1439 – 10 Mauvais Arguments contre le Végétarisme

21 septembre 2016

arguments contre le végétarisme

Lorsque l’on décide de ne plus manger d’animaux et que l’on en parle autour de soi, des mauvais arguments contre le végétarisme, on en entend beaucoup. Tout le monde ne sait pas y répondre ; parce que parfois on devient d’abord viscéralement végétarien avant de s’intéresser à, disons, la théorie.

Parfois, c’est l’inverse. Ce sont les livres, les documentaires, les discussions et tous les discours de l’éthique animale en fin de compte qui nous poussent vers le végétarisme. Dans ce second cas, on est mieux armé contre la critique.

Il est plus facile de répondre à un carniste taquin, un bien joli pléonasme vous en conviendrez, lorsque l’on s’est informé soi-même et que déconstruire un sophisme est un exercice auquel on est préparé.

Mais c’est quoi d’ailleurs, le carnisme ? Insolente Veggie l’explique parfaitement et avec humour dans cette planche. Pour faire simple, il s’agit d’une idéologie violente selon laquelle il est normal, naturel et nécessaire de manger de la viande. Sa défense se base sur des croyances et des mythes que l’on se transmet de génération en génération sans la plupart du temps les questionner, c’est bien là le fond du problème.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Pimorn Senakat 

En y pensant simplement, avons-nous fait le choix délibéré de manger de la viande – et plus largement des produits animaux ? N’est-ce pas juste par habitude ? Par goût – et on ne sait que trop bien à quel point le goût est culturel ? Parce que tout le monde s’en nourrit ? Parce que c’est comme ça et c’est tout ?

Le carnisme est dépendant de notre cécité volontaire. C’est confortable de ne pas remettre en cause nos habitudes et globalement, le système en place ; bien aidé par notre chère dissonance cognitive qui a l’art et la manière de trouver des justifications à tous nos comportements, même les plus immoraux.

Nous sommes conditionnés pour manger de la viande. Acheter une barquette de blancs de poulet est un acte banal, quotidien, désanimalisé, innocent. Innocent ?

Cet article, j’aimerais qu’il ait deux échos. D’abord, qu’il apporte quelques pistes de défense – à approfondir – aux végétariens qui ne savent pas quoi répondre à ces arguments contre le végétarisme qui reviennent inlassablement. Et puis, qu’il parle aussi à ceux qui utilisent, justement, ces arguments contre le végétarisme. Non pas pour placer le végétarien dans la position de celui qui sait et qui détient la vérité absolue ; mais plus pour que l’on prenne la mesure, ensemble, de toutes ces mauvaises excuses qui perpétuent l’idéologie violente qu’est le carnisme.

Déconstruire modestement les mythes – si le sujet vous intéresse vraiment, je vous invite à lire Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons les cochons et portons les vaches de Mélanie Joy qui le fait mille fois mieux que moi – pour comprendre et avancer. Il est temps d’ébranler le Statu quo, vous ne pensez pas ?

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Troels Klausen

Avant toutes choses, comprenez le terme végétarien ici dans son acception la plus large, à savoir qu’elle englobe aussi le végétalisme : les contre-arguments sont les mêmes dans un cas comme dans l’autre. Par ailleurs, cet article ne saurait être exhaustif et devra peut-être donner lieu à un second.

Enfin, ne voyez aucune forme de moralisation dans les lignes qui vont suivre, l’idée n’est pas de pointer du doigt qui que ce soit mais bien de se poser des questions, de réfléchir et de savoir quel genre d’être humain on a envie d’être.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Johan Swanepoel

1. Parce que c’est la loi de la nature

L’argument « loi de la nature » n’est pas valable pour nous, animaux humains sociaux. Nous avons la raison, nous sommes des agents moraux – c’est à dire que nous portons l’entière responsabilité de nos actes, j’explique cette notion plus en détails ici – et vivons dans une société régie par des lois qui n’ont rien à voir avec la nature. Les autres animaux n’ont aucune idée de ce qui est bien ou de ce qui est mal. D’ailleurs, il n’y a ni bien ni mal dans la nature, elle est ainsi faite. Pouvons-nous juger une lapine qui dévore le plus faible de ses lapereaux ?

Quand une lionne tue une gazelle, son acte n’est pas comparable à notre consommation carnée qui implique des élevages, des antibiotiques, des abattoirs, de la cellophane et des distributeurs. Notre instinct de survie ne s’exprime pas dans les rayons d’un Monoprix.

La loi de la nature, c’est la loi du plus fort. Dans un état de nature, il suffirait de tuer l’autre pour obtenir ce que je souhaite : je veux cette pomme, toi aussi, très bien, affrontons-nous, celui qui survivra pourra manger le fruit convoité. Cela ne fonctionne pas ainsi chez nous. Nos lois nous permettent de vivre ensemble plus ou moins en harmonie et nous préservent d’un état de guerre permanent où nous évoluerions dans la crainte et dans la barbarie.

Nous sommes des êtres de culture. Nous ne chassons plus depuis bien longtemps notre nourriture, et si l’on cherche à se mettre au même niveau qu’un prédateur pour justifier notre régime alimentaire et par conséquent, l’exploitation animale : pourquoi avons-nous tant de mal à reconnaître leurs capacités cognitives et donc les devoirs moraux que nous avons envers eux ?

Darwin écrivait en 1838 dans son Notebook B. : « Les animaux dont nous avons fait nos esclaves, nous n’aimons pas les considérer comme nos égaux »

Et pourtant, lorsque cela nous arrange, nous trouvons valable de comparer nos comportements aux leurs. Vous voyez comme la dissonance cognitive nous pousse dans un système de pensée extrêmement paradoxal pour apaiser notre culpabilité ?

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Amine Fassi

2. Parce que l’on est fait pour manger de la viande

La question n’est pas de savoir si nous sommes faits pour manger de la viande mais plutôt est-ce moral dans une société où l’on peut parfaitement s’en passer de continuer d’en consommer ?

Bien-sûr, on pourrait évoquer tous ces détails anatomiques et physiologiques qui indiquent qu’au contraire, notre organisme n’est pas tout à fait adapté à la consommation de viande : intestin trop long, digestion très lente, absence de griffes, canines courtes, molaires plates pour mâcher, etc. On pourrait également parler des maladies engendrées par une alimentation trop riche en produits animaux ; mais nous ne ferions pas avancer le débat.

Si autrefois, manger de la viande nous était inévitable par certains aspects – conditions climatiques ou mode de vie nomade pour ne citer que ces deux exemples – aujourd’hui, il est compliqué de se réfugier derrière l’argument de la survie.

On proclame donc que l’on est fait pour manger de la viande, c’est normal, c’est naturel, c’est nécessaire. La fameuse règle des trois N de Mélanie Joy.

Un paradigme (ce diaporama explique clairement et en images ce qu’est un paradigme, vous verrez que le terme s’applique très bien au carnisme) partagé par une grande majorité des gens. Ne mangeons-nous pas de la viande par tradition, par mimétisme, par habitude ? Vous êtes vous déjà demandé si vous étiez fait pour manger des pommes ? Et auquel cas, sommes-nous obligés de manger des pommes ?

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Sarah Thompson-Akers

3. Parce que sinon les espèces que l’on mange vont s’éteindre

Que préférerions-nous ? Survivre dans des conditions déplorables, malades, bourrés d’antibiotiques pour ne pas mourir avant l’heure, ne pratiquement jamais voir la lumière du jour, être dans la totale incapacité d’exprimer nos penchants naturels (pour les poules, il s’agit par exemple d’étendre leurs ailes, de se rouler dans la terre pour prendre des bains de poussière, etc.), développer des comportements compulsifs avant d’être tué à la chaîne comme le sera notre pauvre descendance ? Ou ne tout simplement pas vivre ?

Bien-sûr, il n’est à n’en point douter qu’il existe des élevages respectueux où les animaux ont une plus belle vie que celle de leurs petits copains nés dans de grosses exploitations mais les récentes images des abattoirs de Vigan révélées par l’association L214 nous ont montré que bio ou pas bio, local ou pas local, petit agriculteur ou pas petit agriculteur : tous les animaux sont abattus dans la souffrance.

N’est-ce pas marcher sur la tête que de se soucier de la perpétuation de la vie d’espèces que nous élevons principalement pour les exploiter ?

Par ailleurs, les animaux n’ont pas besoin de nous. Ils savent naturellement se réguler ; c’est pour cette raison que l’argument de la régulation des espèces par la chasse n’est pas valable – ici un court article édifiant à ce sujet que je vous invite chaleureusement à lire et où vous apprendrez, entre autres, que chaque année 20 millions d’animaux sont élevés ou importés dans l’unique but d’être relâchés afin d’offrir suffisamment de divertissement aux chasseurs. Lorsqu’une espèce prolifère, c’est généralement que l’Homme a mis son grain de sel quelque part : mauvaise gestion des déchets, destruction des prédateurs, etc.

L’ironie du sort de cet argument visant à assurer le maintien en vie d’animaux destinés à être mangés, c’est que l’élevage intensif participe de la disparition de centaines d’espèces par an notamment à cause de la déforestation – pour avoir toujours plus d’espace pour cultiver des végétaux qui nourriront les animaux que nous mangerons ensuite – détruisant ainsi l’habitat d’une faune variée.

Sans parler de nos ressources en eau que nous épuisons chaque année un peu plus. Rappelons que pour produire 1 kilo de viande de bœuf, il faut 15 550 litres d’eau ! Quand on sait qu’un français non-végétarien, selon une association végétarienne citée par Aymeric Caron dans son No Steak, mange en moyenne au cours de sa vie à lui seul 6 à 7 bœufs, 33 cochons, 1 à 2 chèvre(s), 9 moutons, 1300 volailles, 60 lapins ; soit près de 1500 animaux d’élevage et une tonne d’animaux marins, ça en fait de l’eau hein ?

Ce site propose d’ailleurs plusieurs compteurs déclenchés à partir de votre connexion ainsi que du 1er janvier de l’année en cours, ça donne le tournis…

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Stéfane Gautier

4. Parce que les carences alimentaires

L’argument des carences est, dans le fond, assez cocasse. Soudainement, parce que vous ne mangez plus d’animaux, on se soucie de votre santé et on se mêle de votre équilibre alimentaire ; alors que quelques années auparavant, vous mangiez deux McDo par semaine, grignotiez des bonbons à longueur de journée, dîniez des chips et du saucisson ; et personne ne trouvait à redire. En revanche, en arrêtant de manger de la chair animale et des produits animaux, tout en augmentant sa consommation de végétaux parallèlement, bizarrement, on s’inquiète.

Pourquoi ? A cause de ces sacro-saintes protéines et de la réputation que celles d’origine végétale sont de moindre qualité comparativement aux protéines animales, prétendument, essentielles au bon équilibre de notre régime alimentaire.

Il est vrai que la protéine contenue dans la chair animale est plus facilement assimilable par le corps humain – si l’on voulait manger des protéines hautement assimilables, il faudrait devenir anthropophages : ça tente quelqu’un ? L’organisme des animaux que nous consommons fait le travail à notre place en synthétisant les acides aminés ; ainsi, en mangeant sa chair, on retrouve 8 acides aminés essentiels qui sont par ailleurs dans les végétaux.

Puisque ni vous, ni moi sommes nutritionnistes ; penchons-nous sur ce que dit l’ADA (American Dietetic Association) qui compte plus de 70 000 nutritionnistes : «Les alimentations végétariennes planifiées de façon appropriée, y compris l’alimentation végétalienne, sont bonnes pour la santé, représentent une nutrition adéquate, et apportent des bienfaits pour la santé, pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les alimentations végétariennes sont appropriées durant toutes les étapes de la vie, y compris la grossesse, la lactation, la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, et pour les athlètes.»

Globalement, aujourd’hui, nous mangeons trop de protéines. Dans ce rapport de l’OMS (à la page 23), nos besoins quotidiens en protéines sont estimés entre 0,6 g/kg et 0,8 g/kg. Si on pèse 60 kg, on aurait donc besoin en moyenne de 50 grammes de protéines par jour. On y arrive vite. Très vite – même avec des végétaux.

Enfin, demeure le problème de la vitamine B12, la seule que l’on ne trouve pas dans les végétaux. Nous n’en avons pas besoin de beaucoup, mais il nous en faut quand même car elle est indispensable pour fabriquer des plaquettes ainsi que des globules blancs et rouges. La vitamine B12, on la trouve dans le jaune d’œuf et dans la viande mais les animaux destinés à la consommation, sont eux-mêmes supplémentés car ils sont incapables de la fabriquer eux-mêmes.

Auparavant, lorsqu’ils étaient élevés dans la nature (du moins, dans de bonnes conditions, libres de paître et quand nous n’avions pas encore détruit nos sols avec des cocktails d’engrais en tous genres) la supplémentation n’avait pas lieu d’être. Par soucis d’efficacité, je vous citerai ce passage de l’introduction au livre de Marie, Vegan qui explique bien le problème de la B12 : « Dans la nature, elle est produite par des bactéries. Trop difficile à synthétiser, elle est fabriquée en usine par des processus de fermentation […]. En effet, l’alimentation contemporaine du bétail est fortement carencée en vitamine B12 […]. Lorsque nous mangeons de la viande ou des produits d’origine animale, l’animal sert d’intermédiaire entre les usines à vitamine B12 et nous. Les végétaliens choisissent de consommer directement cette dernière sous forme de suppléments ou d’aliments enrichis en B12, comme certaines céréales au petit déjeuner.«

Vous l’aurez donc compris, ni la chair animale, ni les produits animaux nous sont indispensables pour être en bonne santé.

En France, les lobbies ont à ce point la dent dure que la viande continue d’être largement recommandée, voire carrément imposée dans les cantines scolaires.

Dans ce document de recommandations nutritionnelles à mettre en place dans les restaurations collectives réalisé par le Ministère de l’Economie et des Finances (oui, vous avez bien lu, je ne me suis pas trompée de Ministère), l’occurrence « viande » revient 125 fois et aucune mention des alternatives végétariennes : « Un plat protidique à base de protéines végétales ou de protéines laitières est considéré comme un plat protidique si la portion de protéines est présente dans le plat à hauteur d’au moins 70% de la portion de protéines recommandée sous forme de viande, poisson ou œuf« .

Tout est dit. Envisagez-vous vraiment que ces recommandations tiennent la route quand on voit par qui elles ont été rédigées ? Croyez-vous que les conseils nutritionnels donnés par des instances de l’Etat soient tout à fait objectifs, impartiaux et pensés pour le bien de votre santé ?

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Eduardo Gonzalez

5. Parce que les végétaux, ils souffrent aussi

On a certes encore de nombreuses avancées à faire dans la connaissance de notre environnement et il n’est pas impossible que dans quelques années, on découvre que les plantes ont une forme de « conscience ». On raconte d’ailleurs souvent que certaines fleurs pousseraient mieux si on leur parle ou on leur faire écouter de la musique classique – de jolies fables anthropomorphiques que l’on est incapable de prouver scientifiquement.

Mais en fait… Si les plantes souffraient réellement d’être cueillies, puis mangées ; qu’est-ce que cela changerait ? Ça soulagerait notre conscience, tout le monde souffre alors allons-y gaiement, il faut bien manger ?

On comprend bien que cet argument n’est avancé que pour mieux continuer d’exploiter les animaux en toute impunité. Si les personnes qui évoquent le fameux cri de la carotte étaient sincèrement sensibles au sort des végétaux, ils ne mangeraient certainement pas de viande quand on sait qu’il en faut 7 kilos pour produire un seul de viande.

Yves Bonnardel dans les Cahiers Antispécistes a posé quelques réflexions autour de la présumée souffrance des végétaux. Aujourd’hui, on estime que pour être capable de ressentir de la douleur, il faut posséder un système nerveux. Tous les animaux ne souffrent pas de la même façon puisque cette souffrance est dépendante de la complexité de ce système à laquelle on ajoute une part de conscience de son environnement. Ils ressentent du bien-être, du plaisir, de la peur, de la crainte, de la douleur ; on a encore rien observé de tel chez les végétaux.

On pourrait aussi parler de l’intérêt à vivre des animaux versus celui des végétaux ; car non seulement ces premiers expriment des émotions, mais ils ont aussi un plus grand intérêt à persévérer dans leur existence, à vivre du fait de la multitude d’interactions qu’ils ont avec le monde et par extension, de leurs capacités cognitives. Si ce sujet vous intéresse particulièrement, cet article de Gary Francione vous éclairera davantage sur cet intérêt à vivre des animaux non-humains.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Roeselien Raimond

6. Parce que le chômage

Ce sixième argument est celui que Jean-Baptiste Jeangène Vilmer appelle l’alibi économique dans son Ethique animale. Y répondre est simple : on ne peut pas cautionner l’exploitation animale parce qu’elle crée des emplois. On ne mesure pas la valeur éthique d’un travail parce qu’il permet à des familles de vivre. Les champs de coton aussi faisaient travailler des gens, les guerres font fonctionner l’industrie de l’armement, les bourreaux ont aussi des factures à payer, etc.

Toutes les évolutions sociétales ont impliqué la disparition de certains métiers. L’essor du végétarisme et du véganisme ouvre au contraire la voie au développement d’alternatives, de nouvelles cultures et donc de nouveaux emplois. Il n’y aura pas plus de chômage, il y aura des activités différentes qui, à n’en pas douter, seront également plus respectueuses des êtres humains et de la planète.

Il faut savoir que la plupart de la viande qui est consommée en France et dans le monde est issue de l’industrie de masse. On donne rarement son argent au boucher du coin ou au petit éleveur sympa – un argument souvent avancé concernant le foie gras. En passant par des AMAP ou des coopératives, c’est déjà mieux. Et mieux c’est préférable à rien du tout.

Nous ne serons jamais tous végétariens mais il est clair, que les habitudes alimentaires des uns et des autres tendent à changer et à se végétaliser davantage par la force des choses : on met de plus en plus à jour ce qui se passe dans les élevages industriels et les abattoirs, les problèmes sanitaires, l’impact de la consommation d’animaux et de produits animaux sur la santé et sur l’environnement, etc.

Ce changement devrait-il être évité au prétexte que l’état actuel des choses crée de l’emploi – et il faut voir quels genres d’emplois, si vous avez un peu de temps lisez ce témoignage d’une étudiante en médecine vétérinaire qui a fait un stage dans un abattoir ?

En réduisant ou en supprimant notre consommation d’animaux et de produits animaux, on pousse les industriels à s’adapter ainsi qu’à ralentir la cadence, laissant peut-être plus de place au respect des animaux dans les élevages et les abattoirs – je précise que je suis pour la fermeture des abattoirs mais que je suis pragmatique et ai conscience que le changement ne se fera pas du jour au lendemain.

Moins de demandes pour la viande et plus d’offres pour les alternatives végétales : tout le monde y gagnera, vous verrez.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : René Visser

7. Parce que le soja est mauvais pour la santé et déforeste

C’est vrai, le soja participe à la déforestation. Un rapport de WWF montre que 90 % des importations de soja en France depuis le Brésil et l’Argentine le sont pour l’alimentation bovine et comme la consommation de viande va en s’accroissant, la culture du soja – qui a doublée en 10 ans – grignote toujours un peu plus les terres de la forêt d’Amazonie.

La France est le troisième importateur mondial de soja brésilien. Et vous l’avez compris, ce n’est pas pour nourrir les végéta*iens. Par conséquent, si l’on a vraiment envie de ne pas [trop] participer à la déforestation, le mieux est justement de réduire sa consommation de viande voire de ne plus en manger du tout.

Des marques végétariennes – comme Soy – sont souvent transparentes sur la provenance de leur soja qui est issu de l’agriculture biologique dans le Sud-Ouest de la France la plupart du temps.

Quant à dire que le soja est mauvais pour la santé, les études se contredisent et démêler le vrai du faux, me semble très compliqué – encore une fois, je ne suis pas spécialiste mais cet article démonte à peu près tout ce que l’on peut entendre de mal au sujet du soja.

On incrimine cette plante en particulier car elle contient des phyto-œstrogènes qui pourraient perturber le cycle menstruel ou pire, provoquer des cancers ; mais beaucoup d’autres plantes en contiennent aussi comme les graines de lin, de sésame, les cacahuètes, etc.

Il faut relativiser. Si le soja contient certes des œstrogènes, les produits animaux crèvent le plafond hormonalement parlant. Par ailleurs, cette plante a de nombreuses vertus et il semblerait que l’on tape un peu trop gratuitement sur elle. Allez savoir pourquoi… Mon conseil ? Comme pour tout, la modération est votre meilleure amie.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Denis Dumoulin

8. Parce que c’est bon un steak bien saignant

Une provocation pure et simple que de nombreux végéta*iens ont dû au moins entendre une fois depuis qu’ils ne mangent rien d’autre que du quinoa et des lentilles – bah c’est vrai, quoi d’autre ?

C’est l’argument du pauvre par excellence. Pourquoi certains omnivores se sentent-ils toujours obligés, à un moment donné, de dire : ah nan mais moi, la viande, j’aime trop ça. Rien que d’en parler, j’ai envie d’un poulet grillé.

Nul besoin d’avoir fait l’ENS pour comprendre que les végéta*iens dérangent et que la tentation de les dénigrer est très forte – même lorsque les intéressés n’ont pas ouvert la bouche. Une ou plusieurs raisons à cela ? Dans notre société, la plupart du temps, on devient végéta*ien étant donné que la norme et l’habitude acquise est de manger de la viande/des produits animaux. La majorité d’entre nous mange selon cette norme sans jamais y avoir vraiment réfléchi et est resté fidèle à ce que l’on nous a imposé depuis notre plus jeune âge par conditionnement.

Le végéta*ien fait un travail sur lui-même pour se déconditionner et remettre en question tout ce qu’il croyait vrai jusque là. Ce déconditionnement peut avoir plusieurs points de départs : l’éthique animale, la santé, l’écologie, etc.

On peut donc imaginer que si le végéta*ien est la cible facile de railleries, c’est parce qu’il nous met face à nos propres contradictions et face à ce triste constat : en mangeant de la viande, je suis complice de la mise à mort d’un animal que je serai à 95 % incapable de tuer moi-même.

Le  végéta*ien ne nous renvoie pas une belle image de nous – malgré lui la plupart du temps – et notre réponse est une réaction psychologique assez classique : le dénigrement de l’autre et la réaffirmation de ses goûts pour ne pas avoir à se remettre en question et pour maintenir la perception que nous avons de nous-mêmes. Un mécanisme de protection banal qui ne fait pas avancer.

Manger est un acte profondément social et intimement lié à nos histoires personnelles respectives : le bœuf bourguignon de notre grand-mère, les barbecues d’été en famille, le Big Mac post-soirée, l’odeur du poulet grillé dans les rues les jours de marché, etc. Oui, tout ça, c’est bon mais nous ne pouvons pas laisser nos papilles dicter notre conduite. Il y a mille choses à découvrir dans l’alimentation végétale, mille traditions à créer et mille souvenirs à inventer sans arrière-goût de cruauté.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Stéfane Gautier

9. Parce que l’homme de Neandertal mangeait de la viande

Pouvons-nous rappeler un instant en quelle année nous sommes ? 2016… 2016 après Jésus-Christ, c’est juste ?

Voici l’alibi historique, le plus anti-progrès qui soit, car justifier nos comportements modernes en nous référant à l’homme préhistorique, on a rarement vu position plus conservatrice. L’eau a coulé sous les ponts quand même depuis nos premiers ancêtres.

D’ailleurs, il est intéressant de noter que les Australopithèques, il y a un peu plus de 3 millions d’années, mangeaient essentiellement des plantes et des racines, à l’occasion des insectes et des petits animaux. Nous sommes des cueilleurs avant d’être des opportunistes charognards – coucou l’Homo habilis.

La chasse n’est arrivée qu’avec l’Homo erectus – ceux qui ont découvert le feu qui a servi certes à cuire la viande mais aussi les céréales qui étaient peu consommées jusque là – et c’est finalement l’homme de Neandertal qui remporte la palme du carnivorisme. Pourquoi ? Tout simplement car dans les régions où il vivait, les végétaux poussaient difficilement. Il a donc bien fallu s’adapter.

Puis avec le néolithique, l’homme est devenu pleinement chasseur-cueilleur en se sédentarisant, en cultivant les terres, en domestiquant certains animaux, puis en inventant des outils pour chasser.

Doit-on pour autant s’appuyer sur nos plus proches ancêtres pour donner du crédit à l’industrie agro-alimentaire moderne – si on va par là, on a aussi eu des ancêtres cannibales, on y revient à l’anthropophagie, on y revient ?

Vivons-nous à une époque où manger de la viande relève d’une question de survie – parce qu’il n’y a rien d’autre à notre disposition ?

D’aucuns diront – avec l’appui de certaines recherches de paléo-anthropologues – que la consommation de viande a permis un meilleur développement de notre cerveau. Cela reste une hypothèse car ce dernier fonctionne essentiellement grâce au glucose contenu dans les sucres lents, donc dans les végétaux.

Par ailleurs, le cerveau de l’homme de Neandertal était 40 % plus gros que le nôtre (N. B. : un cerveau plus gros n’est pas gage d’une plus grande intelligence, hein). On estime qu’il s’est développé également avec la bipédie et l’apparition du langage articulé entre autres choses. Pour les curieux, vous trouverez plus d’informations ici.

Quoiqu’il en soit, la consommation de viande restait étroitement liée aux zones où vivaient les hominidés : dans les zones les plus chaudes et ensoleillées du globe, leur alimentation était au 3/4 composée de végétaux ; dans les zones les plus froides, beaucoup moins.

Pourrions-nous reprocher aux Inuits de manger en grande partie du poisson ? C’est la simple adaptation à son environnement si chère à Darwin, une adaptation que nous ne pouvons plus revendiquer dans le sens où nous avons aujourd’hui, tous les moyens à notre disposition pour nourrir tout le monde correctement et sans produits animaux.

Pour achever de vous convaincre, je citerai Matthieu Ricard dans son Plaidoyer pour les animaux : « La civilisation consiste à passer de la barbarie à l’humanité, de l’esclavagisme à la liberté individuelle, du cannibalisme au respect de l’autre, mais aussi de l’exploitation sans limite des animaux au respect de tous les êtres sensibles« . Pas mieux.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Tosaphon C

10. Parce que chacun fait-fait-fait, c’qui lui plaît-plaît-plaît

Sans provocation ni condescendance, ceci est la défense et la définition de la liberté d’un enfant de 8 ans. Ce relativisme moral pourrait sembler être une attitude positive de tolérance mais en réalité, il s’agit juste de se conformer à ce qui est socialement acceptable et légal.

Le « chacun fait comme il veut » ne fonctionne pas quand on parle de meurtres, de viols, de maltraitance infantile, d’incitation à la haine et tout simplement, quand ce que j’ai envie de faire signifie enfreindre la loi. Mais les lois sont-elles toujours bonnes ? (rangez vos calculettes et vos trousses, vous avez 4 heures)

Imaginez un peu si dans les combats passés des opprimés, tout le monde avait réagi ainsi. Laisse-moi battre à l’envi mon esclave, j’ai le droit, personne ne me l’interdit, je fais ce que je veux à partir du moment où c’est autorisé. Qu’il s’agisse de l’esclavagisme, de la ségrégation raciale, des droits des femmes, d’oppositions à des guerres, à la violence envers certains peuples ; que l’on parle de Martin Luther King ou de Gandhi, il a bien fallu qu’un jour, une personne sorte de la masse pour dire non – et dire non au relativisme moral.

Ici, avec le cas des animaux, on ajoute à la complexité de la tâche qui consiste à les défendre une donnée non-négligeable : ils ne parlent pas et ne s’élèveront jamais contre nous.

Nous sommes responsables d’eux. Tous responsables du traitement qui est aujourd’hui le leur et cette responsabilité commence par le choix de ce que l’on met dans notre assiette.

Comme me le disait récemment une personne sage et badine de mon entourage : choisir ou pas de manger des animaux, ce n’est pas comme croire ou non en l’astrologie. Les répercussions ne sont pas exactement les mêmes. Alors bien-sûr, il ne s’agit pas de faire du prosélytisme mais plutôt que l’on se rende compte de la responsabilité qui est la nôtre envers les animaux et pour être les membres d’une espèce qui mérite sincèrement son qualificatif d’intelligente.

Je vous reparlerai donc de Hans Jonas et de son Principe responsabilité dans lequel il affirme que nous avons un devoir moral envers la planète et les générations futures. S’occuper des animaux, ce n’est pas moins s’occuper des humains mais c’est s’en occuper mieux. Tout est lié : la misère humaine, les ressources que nous épuisons, l’exploitation animale, les catastrophes climatiques, etc.

Arrêtons de penser que nous ne sommes que des individualités – sale petite habitude occidentale – et permettons-nous de croire qu’en changeant ensemble, progressivement et à notre rythme, nos habitudes de consommation, on pourra changer le monde. C’est peut-être naïf écrit comme ça, mais je crois de plus en plus que c’est possible.

Elie Wiesel, philosophe et Prix Nobel de la paix en 1986, écrivait : « La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage celui qui tourmente, jamais celui qui est tourmenté« . Ne soyons pas égoïstes, ne fermons plus les yeux et ne pensons pas que l’on fait toujours ce que l’on veut dans la vie.

arguments contre le végétarismeCrédit photo : Roeselien Raimond

Soyons des empêcheurs de tourner en rond et remettons les modèles traditionnels en question pour aller vers une société plus juste et bienveillante où les animaux feraient partie de notre sphère de considération morale. Vaste programme, n’est-ce pas ? Mais ça ne se fera pas sans vous.

J’espère du fond de mon petit cœur que cet article aura résonné dans le vôtre que vous soyez omnivore, végétarien, végétalien ou vegan – et dans votre cerveau surtout parce que le cœur, oui, mais on a jamais résolu une équation avec.

N’hésitez pas à prendre la parole dans les commentaires : c’est un espace qui vous appartient et je suis entièrement disposée à discuter avec vous, à revenir sur des points qui n’auraient pas été clairs, etc. Il est aussi fait pour être partagé afin de ne plus entendre – ou moins en tout cas – que c’est la loi de la nature, que l’on est fait pour manger de la viande et que chacun fait ce qu’il veut.

Et si le changement vers une alimentation plus respectueuse des animaux vous tente mais que vous ne savez pas par où commencer, pensez à rejoindre le groupe Un pas après l’autre que j’ai crée il y a près d’un an et où règne une ambiance bienveillante dont je suis assez fière ! Passez une belle journée et à bientôt 🙂


source/ http://www.eleusis-megara.fr/arguments-contre-le-vegetarisme/