gagne le soutien des Birmans. Dans le même temps, plus la communauté internationale défend les Rohingyas, plus elle rend ces derniers suspects aux yeux de la population birmane.

Par Alice Hérait et Luc Chasseriaud

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04/01/48

indépendance de la Birmanie.

02/03/62

le Général Ne Win prend le pouvoir par un coup d’État et met en place un régime militaire.

01/02/78

début de la campagne Nagamin (« Dragon Roi ») lancée par l’armée visant à identifier les immigrés musulmans illégaux, elle durera cinq mois

15/10/82

publication de la loi définissant les trois catégories de citoyens privant de fait l’accès à la citoyenneté à la majorité des Rohingyas.

26/08/82

premier discours politique en public d’Aung San Suu Kyi devant la pagode Shwedagon.

27/05/90

la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, remporte les élections législatives en obtenant 82 % des sièges mais la junte militaire refuse de céder le pouvoir.

14/10/91

Aung San Suu Kyi se voit attribuer le prix Nobel de la paix pour son combat contre la junte militaire.

1997

admission de le Birmanie au sein de l’ASEAN.

01/09/08

la Birmanie adopte une nouvelle Constitution par référendum.

07/11/10

des élections générales sont organisées selon les modalités de la Constitution de 2008. La LND les boycotte et de nombreuses irrégularités sont observées.

01/06/12

des émeutes entre Rohingyas et Bouddhistes font plus de 80 morts dans l’État Rakhine.

30/05/15

dix-sept pays se réunissent à Bangkok pour discuter de la crise des « boat people » rohingyas qui tentent de traverser la mer d’Andaman sur des embarcations de fortune.

08/11/15

la LND remporte 86 % des sièges aux élections générales, 25 ans après sa première victoire électorale non reconnue par la junte militaire.

01/09/16

Aung San Suu Kyi nomme Kofi Annan à la tête d’une commission consultative sur l’État Rakhine supposée être indépendante

09/10/16

neuf policiers birmans sont tués lors d’une attaque menée par des insurgés rohingyas sur des postes frontières dans le nord de l’État Rakhine. Les représailles violentes de l’armée birmane sur les populations civiles provoquent l’exode de milliers de Rohingyas vers le Bangladesh.

30/06/17

la Birmanie refuse d’accorder des visas aux enquêteurs de l’ONU.

11/08/17

déploiement de 500 soldats de l’armée birmane dans le nord de l’État Rakhine.

25/08/17

environ 150 insurgés rohingyas attaquent une trentaine de postes-frontières dans le nord de l’État Rakhine provoquant de violentes représailles de l’armée.

03/09/17

un cocktail Molotov est lancé sur l’ambassade de Birmanie à Jakarta.

04/09/17

la ministre indonésienne des Affaires étrangères Retno Marsudi se rend en Birmanie pour discuter de la crise des Rohingyas.

19/09/17

Aung San Suu Kyi condamne « les violations des droits de l’homme » dans la crise des Rohingyas.


SOURCE/ https://asialyst.com/fr/2017/09/20/memo-crise-rohyngyas-10-questions-birmanie/


2017.10.10.essentiellement membres de la minorité musulmane des Rohingyas379bcd179900f9ff8c3160f3f3cba0da384a16ef

B – Tribune – faut-il parler d’un « génocide » des Rohingyas ?

  • Jean-Louis Margolin

Deux chefs d’États importants ont récemment émis contre le pouvoir birman l’accusation de pratiquer un « génocide » de la population rohingya : le président turc Recep Tayyip Erdogan, soucieux d’apparaître comme le nouveau champion du monde musulman sunnite, et de manière plus improbable, le président français Emmanuel Macron – au détour d’une phrase, comme sans y penser, lors d’une interview pour TF1 le 20 septembre. On s’étonne d’une utilisation aussi légère, nullement argumentée, d’un qualificatif aussi pesant.

Depuis la découverte de la Shoah, le génocide est généralement considéré comme le crime des crimes. Il fait ainsi l’objet d’une imprescriptibilité absolue autant que d’une juridiction universelle, chaque pays ayant en principe l’obligation de poursuivre le génocidaire, quel que soit le lieu de ses forfaits. Emmanuel Macron n’a-t-il pas ainsi réédité, en pire (car cette fois la question n’est pas que mémorielle) sa bévue du « crime contre l’humanité » dont aurait été intrinsèquement porteuse la colonisation française de l’Algérie ?

Le qualificatif de génocide ne correspond pourtant à ce jour à aucune réalité attestée. En effet, la Convention onusienne de 1948, qui en a fourni la définition universellement acceptée, et intégrée (avec des variantes) dans les codes pénaux nationaux, repose sur les notions de destruction en tout ou en partie significative d’un groupe humain, ainsi que d’intentionnalité de cette destruction, au plus haut d’un pouvoir d’État ou de ses succédanés – armée, groupe politico-militaire puissant, église.

Or d’une part, les dernières évaluations de victimes (certainement dépassées aujourd’hui, il est vrai) faisaient état d’un demi-millier de morts pour un million de Rohingyas. D’autre part, les interventions d’Aung San Suu Kyi et des autorités birmanes peuvent être critiquées pour leur timidité, mais assurément pas pour leur radicalité haineuse ou meurtrière. L’armée birmane elle-même a commis de nombreux crimes sur le terrain, mais en réaction (très disproportionnée) à la meurtrière offensive de l’ARSA (Arakan Rohingya Salvation Army), groupe armé prétendant représenter le peuple rohingya.

Enfin, la logique du génocide est celle de la rétention, du vol des biens et des maisons, et du massacre généralisé, alors que celle à l’œuvre dans l’Arakan est celle d’une expulsion plus ou moins globale (il est encore difficile de l’apprécier), logiquement accompagnée de la destruction par le feu des villages rohingyas, de manière à prévenir toute réinstallation.

Purification ethnique, génocide ou guerre civile asymétrique ?

En ce sens, génocide et « purification ethnique » – terme également utilisé dans l’interview du président Macron – sont deux types d’atrocités contradictoires et incompatibles. Même si, comme dans le comportement des nazis face aux Juifs, l’échec relatif de la seconde peut conduire au premier. On peut légitimement parler de purification – ou, de manière plus française, de nettoyage – ethnique dans le cas des Rohingyas, dont une moitié aurait en peu de semaines été contrainte de gagner le Bangladesh.

Il me semble encore plus précis d’évoquer une guerre civile asymétrique. Les témoignages semblent attribuer la plupart des exactions aux voisins Rakhine – bouddhistes – des Rohingyas musulmans (de nombreux groupes ethniques vivent entremêlés dans tous les confins birmans). L’armée, quant à elle, dans un grand nombre de cas, a clairement soutenu les premiers contre les seconds, eux-mêmes auteurs, mais à bien moindre échelle, d’exactions tout à fait comparables.

Cette précision n’est pas secondaire. Prendre la mesure des haines ethno-religieuses locales, croissantes depuis des décennies, et de l’importante participation populaire aux exactions, permet non seulement de mieux apprécier les responsabilités (qui ne se réduisent pas à celles, bien réelles, de l’armée), mais surtout de rechercher des voies efficaces vers la réconciliation et la coexistence des communautés – le nœud du problème n’est pas qu’à Naypyidaw.

Parler ici de génocide est donc profondément inexact. Serait-ce politiquement opportun, pour frapper l’opinion française et internationale, et pour aller vers un arrêt des violences ? Il est permis d’en douter.

Évoquer un génocide, si l’on est cohérent avec soi-même, implique d’en rechercher et d’en poursuivre les auteurs, qui l’ont nécessairement conçu et planifié, avec au minimum l’assentiment des plus hautes autorités du pays. Sous peine de pouvoir être soi-même accusé de complicité, il conviendrait donc et de rompre immédiatement toute relation (y compris diplomatique) avec la Birmanie, et de déférer, parmi d’autres, Aung San Suu Kyi devant la Cour Pénale Internationale.

Croit-on vraiment que cela améliore le sort des Rohingyas ?

Le scénario serait plutôt, au plan international, celui d’une mainmise très accentuée de la Chine sur la Birmanie, Pékin lui ayant clairement apporté son soutien dans la présente crise, et ses entreprises y étant déjà très présentes. Au plan intérieur, les bouddhistes extrémistes du mouvement Ma Ba Tha et les milieux militaires birmans dont ils sont proches y verraient leur xénophobie, leur méfiance vis-à-vis de l’Occident et leur haine de l’islam renforcées, et s’installeraient vraisemblablement tôt ou tard au pouvoir.

Les Rohingyas, et probablement l’ensemble des musulmans de Birmanie (généralement bien mieux intégrés), n’auraient évidemment rien à y gagner. Ce serait aussi un immense encouragement aux islamistes de tout poil – les premiers à faire campagne contre le prétendu génocide -, y compris en France. Et gageons que les combattants recrutés à l’occasion de cette nouvelle cause sacrée de la « défense de l’islam » n’en tireraient aucune reconnaissance envers la France et son président…

Une intervention des Casques bleus ?

Quant au projet avancé par Emmanuel Macron d’une intervention directe de l’ONU, en particulier au travers de « corridors humanitaires », elle peut paraître plus tentante, et davantage justifiée. Encore faudrait-il s’assurer que cette intervention apparaisse légitime auprès d’une partie de la population birmane un peu plus ample que les 2 % de Rohingyas – population qui inclut les 135 groupes ethniques reconnus du pays, dont plusieurs sont aussi misérables et réprimés par l’armée que les musulmans de l’Arakan, sans qu’on s’en émeuve beaucoup dans le reste du monde.

Dans les circonstances actuelles, et avec d’aussi graves accusations lancées de manière peu réfléchie et parfois provocatrice contre la Birmanie dans son ensemble (solidaire de son gouvernement et/ou de son armée sur la question rohingya), on peut en douter fortement.

De plus, on sait que semblables interventions tendent surtout à attirer des réfugiés assurés de survivre indéfiniment grâce à l’aide internationale, et par là même à fixer les conflits en cours, voire à les enkyster sans apporter la moindre solution, pour le seul profit de ces vastes armées de mercenaires issus de pays miséreux que sont devenus les Casques bleus de l’ONU. Il faut préciser que l’organisation internationale est vue en Birmanie, en partie à tort, en partie à raison, comme exagérément influencée par les très nombreux pays musulmans, peu à même d’observer une attitude impartiale entre bouddhistes et Rohingyas.

Ajoutons que la France, largement absente depuis fort longtemps de la scène diplomatique est-asiatique (mais ses entreprises y sont bien présentes), n’y a que peu de moyens d’action, et pas davantage de crédibilité. On peut s’interroger sur l’effectivité de ses prises de position. Celles-ci sont assurément surtout destinées à l’opinion intérieure et internationale (c’est-à-dire occidentale), elle-même largement façonnée par les grandes ONG anglo-saxonnes, jamais en reste d’une cause communautaire à promouvoir.

Réintégrer les Rohingyas à la Birmanie comme individus et non comme nation

C’est là le drame : personne parmi les responsables ne s’interroge sérieusement sur les moyens d’améliorer la situation sur le terrain. L’équation est pourtant simple : les Rohingyas doivent réintégrer la grande famille birmane, alors qu’ils y sont faibles et ultra-minoritaires. Le rêve d’une indépendance, ou même d’un territoire autonome, paraît absurde, car les Rakhines cinq fois plus nombreux et eux-mêmes misérables, auprès desquels ils vivent, ne l’accepteront pas. Et, sur ce plan, ils jouissent d’un soutien quasi-unanime en Birmanie. Encourager le sécessionnisme, voire la lutte armée, c’est donc vouloir la guerre jusqu’au dernier des Rohingyas. En outre, que ces derniers forment une nationalité authentique, distincte des migrants bengalis, et ayant des fondements historiques avérés en territoire birman est discutable factuellement (même si l’on accordera que les nationalités n’ont rien d’essences invariantes) et insoutenable politiquement pour l’opinion birmane.

Il apparaît donc, si l’on recherche sincèrement la paix et le vivre-ensemble, qu’il faille laisser de côté pour l’instant l’insoluble question de l’existence des Rohingyas comme nationalité. Une question nullement théorique, puisqu’en Birmanie, comme en Inde, la tradition politique issue de la colonisation britannique tend à accorder des droits particuliers aux nationalités, ainsi qu’un territoire auto-administré pour les plus importantes. C’est la source de conflits sans fin dans ces pays, souvent assortis de graves violences, ainsi que d’un morcellement territorial toujours accentué, les droits accordés à une minorité entraînant des revendications analogues dans les groupes plus restreints.

On rêverait davantage d’une voie « jacobine », à la française, où l’individu doté de droits pleins et entiers serait privilégié par rapport à son éventuelle communauté, celle-ci étant réduite aux affinités privées. Bref, pour paraphraser la fameuse formule du comte de Clermont-Tonnerre lors du débat de décembre 1789 à l’Assemblée Constituante sur l’émancipation des Juifs, ces apatrides du XVIIIème siècle : « Il faut tout refuser aux Rohingyas comme nation et accorder tout aux Rohingyas comme individus. » Utopie ?

2017.10.10.essentiellement membres de la minorité musulmane des Rohingyas982ecbba7d6c1fbc5d0f0543703b24e6e317182c

Post-scriptum

J’ai voulu dans cette tribune explorer quelques pistes, vraies ou fausses, pour sortir de l’actuelle catastrophe. J’avais dans mes précédents articles sur Asialyst analysé plus en profondeur les dimensions historique, nationale, régionale et internationale de la question rohingya, toutes indispensables à la compréhension du problème. Je renvoie également le lecteur au « Mémo d’Asialyst » sur ce sujet.

Jean-Louis Margolin est maître de conférences en histoire contemporaine à Aix-Marseille Université. Chercheur à l’Institut de Recherches Asiatiques (IrASIA/CNRS), et initialement spécialiste de Singapour, il étudie les contacts commerciaux, culturels et coloniaux entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est. Il se consacre également à l’analyse des violences de masse en Asie orientale au XXe siècle, aux effets de la mondialisation dans cette partie du monde, ainsi qu’à l’émergence de Singapour, de Taiwan et de la Corée du Sud. Dernier ouvrage publié (avec Claude Markovits): Les Indes et l’Europe: Histoires connectées, XVe-XXIe siècle (Paris, Gallimard, Folio-Histoire, 2015).

SOURCE/ https://asialyst.com/fr/2017/10/05/rohingyas-faut-il-parler-de-genocide/