1603 – « Quelle Europe demain pour lui éviter de sortir de l’histoire ?»

« Le projet européen demain selon un scénario exclusif euro-atlantiste ? » Colloque Club participation et progrès « Quelle Europe demain pour lui éviter de sortir de l’histoire ?» Palais Bourbon – 14 novembre 2016 – Colloque

1 – Le diagnostic

2 – L’euro-atlantisme exclusif et ses limites

3 – L’euro-atlantisme exclusif et ses conséquences géopolitiques

4 – Les scénarios : Europe américaine ou Europe européenne ?

5 – Perspectives

reprise du Posted on 26/11/2016 | Union européenne | by Pierre-Emmanuel Thomann

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Pour répondre à la question,  « Quelle Europe demain pour lui éviter de sortir de l’histoire ?», prenons l’angle de la géopolitique pour établir un diagnostic clinique sur le projet européen.

L’analyse à partir des cartes géopolitiques sera privilégiée et la mise ne lumière des représentations et stratégies géopolitiques des acteurs principaux seront mises en lumière.

1 – Le diagnostic

Commençons par un constat général.

Le projet européen porté par l‘Union européenne est encore sur les rails d’un scénario exclusif euro-atlantiste depuis les origines selon la conception de Jean Monnet jusqu’à aujourd’hui, même s’il est concurrencé par la vision du général de Gaulle de l’ « Europe européenne », vision alternative inexistante à Bruxelles.

Il tend à privilégier une intégration euro-atlantique en excluant les autres acteurs, si ce n’est de les contraindre à s’occidentaliser.

Ce scénario persiste dans les représentations et donc les stratégies géopolitiques, mais il atteint sa limite, non seulement pour l’Union européenne en phase de régression géopolitique sous la pression de l’empilement des crises,  mais aussi aux États-Unis avec l’élection de Donald Trump qui est la conséquence la plus récente de l’émergence du monde multipolaire.  

Nous sommes dans une période charnière où les masques tombent, car deux trajectoires géopolitiques contradictoires entrent en contradiction et provoquent l’incertitude. Cette élection outre-Atlantique a pour conséquence une attitude de déni dans les débats au sein des institutions européennes, mais aussi de la part des gouvernements français et allemands et les grands médias, caractérisés par l’apathie stratégique et géopolitique. 

Ceux deux trajectoires géopolitiques contradictoires peuvent se résumer ainsi :   

Le système euro-atlantique que l’on nomme aussi abusivement « Occident », en réminiscence de la Guerre froide, est sur une trajectoire visant à former une alliance privilégiée entre les États-Unis et l’Europe portée par l’Union européenne et effacer l’héritage westphalien (intégration économique et stratégique, sociétés ouvertes et ingérence, versus l’Europe découpée en États-nations souverains dont le concept avait été repris à l’ONU).

Cet objectif est doublé d’une stratégie d’occidentalisation du monde afin de maintenir  les États-Unis et l’Union européenne au centre du pouvoir géopolitique mondial selon la représentation d’un « monde unipolaire », depuis, la disparition de l’URSS. En réalité, derrière ce processus, il n’y a que l’Union européenne qui est supposée s’intégrer, tandis que les États-Unis n’ont jamais imaginé partager leur souveraineté. Ils se considèrent comme les chefs de file naturels et incontestés de cet ensemble, car ils dominent la géopolitique des flux dans cet attelage euro-atlantiste.

La stratégie géopolitique globale des États-Unis a pour objectif prioritaire le contrôle de l’Eurasie sur la carte du monde.

  • Avec une continuité remarquable, les États-Unis cherchent depuis près de deux siècles à éviter que n’émerge une puissance qui puisse défier leur statut de puissance mondiale sur ce continent.
  • Les États-Unis ont ainsi combattu l’Allemagne de Guillaume II et ses visées impérialistes continentales à l’ occasion de la première guerre mondiale,
  • l’Allemagne nazie et leur projet de domination de  l’Eurasie à l’occasion de la Deuxième guerre mondiale
  • et enfin l’URSS et ses visées expansionnistes pendant la guerre froide.

Ils tentent aujourd’hui d’empêcher un rapprochement entre l’Union européenne et la Russie par l’élaboration de politiques aux conséquences déstabilisatrices pour une unification du continent eurasien comme  l’élargissement de l’OTAN,  le bouclier anti-missile et la tentative de détachement de l’Ukraine du monde russe.

Ce scénario se fissure sous nos yeux car la trajectoire de l’euro-atlantisme exclusif entre en contradiction avec l’émergence d’un monde multicentré et une fragmentation géopolitique croissante du monde qui déborde sur l’Europe elle-même avec le retour ou l’émergence d’anciens ou nouveaux acteurs qui refusent de s’aligner.

La contestation de ce scénario  est apparue il y a déjà longtemps, mais il apparait plus nettement aujourd’hui.

  • Au temps de l’URSS, le général de Gaulle avait déjà contesté le monde bipolaire et l’intégration atlantiste,
  • Jacques Chirac, Gerhard Schröder et Vladimir Poutine avaient défendus un mode multipolaire lors de la guerre en Irak,
  • et aujourd’hui c’est la Russie de Vladimir Poutine qui a repris le flambeau en proposant une «  Europe des Nations » souveraines et ancré dans la civilisation européenne, modèle alternatif à l’Europe intégrée américaine.

Nous pouvons nous attendre au retour de cette contestation en France qui ne pourra pas se satisfaire du scénario euro-atlantiste qui favorise une Europe germano-américaine.

Élément perturbateur supplémentaire, car il existait déjà en filigrane aux États-Unis depuis les échecs de Georges Bush en Irak et Afghanistan, c’est l’affaiblissement (provisoire ?) de ce scénario du fait des Américains eux-mêmes, avec l’élection de Donald Trump. La demande aux Européens de mieux partager le fardeau à l’OTAN est une vieille revendication et l’attitude de Donald Trump vis à vis de l’OTAN, mais aussi le marché transatlantique confirmer cet amorce de relâchement de la relation transatlantique.. 

Cela ne se passe pourtant pas sans heurs, comme toutes les rivalités de pouvoir de nature géopolitique. La mondialisation depuis la fin de la guerre froide est une lutte de répartition des espaces géopolitiques, c’est à dire une reconquête du monde.

La monté en puissance d’acteur nouveaux et anciens entrent en collision avec les États-Unis et leurs alliés porteurs de l’euro-atlantisme exclusif.

  • Les États-Unis et l’UE ont pratiqué une stratégie de ralentissement de la multi-polarité, mais n’ont pu empêcher le remplissage du vide stratégique provoqué par l’échec de leur vision « unipolaire » qui reste incantatoire jusqu’au président Obama.
  • Les risques de conflits pour préserver la suprématie sont toujours latents.
  • Le désengagement amorcé par Barack Obama vis à vis du monde, est encore resté très ambigu avec les changements de régimes en Libye et en Ukraine,
  • le concept de « Leading from behind  » de l’Europe,
  • la poursuite du bouclier anti-missile,
  • et le soutien aux rebelles anti-Bachar el Assad en Syrie,
  • la rivalité avec la Chine.
  • La montée de nouvelles forces politiques  en Europe et aux États-Unis (Donald Trump en est la conséquence)

tendent à réhabiliter le national par rapport au global et auront pour conséquence de distendre le lien euro-atlantique.   

Le message géopolitique de Donald Trump, est l’amorce d’une acceptation plus grande du monde multipolaire et une prise de distance avec la poursuite d’une utopie ultra-libérale et « globaliste »  caractérisée par un euro-atlantisme plus exclusif défendu par Hillary Clinton, sous l’emprise de lobbies opaques. Hillary Clinton aurait peut-être aussi été obligée d’ amorcer une baisse des ambitions pour les Etats-Unis, mais ses discours et représentations supposaient une grande continuité.

L’incertitude provoquée par l’élection de Donald Trump va-t-il contrecarrer  les tendances dangereuses  du scénario exclusif euro-atlantiste pour la stabilité européenne et inverser le scénario tendanciel ?

2 – L’euro-atlantisme exclusif et ses limites

Pour que cet espace euro-atlantique puisse se structurer durablement au point d’aboutir à une sorte d’union euro-atlantique, il faudrait que les partenaires des deux côtés l’Atlantique partagent des finalités géopolitiques semblables.

  1. La première difficulté est de nature géographique avec l’Océan qui sépare l’Europe de l’Amérique, et a pour conséquence des tropismes géopolitiques différentiés.
  2. La deuxième difficulté est le nombre de partenaires : Les États-Unis et les 28 bientôt 27  membres de l’Union européenne sont-ils à l’unisson sur cette trajectoire? On assiste plutôt à 28 + 1 opinions différentes en réalité.

Les projets concrets d’intégration euro-atlantiste datent de la fin de la deuxième guerre mondiale. Jean Monnet, inspiré en partie du journaliste américain Clarence K Streit  concevait l’avenir comme la formation d’une unité occidentale composée de deux entités : les Etats-Unis d’Europe et les Etats-Unis d’Amérique.  

  • On peut estimer que la vision euro-atlantiste avait surtout un sens au moment de la guerre froide, avec l’URSS comme ennemi  clairement désigné, la nécessité de préserver le lien avec les États-Unis en Europe pour protéger l’Europe de l’URSS
  • mais aussi d’elle-même, et un équilibre franco-allemand.

Cette vision a aussi sa propre logique de pouvoir, à condition de parvenir à un équilibre entre les Européens et les Etats-Unis, ce qui suppose une unification de l’Europe?

Cette option a été promue par Edouard Balladur dans son ouvrage : « pour une Union occidentale ».

La difficulté majeure est  la défaillance du pôle européen, de manière  plus marquée encore avec l’entrée de l’UE dans un processus de régression géopolitique avec le Brexit.

La défense réelle de l’Europe est effectuée par l’OTAN tandis que l’UE se positionne  en complémentarité de celle-ci comme « puissance civile »  dont l’objectif est d’exporter ses normes et ses valeurs euro-atlantiques sans réflexion géopolitique propre.

  •  Il en résulte un alignement de l’UE sur les intérêts géopolitique euro-atlantistes  en se focalisant sur son projet euro-globaliste, et en se focalisant sur les opérations militaires de basse intensité à l’extérieur, les États-membres, et en particulier la France et l’Allemagne étant trop divisés sur les priorités géopolitiques.
  • Les propositions sur la défense européenne réactivés après l’élection de Donald Trump pour pallier à un éventuelle défaillance des États-Unis ne modifie pas fondamentalement la situation. Les Allemands restent sous le parapluie nucléaire américain et n’ont pas les mêmes perceptions de sécurité que les Français.

L’objectif véritable des traités transatlantiques et trans-pacifiques est de nature géopolitique visant à faire de l’Europe et l’Asie des périphéries des États-Unis pour encercler la Chine et la Russie. Ils ne correspondent pas aux intérêts d’équilibre des nations Européennes en fonction de leur position géographique. L’élection de Donald Trump va précipiter l’abandon de ce projet moribond qui était un objectif majeur des gouvernements allemands depuis le chancelier Erhard jusqu’à Angela Merkel. 

L’UE a pour modèle de base la démocratie néolibérale et l’idéologie multiculturaliste et  immigrationniste d’inspiration états-unienne, mais y ajoute la dimension post-nationale pour achever l’intégration.

C’est un modèle  qui est basé sur des valeur transnationales hors-sol et non pas la civilisation européenne comme entité organique ( architecture, musique, mélange ethnique spécifique) et culturelle (chrétienté et Laïcité).

Cette transformation des nations de l’UE, notamment avec la crise migratoire, à l’image des USA, en devient en réalité une « périphérie » sans squelette et en décomposition identitaire.

Cette Europe se coupe de plus en plus de sa partie orientale comme la Russie, les pays d’Europe centrale qui sont entrés dans le projet européen pour se reconnecter avec la civilisation européenne, et un nombre croissants de citoyens dans toute l’Union moteurs du réveil des nations qui veulent préserver leur racines.   

3 – L’euro-atlantisme exclusif et ses conséquences géopolitiques

Décryptons les enjeux géopolitiques à différentes échelles qui sont influencés par la stratégie euro-atlantiste    

Au niveau mondial le scénario euro-atlantiste exclusif  a des implications importantes vis à vis d’une éventuelle confrontation  ou  G2 américano chinois  et les équilibres entre les USA, la Chine,  l’UE et la Russie.

Face au scénario d’une dégradation des relations sino-américaines évoluant vers une stratégie d’endiguement de la Chine par les États-Unis, les Européens n’auront pas d’autre choix que de se positionner en fonction de leurs intérêts propres, s’ils ne veulent pas devenir les supplétifs d’une manœuvre élaborée ailleurs et servant d’autres intérêts. 

Une prise de distance des Européens face à la tension sino-américaine, dont le théâtre principal restera éloigné des zones les plus sensibles et prioritaires pour les intérêts européens serait indiquée au moyen d’une alliance modératrice avec la Russie.

La prépondérance de la vision euro-atlantique dans l’ Union européenne, sans réel contrepoids par des politiques de rééquilibrages dans d’autres ensembles (exclusion de la Russie, Eurasie, Afrique, Amérique du Sud)  a pour conséquence d’isoler les européens coincés entre deux arcs de tensions, et se voient ainsi amenés par l’accroissement des tensions et l’apparition de nouvelles fractures à s’arrimer jusqu’à présent toujours plus solidement à la remorque des Etats-Unis.

Les deux arcs de tensions Sud et Est doivent aussi être appréhendés comme un seul échiquier pour comprendre les rivalités géopolitiques en cours.

Le soutien inconditionnel  des États membres de l’UE et des États-Unis aux révolutions arabes  renforce avec raison la méfiance de la Russie, des pays d’Asie centrale, mais aussi de la Chine et l’Inde vis à vis de cette stratégie de déstabilisation qui risque d’enflammer les zones d’intérêts prioritaires de ces pays.

Le chevauchement des arcs de tensions illustre le risque d’effet domino provoqué par les déstabilisations de l’arc Sud et la trajectoire de collision avec la volonté de la Russie de préserver la stabilité de son étranger proche le long de l’arc Est, d’où sa fixation de lignes rouges à ne pas dépasser en Syrie et en Ukraine.

Le changement de régime politique en Ukraine en février 2015 légitimé par les États membres de l’Union européenne s’est produit après l’échec de la tentative de changement de régime en Syrie pour éliminer le président Bachar el-Assad.

L’Union européenne et la plupart de ses États-membres sont pris dans un carcan idéologique qui aboutit à la création de nouvelles fractures géopolitiques dans leur proximité géographique et à leur éloignement vis-à-vis d’acteurs étatiques au Sud (le gouvernement syrien) et à l’Est (le gouvernement Russe) avec qui une coopération serait profitable aux intérêts de sécurité à long terme de l’Union européenne. L’Encerclement de la Russie et Chine par les bases de l’OTAN, les bases américaines et les infrastructures du boucler anti-missile est  dommageable pour la sécurité européenne (carte encerclement).

L’alignement volontaire ou inconscient des institutions et des gouvernements européens  aux options euro-atlantiques aboutit à une « Europe somnambule » qui s’enfonce dans les erreurs de diagnostic et  accumule les erreurs stratégiques au point d’aboutir aux effets contraires à ceux recherchés.

Au niveau de l’UE, on assiste à une rivalité franco-allemande renforcée par l’option euro-atlantiste qui a provoqué le rapprochement des Français avec les Anglo-Saxons (sous Sarkozy)  pour rééquilibrer le poids des Allemands.

  • Une Union européenne germano-américaine « euro-globaliste » a ainsi émergé et entrera à l’avenir en rivalité avec le retour de la vision française issue de la doctrine gaulliste.
  • L’Union européenne est en régression géopolitique depuis le Brexit qui a pour origine aussi la prépondérance allemande refusée par  et le modèle néolibéral ouvert et favorable à l’ immigration de masse.

La collision franco-allemande à l’avenir sur ces questions de fond est donc hautement probable, car le retour de la Nation en France est en avance sur l’Allemagne encore sous l’emprise de l’idéologie « Habermassienne », malgré la montée du parti AFD.

Les enjeux géopolitiques fondamentaux concernent le rapport de plus en plus différencié entre la France et l’Allemagne par rapport au degré d’ouverture à la mondialisation et ses flux selon la conception libérale, et la politique étrangère euro-atlantiste vis à vis de la Russie. L’aggravation des crises multiples de l’Union européenne est une conséquence des finalités géopolitiques différentes franco-allemandes. Le décalage de l’Allemagne d’Angela Merkel vis à vis de Donald Trump est donc logiquement encore plus flagrant qu’en France.   

L’Union européenne a importé ainsi l’idéologie atlanto-globaliste qui renforce la déconnection des classes moyennes européennes avec un projet qui est perçu, à l’inverse d’une puissance européenne, comme un sous-ensemble régional de la mondialisation.

Il en résulte une déstabilisation des nations et sociétés par le chaos euro-atlantiste de l’extérieur vers le cœur de l’Occident, aggravé par le terrorisme islamiste et la crise migratoire

Ces ondes déstabilisatrices reviennent par effet boomerang au cœur même de l’Occident, aux États-Unis et aussi en Europe avec un cocktail potentiellement explosif entre les nationaux-réalistes, globalistes, Islamistes qui sont l’autre face de la même médaille néolibérale.

Les manifestions contre Donald Trump et soutenues pas les démocrates et le financier  Georges Soros souligne la fracture géopolitique interne aux États-Unis et donc  au cœur de l’espace euro-atlantiste.   

4 – Les scénarios : Europe américaine ou Europe européenne ?

Le scénario Euro-atlantisme exclusif se fissure et l’UE euro-globaliste vient de perdre son soutien principal avec l’élection de Donald Trump, la question est de savoir combien de temps le microcosme bruxellois de l’UE et les gouvernements en place pourront rester dans le déni. Probablement jusqu’aux élections françaises et ensuite allemandes. 

  • La perspective d’une Amérique  plus isolationniste va t-elle être une parenthèse temporaire pour 4 ans ?
  • Donald Trump va t-il  abandonner ses promesses électorales ?
  • Ou le retrait relatif inaugure t-il  un monde multicentré de manière définitive ?

On peut tabler sur une évolution mondiale vers des rivalités croissantes entre grandes puissances et des conflits aux zones de contact entre les zones d’influences.

Dans ce « monde  multi-resserré » marqué par une dimension de conflit de civilisation, puisque les nations et grandes alliances ne s’entendent ni sur la répartition des territoires ni sur les valeurs et modèles culturels à imposer sur ces territoires, l’Union européenne n’est pas en mesure de défendre ses intérêts car elle ne constitue pas un pôle et sera tiraillée entre

  • l’alignement sur les États-Unis, alors qu’ils entrent dans une trajectoire différente,
  • ou  la posture   moral solitaire,

dans les deux cas aggravant la régression géopolitique.  

Les différents scénarios sont les suivants        

1-Illusion de l’UE comme porteuse solitaire de l’ « euro-globalisme ouvert »  et de l’« impérialisme moral » pour contrer l’approche « America first »

2-Poursuite du scénario tendanciel :

  • Scénario du chaos et d’un conflit de civilisation/ guerre de trente ans  entre le « Califat » mondial de l’Islam politique, l’« ordre globaliste » euro-atlantiste contre les nations westphaliennes.
  • Ce scénario est favorisé par le complexe militaro-industriel euro-américain et les réseaux financiers globalistes, et a pour objectif de préserver la suprématie de l’Occident avec l’Europe américaine comme un sous-ensemble de celle-ci.
  • Il implique des conflits de grande ampleur et une guerre inévitable entre USA et Russie (« almost garanteed » a martelé le chef d’État major américain général Mark A. Milley lors d’un table ronde annuelle sur l’avenir de l’armée organisée à Washington le 4 octobre 2016. ) Sources :http://www.independent.co.uk/news/world/future-war-russia-china-us-extremely-lethal-fast-artificial-intelligence-cyber-warfare-a7347591.html  & https://www.youtube.com/watch?v=XuInPdxnt1s 

3-Retour aux principes Wesphaliens à l’échelle mondiale de manière claire avec les États-Unis provoquant en Europe une accélération du retour des nations et un resserrement géographique.

Ce scénario est en train de supplanter le scénario 2 avec l’élection de Donald Trump.  Le « resserrement géographique » peut se définir comme la prise en compte prioritaire du principe de « proximité géographique afin de moins faire dépendre sa sécurité globale de processus non maîtrisables en raison de leur éloignement. Il favorise une concentration de l’action et une économie des moyens.

3-L ’« Occident » ne doit pas faire obstacle à « l’Europe politique européenne ».

Un projet européen alternatif, poussant à la réforme des fondements  de l’Union européenne (menacée de marginalisation ou de disparition dans le cas contraire) qui est obsolète dans sa forme actuelle, devrait identifier ses propres intérêts qui ne se confondent, ni avec les intérêts euro-atlantiques, ni avec ceux des États-Unis : ce projet  se baserait sur l’Europe des nations à l’échelle continentale, d’inspiration gaullienne, et sur la doctrine de la balance dans un monde « multi-resserré » (avec pour principe le resserrement géographique).

C’est le scénario idéal en fin de compte, à l’unisson du nouveau monde qui émerge pour le retour de l’Europe dans l’histoire. C’est le modèle de l’« Europe des Nations », cher au Général de Gaulle, qui devient le seul horizon praticable de l’Europe, pour éviter sa marginalisation géopolitique dans un monde qui change et se fragmente.

5 – Perspectives

Dans le contexte d’une dimension civilisationnelle croissante des rivalités géopolitiques mondiales, une définition plus large de l’Occident serait aussi utile pour que l’Europe puisse se positionner plus favorablement et de manière plus équilibrée à la charnière entre les États-Unis et la Russie.

L’Europe est un pilier de l ‘Occident, lui-même composé de trois grands ensembles :

  1. l’Europe et son héritage gréco-romain,
  2. le monde Russe et son héritage Byzantin et Orthodoxe,
  3. l’Amérique du Nord et du Sud façonnées par les cultures européennes.

Ces trois ensembles géopolitiques et leurs prolongements au Sud de la Méditerranée, au Proche-Orient, en Eurasie et en Asie centrale gagneraient à identifier leurs intérêts partagés dans cet espace de paix et de sécurité de « Vancouver à Vladivostok » basé sur la mise en valeur de leur héritage culturel et historique très diversifié, selon les principes de souveraineté et d’équilibre entre les nations qui le composent.   

Pour le projet européen rénové, à l’inverse du positionnement « euro-atlantiste exclusif », exploiter les potentialités que lui offre la géographie suggère un positionnement comme pôle de puissance et facteur d’équilibre à la charnière des espaces géopolitiques

  • euro-atlantique,
  • euro-asiatique,
  • euro-méditerranéen et africain
  • et euro-arctique

avec une hiérarchisation des priorités par zone géographique.

Les États-Unis et la Russie sont les clés de la sécurité et de la puissance mondiale pour l’Union européenne afin d’amorcer une stratégie organisée selon ses axes maritimes et continentaux.

La France était soucieuse dans son histoire de son autonomie et possédait une forte tradition stratégique. Elle pourrait remplir le rôle de chef de file avec l’Allemagne pour forger un axe européen continental avec la Russie pour accompagner les inflexions attendues du nouveau gouvernement américain, notamment après les élections présidentielles de 2017, qui devront impérativement remettre la France en conformité avec son héritage gaulliste.   

Porter le débat « géopolitique » auprès des citoyens de l’Union européenne est nécessaire pour ne pas le confiner au niveau politique, diplomatique et militaire mais pour servir au contraire d’aiguillon pour faire progresser « l’Europe politique ». Cela éviterait d’opposer questions géopolitiques et opinion publique. Combler le déficit géopolitique aiderait à combler le déficit démocratique en donnant un « sens » à la construction européenne.

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