1806 – L’élection présidentielle, la France, le Maghreb et le Proche-Orient – Emmanuel Macron – Marine Le Pen – 5 Questions

Marc Cher-Leparrain > 21 avril 2017

Ce que dit Emmanuel Macron

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— Quels sont selon vous les principaux intérêts que la France doit défendre en Afrique du nord et au Proche-Orient ?

Selon Emmanuel Macron, les intérêts que la France doit défendre sont de trois ordres. « Nos intérêts sécuritaires, d’abord, c’est avant tout lutter contre le terrorisme. Protéger les Français en France et dans le monde doit être notre préoccupation constante. Puis nos intérêts climatiques (…), et enfin nos intérêts économiques ».

Pour garantir la sécurité des Français, la France doit tout autant renforcer son autonomie propre que ses alliances stratégiques dans le cadre de l’Union européenne, dans celui de l’OTAN, et dans le système des Nations unies. La France a par ailleurs des accords bilatéraux de protection signés avec des partenaires dans le monde.

— Au Proche-Orient, Emmanuel Macron réaffirme son attachement à la sécurité d’Israël, mais appuie la naissance d’un État palestinien, sans annoncer néanmoins la reconnaissance de cet État.

 L’ouverture vers l’Iran devra se poursuivre, si l’accord nucléaire de 2015 est respecté et si l’Iran concourt à la stabilité régionale.

— L’aide au développement doit être plus efficace et plus diversifiée qu’aujourd’hui. Elle doit se concentrer sur l’Afrique subsaharienne, le Sahel, le Maghreb, les pays en crise et l’espace francophone.

— Considérez-vous que la France a commis des erreurs dans ces régions au cours des dernières années ? Si oui, quelles sont les plus importantes ?

« La France a perdu du terrain à Bruxelles, au sein des institutions européennes. Sa présence a globalement reculé au Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique, son continent frère. (…) La parole de la France porte moins. (…) Sa place dans la résolution des crises est moins centrale. » Pour Emmanuel Macron, trois raisons à cela :

  1. l’Europe n’est pas affirmée comme une puissance à part entière ;
  2. la France s’est montrée incapable de mener des réformes structurelles qui permettent une croissance soutenue et donc des marges de manœuvre budgétaires ;
  3. la diplomatie française s’est montrée erratique, manquant d’équilibre et de dialogue.

En Syrie, «  nous ne pouvons pas faire de l’extermination du régime de Bachar Al-Assad un préalable à toute décision, même si c’est bien évidemment un objectif ». L’ennemi principal est l’islamisme radical qui se développe sur les ruines de la Syrie. Il ne s’agit donc pas de maintenir Bachar Al-Assad au pouvoir ad vitam aeternam, mais de trouver une solution politique transitoire pour sortir de cette impasse politique. Emmanuel Macron veut ainsi mener une « politique d’équilibre » à l’égard du régime et des rebelles en Syrie, se démarquant de la politique pro-opposition de Paris depuis le début du conflit. Il faut parler avec « toutes les parties ». La France en particulier ne doit tourner le dos ni à Vladimir Poutine, ni à Donald Trump. La France n’est pas là pour décerner des bons et des mauvais points à qui que ce soit, elle est là pour construire la paix.

À propos du clivage entre l’Arabie saoudite et l’Iran, « la France doit parler à l’Arabie saoudite et à l’Iran. La France n’a pas à s’ingérer dans le jeu d’influence de ces deux puissances. Ce serait une erreur. Aussi vrai que c’est une erreur d’être trop favorable à l’Arabie saoudite, comme cela a pu être le cas par le passé. C’est aussi une erreur de vouloir déséquilibrer la présence française en ne considérant que l’Iran. Parce que c’est une manière d’insécuriser l’Arabie saoudite et parce que c’est une manière d’insécuriser Israël. Il faut mener une politique de dialogue exigeant avec ces deux puissances régionales. Exigence à l’égard de l’Iran en matière de nucléaire et de non-prolifération. Exigence à l’égard de l’Arabie saoudite qui doit avoir une politique de responsabilité et en aucun cas d’accepter quelque connivence que ce soit avec des mouvements qui promeuvent la violence et le terrorisme. Je ne m’aligne sur personne dans la région. »

— Pensez-vous que la France a une action propre à mener dans ces régions ? Doit-elle agir dans le cadre d’alliances spécifiques ? Lesquelles ?

La dimension européenne est omniprésente : « la France doit inscrire sa politique internationale dans l’Europe qui la rend plus forte et doit savoir discuter avec des puissances, même quand elles ne sont pas amies ». Discuter efficacement avec la Russie et consolider les relations d’amitié avec les États-Unis passe par une politique étrangère européenne efficace qui permette aux démocraties européennes de peser à l’échelle diplomatique. « Seules la fermeté et l’union des Européens permettront de maintenir le dialogue ouvert avec Moscou, qui est indispensable ».

La sortie de l’euro, de l’OTAN et de l’Union européenne isolerait la France de ses partenaires et serait un désastre économique. « Une politique étrangère sans ancrage multilatéral ne peut promouvoir efficacement la paix ».

La politique arabe et méditerranéenne doit être replacée au cœur de la diplomatie française. « Mais la zone méditerranéenne n’est pas l’apanage de la France, mais bien l’affaire de toute l’Europe ». « L’unique souveraineté possible se construit à l’échelle européenne. Notre capacité à répondre aux défis sécuritaires et climatiques, c’est l’Europe. Tout autant que notre capacité à renouer avec la croissance. »

— Quelles sont, selon vous, les principales racines du djihadisme ? Voyez-vous un lien entre notre politique étrangère ou notre politique intérieure d’une part, et le fait qu’il y ait des attentats en France d’autre part ?

« Les réseaux terroristes d’Al Qaida et de Daech constituent un enjeu stratégique pour la France (…) Cela étant posé, il faut comprendre en quoi, en France, il y a un « terreau”, et en quoi ce terreau est notre responsabilité ».

Le défi lancé par le terrorisme international n’est pas qu’un défi de sécurité. C’est un défi qui est « au croisement de batailles économiques, sociales, culturelles, spirituelles aussi ».

Il ne faut pas se focaliser uniquement sur la réponse sécuritaire. En effet, il ne s’agit pas seulement d’une menace extérieure, d’un « crime qui viendrait d’autres pays » : « il faut regarder en face le fait que notre société, notre économie a aussi produit de l’anomie, de l’exclusion, des destins individuels qui ont pu conduire certaines et certains à aller jusqu’à ces atrocités ». Prendre conscience des origines intérieures du terrorisme, c’est aussi prendre la mesure des responsabilités et penser plus largement la réponse au terrorisme. L’idéologie islamiste (…) n’aurait pas une emprise si grande sur les jeunes Français si la République n’avait pas laissé tomber une partie de sa jeunesse. »

Pour Emmanuel Macron, la faillite des élites, mais aussi celle du modèle éducatif et social ont leur part de responsabilité dans l’émergence d’un extrémisme qui a trouvé l’islam pour véhicule et étendard. Pour ce faire, il considère que l’on doit construire « la nouvelle prospérité ». Autour de deux grands axes : la défiance et l’arrêt de la mobilité sociale. « Quelqu’un, sous prétexte qu’il a une barbe ou un nom à consonance qu’on pourrait croire musulmane, a quatre fois moins de chances d’avoir un entretien d’embauche qu’un autre ». Ainsi, « nous avons progressivement abîmé cet élitisme ouvert républicain qui permettait à chacune et chacun de progresser. Nous avons arrêté la mobilité sociale ».

— Appliquerez-vous le principe de la realpolitik dans l’action de la France en Afrique du Nord et au Proche-Orient ? Lui instaurez-vous des limites ? Quelles valeurs la France doit-elle défendre dans ces pays ?

Emmanuel Macron pense que diplomatie des droits humains et défense des intérêts nationaux sont conciliables. Quand Jacques Chirac et Dominique de Villepin défendent le « non » français à l’intervention irakienne, ils pratiquent une politique des droits humains. Mais il s’agit d’une politique responsable qui ne naît pas sous le coup de l’émotion ou de la vengeance. En diplomatie comme dans les affaires politiques, on doit avoir une morale de l’action.

Les intérêts économiques doivent conduire la diplomatie. L’ambition de continuer à faire progresser les relations économiques avec les pays arabes, loin des postures diplomatiques moralisatrices des derniers temps, laisse entrevoir une diplomatie flexible dans le cadre d’une Union européenne approfondie. Avec la Russie, la Turquie ou les pays du Moyen-Orient et du Golfe, ce dialogue sera constant, mais exigeant, en tenant compte des droits et libertés fondamentales, autant que du respect du droit international et de nos propres intérêts.

 

Marc Cher-Leparrain