1772 – Allocution et réponses aux médias du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’OCS, Astana, 21 avril 2017

21 avril 201711:32 –

La réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères (CMAE) de l’OCS vient de se terminer. Il s’agissait d’une étape décisive de la préSyparation du prochain sommet des chefs d’État de l’OCS qui se tiendra ici même, à Astana, du 8 au 9 juin.

Nous avons examiné l’ensemble des documents qui seront soumis à l’approbation des chefs d’État, et notamment les décisions qui permettront d’entériner l’adhésion à part entière de l’Inde et du Pakistan à l’OCS. C’est, sans exagération, un événement historique qui garantira une hausse significative de l’autorité et de l’influence de l’OCS sur la scène internationale. Avec l’adhésion de l’Inde et du Pakistan l’Organisation regroupera 43% de la population de la planète, et les États membres de l’OCS représenteront 24% du PIB mondial.

Le prochain sur la liste – et certains en ont parlé aujourd’hui – est l’Iran, qui a réglé les questions relatives aux sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies et répond désormais parfaitement aux critères d’adhésion à l’OCS. Nous espérons que les chefs d’État pourront étudier le lancement de la procédure d’adhésion de l’Iran en juin à Astana.

Parmi les autres projets que nous avons étudiés aujourd’hui je voudrais également mettre l’accent sur la Convention pour la lutte contre l’extrémisme – un document très important et novateur qui formule pour la première fois dans un cadre juridique international les tâches pour lutter contre l’idéologie extrémiste, contre l’extrémisme en tant que phénomène qui déstabilise les États. Nous espérons que cette Convention sera également approuvée par nos chefs d’État.

Nous travaillons depuis plus d’un an sur la stratégie antidrogue de l’OCS. Nous avons convenu de stimuler les services compétents de nos pays pour qu’ils terminent le travail sur le programme et les actions pour sa mise en œuvre avant le sommet d’Astana.

Une autre Convention est consacrée à la coopération dans la protection de l’environnement, ce qui est également important. Comme vous le savez, la Russie accorde une attention particulière à cette question, tout comme nos partenaires de l’OCS.

Enfin, un Accord intergouvernemental sur le fonctionnement de l’Université de l’OCS qui réunira 80 universités des pays membres de l’Organisation sera signé.

Parmi les problèmes internationaux nous avons évoqué, évidemment, la crise syrienne. Elle ne peut laisser personne indifférent compte tenu du grand remue-ménage géopolitique qui l’entoure, notamment depuis les dernières attaques gratuites contre le gouvernement syrien, accusé d’utiliser l’arme chimique, et le refus de nos collègues occidentaux d’envoyer des inspecteurs sur place pour qu’ils voient de leurs propres yeux ce qui s’est produit et prélèvent des échantillons.

Sur la Syrie, nous avons parlé de la manière dont ce thème a été évoqué pendant la visite en Russie du Secrétaire d’État américain Rex Tillerson, ainsi que pendant la réunion des ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l’Iran et de la Syrie le 14 avril.

Toutes les parties ont confirmé la nécessité de respecter rigoureusement la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies sur le règlement exclusivement politique de la crise syrienne sur la base d’un dialogue avec la participation de tous les Syriens sans exception, qui doivent eux-mêmes décider du sort de leur pays.

Tous nos partenaires de l’OCS ont également confirmé la nécessité de mettre en œuvre les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies approuvant les Accords de Minsk pour régler la crise ukrainienne.

Ce sont là les principaux résultats de notre réunion. Je pense que c’était une conversation très utile, professionnelle et concrète.

Question: Vous avez évoqué la Syrie. Selon la Russie – l’un des garants du cessez-le-feu dans le pays – quelle force d’opposition est la plus attachée à la tenue des engagements pris: l’opposition armée syrienne ou le Haut comité des négociations? D’après vous, quelle est l’entrave principale à ces négociations?

 

Sergueï Lavrov: Bien évidemment, les agissements des USA et de leurs alliés occidentauxqui ont bloqué l’envoi d’inspecteurs pour établir la vérité sur les lieux de l’attaque impliquant l’usage de produits toxiquessont très inquiétants.

  • Cela cache une tentative de trouver un prétexte pour ne pas respecter la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur le règlement politique et attire l’attention de la communauté internationale vers la création de prétextes et de prémisses à la ligne visant à renverser le régime.
  • La grande majorité des États membres de l’Onu sont en désaccord avec cela.

Je pense que c’est également le cas de ceux qui soutiennent activement la plateforme d’Astana mise en place par la Russie et la Turquie avec la participation de l’Iran.

  • Ces trois pays se portent garants de l’accord sur le cessez-le-feu qui a été signé entre le gouvernement syrien et les groupes d’opposition armés.
  • Aujourd’hui, nous cherchons à élargir la liste des participants à l’accord de cessez-le-feu grâce à l’adhésion de nouveaux groupes d’opposition armés.
  • En parallèle, tout se complique par le processus inverse quand ceux qui soutiennent le groupe terroriste Front al-Nosra cherchent à attirer des groupes armés pour les écarter du processus d’Astana.

La situation sur le terrain est très complexe avec de nombreux acteurs armés, notamment l’armée syrienne et ses soutiens dans la lutte contre le terrorisme que sont l’aviation russe, les contingents iraniens ainsi que le Hezbollah.

  • Il y a également des forces spéciales de certains pays occidentaux,
  • des forces turques sur le territoire syrien,
  • et évidemment la coalition menée par les USA.

Si toutes ces forces pouvaient être dirigées pour lutter contre le terrorisme – Daech et le Front al-Nosra alors un résultat positif serait atteint rapidement.

Pendant ce temps on ne parvient pas à le faire et les querelles continuent au sein de l’opposition armée.

  • Les Kurdes sont dans une situation ambiguë:
    • les USA veulent coopérer avec eux
    • mais les dirigeants turcs désapprouvent une telle entente.

Il y a de très nombreux facteurs importés. Le plus important, c’est de voir l’essentiel, de voir qu’à travers le processus d’Astana nous renforçons le cessez-le-feu, nous déterminons les critères à respecter par tous ceux qui ne veulent pas s’associer aux terroristes, et qu’avec la Turquie et l’Iran nous élaborons des mécanismes conjoints

  • qui non seulement fixerons les violations de l’accord de cessez-le-feu,
  • mais également seront à même d’y réagir, d’influencer les violateurs.

De plus, nous mettons au point dans le cadre d’Astana un accord qui permettra de stabiliser la situation dans le sens où les « régions pacifiées » s’uniront dans un groupe constructif de zones d’habitations qui aideront également à se défaire des extrémistes sur le territoire syrien.

Nous n’oublierons pas le processus de paix.

  • Nous prônons activement la nécessité d’entamer au plus vite le travail sur la Constitution.

Vous avez mentionné le Haut comité des négociations (HCN) qui ne veut pas le faire et refuse d’accepter ce qui était proposé par l’Onu à Genève, à savoir

  • commencer le travail sur les questions d’administration à l’étape actuelle,
  • élaborer une nouvelle Constitution,
  • préparer les élections
  • lutter contre le terrorisme.

Les membres du HCN refusent tout sauf de parler du renversement de Bachar al-Assad, ce qui n’est pas du tout prévu et même interdit par la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies.

Il reste beaucoup de travail mais ceux qui influencent et financent le HCN doivent comprendre qu’il n’est pas du tout respectable de continuer à se laisser faire par des opposants qui adoptent une position destructive.


source/   http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2734712