1480 -La politique étrangère des USA et la campagne de déstabilisation de la présidence de Trump

2017-01-07-d-trump-2c5c8d383864c34573e2a5244f2f611e-1481646282

Introduction

Obama a officiellement accusé Moscou de s’immiscer dans les élections américaines en faveur de Donald Trump. Ce sont là des allégations graves. Les sanctions qu’il a imposées sont dirigées contre la Russie, mais l’objectif ultime est de miner la légitimité du président élu Donald Trump et sa position en matière de politique étrangère, notamment à l’égard de Moscou. 

D’après les médias des USA, les sanctions dirigées contre Moscou visent à « mettre en boîte le président élu Donald J. Trump », parce que Trump « a constamment mis en doute le fait que le gouvernement russe a quoi que ce soit à voir avec le piratage du DNC (comité national du parti démocrate). Dans un reportage précédent portant sur l’ingérence du Kremlin (le 15 décembre), le New York Times a décrit Donald Trump comme un «  (…) idiot utile (…) », un président américain qui ne se rend pas compte qu’il est berné par une puissance étrangère rusée. (soulignement ajouté)

Sauf que les accusations contre Trump dépassent largement la simple « mise en boîte ». La vérité cachée derrière le décret présidentiel d’Obama, c’est que ce n’est pas Poutine qu’il cherche à punir, mais bien Trump.

L’objectif n’est pas de « mettre en boîte » le président élu pour sa « méconnaissance du rôle des services de renseignement », bien au contraire. La stratégie consiste à discréditer Donald Trump en l’accusant de haute trahison. 

Les récents développements nous apprennent que James Clapper, le directeur du renseignement national des USA, a « confirmé » que le prétendu piratage informatique russe constitue « une menace existentielle à notre façon de vivre ». « Que ce soit un acte de guerre ou non, c’est une décision politique lourde de sens qui, à mon avis, ne relève pas du milieu du renseignement », a-t-il ajouté.

La décision politique d’en faire un « acte de guerre » semble avoir été endossée tacitement par l’administration Obama, qui a déployé plusieurs milliers de chars et de militaires américains à la porte même de la Russie, dans le cadre de l’opération baptisée « Atlantic Resolve », qui est dirigée contre la Russie.

Ce déploiement militaire fait-il partie des « actes de représailles » d’Obama contre la Russie en réponse au prétendu piratage des élections américaines par Moscou?

Cette procédure « accélérée » de la part du président sortant, avec le soutien du milieu du renseignement américain, vise-t-elle à créer le chaos avant l’entrée en fonction de l’administration Trump le 20 janvier?

D’après le Donbass DINA News, « Un déploiement militaire massif par les USA (à la frontière russe) devrait être complété d’ici le 20 janvier. »

C’est vraiment de la démence politique.

Une démence politique qui pourrait causer la Troisième Guerre mondiale.

Mais cela ne fait pas les manchettes. Les médias institutionnels n’en parlent pas.

Déstabilisation de la présidence de Trump

Le but ultime de cette campagne dirigée par les néocons et le clan Clinton est de déstabiliser la présidence de Trump.

Avant les élections du 8 novembre, l’ex-secrétaire à la Défense et directeur de la CIA Leo Panetta avait déjà affirmé que Trump représentait une menace pour la sécurité nationale. Selon The Atlantic, Trump est un « candidat mandchou des temps modernes » qui sert les intérêts du Kremlin.

Vanity Fair, 1er novembre 2016

The Atlantic, 8 octobre 2016

À la suite du vote des grands électeurs (en faveur de Trump) et des sanctions d’Obama contre Moscou, les accusations de trahison à l’endroit de Donald Trump se multiplient.

« Des libéraux font valoir que le président élu Donald Trump s’est rendu coupable de trahison quand, en réaction aux nouvelles sanctions contre la Russie annoncées par Obama, il a salué la façon dont Vladimir Poutine a réagi à ces sanctions. » (Daily Caller, 30 décembre 2016)

« Le spectre de la trahison s’élève derrière Donald Trump. Il l’a fait venir en rejetant un appel bipartite en faveur d’une enquête sur le piratage des serveurs du comité national du parti démocrate par la Russie, la qualifiant d’attaque politique « ridicule » contre la légitimité de son élection à la présidence. » (Boston Globe, 16 décembre)

Une opération coordonnée de déstabilisation de la présidence de Trump? 

Trump « couche-t-il avec l’ennemi »?

Ce sont là des accusations graves prétendument soutenues par les services du renseignement des USA qui ne peuvent être prises à la légère.

Va-t-on les oublier lorsque Trump arrivera à la Maison-Blanche? C’est peu probable, car elles font partie d’une campagne de propagande au nom de puissants intérêts corporatistes.

Tout cela ressemble dangereusement à une opération coordonnée avec soin en vue de déstabiliser la présidence de Trump, comprenant plusieurs éléments distincts.

L’objectif central de ce projet contre Trump est d’assurer la continuité du programme de politique étrangère des néoconservateurs, axé sur les conflits mondiaux et la conquête économique mondiale, qui domine le paysage politique des USA depuis septembre 2001.

Penchons-nous d’abord sur la nature de la position néoconservatrice en matière de politique étrangère.

Mise en contexte du programme de politique étrangère des néoconservateurs

Dans le sillage des attentats du 11 septembre, deux réorientations majeures de la politique étrangère des USA ont été apportées dans le cadre de la stratégie de sécurité nationale de 2001.

  1. La première concernait « la guerre mondiale contre le terrorisme » visant Al Qaeda.
  2. La seconde a donné naissance à la doctrine de la « guerre défensive » préventive.

L’objectif était de s’engager dans des « interventions militaires préventives », c’est-à-dire de faire la guerre en tant que mesure « d’autodéfense » contre deux catégories d’ennemis :

  1. les « États voyous »
  2. les « terroristes islamistes ».
« La guerre mondiale contre les terroristes est une entreprise internationale d’une durée indéterminée. (…) l’Amérique va agir contre ces menaces nouvelles avant qu’elles ne prennent vraiment forme. » (Stratégie de sécurité nationale, Maison-Blanche, 2002, http://www.whitehouse.gov/nsc/nss.html.

La doctrine de la guerre préventive prévoyait aussi l’utilisation préventive d’armes nucléaires dans le cadre d’une « première frappe » (comme mesure « d’autodéfense ») contre des États dotés ou non d’armes nucléaires. Ce concept de frappe nucléaire préventive a été vigoureusement approuvé par Hillary Clinton pendant sa campagne électorale.

Pour sa part, la « guerre mondiale contre le terrorisme », lancée à la suite des attentats du 11 septembre, a commencé à jouer un rôle prépondérant dans la justification de l’intervention militaire des USA et de l’OTAN au Moyen-Orient pour des « motifs humanitaires » (R2P), y compris de l’instauration de prétendues « zones d’exclusion aérienne ». Cette guerre constitue aussi la pierre angulaire de la propagande médiatique.

Tout ce qui concerne les militaires et les services de renseignement dans le projet néoconservateur se trouve dans l’ouvrage intitulé The Project for the New American Century, rédigé avant l’arrivée de George W. Bush à la Maison-Blanche. L’ouvrage propose aussi une « révolution dans les affaires militaires » nécessitant des dépenses budgétaires massives consacrées à la mise au point de systèmes d’armes perfectionnées, dont une nouvelle génération d’armes nucléaires.

Le « projet » est l’œuvre de William Kristol et de Robert Kagan [1] dont l’épouse, Victoria Nuland, a joué un rôle majeur dans la préparation du coup d’État de l’Euromaidan en Ukraine, à titre de secrétaire d’État assistante de Clinton.

Le projet néoconservateur propose aussi au menu des « changements de régime », des « révolutions de couleur », des sanctions économiques et des réformes macroéconomiques dirigés contre les pays qui ne respectent pas les exigences de Washington.

À son tour, la mondialisation de la guerre soutient le programme économique mondial de Wall Street. Les blocs commerciaux (négociés en secret) de l’Atlantique et du Pacifique (TPP, TTIP, CETA, TISA), conjugués à la « surveillance » du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMS, font partie intégrante de ce projet hégémonique intimement lié aux opérations militaires et du renseignement des USA.

 « L’État profond » et l’affrontement de puissants intérêts commerciaux 

Le capitalisme mondial n’est pas du tout monolithique. Ce qui est en jeu, ce sont des rivalités fondamentales au sein de l’establishment aux USA, qui mettent en opposition des factions corporatistes adverses, chacune voulant exercer un contrôle sur la future présidence des USA. À cet égard, Trump n’est pas entièrement à la solde des groupes de lobbyistes. Comme il fait partie de l’establishment, il a ses propres sociétés commanditaires et solliciteurs de fonds. Dans son programme de politique étrangère, il s’est engagé à revoir la relation entre Washington et Moscou, ce qui n’est pas tout à fait conforme aux intérêts des entrepreneurs du secteur de la défense, qui soutenaient la candidature de Clinton.

De puissants intérêts corporatistes se trouvent des deux côtés adverses. Il y a aussi des allégeances qui se chevauchent et des « alliances croisées » au sein de l’establishment corporatiste. Nous sommes témoins de « rivalités intercapitalistes » dans les secteurs bancaire, pétrolier et énergétique, dans le complexe militaro-industriel, etc.

« L’État profond » est très divisé. Ces rivalités corporatistes sont marquées aussi par des divisions stratégiques et des affrontements à l’intérieur de plusieurs agences du département d’État des USA, y compris dans le milieu du renseignement et les forces armées. À cet égard, la CIA est profondément ancrée dans les médias institutionnels (CNN, NBC, NYT. WP, etc.), qui mènent une campagne de dénigrement incessante contre Trump et ses liens présumés avec Moscou.

Mais il y a aussi une contre-campagne dirigée contre la faction néoconservatrice dominante dans le milieu du renseignement. Trump songe d’ailleurs à une rationalisation de la CIA (lire des purges). Selon un membre de l’équipe de transition de Trump (cité par le Wall Street Journal le 4 janvier 2017),

« Du point de vue de l’équipe Trump, le milieu du renseignement est en train de devenir complètement politisé (…). Un régime minceur s’impose. L’accent sera mis sur la restructuration des services et de leur interaction. »

Ce projet risque aussi de toucher les agents de la CIA responsables de la propagande se retrouvant dans les médias institutionnels. Cela ne manquera pas de créer des divisions et des conflits majeurs au sein de l’appareil du renseignement des USA, qui pourraient se répercuter sur la présidence de Trump.

La politique étrangère des USA va-t-elle demeurer la même? 

Préparée à la fin des années 1940 par George F. Kennan, un responsable du département d’État des USA, la « doctrine Truman » établit les fondements idéologiques du projet hégémonique des États-Unis de l’après-guerre. Ce que les documents du département d’État nous révèlent, c’est que la politique étrangère des USA est passée d’une politique « d’endiguement » pendant la guerre froide, à une doctrine de « guerre préventive » après les attentats du 11 septembre 2001.

À ce titre, ce canevas néoconsevateur de la conquête mondiale qu’est l’ouvrage intitulé Project for the New American Century (précité) devrait être considéré comme l’aboutissement du programme de l’après-guerre visant l’hégémonie militaire et la domination économique mondiale formulé par le département d’État en 1948 au tout début de la guerre froide.

Il va sans dire que les administrations démocrates et républicaines qui ont suivi, d’Harry Truman à George W. Bush et Barack Obama, ont toutes participé à la mise en œuvre de ce plan hégémonique en vue d’une domination mondiale, que le Pentagone appelle la « longue  guerre».

À cet égard, les néocons ont suivi à la trace la « doctrine Truman ». À la fin des années 1940, George F. Kennan préconisait l’établissement d’une alliance à domination anglo-américaine reposant sur « les bonnes relations entre notre pays et l’Empire britannique ». De nos jours, cette alliance s’applique largement à l’axe militaire entre Washington et Londres, qui joue un rôle dominant au sein de l’OTAN au détriment des alliés européens de Washington sur le continent. L’alliance englobe aussi le Canada et l’Australie, à titre de partenaires stratégiques clés.

Fait notable, Kennan a souligné l’importance de prévenir le développement de puissances sur le continent européen (p. ex., Allemagne, France, Italie), qui pourraient entrer en concurrence avec l’axe anglo-américain. L’objectif pendant la guerre froide et par la suite était d’empêcher l’Europe de nouer des liens politiques et économiques avec la Russie. Pour sa part, l’OTAN, qui est largement dominée par les USA, a empêché l’Allemagne et la France de jouer un rôle stratégique dans les affaires mondiales.

Réorientations en matière de politique étrangère sous Trump

Il est hautement improbable que l’administration Trump s’éloigne des fondements de la politique extérieure des USA.

Bien que l’équipe Trump se soit engagée dans un programme de droite socialement rétrograde et raciste sur le plan intérieur, des réorientations sont possibles sur le plan extérieur, dont un allègement des sanctions contre la Russie, qui pourrait avoir un effet sur les contrats s’élevant à plusieurs milliards de dollars du complexe militaro-industriel. Ce qui serait en soi une réalisation remarquable susceptible de contribuer à une période de détente dans les relations Est-Ouest.

En outre, pendant que Trump forme un cabinet composé de généraux, de banquiers et de dirigeants de sociétés pétrolières de droite, qui est en gros conforme à l’idéologie du parti républicain, l’entente cordiale bipartisane entre démocrates et républicains s’est effondrée. Il y a aussi des voix puissantes dans le parti républicain qui soutiennent le « clan anti-Trump ».

Les divisions entre ces deux factions adverses sont néanmoins importantes. En ce qui concerne la politique étrangère des USA, elles portent principalement sur les relations bilatérales USA-Russie, que l’administration Obama a mises en péril, ainsi que sur le programme militaire des USA en Syrie et en Irak. Elles ont aussi une incidence sur l’Union européenne, qui a souffert des sanctions imposées contre la Russie.

Les sanctions ont entraîné un recul marqué des échanges commerciaux et des investissements de l’UE avec la Fédération de Russie. Conformément à la « doctrine Truman » énoncée précédemment, la politique étrangère des USA sous les néocons, surtout depuis l’invasion de l’Irak en 2003, consistait à démanteler l’alliance franco-allemande et à affaiblir l’Union européenne.

Fait intéressant en lien avec les événements récents en Ukraine et en Europe de l’Est, George F. Kennan a explicitement indiqué dans son mémoire de 1948 au département d’État qu’il fallait adopter « une politique d’endiguement de l’Allemagne à l’intérieur de l’Europe de l’Ouest ». Ce que les observations de Kennan avancent, c’est que les USA devraient soutenir un projet européen, dans la mesure où il défend les intérêts hégémoniques des USA. C’est précisément ce que les néocons sont parvenus à accomplir sous les administrations Bush et Obama :

« Aujourd’hui, François Hollande et Angela Merkel reçoivent leurs ordres directement de Washington. L’invasion de l’Irak en 2003 a été un  tournant. L’élection de dirigeants politiques pro-USA (le président Sarkozy en France et la chancelière Angela Merkel en Allemagne) a affaibli la souveraineté nationale, favorisant ainsi l’effondrement de l’alliance franco-allemande. »

(Michel Chossudovsky, America’s Blueprint for Global Domination: From “Containment” to “Pre-emptive War”, Global Research, 2014)

La question la plus importante, c’est de savoir si les réorientations sous l’administration Trump vont restreindre le déploiement de soldats et de matériel militaire de l’OTAN aux portes mêmes de la Russie en Europe de l’Est. Vont-elles être favorables à un désarmement nucléaire?

Pendant que le programme de politique étrangère de Trump est victime de la « politique de dénigrement » du clan Clinton, la nouvelle administration a le soutien de puissants intérêts corporatistes qui ne manqueront pas de s’élever contre les néocons, y compris dans le milieu du renseignement. Il convient de noter que Trump a aussi le soutien du lobby pro-israélien et des services secrets israéliens. En décembre, le chef du Mossad a rencontré l’équipe Trump à Washington.

Le calendrier du projet de déstabilisation

Au départ, avant les élections du  novembre, le projet de sabotage et de déstabilisation de la candidature de Trump comprenait plusieurs éléments interdépendants. Certains sont toujours en place, tandis que d’autres ont déjà abouti (ou ne sont plus pertinents) :

  • la campagne de dénigrement médiatique contre Trump, qui a pris une nouvelle tournure après les élections du 8 novembre (en cours);
  • les mouvements de protestation orchestrés contre Trump partout aux USA, en coordination avec des reportages dans les médias et la signature de pétitions, dans le but de nuire (en cours);
  • le recomptage des votes dans trois États baromètres (a perdu sa pertinence);
  • l’adoption de la loi sur l’autorisation de renseignement pour l’exercice 2017 (H.R. 6393), dont un article dénonce ce qui est qualifié de « médias indépendants pro-Moscou », en réponse à la prétendue ingérence de la Russie dans les élections américaines en faveur de Donald Trump;
  • • le vote du collège électoral du 19 décembre (a perdu sa pertinence);
  • • la pétition lancée par la sénatrice de la Californie Barbara Boxers sur Change.org, qui portait sur le vote du collège électoral (a perdu sa pertinence);
  • • la campagne en cours visant à saboter la cérémonie d’investiture du président le 20 janvier 2017;
  • • la mise en place d’une procédure de destitution déjà envisagée pendant la première année de son mandat.

Le mot clé est « sabotage ». L’objectif, c’est de « nuire ».

De son côté, le site Web Disruptj20.org [2]en appelle au sabotage de l’inauguration de Donald Trump le 20 janvier 2017 :

#DisruptJ20 a l’appui du DC Welcoming Committee, un collectif formé de militants locaux expérimentés et de fouilles merde au chômage qui dispose d’un soutien national. Nous mettons tout en place pour que des protestations massives parviennent à annuler l’inauguration de Donald Trump et nous planifions des actions directes d’envergure pour rendre cela possible. Nous fournissons aussi des services comme le logement, la nourriture et même une aide juridique à quiconque veut se joindre à nous.

Quelles sont les issues possibles?

La campagne de propagande et les autres aspects de cette opération (mouvement de protestation, pétitions anti-Trump, etc.) sont des moyens de dénigrer un président élu.

Cette campagne de propagande médiatique contre un président désigné est sans précédent dans l’histoire des USA. Les médias institutionnels ont toujours été critiques à l’endroit des politiciens occupant des hautes fonctions, y compris du président des USA, mais la couverture médiatique dans ce cas-ci est fondamentalement différente. Le président désigné est la cible d’une campagne orchestrée de dénigrement dans les médias qui ne s’estompera pas après l’entrée de Trump à la Maison-Blanche.

Simultanément, un mouvement de protestation organisé et coordonné contre Trump est en cours depuis le 8 novembre. En fait, il a démarré dans la soirée du 8 novembre, avant même l’annonce des résultats des élections. Le modus operandi de ce mouvement ressemble d’ailleurs étrangement à une « révolution de couleur ».

Les médias assurent aussi une couverture biaisée du mouvement de protestation. Les organisateurs et les recruteurs servent les intérêts de puissants groupes de lobbyistes corporatistes, dont celui des entrepreneurs du secteur de la défense. Ils ne servent pas les intérêts des Américains.

Il est peu probable que toutes ces initiatives, y compris la campagne de sabotage, auront une grande incidence sur l’inauguration de Trump. Notre évaluation nous donne cependant à penser que le président élu entrera à la Maison-Blanche sur fond de controverse.

La destitution, « tout le monde en parle »

La campagne de propagande va se poursuivre après l’inauguration de Trump en laissant planer des accusations de trahison. La destitution de Donald Trump est déjà envisagée, avant même son accession à la présidence. Pour reprendre les propos publiés dans le Huffington Post (1er janvier 2017) :

« La Constitution ne prévoit qu’un moyen de déloger un président et ce moyen, c’est la destitution.

Ce qu’il faut, c’est une requête de destitution faite pas les citoyens, dès le premier jour de l’entrée en fonction de Trump.

Le dossier devrait être gardé ouvert, avec des mises à jour transmises au moins chaque semaine à la commission judiciaire de la Chambre des représentants. Ce ne sont pas les preuves qui manqueront. »

Change.org, qui organise le mouvement de protestation orchestré, a lancé une pétition pour destituer Trump :

Campagne de pétition de Change.org

Boston Globe, 16 décembre 2016

Huffington Post, 26 décembre 2016

Le peuple américain, victime implicite : appel à un véritable mouvement de masse

Le peuple américain est la victime implicite du conflit opposant des factions capitalistes antagonistes. C’est que les deux factions servent les intérêts de l’élite au détriment de l’électorat des USA.

L’opposition populaire authentique et réelle au programme politique social de droite et raciste de Trump a été « kidnappée » par un mouvement de protestation orchestré qui est financé et contrôlé par des groupes d’intérêt puissants de l’élite.

Les organisateurs de ce mouvement agissent au nom de ces groupes d’intérêt. Les gens ont été dupés. Ce qu’il faudrait dans les mois qui viennent, c’est l’émergence de « vrais » mouvements sociaux contre l’administration Trump en ce qui a trait

  • aux grands enjeux sociaux et économiques,
  • aux droits civils,
  • aux soins de santé,
  • à la création d’emplois,
  • aux questions environnementales,
  • à la politique extérieure,
  • aux guerres menées par les USA,
  • aux dépenses engagées pour la défense,
  • à l’immigration, etc.

Les mouvements populaires indépendants doivent par conséquent rompre avec les protestations orchestrées soutenues et financées (directement et indirectement) par des intérêts corporatistes.

Ce n’est pas une tâche facile. Le financement de la « polémique système », la manipulation des mouvements sociaux et d’autres façons de procéder du genre sont fermement enracinés.

Ce qui est ironique, c’est que le néolibéralisme finance le militantisme dirigé contre le néolibéralisme.

La « polémique système » se caractérise par de la manipulation, du « tordage de bras » et une cooptation subtile de membres d’organisations progressistes, dont les coalitions anti-guerre, les environnementalistes et le mouvement anti‑mondialisation.

« La cooptation ne se limite pas à acheter les faveurs des politiciens. Les élites économiques, qui contrôlent les grandes fondations, assurent le financement de nombreuses ONG et organisations de la société civile, qui historiquement étaient engagées dans le mouvement de protestation contre l’ordre économique et social établi. »
(Michel Chossudovsky, Global Research, 20 septembre 2010)

Les USA se dirigent-ils vers une crise constitutionnelle profonde?

À ce moment-ci, il est difficile de prévoir ce qui nous attend sous une administration Trump. Ce qui est clair, c’est que les USA se dirigent vers une crise politique profonde qui aura des répercussions sociales, économiques et géopolitiques majeures.

Nous dirigeons-nous (dans un avenir plus ou moins rapproché) vers l’imposition de la loi martiale et la suspension du gouvernement constitutionnel?

Michel Chossudovsky

Remarque : Cet article reprend en partie d’anciens textes de l’auteur se rapportant aux élections américaines.  

Article original en anglais :

Trump-and-Putin1

U.S. Foreign Policy and the Campaign to Destabilize the Trump Presidency, publié le 4 janvier 2016

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

[1] http://www.globalresearch.ca/the-neocons-project-for-the-new-american-century-american-world-leadership-syria-next-to-pay-the-price/5305447

[2] http://www.globalresearch.ca/Disruptj20.org