1724 – Russie Déclaration du Ministère russe des Affaires étrangères concernant l’attaque des États-Unis en Syrie le 7 avril 2017 + 2 interviews – Mikhaïl Oulianov & Sergueï Lavrov

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1/ Déclaration du Ministère russe des Affaires étrangères concernant l’attaque des États-Unis en Syrie le 7 avril 2017

7 avril 201710:27

Dans la nuit du 6 au 7 avril 2017, les États-Unis ont attaqué les forces gouvernementales syriennes en prenant pour prétexte l’incident chimique survenu dans la province d’Idleb.

Sans prendre la peine de faire le point sur la situation, les USA ont décidé de faire une démonstration de force, d’entrer en conflit armé avec un pays qui combat le terrorisme international.

Ce n’est pas la première fois que les USA font preuve d’une telle approche irréfléchie qui ne fait qu’aggraver les problèmes dans le monde et menacent la sécurité internationale.

  • La présence même de militaires américains et d’autres pays sur le territoire syrien sans l’accord du gouvernement de ce pays ni décision du Conseil de sécurité des Nations unies est une violation grossière et absolument injustifiée du droit international.
  • Si, jusqu’à présent, cette présence était expliquée par la lutte contre le terrorisme, il s’agit cette fois manifestement d’un acte d’agression flagrant contre la Syrie souveraine. L’attaque menée aujourd’hui par les États-Unis ne fait que dégrader davantage les relations russo-américaines.

Nous avons exprimé plusieurs fois notre disposition à coopérer pour régler les problèmes les plus critiques et, en premier lieu, pour lutter contre le terrorisme international.

Mais nous n’accepterons jamais les actes illégitimes contre les autorités syriennes légitimes qui mènent depuis longtemps une guerre intransigeante contre le terrorisme international.

Pour justifier son attaque, Washington a complètement déformé les faits survenus dans la province d’Idleb.

L’Amérique ne peut pas ne pas comprendre que l’armée gouvernementale syrienne n’a pas utilisé l’arme chimique car, tout simplement, Damas n’en dispose pas comme cela a été confirmé à plusieurs reprises par les spécialistes compétents.

Ces conclusions ont été confirmées par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

  • Ces dernières années, cette organisation a inspecté pratiquement tous les sites qui pourraient être en relation avec le programme chimique militaire en Syrie.
  • A Idleb, les terroristes fabriquaient par contre des munitions chimiques destinées à être utilisées en Syrie et en Irak. La destruction de cette usine a été réalisée au cours d’une opération de l’armée de l’air syrienne.

Les USA font semblant de ne pas comprendre l’évidence.

  • Ils ont fermé les yeux sur l’usage de l’arme chimique par les terroristes en Irak, pourtant officiellement rapporté par Bagdad.
  • Ils ignorent les documents protocolaires concernant l’usage de l’arme chimique par les terroristes à Alep.
En agissant ainsi on ne peut qu’encourager le terrorisme international, le renforcer et s’attendre à de nouvelles attaques avec l’usage d’armes de destruction massive.

Sans aucun doute, l’attaque des USA est une tentative de détourner l’attention de la situation à Mossoul où les opérations, y compris de la coalition américaine, ont fait des centaines de morts parmi les civils et où la catastrophe humanitaire s’aggrave.

  • Il est évident que le tir de missiles de croisière américains avait été préparé.
  • Il est évident pour tout spécialiste que la décision d’attaquer a été prise par Washington avant les événements à Idleb, qui ont simplement servi de prétexte pour une démonstration de force.

La Russie suspend le Mémorandum sur la prévention des incidents et la sécurité des vols de l’aviation au cours des opérations en Syrie signé avec les États-Unis.

Nous appelons le Conseil de sécurité des Nations unies à organiser une réunion extraordinaire pour évoquer la situation actuelle.

SOURCE/http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2717798

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2/-Interview de Mikhaïl Oulianov, directeur du Département du Ministère russe des Affaires étrangères chargé de la non-prolifération et du contrôle des armes, Interfax, 6 avril 2017

7 avril 201712:14

Question: Monsieur Oulianov, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni hier pour évoquer l’usage de l’arme chimique en Syrie en se focalisant sur l’annonce des événements tragiques du 4 avril dans la ville de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb. Que pensez-vous du débat qui a eu lieu?

Réponse: A l’initiative des Américains, qui président actuellement le Conseil, les débats étaient ouverts et se sont déroulés devant les caméras. C’est une bonne chose parce que cela a permis d’exposer les approches de la Russie face à un plus grand public.

Toutefois, le contraste entre le discours russe basé sur des arguments et des faits concrets et les déclarations des pays occidentaux, franchement démagogiques, a laissé une mauvaise impression.

Par exemple,

  • la représentante permanente américaine à l’Onu a présenté de photos poignantes d’enfants qui auraient été touchés par les événements à Khan Cheikhoun.
  • Cette pratique propagandiste rappelle la présentation de la fameuse fiole par Colin Powell au Conseil de sécurité des Nations unies en février 2003 pour justifier la nécessité d’une intervention militaire en Irak.

Mais le pathos « noble » du discours américain ne peut pas être pris au sérieux étant donné que les USA et leurs alliés se sont montrés complètement indifférents aux événements similaires qui s’étaient déroulés quelques semaines plus tôt dans la ville irakienne de Mossoul, où une attaque chimique de Daech avait également touché la population civile, dont des adolescents.

Il s’avère que les souffrances des enfants syriens préoccupent les pays occidentaux bien plus que la mort de leurs pairs en Irak voisin.
Il est évident que nous avons affaire à un nouvel exemple de deux poids deux mesures qui ne s’appuie pas du tout sur des notions humanitaires.
Question: Quels sont les éléments du projet de résolution proposé par les USA, le Royaume-Uni et la France à ce sujet qui ne satisfont pas la Russie?

Réponse: Deux choses avant tout.

  1. Premièrement, Damas est désigné coupable de la tragédie sans aucune enquête. Du point de vue de la logique humaine c’est le contraire qui doit être fait: d’abord une enquête, puis un verdict.
  2. La deuxième grande lacune du document proposé par la « troïka » occidentale est la faiblesse de son contenu concernant l’enquête. Les formulations sont très formelles et supposent le maintien de la pratique actuelle qui a montré son inefficacité depuis longtemps.

Le personnel de la Mission d’établissement des faits de l’OIAC et du Mécanisme d’enquête conjoint OIAC-Onu pour enquêter sur les éventuels cas d’usage de l’arme chimique ne va même pas sur les lieux, ne prélève pas les échantillons du sol et médicaux, n’assure pas le déroulement d’études de légistes, etc.

Bref, rien de ce qui devrait être fait n’est fait.

Leurs conclusions s’appuient essentiellement sur les informations trouvées sur internet et dans les propos de « témoins » douteux principalement parmi les opposants, sachant qu’ils ne se trouvent pas sur le territoire syrien mais dans un pays voisin.

On ne peut pas faire confiance aux conclusions tirées sur une base de preuves aussi fragile.

Selon nous, le personnel de la Mission et du Mécanisme doivent immédiatement partir à Khan Cheikhoun pour déployer tout l’arsenal de méthodes permettant d’établir la vérité.

Sachant qu’il faut assurer un accès libre et sûr aux enquêteurs à la zone de l’incident présumé et aux territoires afférents. Les groupes d’enquête devront ensuite rapporter leurs conclusions au Conseil de sécurité des Nations unies et à l’OIAC avec toute la base de preuves.

Bien évidemment, il faut redresser d’urgence cette situation.

Sans aucun doute il est également temps de renoncer à la pratique défectueuse des enquêtes « à distance ».

3/-Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe avec le Secrétaire exécutif de la CEI Sergueï Lebedev et le Ministre ouzbek des Affaires étrangères Abdulaziz Kamilov à l’issue de la réunion du CMAE de la CEI, Tachkent, 7 avril 2017

7 avril 201713:44

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Je voudrais remercier nos collègues ouzbeks qui accueillent notre réunion et qui ont fait le nécessaire pour qu’elle se déroule au plus haut niveau et se termine de manière très productive.

Cette année, nous avons l’honneur de présider la CEI. Nous abordons cette mission avec beaucoup de responsabilité. Le concept de notre présidence et son Plan de réalisation contiennent tous les principaux axes de travail pour assurer la continuité, l’amélioration de l’efficacité de la CEI et le rendement pratique de son activité pour tous les États membres afin de renforcer ses positions internationales.

Nous espérons que l’un des principaux thèmes d’actualité cette année sera évoqué au niveau des chefs d’État – je veux parler de la combinaison des processus d’intégration à différents niveaux et profondeurs dans l’espace de la CEI, notamment l’Union économique eurasiatique (UEE). Nous avons convenu aujourd’hui d’évoquer plus largement cette situation étant donné qu’au sein de la CEI existe la Zone de libre-échange de l’UEE qui réunit cinq États membres de la CEI, et qu’une initiative a été avancée par le Président russe Vladimir Poutine proposant le développement de plus grands processus d’intégration orientés vers l’Asie du Sud.

Nous avons approuvé aujourd’hui plusieurs décisions importantes visant à régler différentes questions dans le domaine de l’activité des forces de l’ordre, y compris la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et le crime organisé, ainsi que concernant le renforcement de la coopération dans les domaines militaire, culturel et éducatif. Nous avons approuvé les accords pour poursuivre le travail afin d’optimiser et d’améliorer l’activité des organismes de travail de la Communauté. Nous avons approuvé les décisions sur 15 questions dont 10 seront soumises à l’approbation du Conseil des chefs d’État et du Conseil des chefs de gouvernement de la CEI dont les réunions se tiendront le 11 octobre à Moscou et le 26 mai à Kazan.

L’un des principaux résultats de notre réunion a été la signature d’une déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères de la CEI sur un sujet d’actualité très sensible: le caractère inadmissible de la discrimination et de l’intolérance envers les chrétiens, les musulmans et les représentants d’autres confessions.

Elle condamne toute manifestation d’intolérance et de violence religieuse et réaffirme notre attachement au respect rigoureux des droits et des libertés de l’homme indépendamment de ses croyances. Aujourd’hui nous avons confirmé que les engagements d’élaborer des documents contre la christianophobie et l’islamophobie ont été pris par tous les pays membres de l’OSCE pendant la réunion ministérielle de Bâle en décembre 2014.

A l’époque nous avons adopté la Déclaration contre l’antisémitisme et nous sommes engagés officiellement et publiquement à élaborer une déclaration, comme je l’ai dit, contre la christianophobie et l’islamophobie. En plus de deux ans rien n’a pu être fait à l’OSCE à cause d’une position très préconçue de certains États qui se cachent derrière un prétendu politiquement correct.

Nous avons convenu que la déclaration adoptée aujourd’hui sur caractère inadmissible de la discrimination et de l’intolérance envers les chrétiens, les musulmans et les représentants d’autres confessions sera diffusée en tant que document officiel à l’OSCE et à l’Onu.
Nous avons également validé le Plan de consultations interministérielles dans le cadre de la CEI pour 2017.

Je pense que, dans l’ensemble, la réunion d’aujourd’hui fut très fructueuse et a contribué au renforcement de notre coopération. Nous ferons en sorte que les autres activités dans le cadre de la présidence russe de la CEI se déroulent de manière tout aussi constructive, dans le même esprit de franchise et de confiance qu’aujourd’hui. La prochaine réunion à ce format se tiendra en octobre 2017 à la veille du sommet des chefs d’État.

Question: Que pouvez-vous dire de la situation en Syrie? Y a-t-il des victimes parmi les militaires russes ou des dommages pour le matériel russe? Quelle sera la réaction de Moscou?

Sergueï Lavrov: Moscou a déjà réagi. Vous pouvez prendre connaissance de la déclaration du porte-parole du Président russe Dmitri Peskov et de la déclaration détaillée du Ministère russe des Affaires étrangères. Tout est expliqué en détail.

Actuellement, je peux seulement souligner qu’il s’agit d’un acte d’agression sous un prétexte absolument faux.

Tout cela rappelle la situation de 2003 quand les USA, le Royaume-Uni et certains de leurs alliés avaient envahi l’Irak sans l’accord du Conseil de sécurité des Nations unies en bafouant grossièrement le droit international.

A l’époque, ils avaient au moins tenté de brandir une preuve. Mon camarade Colin Powell avait été induit en erreur par la CIA qui lui avait donné une fiole avec de la poudre dentifrice, je crois. Il secouait cette fiole au Conseil de sécurité des Nations unies en disant que c’était de l’anthrax.

Aujourd’hui ils n’ont même pas pris la peine d’invoquer des faits, se référant uniquement aux photos, spéculant à nouveau sur des images d’enfants et sur les témoignages de différentes ONG dont les escrocs connus de tous qu’on appelle Casques blancs et qui mettent en scène différentes situations pour provoquer ensuite des actions contre le gouvernement syrien.

J’ai mentionné l’invasion de l’Irak. Plus de dix ans plus tard, Tony Blair, à l’époque Premier ministre britannique, a reconnu qu’ils avaient triché et induit tout le monde en erreur. Je ne sais pas quand nous connaîtrons toute la vérité sur la manière dont les décisions ont été prises pour attaquer la Syrie dans cette situation, mais je pense qu’il faut exiger la vérité et c’est ce que nous ferons.

On revient à l’idée que le Front al-Nosra, qui change d’étiquette constamment, est perçu par nos partenaires occidentaux comme une organisation à protéger bien qu’elle ait été inscrite sur la liste des groupes terroristes par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Sous l’administration Obama, la coalition menée par les USA épargnait le territoire où travaillait le Front al-Nosra quand elle attaquait certaines positions de Daech.

Comme nous l’avons déjà dit, tout porte à croire que le territoire que l’aviation syrienne a frappé dans la province d’Idleb était contrôlé par les terroristes de Nosra qui possédaient leurs unités, armes et matériel dans la zone attaquée.

Il s’est avéré également qu’à cet endroit se trouvait une usine pour fabriquer des munitions contenant des substances chimiques toxiques.

Nous avons présenté ces faits sans les qualifier de « vérité de dernière instance », mais en disant que c’est l’information dont nous disposions, et nous avons exigé l’envoi immédiat d’experts de l’OIAC dans la zone de l’incident pour voir de nos propres yeux et comprendre ce qui s’était passé.

Sans attendre le voyage d’inspection ni l’enquête, des frappes ont été portées. On a l’impression qu’on voulait détourner l’attention de ce fameux Front al-Nosra qui continue apparemment d’être considéré par certains comme une unité de réserve pour passer des négociations au renversement du régime.

A qui profite ce qui s’est produit? Uniquement à ceux qui veulent saper les processus de Genève et d’Astana, à ceux qui veulent créer les preuves et les prétextes nécessaires pour passer du règlement politique au renversement du régime par la force. Et les terroristes du Front al-Nosra pourraient être alors utiles, tout comme ceux qui collaborent avec eux – et ils sont nombreux.

Bien sûr, il est affligeant que tout cela nuise aux relations déjà dégradées entre la Russie et les USA. J’espère que ces provocations n’entraîneront pas de conséquences irréversibles, même si dès à présent les médias citent des déclarations d’anciens fonctionnaires de l’administration de Barack Obama qui se réjouissent qu’après ces attaques la coopération entre la Russie et les USA devienne complètement irréel. J’espère qu’ils seront couverts de honte, même si nous tirerons les conclusions appropriées pour nos futures relations avec Washington.
En ce qui concerne les victimes parmi les militaires russes, je n’en ai pas connaissance. De toute évidence il n’y en a pas eu.

SOURCE/http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2720804

 

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