2169 – Macron, Athènes et l’Europe

GREECE-FRANCE-DIPLOMACY

 

Emmanuel Macron a prononcé jeudi 7 un important discours sur l’Europe à Athènes [1]. Le choix est évidemment symbolique.

  • Parlant de l’Europe en Grèce, il voulait montrer l’attachement que son gouvernement porte au maintien de la Grèce dans la zone Euro.
  • Mais, il voulait aussi, et ce point est important, rappeler quelles sont ses ambitions pour l’Union européenne.

De ce point de vue, ce discours fera date. Mais, sans doute, plus comme une sorte de butte-témoin d’une pensée dépassée que comme un acte véritablement fondateur.

Emmanuel Macron a repris dans ce discours des thèmes qu’il avait déjà développés dans son allocution devant les ambassadeurs de France.

  • Pour lui, la souveraineté de la France passe par l’Europe, car les problèmes auxquels nous sommes confrontés dépassent la cadre de la France.

On peut s’étonner de ce raisonnement quand on constate que de nombreux pays de taille comparable à celle de la France, et parmi eux bien sur la Corée du Sud en Asie, ou le Royaume-Uni, n’éprouvent nul besoin de se fondre dans une organisation qui les dépasse. Pourtant, ces pays sont confrontés à des problèmes du même ordre que ceux auxquels la France fait face.

On peut aussi s’étonner de ce que le principe d’alliance avec d’autres Nations, un principe somme toute fort ancien, ne soit plus mobilisé pour permettre à la France de retrouver des capacités politiques qui lui feraient défaut.

  • Car, l’Union européennes, dans l’esprit d’Emmanuel Macron, n’est pas une simple alliance.

Elle est une fédération en devenir. C’est pourquoi il parle de « souveraineté européenne ».

Fondamentalement, ce discours en dit long sur ce fait précis : une partie des élites françaises ne croit plus dans la France.

  • Une partie seulement ; ce type de discours est à l’opposé de ce que pense un Jean-Luc Mélenchon par exemple.

Mais, c’est la partie qui domine, de gré ou de force, la politique française depuis 20 ans.

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Emmanuel Macron s’est ensuite étendu sur la crise de confiance qui mine l’Union européenne.

  • Mais il ne l’a pas analysée.

Cette crise de confiance est d‘abord politique. Elle découle du déni de démocratie qui fut commis quand les Français votèrent « non » au référendum sur le projet de constitution européenne.

  • De ce point de vue, il est clair qu’un nouveau référendum s’impose.

Mais, de cela, nos gouvernants – et Emmanuel Macron le premier – n’en veulent sous aucun prétexte.

Cette crise de confiance s’enracine aussi dans des décisions prises par les institutions européennes, et qui ne correspondent pas à la volonté des peuples européens.

  • Cette crise de confiance s’enracine, enfin, dans l’économie de l’Union européenne, ce cadre austéritaire qui détruit petit à petit tout ce qui avait pu être conquis par les luttes sociales depuis 1944.

De cela, Emmanuel Macron n’a rien dit. On peut le comprendre d’ailleurs.

  • Comment pouvoir parler de la politique économique imposée par l’Union européenne depuis Athènes ?

Il y a des sujets qui fâchent… Emmanuel Macron s’est contenté de saluer le « retour de la Grèce sur les marchés financiers internationaux ». Mais, ce retour est en trompe l’œil.

  • Que la Banque Centrale Européenne cesse ses opérations de rachats de titres et les taux d’intérêts remonteront immédiatement.

Et, surtout, ce retour se paye du sacrifice tant des plus jeunes que des plus âgés en Grèce, un pays où la mortalité est fortement montée depuis la crise de 2010.

  • Non, même sur ce terrain, il eut mieux valu qu’Emmanuel Macron se taise.

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Emmanuel Macron a parlé d’une souveraineté européenne, souveraineté dont il espère faire un exemple lors des prochaines élections européennes en promouvant des listes trans-pays.

Il oublie ici un fait essentiel de la politique. Il n’y a de souveraineté que là ou il y a un peuple. Et il n’y a de peuple que là où l’histoire, des visions communes, ont petit à petit forgé une culture politique commune.

  • Rien de tout cela n’existe dans l’Union européenne, où l’on peut constater chaque jour que les cultures politiques des différents pays restent largement différentes.

La question d’un « budget commun » permet de comprendre ce phénomène.

Car, et de ce point de vue il faut donner raison à Emmanuel Macron, si l’on veut un fédéralisme européen, il faut un budget organisant d’importants flux de transfert.

Pour qu’un budget soit décidé en commun, il faut une ratification commune.

  • Imagine-t-on que l’électeur allemand va ratifier un mécanisme qui enlèvera tous les ans entre 8% et 10% du PIB de l’Allemagne pour le donner aux autres pays ?

Car, et cela a été démontré à de multiples reprises, c’est cela l’ordre de grandeur minimum nécessaire pour qu’un budget commun soit efficace. Il faut que l’Allemagne donne une partie de sa richesse.

  • Ou alors, il faut laisser les autres pays de l’Union européenne avoir les moyens de se développer sans subventions, ce qui implique inexorablement de mettre fin à l’Euro, de retrouver des monnaies nationales et les ajustements nécessaires.

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On le voit, la vision d’Emmanuel Macron est incohérente avec la réalité. Elle l’est non pas parce qu’il serait un visionnaire, mais parce qu’il regarde dans le passé, ou plus précisément dans ce qu’il veut retenir du passé.

Un discours expliquant ce que pourrait être une Europe des Nations, avec l’alliance des souverainetés respectées et des projets communs aurait peut-être permis de tracer une route pour l’avenir.

Mais, s’il est jeune par l’âge, Macron est un vieillard dans son raisonnement, un vieillard qui s’accroche à des conceptions qui ont fait faillites et qui sont aujourd’hui dépassées. Son discours restera donc comme la butte-témoin de ces conceptions, mais certainement pas comme un discours d’avenir.

Greece France

LIEN[]

  1. http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-republique-emmanuel-macron-a-la-pnyx-athenes-le-jeudi-7-septembre-201/

SOURCE/ http://russeurope.hypotheses.org/6262

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