1473 – USA – Donald Trump ou la fin de l’American way of life

Après l’incroyable Brexit, l’impensable est arrivé : « Trump, raciste, islamophobe et misogyne », « Trump, milliardaire, populiste et démagogue », « Trump, pro-russe, agent de Poutine », etc. , celui que les médias coalisés n’ont cessé de disqualifier bruyamment a finalement remporté la présidence du pays défini par essence par les mêmes médias comme « la plus grande démocratie au monde ».

L’élite médiatique, « intellectuelle », « experte », moralisatrice, sondagière a été magistralement démentie par les résultats sortis des urnes aux USA. Par un virage à 180 degrés, les mêmes nous assènent maintenant un discours à l’opposé de l’hystérie anti-Trump qu’ils avaient professé auparavant, pendant les primaires d’abord, puis durant l’élection elle-même. Après Obama, l’alternance bien huilée entre « Républicains » et « Démocrates » a été de nouveau écorchée par l’arrivée de Trump.


Par Roland Diagne – 4 janvier 2017 –


Bien entendu, les travailleurs et les peuples, assommés par tant d’inepties médiatiques et intellectuelles sur « l’American way of life » le présentant comme l’alpha et l’omega de la civilisation bourgeoise devant laquelle l’humanité entière devrait se prosterner, modèle que l’humanité entière est sommée d’adopter, ont voté contre la dictature de la « pensée unique ».

Les citoyens travailleurs expriment de plus en plus dans les urnes leur révolte contre la souffrance qui leur est infligée par « la démocratie » de classe, le désordre du mode de vie étasunien, les gadgets propagés par les télé-réalités (dont Trump est un produit), les orgies hollywoodiennes obscènes, l’individualisme forcené, l’immoralité de la loi de la jungle, les guerres criminelles de l’Oncle Sam.

Ces « produits de consommation » toxiques sont la marque de fabrique de la barbarie inhumaine du capitalisme, libéré temporairement de l’antidote qu’a été, au vingtième siècle, l’existence du socialisme réel.

Confrontés quotidiennement à la mal vie, les travailleurs et les peuples commencent à ouvrir les yeux sur les fastes, les privilèges et les mensonges de la bourgeoisie malgré les sermons des médias, des professeurs et autres experts grassement payés par les milliardaires actionnaires dont la soif de profits est sans limite.

La bourgeoisie tente, encore et encore, de vendre en vain des illusions et de couvrir ses forfaits prédateurs d’un vernis idéologique qui, à chaque coup de grisou de la crise générale, s’écorche toujours plus, dévoilant aux yeux des travailleurs et des peuples la nature sauvage du système d’exploitation de l’homme par l’homme.

Les Reagan, Bush, Clinton, Obama et maintenant Trump se révèlent peu à peu comme des étapes successives dans ce processus douloureux de prise de conscience que le mal réside dans le capitalisme lui-même. Mais à ce stade, la croyance qu’il faut un « sauveur suprême » est loin d’être épuisée.

C’est ainsi que Trump apparaît encore pour beaucoup d’électeurs étasuniens, tout comme ce fut le cas pour Obama, comme un « sauveur ». En effet, Obama, puis Trump sont les produits de l’état de conscience dans un processus évolutif des électeurs étasuniens qui subissent la duperie monumentale qu’est le jeu sordide de la « démocratie » bourgeoise bipartiste faisant alterner au pouvoir « Républicains » et « Démocrates », changeant les hommes au pouvoir mais ne changeant rien dans la vie des gens. Pour paraphraser nos « cousins » anarchistes, c’est le « piège à cons » qui continue à aggraver le sort des travailleurs et des peuples au fur et à mesure que s’approfondit la crise structurelle et systémique du mode de production capitaliste arrivé à son stade suprême, l’impérialisme.

 

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Les principales causes du vote Obama puis Trump

a) la paupérisation des travailleurs

Il n’y a rien de « plus grand, de plus prospère, de plus démocratique, de plus civilisé et de plus beau » que le capitalisme des USA. Voilà ce qu’a imposé « l’American way of life » comme « modèle » à suivre. C’est le produit commercial que n’ont cessé et ne cessent de nous vendre les médias et toute la soi-disant « élite pensante, cultivée, instruite » dans les pays impérialistes et dans les néo-colonies.

Sur ce mensonge a été édifié le culte quasi divin de la « réussite individuelle » présentée comme le fondement du « bonheur des travailleurs et des peuples ». Mais quelles réalités se cachent donc sous le tapis de ces pubs propagées quasi religieusement, partout dans les sermons médiatiques, universitaires et des réseaux dits sociaux sur internet ?

Alors que la crise économique, celle de subprimes, a déferlé en 2008 sur le monde à partir des USA tout comme celle de 1929, les médias aux ordres continuent de nous bassiner les oreilles avec la croissance US de 2,4% pour l’année 2015.

Il est vrai que les pays de l’UE, dépassant difficilement 1,5% de croissance, ont l’œil rivé sur le « grand frère » US définit par essence comme « modèle de référence ».

Ce tapage bruyant sur la « croissance » a une fonction idéologique précise: imposer aux travailleurs et aux peuples le mensonge que l’amélioration de leurs conditions de vie dépend de celle-ci et donc qu’il leur faut prendre leur mal en patience.

Or pour l’ensemble de la période 1961-2015, on enregistre en 54 ans aux USA une moyenne annuelle de 3,13%.

  • C’est en 1984 qu’on enregistre le plus haut niveau (7,26%)
  • et c’est en 2009 qu’on enregistre le niveau le plus bas (-2,78 %) (1).

Ainsi, ce paradigme largement répandu se révèle pour ce qu’il est : un mensonge manipulateur afin de paralyser et d’affaiblir les luttes populaires contre la régression sociale dévastatrice régnant partout, conséquence du régime capitaliste et de son offensive libérale.

Ce que la grande presse des milliardaires cache aux peuples des USA et du monde, c’est une réalité dramatique bien éloignée des chimères de l’eldorado diffusées dans les émissions de télévision, notamment de télé-réalités.

En effet, sous le règne de Obama, la pauvreté a atteint 90 millions d’habitants dans le « pays le plus prospère ».

Ces « révélations » ont commencé à voir le jour dans certaines enquêtes qui vont encore plus loin en annonçant que 80% de la population du « plus civilisé » des pays survivent dans la précarité, le chômage déguisé en petits boulots fractionnés sur la journée, et que 50 millions survivent ainsi sous le seuil de pauvreté.

Sur ces 90 millions de pauvres aux USA, plus de 46 millions font la queue devant les banques alimentaires dès 6h du matin pour y recevoir de quoi ne pas mourir de faim.

C’est cette réalité que Trump a exploité contre les mensonges de l’establishment US :

« Eh bien pour commencer, nous ne sommes pas à 5% de chômage. Nous sommes probablement au-dessus de 20% si vous regardez les vrais chiffres. C’est un chiffre qui a été arrangé, statistiquement arrangé pour améliorer l’image des politiciens – en particulier des présidents. Je n’aurais pas les foules énormes que j’ai si ces chiffres étaient réels. Les gens sont extrêmement malheureux dans ce pays » (2).

En fait les années 1960 et les années 70 ont été la période où le niveau de la pauvreté aux États-Unis était le plus bas.

  • Depuis lors, le nombre de pauvres croît au fil des cycles de récession qui se sont succédé en 1980, en 1990, en 2000.
  • En une décennie le nombre de pauvres aux États-Unis a augmenté de plus de 15 millions, passant de 31,6 millions en 2000 à 46,2 millions en 2010.
  • Cette hausse importante est consécutive à la crise économique et financière de 2008.
  • La proportion de pauvres n’a cessé de monter en flèche pour atteindre 15% de la population active.
  • L’augmentation du taux de pauvreté s’est accélérée au cours de ces dernières années passant de 11,3 % en 2000, à 12,5 % en 2007 puis à 15,1 % en 2010.

La crise économique qui perdure depuis 2008 s’est enclenchée alors même que la pauvreté était déjà située à un niveau élevé au point que le nombre actuel de pauvres est le plus élevé jamais recensé depuis que l’on mesure la pauvreté aux États-Unis.

On peut dire que « l’American way of life » tant vanté est devenu un cauchemar social touchant toutes les communautés étasuniennes et de plus en plus ce que d’aucuns appellent les « classes moyennes »:

  • « Les Hispaniques et Asiatiques américains ont vu leur niveau de vie baisser, passant respectivement de 25,8 % à 27,8 % et de 11,8 % à 16,7 % de population vivant sous le seuil de pauvreté.
  • Les Afro-Américains d’un autre côté, ont maintenant une vie un peu moins difficile (de 27,3 % à 25,8 %), notamment grâce aux programmes d’assistance lancés par le gouvernement.
  • Les Blancs sont passés de 9,8 % à 10,7 % de pauvres »

(dailygeekshow.com/etats-unis-pauvrete-population).

Ces chiffres éloquents sur la généralisation à toute la Nation multinationale US de la pauvreté font dire à Sheldon Danziger, économiste à l’université du Michigan que

« La raison principale qui maintient la pauvreté à un seuil si haut, vient du fait que les bénéfices d’une économie qui croît ne sont plus partagés par tous les travailleurs, comme c’était le cas dans le quart de siècle qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Il conclut : « Étant données les circonstances économiques actuelles, la pauvreté continuera de se propager à moins que le gouvernement ne vienne en aide aux travailleurs les plus modestes » (idem).

 

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Et pourtant, n’entend-on pas à longueur de journée, les fayots bien payés chanter des louanges sur le capitalisme US qui « réussit à faire baisser le chômage » et tient sa position de « première économie mondiale » ?

Ces mensonges commencent même à agacer certains au point qu’un éditorialiste étasunien n’a pu s’empêcher de s’écrier :

« Si l’économie va mieux, alors pourquoi est-ce que la pauvreté en Amérique continue à croître si rapidement ?

  • Oui, le marché boursier est au plus haut historiquement, mais le nombre d’Américains vivant dans la pauvreté a atteint un niveau jamais vu depuis les années 1960.
  • Oui, les bénéfices des entreprises ont atteint des niveaux records, mais le nombre d’Américains bénéficiant de bons alimentaires également.
  • Oui, les prix des logements ont commencé à se redresser un peu (surtout dans les zones riches), mais il y a aussi plus d’un million d’élèves des écoles publiques qui sont sans abri, et ce pour la première fois dans l’histoire américaine ».

Et sous le titre « États-Unis : Les 21 chiffres édifiants de la pauvreté », voilà comment un étasunien décrit la triste réalité qu’est devenue « l’American way of life » :

  • « Avec chaque année qui passe, le niveau de souffrance économique continue à monter, et nous n’avons même pas encore atteint la prochaine vague majeure de l’effondrement économique. (…)
  • Selon le Bureau américain du recensement, environ une personne sur six vit maintenant dans la pauvreté. Le nombre d’Américains vivant dans la pauvreté est maintenant à un niveau jamais vu depuis les années 1960.
  • Lorsque vous ajoutez le nombre d’Américains à faible revenu, c’est encore plus inquiétant. Selon le Bureau américain du recensementplus de 146 millions d’Américains sont «pauvres» ou à «faible revenu». (…)
  • Environ 57% de tous les enfants aux Etats-Unis vivent actuellement dans des foyers « pauvres » ou à «faible revenu».
  • La pauvreté est encore pire dans les centres-villes. Actuellement, 29,2 % des ménages afro-américains ayant des enfants souffrent d’insécurité alimentaire.
  • Selon un rapport publié récemment, 60 pour cent des enfants de Detroit vivent dans la pauvreté.
  • Le nombre d’enfants vivant avec 2,00 $ ou moins par jour aux États-Unis atteint les 2,8 millions. Ce nombre a augmenté de 130 pour cent depuis 1996.
  • Pour la première fois, plus d’un million d’élèves des écoles publiques sont sans abri. Ce nombre a augmenté de 57 % depuis l’année scolaire 2006-2007.
  • Le nombre de sans-abri dans la région de Washington DC (l’une des régions les plus riches de tout le pays) a augmenté de 23 % depuis la dernière crise. (…)
  • Il y a eu une explosion du nombre de «travailleurs pauvres» ces dernières années. Aujourd’hui, environ un salarié sur quatre perçoit un salaire au niveau ou en dessous du seuil de pauvreté.
  • Plus de 100 millions d’Américains sont inscrits à au moins un programme social géré par le gouvernement fédéral. Et ce chiffre n’inclut même pas la sécurité sociale ou l’assurance-maladie.
  • Record de tous les temps, 47,79 millions d’Américains reçoivent des bons alimentaires. Lorsque Barack Obama a accédé au pouvoir, ce nombre était d’environ 32 millions. (…)
  • Selon certains calculs , le nombre d’Américains bénéficiant de bons d’alimentation dépasse maintenant les populations combinées de « Alaska, Arkansas, Connecticut, Delaware, District de Columbia, Hawaii, Idaho, Iowa, Kansas, Maine, Mississippi, Montana, Nebraska, Nevada , New Hampshire, Nouveau-Mexique, Dakota du Nord, Oklahoma, Oregon, Rhode Island, South Dakota, Utah, Vermont, Virginie-Occidentale, et Wyoming. »
  • Dans les années 70, environ un Américain sur 50 recevait des coupons alimentaires. Aujourd’hui, près d’un Américain sur six en dépend. Encore plus choquant est le fait que plus d’un enfant sur quatre est inscrit dans le programme de bons alimentaires.

Malheureusement, tous ces problèmes sont le résultat de notre long déclin économique. La vérité est que nous sommes au milieu d’un déclin économique à long terme, et que les choses vont devenir bien pire (3).

Une telle hécatombe sociale a produit hier le vote Obama et aujourd’hui le vote Trump.

En effet le travailleur « blanc » avait voté Obama pour se débarrasser de Bush et maintenant le travailleur « noir » ou « hispanique » vote Trump, malgré son racisme, notamment anti-hispanique.

En l’absence d’un parti communiste uni et fort, la majorité des travailleurs électeurs croient encore au « sauveur suprême ». Le capitalisme US en crise durable lamine sa propre population et l’enfumage de « l’American way of life » se dissipe pour laisser transparaître, sous le vernis médiatique et idéologique, l’ hideuse dévastation sociale et antidémocratique.

Il est clair que cette double expérience électorale, qui ne fera qu’empirer la situation sociale, favorisera le retour en force du combat de classe, en fécondant les organisations de classe syndicale et politique qui permettront de frayer la voie à l’avenir socialiste communiste des USA.

Même si comparaison n’est pas toujours raison, il est intéressant de signaler ce qui se passe sous le « socialisme de marché » ou capitalisme d’état chinois:

« Selon le Global Wealth Report (Rapport sur la richesse mondiale, ndlr) réalisé par le Crédit Suisse, il y a plus de personnes pauvres en Amérique du Nord qu’en Chine.

Selon les schémas présentés par le Crédit Suisse,

  • l’Amérique du Nord compte 10% des personnes les plus pauvres de la planète et 30% des personnes les plus riches.
  • L’Europe, dont la population est supérieure, a des indicateurs encore plus élevés — 20% des plus pauvres et 35% des plus riches.
  • En Chine, la part des personnes les plus pauvres est proche de zéro, celle des personnes les plus riches atteignant 7 ou 8% « (Sputnik).

A méditer, n’est-ce pas ? En effet on est là bien loin du slogan de la pensée unique libérale imposé par Thatcher puis Reagan : « there is no alternative ».

 

 

Les principales causes du vote Obama puis Trump

b) L’explosion des profits

Parallèlement à cette tragédie sociale qui met fin aux illusions entretenues d’un « paradis yankee », les dividendes redistribués aux actionnaires des monopoles capitalistes du Dow Jones font perdre la raison :

900 Milliards $ en 2014. Le Figaro.fr avec l’AFP en font ainsi un résumé alléchant pour les chasseurs de profits capitalistes :

« L’année 2014 a été un bon cru pour les actionnaires des entreprises cotées à la Bourse de New York: plus de 900 milliards de dollars leur ont été redistribués, un record, selon une étude de S&P 500 publiée lundi. Au total, les cinq cents entreprises cotées à Wall Street et reprises dans cet indice ont redistribué 903,7 milliards de dollars (827 milliards d’euros) à leurs actionnaires, contre 787,4 milliards de dollars en 2013, soit un bond de 14,8% sur un an, détaille cette enquête. Elles ont ainsi redistribué quasiment toute leur trésorerie, qui s’élevait à 1.333,2 milliards de dollars au 31 décembre, selon cette enquête. Dans le détail, les dividendes représentent 350,4 milliards de dollars de l’enveloppe totale, soit un niveau plus élevé qu’avant la crise, selon S&P Dow Jones qui gère cet indice. Les rachats d’actions comptent pour 553,3 milliards de dollars, en hausse de 16,3% sur un an. Outre les classiques dividendes, les entreprises ont recours de plus en plus aux rachats de leurs propres actions pour rémunérer leurs actionnaires. Le mécanisme est simple: quand une société rachète ses propres actions, elle les annule et augmente ainsi artificiellement la valeur des titres restants pour le plus grand bénéfice de leurs détenteurs. Par entreprise, c’est Apple (45 milliards de dollars en rachats d’actions) qui a le plus rémunéré ses actionnaires. Habitué des premières places, le géant pétrolier Exxon Mobil arrive deuxième, avec 13,18 milliards de dollars de rachats d’actions. Intel (10,79 milliards) complète le trio de tête » (4).

On voit ici que la hausse de la pauvreté aux USA est proportionnelle à la hausse de la plus-value empochée par les actionnaires, véritables propriétaires et donc véritables patrons des entreprises monopolistes capitalistes.

L’obtention d’un profit constitue le but et le moteur de tout détenteur de capitaux, lequel donc n’investira que s’il espère en tirer un taux suffisant rapporté à son investissement :

« Le taux de profit est la force motrice de la production capitaliste, et on n’y produit que ce qui peut être produit avec profit […] le taux de mise en valeur du capital total, le taux de profit, est bien l’aiguillon de la production capitaliste (de même que la mise en valeur du capital est son unique fin)… » (5).

Ce que décrit Marx ici a été relativement contenu jusqu’à un certain point à partir de 1917, et surtout de 1945 jusque dans les années 1989/91.

En effet, l’existence de l’URSS et du camp socialiste était un véritable épouvantail pour la bourgeoisie.

  • Les luttes des travailleurs aux USA et dans les pays de l’UE l’ont ainsi contraint à concéder des hausses de salaires et des conditions améliorées de travail et de vie, de peur de voir le socialisme réel se propager.
  • Cette période a pu ainsi durer jusqu’à la défaite de l’URSS et du camp socialiste.
  • C’est ainsi que le « compromis social » imposé à la bourgeoisie par le mouvement ouvrier a engendré la dite « société de consommation » à crédit et la dite « classe moyenne ».
  • Les peuples colonisés ont aussi obtenu, par leurs luttes, des indépendances réelles pour certains et nominales pour d’autres.
  • Mais ces conquis sociaux et démocratiques ont aussi été instrumentalisés par la bourgeoisie pour faire croire que le prolétariat a disparu.
  • Des monographies statistiques ont émietté les travailleurs en catégories pour les rendre invisibles en tant que classe sociale.
  • Le discours des opportunistes social-démocratisés s’y est adapté pour ne parler que des « classes moyennes » et de catégories socio-professionnelles de la soi-disant « société post-industrielle ».

L’élévation relative du niveau de vie dans les pays impérialistes consécutive aux luttes sociales et à la peur de la « contagion » socialiste a été modélisée et baptisée « l’American way of life » pour faire rêver et dés-idéologiser les travailleurs et les peuples. Le contre-modèle du socialisme réel a été présenté comme « l’erreur, l’horreur absolue et un accident de l’Histoire ».

L’existence de deux camps – l’un capitaliste impérialiste et l’autre socialiste – limitait objectivement l’internationalisation sauvage du capital que l’on appelle aujourd’hui « mondialisation ».

La sphère d’expansion du capital a été, dans un premier temps,

  • orientée vers les pays du Tiers Monde contre l’indépendance réelle où l’impérialisme a jeté toute sa force dans les guerres (Vietnam, Algérie, etc),
  • par les assassinats (Um Nyobé, Lumumba, les 500.000 communistes Indonésiens, Osendé Afana, Ben Barka, Cabral, Sankara, etc),
  • les coups d’état (Nkrumah, Allende, etc) et autres subversions et agressions multiformes contre les peuples.

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Et, à partir des années 70, la crise générale de l’impérialisme recommença à se manifester, engendrant l’adoption massive par la bourgeoisie et ses partis, d’abord de droite et puis sociaux-démocrates, du libéralisme sur fond d’introduction relativement massive des nouvelles technologies (robots, internet, etc).

Comme nous le citions dans notre brochure sur l’élection d’Obama, il y a plus de cent cinquante ans, vers 1858, dans une allocution pour le jubilé du journal ouvrier The People’s Paper sur la dialectique, Karl Marx faisait cette analyse qui trouve aujourd’hui un écho singulier :

« A notre époque chaque chose semble grosse de son propre contraire. Nous voyons les machines, qui possèdent la force merveilleuse de réduire et de rendre plus fécond le travail humain, en faire une chose rabougrie qu’elles consument jusqu’à épuisement. Par un étrange maléfice, les nouvelles sources de richesse se transforment en autant de sources de misère. On dirait que les conquêtes de la science doivent être payées du renoncement à tout ce qui a du caractère. Même la pure lumière de la science ne peut apparemment briller que sur le sombre fond de l’ignorance ».

La contradiction de base de l’époque de l’impérialisme est celle entre la socialisation mondialisée de la production et l’appropriation privée mondialisée des richesses produites par le travail.

C’est sur ce fondement là que se manifestent, sous des formes de plus en plus brutales, toutes les autres contradictions de l’impérialisme : capital / travail, impérialisme / peuples opprimés, capitalisme / socialisme. C’est sur ces contradictions fondamentales que l’impérialisme a tenté, en vain, de remettre le couvercle par sa théorie de la « fin de l’histoire ».

Toutefois l’encerclement capitaliste du camp socialiste et la trahison opportuniste des dirigeants révisionnistes anti-Marxistes-Léninistes débouchèrent sur la restauration du capitalisme en URSS et dans le camp socialiste à l’exception des rescapés qui résistèrent à la vague contre révolutionnaire que sont la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam et Cuba.

Ainsi relativement contenu jusqu’ici, le terrain de chasse aux taux de profits les plus élevés s’est de nouveau élargi à toute la planète, c’est ce que nous appelons la « re-mondialisation capitaliste ».

Cette « re-mondialisation » a tout de suite pris la forme visible d’offensives militaires de l’impérialisme en

  • Irak,
  • Yougoslavie,
  • Afghanistan,
  • Côte d’Ivoire,
  • Libye,
  • Mali,
  • tout le long du Sahel-Sahara,
  • Syrie.

Mais elle avait déjà pris, sur le plan économique, la forme insidieuse des délocalisations des productions industrielles vers la main d’œuvre sous payée de pays sous-développés, des externalisations ou des sous-traitances intra ou extra firmes multinationales.

La restauration du capitalisme dans l’ex-camp socialiste offrait du coup une main d’œuvre technique hautement formée mais sous payée, ce qui devait accentuer la mise en concurrence entre prolétaires à travers le monde par les patrons dans une logique de maximum de profit.

La mondialisation capitaliste, dont l’Union Européenne est une forme supranationale spécifique au sous-continent européen, organise ainsi la « concurrence libre et non faussée » pour les taux de profits les plus élevés dans le cadre de la division du travail entre les 28 puis 27 États et Nations.

Précisons toutefois que l’augmentation exponentielle des profits redistribués n’est nullement opposable à la loi de la baisse tendancielle des taux de profit découverte par Marx. C’est ce que confirme le résumé analytique d’un économiste canadien qui a travaillé sur le taux de profit aux USA depuis 1945:

  1. « D’abord, le déclin séculaire dans le taux de profit d’EU depuis 1945 est confirmé et en effet, sur la plupart des mesures, la rentabilité est près des abaissements de l’après-guerre.
  2. Deuxièmement, la cause principale de la chute séculaire est clairement une hausse de la composition organique de capital, donc l’explication de Marx de la loi de la tendance à chuter du taux de profit est aussi confirmée.
  3. Troisième, la rentabilité sur la plupart des mesures a atteint un niveau maximal à la fin des années 1990 après le redressement “néolibéral’. Depuis lors, le taux d’EU de profit a été statique ou chutant.
  4. Et quatrième, depuis environ 2010-12, la rentabilité a commencé à chuter de nouveau. Finalement, la chute du taux de profit aux EU a maintenant laissé place à une chute dans la masse de profits (…)

Au cours de la période entière, 1946-2015, le taux de profit est tombé de 30 % (la mesure de coût historique), tandis que la composition organique de capital est montée de 46 % et le taux d’exploitation est montés de 2 % » (6).

En fait la crise générale est le soubassement des récessions cycliques annoncées par la baisse tendancielle du taux de profit que Engels a résumé ainsi :

« …depuis 1825, date où éclata la première crise générale, la totalité du monde industriel et commercial, la production et l’échange de l’ensemble des peuples civilisés et de leurs satellites plus ou moins barbares se détraquent environ une fois tous les dix ans. Le commerce s’arrête, les marchés sont encombrés, les produits sont là aussi en quantités aussi massives qu’ils sont invendables, l’argent comptant devient invisible, le crédit disparaît, les fabriques s’arrêtent, les masses travailleuses manquent de moyens de subsistance pour avoir produit trop de moyens de subsistance, les faillites succèdent aux faillites, les ventes forcées aux ventes forcées.

L’engorgement dure des années, forces productives et produits sont dilapidés et détruits en masse jusqu’à ce que les masses de marchandises accumulées s’écoulent enfin avec une dépréciation plus ou moins forte, jusqu’à ce que production et échange reprennent peu à peu leur marche. Progressivement, l’allure s’accélère, passe au trot, le trot industriel se fait galop et ce galop augmente à son tour jusqu’au ventre à terre d’un steeple chase complet de l’industrie, du commerce, du crédit et de la spéculation, pour finir, après les sauts les plus périlleux, par se retrouver… dans le fossé du krach.

Et toujours la même répétition. Voilà ce que nous n’avons pas vécu moins de cinq fois déjà depuis 1825, et ce que nous vivons en cet instant (1877) pour la sixième fois » (7) .

En d’autres termes se succèdent les périodes de relatives accalmies et de récessions qui charrient la généralisation progressive du chômage, de la misère, de la précarité à toutes les couches du monde du travail et accentuent la course effrénée au profit maximum des capitalistes.

Contre l’ennemi Soviétique d’hier, les impérialistes US avaient noué une alliance « anti-laïque et anti-athée » avec le fanatisme religieux terroriste des Émirs des pétrodollars Wahhabites d’Arabie Saoudite, Salafistes du Qatar et Takfiristes. Confrontés à la crise systémique du capitalisme, les Bush et les Clinton ont profité de la défaite du camp socialiste pour se lancer dans une course guerrière pour préserver l’hégémonie mondiale du capitalisme des USA en Irak, Afghanistan, Libye, Syrie sur le contrôle des sources d’énergie que sont le pétrole et le gaz.

En fait l’OTAN a élargi ses bases pour encercler militairement la Russie et la Chine. L’agression contre la Yougoslavie, son démembrement et le réveil du Nazisme Ukrainien participent de cet objectif géopolitique et géostratégique US flanqué de l’UE.

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Le nouveau cycle des guerres coloniales s’est opéré jusqu’ici avec les mêmes alliés fondamentalistes religieux. Mais si l’hégémonie mondiale rapporte beaucoup au capitalisme US, elle lui coûte aussi cher, même très cher, et crée peu à peu à l’intérieur du pays les conditions d’une révolte populaire contre les fauteurs de misère et de guerres. L’illusion que le libéralisme amène la « prospérité » pour les patrons mais aussi pour les travailleurs s’estompe aussi, d’autant plus que les « classes moyennes » se paupérisant de plus en plus , cette soupape idéologique devient de moins en moins crédible.

 

Obama et Trump sont successivement apparus dans ces conditions comme les « sauveurs » qui vont « s’occuper du pays » et « désengager » les USA des bourbiers que les politiques de guerre des Bush et Clinton ont enfanté.

Sur ce point il faut observer que les votes Obama et Trump émanent de toutes les classes et couches sociales, principalement le monde du travail sans distinction de ‘race’, d’origine, de religion, de langue, qui, dans l’urne, ont manifesté chacune leur mécontentement face à l’establishment US.

L’histoire des USA comme puissance dominante du monde capitaliste est jalonnée d’une succession de politiques fondées sur la « doctrine Monroe », préconisant un relatif isolationnisme et/ou sur la « doctrine Wilson », impliquant une ingérence dans les affaires du monde.

Bush et Clinton représentent la « doctrine Wilson » et Obama et Trump la « doctrine Monroe ». Toutefois, il ne s’agit que de postures tactiques qui ne changent en rien le fond stratégique des objectifs de domination mondiale de l’impérialisme US contre son déclin inévitable.

Le fait que Trump se démarque de « l’anti-poutinisme » et de la russophobie de Obama/Clinton et des Hollande/Merkel est une approche tactique consécutive à la débâcle en cours consécutives aux provocations agressives, en Ukraine et en Syrie, de l’OTAN et de ses alliés Nazis et autocrates monarchistes intégristes des pétro-dollars.

Trump, tout comme Fillon ou Marine Le Pen cherchent aussi à rompre le front uni Russo-Chinois contre les fauteurs de guerre US et UE coalisés dans l’OTAN.

Pour bien comprendre les bouleversements en cours aux USA, ces brusques coups de volant vers le repli sur soi puis vers l’ingérence guerrière, il faut garder à l’esprit cet enseignement magistral de K. Marx :

« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de plein gré, dans des circonstances librement choisies; celles-ci, ils les trouvent au contraire toutes faites, données, héritage du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le berceau des vivants. Et au moment précis où ils semblent occupés à se transformer eux mêmes et à bouleverser la réalité, à créer l’ absolument nouveau, c’est justement à ces époques de crise révolutionnaire qu’ils évoquent anxieusement et appellent à leur rescousse les mânes des ancêtres, qu’ils empruntent noms, mots d’ordre, costumes, afin de jouer la nouvelle pièce historique sous cet antique et vénérable travestissement et avec ce langage d’emprunt » (8)

. (En effet Obama puis Trump jouent exactement aujourd’hui les rôles que d’autres ont joué tout au long du 19ème siècle dans le contexte du passage du système féodal au système capitaliste :

« C’est ainsi que Luther prit le masque de l’apôtre Paul, que la Révolution de 1789-1814 se déguisa alternativement en République romaine et en Empire romain, et que la Révolution de 1848 ne sut rien faire de mieux que de parodier tantôt 1789, tantôt la tradition révolutionnaire de 1793-1795. Il en est ainsi du débutant qui, ayant appris la langue nouvelle, la retraduit toujours en sa langue maternelle, mais il n’aura assimilé l’esprit de la langue apprise et ne pourra créer librement dans celle-ci que le jour où il saura s’y mouvoir sans nul ressouvenir et oubliera, en s’en servant, sa langue d’origine. (…) Camille Desmoulins, Danton, Robespierre, Saint-Just, Napoléon, les héros, ainsi que les partis et les masses de l’ancienne Révolution française, accomplirent sous le costume romain et avec des phrases romaines la tâche de leur temps : l’émancipation et la création de la société bourgeoise moderne. (…) Et ses gladiateurs trouvèrent dans les austères traditions classiques de la République romaine les idéaux et les formes d’art, les illusions dont ils avaient besoin pour se dissimuler à eux-mêmes le contenu étroitement bourgeois de leurs luttes et maintenir leur passion à la hauteur de la grande tragédie historique » (9).

Hier il s’agissait des acteurs de la révolution anti-féodale et anti-monarchiste pour « la création de la société bourgeoise », aujourd’hui il s’agit d’acteurs pour sauver l’impérialisme occidental de la décadence.

L’impérialisme US, dans son long et progressif déclin, ne fait-il pas tout simplement que tantôt faire parodier Wilson (après la première guerre mondiale) puis Truman (après la seconde guerre mondiale antifasciste) par Bush et Clinton puis tantôt faire parodier Monroe par Obama et Trump sur fond de tentative illusoire d’enrayer la décadence du capitalisme, arrivé à son stade suprême, dont les conséquences sont tragiques, pour les peuples victimes de ses guerres, et pour les étasuniens eux mêmes victimes des politiques libérales ?

Bernie Sanders catalyseur du réveil de la lutte des classes des travailleurs

Bernie Sanders a mené campagne lors des primaires du parti « Démocrate » pour l’assurance-maladie universelle et publique, une forte augmentation du salaire minimum, la gratuité des universités contre les diktats libéraux de Wall Street, des compagnies d’assurance, des fonds de pensions, des industries des énergies fossiles, des traités commerciaux comme CETA et TAFTA. Il s’est ouvertement prononcé contre le racisme, la ségrégation, la xénophobie, les meurtres racistes, les discriminations, les guerres coloniales, l’économie de la guerre permanente, etc.

Bernie Sanders s’est aussi positionné contre le colonialisme fanatique israélien en répondant à une question provocatrice d’Ezra Klein de Vox :

« Un sioniste ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Voulez-vous définir le mot ?

  • Est-ce que je pense qu’Israël a le droit d’exister ? Oui.
  • Est-ce que j’estime que les États-Unis devraient jouer un rôle impartial dans ses rapports avec la communauté palestinienne en Israël ? Oui, absolument. (…) Nous nous battons pour un Etat palestinien où les gens pourraient jouir dans ce pays d’un niveau de vie décent, ce qui n’est certainement pas le cas en ce moment.
  • Je pense que la plupart des observateurs internationaux diraient que les attaques contre Gaza étaient aveugles et que beaucoup de gens innocents ont été tués et ne devraient pas être tués. Israël a assassiné 10 000 innocents à Gaza en 2014 ».

Plusieurs syndicats de travailleurs, dont

  • le réseau syndical « labor for Bernie »,
  • le National Nurses United, principal syndicat d’infirmières et infirmiers avec 180 000 adhérents,
  • le Syndicat américain des postiers (APWU), qui en compte 200 000,
  • et celui des Travailleurs de la communication (CWA, 700 000 membres) lui ont apporté leur soutien contre les grandes centrales qui soutiennent traditionnellement le parti « Démocrate ».

Pas donc étonnant parce que

« le spectacle d’un candidat à l’investiture du Parti Démocrate qui s’arrête devant un piquet de grève  et prend la parole pour soutenir la lutte des grévistes, est suffisamment rare pour qu’il ne passe pas inaperçu , même par les médias des États Unis. Ceci est donc arrivé le lundi 11 avril à Times Square à New York. Le piquet de grève était de 40.000 travailleurs du géant des télécommunications Verizon, en lutte pour obtenir la convention collective refusée obstinément par le patronat, et le candidat était –évidemment- Bernie Sanders. Coup de pub électoral ? De la démagogie ? Du « populisme » ? Rien de tout ça, tout simplement cohésion et continuité d’une vie passée aux cotés des travailleurs. D’ailleurs, la dernière fois que Sanders avait fait exactement la même chose, c’était il y a seulement quelques mois, en octobre passé, à un autre piquet de grève, toujours a Manhattan » (10).

Même si

« sa vision du « socialisme » évoque l’ancien premier ministre suédois (1969-1976 puis 1982-1986) Olof Palme, cet ancien militant de la Ligue des Jeunes Socialistes (YPSL) et de la lutte pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, enregistre en 1979, pour le compte du label Folkway Records, les discours de celui qui fut cinq fois candidat du Parti socialiste d’Amérique à l’élection présidentielle, Eugene V. Debs. Il donne ainsi une seconde jeunesse à des déclarations telles que « Je ne suis pas un soldat capitaliste, je suis un révolutionnaire prolétarien » ou « Je suis opposé à toutes les guerres à l’exception d’une seule ». Des professions de foi à contre-courant dans un pays qui se prépare à embrasser la contre-révolution reaganienne » (11).

Et M. Sanders décrit sa candidature comme une tentative d’en finir avec la dispersion des forces de gauche étasuniennes :

« Si je me présente, c’est pour contribuer à former une coalition qui peut l’emporter, qui peut transformer la politique » (idem).

La référence osée de Bernie Sanders à Eugène Debs indique que sa candidature annonce tout simplement la reprise de la lutte des classes aux USA. En effet Eugène Debs est un bolchevik à propos duquel Lénine a écrit :

« Je me rappelle aussi les paroles d’Eugène Debs, un des chefs les plus aimés du prolétariat américain, qui écrivait dans l’Appel à la Raison (Appeal to Reason) – à la fin de 1915, je crois – dans son article « What shall I fight for » (« Pour quoi je me battrai »), (j’ai cité cet article au début de 1916 dans une réunion publique ouvrière tenue à Berne, en Suisse),

  • – que lui, Debs, se ferait fusiller plutôt que de voter des crédits pour la guerre actuelle, criminelle et réactionnaire ;
  • – que lui, Debs, ne connaissait qu’une seule guerre sainte et légitime aux yeux des prolétaires : la guerre contre les capitalistes, la guerre pour affranchir l’humanité de l’esclavage salarié » (Lettre aux ouvriers américains, « Pravda » n° 178, 22 août 1918).

On comprend qu’un tel candidat ait été vilipendé et que l’on ait usé de la fraude pour imposer la libérale et criminelle H. Clinton, laquelle va perdre justement les fameux « États clefs » face à Trump après les avoir perdu face à Sanders lors des primaires.

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Et une étape de plus sur le chemin de la révolution socialiste-communiste aux USA

L’imaginaire qui a été construit par la toute puissance de « l’American way of life » est que la révolution communiste est « impossible » aux USA. Même des militants se réclamant du communisme s’y sont laissé prendre. Trop souvent, on réduit les luttes sociales aux USA aux luttes des minorités nationales, amérindiennes, noires ou hispaniques en érigeant ainsi le racisme, la ségrégation raciale comme une muraille de Chine infranchissable entre les minorités nationales et la majorité « white ».

La division raciale a été instrumentalisée par le capitalisme US pour empêcher l’unité des travailleurs. Les USA ont été historiquement le laboratoire le plus abouti pour la mise en pratique du principe « diviser pour mieux régner ».

A la base de cette stratégie historique, il y a le fait que le capitalisme US s’est bâti sur deux piliers:

1 – l’exploitation de classe et l’oppression nationale génocidaire des Amérindiens d’une part,

2 – l’esclavage des Noirs et la ségrégation raciale des Noirs, des hispaniques, des Asiatiques, etc. d’autre part.

Les luttes justes pour les droits civiques, pour l’égalité des droits contre le racisme d’Etat US ont été confinées dans une optique de démocratisation non racialisée du système capitaliste et impérialiste.

C’est l’idéologie social-démocrate des « réformes humanisantes » qui a prévalu et non celle de la révolution anti-capitaliste, y compris même chez les plus radicaux des mouvements anti-racistes aux USA. C’est pourquoi le mouvement des droits civiques a débouché, au mieux, sur l’émergence d’une « classe moyenne », voire d’une bourgeoisie Noire et Hispanique.

Le Parti Communiste des USA a été miné, sous Forster et Lovestone, par les effets de cette stratégie de la bourgeoisie étasunienne et s’est ainsi embourbé dans l’incapacité de lier luttes sectorielles justes démocratiques des minorités opprimées et luttes générales de l’ensemble du mouvement ouvrier, uni pour renverser le capitalisme.

Rappelons que la « commission Noire » de l’Internationale Communiste a produit des documents d’un intérêt majeur sur la « question nationale noire aux USA et en Afrique du Sud » en 1928 qui restent de nos jours d’une grande actualité.

C’est la déviation opportuniste vis à vis de ces documents qui a conduit à l’effacement progressif du rôle dirigeant des communistes dans les luttes contre l’apartheid US, qui a favorisé l’hégémonie des Garveyistes, puis de Martin Luther King, des Black Panthers et même de Malcom X.

On sait ce qu’il est advenu: assassinats de Martin Luther King et de Malcom X, emprisonnements et exils forcés, etc , et, à partir de là, intégration d’une « classe moyenne » qui est devenue la face visible mais trompeuse de « l’American way of life ».

Il est significatif que le Washington Post ait attaqué Bernie Sanders lui reprochant de ne pas savoir « parler des questions de race sans tout ramener à la classe et à la pauvreté » (12). Le comité de rédaction de ce journal des milliardaires pro – parti « Démocrate » explique que

« le système – et par là nous entendons la structure constitutionnelle d’équilibre des pouvoirs – implique que les législateurs se contentent de changements graduels. M. Obama a orchestré plusieurs réformes ambitieuses, certes incomplètes, mais qui ont amélioré la vie des gens pendant que les idéologues des deux camps se gaussaient » (idem).

Accusant Sanders et Trump de mener « une bataille des extrêmes », le journal conclut:

« Le progrès viendra de dirigeants qui ont des principes mais qui sont prêts à bâtir des compromis, qui acceptent le changement graduel, qui admettent ne pas avoir le monopole de la sagesse » (idem).

Ces sorties sur le « gradualisme » expriment en réalité la peur de la bourgeoisie de la convergence des préoccupations prioritaires qui se manifeste dans les urnes entre votes des « Whites », des « Noirs » et des Hispaniques dans les deux directions, celle de Trump et celle de Sanders.

En effet les votes, bien que différents, expriment une préoccupation majeure principale: il nous faut du boulot, il nous faut avec nos familles pouvoir se soigner, aller à l’école et se loger décemment.

C’est la base d’une jonction entre luttes sectorielles contre les discriminations raciales, linguistiques, culturelles, religieuses et luttes globales contre le système capitaliste. Voilà ce qui inquiète les milieux bourgeois des USA.

L’élection d’Obama est, sur le fond, l’expression des luttes sectorielles contre l’oppression nationale dans le cadre de la recherche d’une solution globale à la paupérisation globale et celle de Trump exprime la « revanche des Whites » mais toujours dans le cadre d’une recherche de solution à la paupérisation globale.

C’est en cela que la double expérience Obama et Trump est porteuse d’une équation qui ne peut être résolue que par la révolution socialiste communiste parce que le déclin de l’impérialisme a atteint un tel degré de pourrissement et de putréfaction que le besoin du facteur subjectif, c’est à dire le Parti Communiste, apparaît comme une nécessité impérieuse, pratique et concrète.

C’est donc à la combinaison de la contradiction capital-travail et de la contradiction entre le capitalisme et l’oppression des minorités nationales aux USA que pensait certainement Fidel Castro quand il déclarait : « On verra une révolution victorieuse aux Etats-Unis avant une contre révolution victorieuse à Cuba » (13 mars 1961, un mois avant l’agression US de la Baie des cochons).

Le déclin des USA, impérialisme dominant surtout depuis 1945, est aussi un facteur qui impulse la montée des contradictions inter-impérialistes avec l’UE sous domination allemande.

Cette contradiction, insidieuse jusqu’ici, commence à se manifester de plus en plus ouvertement avec l’élection de Trump. Insidieuse parce que deux rapports du Pentagone donnaient des indications sur « les voies et moyens de dissuader toute nation ou groupe de nations de concurrencer les USA» (13).

Et le sénateur US David L. Boren, président de la commission chargée des questions de renseignement déclarait assez prophétiquement :

« nous avons eu des relations étranges et symbiotiques avec l’URSS (…). Le déclin de l’Union Soviétique (…) pourrait tout aussi bien entraîner le déclin des États-Unis (…). Les pays européens, le Japon et d’autres pays ont volontiers accepté la direction américaine au cours des décennies passées. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient besoin de nous (…). Seront-ils désireux, dans ce nouveau contexte, d’accepter la direction des États Unis comme c’était le cas il y a quelques mois ? Je ne le pense pas » (idem).

Toutefois, disons-le tout net: si ce qu’annonce la candidature de Sanders ne se réalise pas à moyen terme, la menace d’une guerre mondiale plane sur nos têtes.

En effet l’hégémonie mondiale multiséculaire de l’impérialisme occidental ne peut être préservée à terme qu’au prix de la guerre contre la Russie bourgeoise et la Chine rescapée de la défaite du camp socialiste. Il n’est point besoin de développer outre mesure les conséquences pour l’humanité d’une telle perspective.

Alors, en cette veille du 100ème anniversaire de la Révolution d’Octobre 1917, au boulot camarades! L’avenir communiste inévitable de l’humanité réside dans la capacité des communistes dans chaque pays à mettre en pratique la devise plus que jamais d’actualité: Prolétaires de tous pays et peuples opprimés, unissez-vous!

Source: Investig’Action


Références

(1) Université de Sherbrooke

(2) Entretien avec le Washington Post

(3) SHTFplan.com

(4) Le Figaro.fr avec AFP 23/03/2015

(5) K. Marx, Livre III du Capital

(6) www.les7duquebec.com

(7) F. Engels, Anti-dürhing

(8) K. Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte

  1. Idem

    (10) www.cadtm.org

    (11) Monde Diplomatique janvier 2016

    (12) Monde Diplomatique, décembre 2016

    (13) Monde Diplomatique avril 1991


note Sans a priori : Investigactions c’est > Qui sommes-nous ?

Investig’Action est un collectif fondé par Michel Collon en 2004. Il regroupe des journalistes, des écrivains, des vidéastes, des traducteurs, des graphistes et toute une série d’autres personnes qui travaillent au développement de l’info alternative. Parce qu’on ne peut laisser des médias dominés par la logique marchande monopoliser l’information sur les guerres, l’économie et les rapports Nord-Sud, Investig’Action milite pour donner la parole aux sans-voix.

Michel Collon est écrivain et journaliste indépendant. Destiné à une belle carrière d’avocat, il délaisse le barreau pour l’usine où il s’engage dans la lutte syndicale. Après avoir milité durant de longues années au sein de diverses associations et collaboré pour le journal Solidaire, Michel se fait connaitre du grand public en 1992 avec Attention, médias !, un ouvrage qui démonte les mensonges de la première guerre d’Irak. Un tournant dans le combat de l’ancien syndicaliste ? Pas vraiment. On pourrait plutôt parler d’une suite logique. En effet, l’exploitation des travailleurs, les guerres pour le fric et les manipulations médiatiques… Tout est lié. Et Michel n’aura de cesse de le démontrer tout au long de son travail : missions d’observation en Yougoslavie, en Irak, au Venezuela ou en Libye, livres sur l’Otan, Israël et Chavez, production de films sur le Kosovo, l’Amérique latine ou l’Afrique…

C’est un fil rouge dans le travail de Michel et d’Investig’Action. Ce système qui exploite les travailleurs pour enrichir les 1 % produit également des guerres. De plus, les médias dominants désinforment systématiquement sur ces conflits en appliquant les cinq principes de la propagande de guerre. Parce qu’ils sont la propriété des 1 %, parce qu’ils s’inscrivent dans une logique marchande, parce que les conditions de travail y sont incompatibles avec une info de qualité, les médias dominants relaient l’idéologie dominante et nous vendent des guerres « humanitaires »,,,

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sources/

http://www.investigaction.net/usa-donald-trump-ou-la-fin-de-lamerican-way-of-life-1ere-partie/

http://www.investigaction.net/usa-donald-trump-ou-la-fin-de-lamerican-way-of-life-2eme-partie/

http://www.investigaction.net/usa-donald-trump-ou-la-fin-de-lamerican-way-of-life-3eme-partie/