1742 – Trump déçoit les espoirs d’un changement de politique étrangère des USA

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par Admin · Publication 8 avril 2017 · Mis à jour 10 avril 2017

Nombre des électeurs de Trump avaient voté pour lui non pas parce qu’ils étaient racistes, sexistes ou xénophobes, mais parce qu’après des interventions militaires américaines incessantes depuis la Deuxième Guerre mondiale, un budget militaire gonflé au fil des années jusqu’à devenir le plus élevé au monde (équivalent à celui des six pays suivants réunis), l’explosion d’une dette pharaonique principalement engendrée par les guerres, Trump déclarait vouloir mettre fin à la destructivité du pays et le recentrer sur son économie intérieure, sur le retour des emplois délocalisés et la reconstruction de ses infrastructures.

Aujourd’hui,

  • après le raid meurtrier des USA au Yémen[1],
  • le soutien[2] de terrain aux Saoudiens contre le Yémen,
  • le massacre de civils à Mossoul[3]
  • les missiles contre une base de l’armée syrienne,

ils retirent leur soutien à Trump alors que pour ces mêmes raisons, le Parti démocrate, les néocons et le chœur des médias [4] grand public se mettent à l’acclamer[5].

Part des dépenses militaires des USA dans le budget fédéral global, à droite, en bleu indigo. Chiffres pour 2015. Source : National Priorities.org

Par Gilbert Doctorow – Source : Consortium News [6]

Mon soutien à Donald Trump – au moins le fait d’apprécier qu’il n’ait pas été le même type de faucon de guerre néocon/libéral qu’Hillary Clinton – est terminé, tout comme mes espoirs de le voir appliquer ses promesses de campagne et emmener les affaires étrangères des USA dans une direction plus positive, moins belliqueuse.

Loin de faire partie de la solution, le président Trump s’est révélé une partie intégrante du problème. Et avec son ego démesuré, son impulsivité et son entêtement, le commandant-en-chef Trump représente un encore plus grave danger potentiel pour la paix mondiale que son faible prédécesseur, Barack Obama.

Cette semaine, Trump a ignoré les appels des Russes à une enquête sur l’attaque alléguée au gaz sarin dans la province d’Idlib, avant de lancer des accusations infondées. Il a gobé toute ronde une narrative sur la culpabilité assurée d’Assad, malgré des indications selon lesquelles l’incident pouvait être

  • soit un accident (la dispersion de gaz toxiques à la suite du bombardement d’un hangar de rebelles),
  • soit une opération sous faux drapeau montée par des rebelles affiliés à al-Qaïda en Syrie.

Le scénario selon lequel « c’est Assad-qui-l’a-fait » a été colporté par les Casques blancs et autres fausses ONG présentes sur les lieux, [1] et ce scénario a été accepté sans discussion par la Maison-Blanche.

Sans attendre les résultats d’une enquête quelconque, Trump a ordonné une attaque de plus de 50 missiles Tomahawk contre une base militaire aérienne syrienne dans la province de Homs, en violation flagrante de toutes les « lignes rouges » des Russes en Syrie.

Jusqu’à ce moment, les Russes avaient choisi de ne pas réagir aux nombreux signes d’échec des tentatives de Trump d’altérer la direction de la politique étrangère hégémonique des USA. La position attentiste des Russes précède l’accession de Trump au pouvoir. Par exemple, les Russes n’avaient pas répondu aux dernières provocations de Barack Obama, la saisie de propriétés diplomatiques russes aux USA et l’éviction de diplomates russes.

Les Russes ont également regardé ailleurs quand la nouvelle administration a repris son ancienne rhétorique néocon à la tribune du Conseil de sécurité des Nations-Unies, et pendant les voyages en Europe du Vice-président Mike Pence, du Secrétaire de la défense James Mattis et du Secrétaire d’État Tillerson.

Mais l’attaque des missiles change toute la donne. La pression sur Poutine pour qu’il réponde de façon sérieuse sera immense. Poutine a un esprit pondéré. Nous pouvons prédire que sa réponse interviendra au moment de son choix, et sera proportionnée à la gravité de la provocation des USA.

Attendons cette réponse vers la fin du mois.

Dans l’intervalle, nous qui avions espéré un changement de direction – la fin de l’hégémonie des néocons et des faucons de guerre libéraux qui forment le noyau dur de l’État profond – nous devons reconnaître les dangers et les défis à venir. D’une façon ou d’une autre, la Maison-Blanche doit apprendre que lancer des opérations extérieures pour des raisons de calculs purement intérieurs, ce qui était probablement le cas jeudi dernier, met l’existence même du pays dans un grave péril.

Jouer les durs en attaquant des alliés de la Russie n’est pas la bonne façon de former une coalition pour faire adopter une loi républicaine, remettre à l’ordre du jour les plans d’abrogation du système de santé d’Obama ou détourner l’attention des enquêtes obsessionnelles des Démocrates sur les liens supposés de l’entourage de Trump avec la Russie.

Selon d’autre théories, les missiles contre la Syrie constituaient un message au président chinois Xi, qui était en visite à Mar-a-Lago, pour lui signifier que, s’il n’y a pas d’accord contre la Corée du Nord possible avec la Chine, les États-Unis agiront seuls et au mépris total du Droit international.

Chacune de ces deux théories mène au suicide.

Gilbert Doctorow est un analyste politique basé à Bruxelles. Son dernier livre, Does Russia Have a Future? A été publié en aout 2015. © Gilbert Doctorow, 2017

Traduction Entelekheia

[1] NdT : Il n’y a aucune organisation humanitaire internationale dans les provinces sous contrôle « rebelle », pas plus que de journalistes. C’est trop dangereux[7]. En conséquence, toutes les informations qui en émanent sont suspectes, étant donné que les seules organisations habilitées à travailler sur le terrain, dans ces régions ou villes, sont forcément sous le contrôle ou coordonnées avec al-Qaïda (alias Front al-Nosra) ou Daech.

liens[]

  1. http://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/yemen-raid-us-navy-seal-30-civlians-killed-donald-trump-first-operation-no-intelligence-actionable-a7607181.html
  2. https://theintercept.com/2017/02/10/trump-intends-to-follow-up-botched-yemen-military-raid-by-helping-saudis-target-civilians/
  3. http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/mosul-air-strike-kill-200-civilians-iraq-us-coalition-involved-general-stephen-townsend-probably-a7655701.html
  4. http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/mosul-air-strike-kill-200-civilians-iraq-us-coalition-involved-general-stephen-townsend-probably-a7655701.html
  5. http://www.entelekheia.fr/the-spoils-of-war-trump-lavished-with-media-and-bipartisan-praise-for-bombing-syria/
  6. https://consortiumnews.com/2017/04/07/dashed-hopes-for-trumps-foreign-policy/
  7. http://www.entelekheia.fr/pourquoi-tout-ce-que-vous-avez-lu-sur-la-guerre-en-syrie-et-en-irak-pourrait-etre-faux/

Note / – L’association Entelekheia est humaniste, pacifiste, philantropique et apolitique.
Face à l’interconnexion du monde actuel, à la multiplication, à l’accélération et à la mondialisation des problématiques recontrées par nos sociétés, l’association a pour but d’aider chacun à opérer des choix éclairés par la pédagogie, la recherche, la réflexion et l’échange d’informations, de façon à servir au mieux l’intérêt commun et favoriser l’entente entre les peuples.
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statuts-constitutifs-entelekheia

source/ http://www.entelekheia.fr/trump-decoit-espoirs-dun-changement-de-politique-etrangere-usa/