1207 – Battant le tambour de la guerre contre la Russie

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Le 30 septembre, World Socialist Web Site a mis en garde :

« Il est |…] évident que la question, à savoir si une escalade de l’intervention américaine en Syrie peut attendre jusqu’après les élections américaines du 8 novembre, est devenue le sujet d’un débat animé au sein de l’establishment dirigeant américain ».

Par Bill Van Auken
7 octobre 2016

Il a fallu à peine une semaine pour cette évaluation trouve une confirmation claire. Il a été bien établi que l’Administration Obama tient précisément un tel débat.

Mercredi, le « comité des dirigeants », composé des Secrétaires d’État et de la défense, du Président de l’état-major interarmées et le directeur de la CIA, ainsi que les principaux collaborateurs de la sécurité à la présidence, se sont réunis à la Maison-Blanche pour examiner les propositions pour attaquer les forces gouvernementales syriennes avec des missiles de croisière ainsi que d’autres actes d’agression militaire.

Tant la CIA et les chefs d’état-major interarmées seraient en faveur d’une telle escalade, qui porte avec elle la perspective réelle d’une confrontation armée directe entre les États-Unis et la Russie, les deux plus grandes puissances nucléaires du monde.

Reflétant l’appui croissant dans les sections de l’establishment américain pour une guerre beaucoup plus large, les sections clés des médias, y compris le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post, ont appuyé ceux au sein de l’armée et de l’appareil du renseignement qui préconisent une nouvelle éruption du militarisme américain.

Parmi les exemples les plus explicites il t a une tribune libre par John McCain, le président républicain de la commission des forces armées du Sénat, publiée dans le Wall Street Journal de mercredi. McCain inculpe le gouvernement syrien et son allié, la Russie, pour avoir « abattu d’innombrables civils » dans « des bombardements aveugles et incessants ». C’est écrit par une personne qui a été l’un des partisans les plus enthousiastes de la guerre « choc et effroi » en Irak qui a coûté plus de 1 million de vies irakiennes.

Le sénateur républicain écrit :

« Les États-Unis et leurs partenaires de la coalition doivent lancer un ultimatum au [président syrien] Assad – arrêter de faire voler vos avions ou les perdre – et être prêts à y donner suite. Si la Russie continue ses bombardements aveugles, nous devons préciser que nous prendrons des mesures pour mettre ses avions plus en danger ».

McCain appelle également à la création de « zones de sécurité » pour les civils syriens protégés par l’armée américaine et « une assistance militaire plus robuste » pour les prétendus « rebelles ».

  • Il reconnaît que cette stratégie « entraînera sans aucun doute des coûts plus élevés », mais il ne fournit aucune indication précise quant à la nature de ces coûts ou qui va les payer.
  • McCain ne fait même pas allusion aux répercussions mondiales catastrophiques d’une confrontation militaire entre Washington et Moscou.

De même, dans un éditorial mercredi, le Washington Post affirme que la politique de Washington a échoué en Syrie parce que les États-Unis ont « refusé d’utiliser la pression militaire contre le régime de Bachar al-Assad ».

  • Le journal se plaint que l’échec de l’Administration Obama à mener à bien une intervention militaire plus directe en Syrie a donné lieu à « la diminution de l’influence des États-Unis au bénéfice de la Russie », et cite avec approbation les propositions de la CIA et du Pentagone pour des attaques de missiles de croisière et la fourniture d’armes plus sophistiquées pour les « rebelles ».

Enfin, le New York Times a publié un article en tête de la première page mercredi avertissant que la Russie était en train de profiter de cette période avant l’inauguration du prochain président des États-Unis en janvier 2017 comme d’une « fenêtre d’opportunité » pour « agir énergiquement » en fournissant un soutien militaire au gouvernement syrien.

  • L’article rapporte favorablement les propositions pour des frappes aériennes américaines et poursuit en citant des responsables américains anonymes faisant valoir que Washington pourrait transformer la Syrie en « bourbier » pour la Russie, « en particulier, si les États arabes qui soutiennent les rebelles leur fournissent des armes antiaériennes et les terroristes islamistes décident de riposter en attaquant les villes russes ».

Ce passage fait écho à un avertissement précédent d’un haut responsable du Département d’État américain que la réponse des forces islamistes à des actions militaires de la Russie en Syrie pourrait : « inclure des attaques contre les intérêts russes, voire des villes russes ».

Les implications sont indéniables. Washington exerce une influence opérationnelle écrasante sur les milices islamistes qui ont constitué la force de combat principale dans la guerre de cinq ans orchestrée par la CIA pour le changement de régime en Syrie. Tout comme il les dirigeait pour attaquer le gouvernement à Damas, il pourrait leur ordonner de faire la même chose à Moscou.

L’article est complété par une tribune du chroniqueur des affaires étrangères du Times, Thomas Friedman, qui écrit dans son style menaçant si reconnaissable « N’est-il pas temps que nous donnions à Poutine une dose de sa propre médecine ? »

Tout en reconnaissant que la confrontation militaire avec la Russie pose la menace directe de la guerre nucléaire, il déclare :

« Mais nous ne pouvons pas simplement continuer à tourner l’autre joue » en ce qui concerne « le comportement de Poutine en Syrie et en Ukraine ». Il dénonce la Russie pour « bombarder impitoyablement les civils à Alep » et par deux fois accuse le président russe, Vladimir Poutine, d’avoir violé « les normes civilisées fondamentales ».

Même de la part d’un chroniqueur qui a établi l’étalon-or pour le cynisme et la tromperie, l’invocation par Friedman de « normes civilisées fondamentales » laisse un peu bouche bée.

Il n’y a pas une seule guerre d’agression lancée par l’impérialisme américain pour laquelle il n’a pas réussi à servir de chef de claque fanatique. Le même homme qui déplore aujourd’hui le bombardement russe de l’est d’Alep en 1999 a écrit en réponse au bombardement américain de la Serbie : « Ça devrait être toute lumière éteinte à Belgrade : chaque réseau électrique, tuyau d’eau, pont, route et usine liée à la guerre doit être ciblé… [N]ous allons faire régresser votre pays en vous pulvérisant ».

Moins de quatre ans plus tard, il a joué le même rôle par rapport à l’Irak, déclarant avant l’invasion de 2003 qu’il n’a eu aucun problème avec « une guerre pour le pétrole », et écrit ensuite que les États-Unis avaient attaqué l’Irak « pour une raison simple : parce que nous le pouvions… »

Telles sont les normes civilisées observées par l’homme du Times.

Sous-tendant ce soutien frénétique de l’escalade militaire en Syrie, il y a le fait que les diverses organisations terroristes que Washington a utilisé comme ses forces par procuration – y compris celles qui sont directement affiliés à Al-Qaïda sont sur le bord d’une débâcle complète à Alep, une défaite stratégique menace de se produire dans cette guerre de cinq ans et demi pour faire tomber Assad, un allié de la Russie et de l’Iran, et installer un gouvernement fantoche américain à Damas.

Un tel résultat représenterait un sérieux revers pour la politique suivie par l’impérialisme américain durant le dernier quart de siècle, à la suite de la dissolution de la bureaucratie stalinienne de Moscou en Union soviétique. Washington a vu cet événement comme l’ouverture d’un chemin sans obstacle à la poursuite de son hégémonie mondiale. Ce dernier a mené une politique d’exploiter sa suprématie militaire comme un moyen de compenser la baisse de sa position économique mondiale.

L’élément d’hystérie en réponse aux actions de Moscou en Syrie provient du fait que la Russie et la Chine commencent à contrecarrer cette politique.

Nonobstant les déclarations aberrantes des médias sur une agression russe, il ne fait aucun doute qu’en Syrie, comme en Ukraine et la mer de Chine méridionale, c’est l’impérialisme américain qui est l’agresseur, provoquant des réactions de défense de la Russie et de la Chine. Cela, cependant, ne donne pas de contenu progressiste aux politiques poursuivies par le gouvernement russe. Si Poutine pouvait obtenir un accord avec Washington qui préserve les intérêts de son gouvernement et ceux de l’impérialisme américain, il signerait en une minute.

Dans l’impossibilité de le faire, et face à une crise économique croissante et des signes de troubles sociaux au pays, Poutine a eu recours à la promotion du nationalisme russe et une dépendance croissante envers la puissance militaire résiduelle qu’il a hérité de l’Union soviétique.

Au cours des derniers jours, le gouvernement russe a ordonné le déploiement de batteries de missiles sol-air supplémentaires en Syrie et a suspendu un accord avec Washington pour la destruction de plutonium de qualité militaire. Dans le même temps, des journaux pro-gouvernementaux russes ont mis en garde contre la menace d’une troisième guerre mondiale et le gouvernement a lancé un exercice de défense civile majeure en préparation pour une telle éventualité.

Une politique de défense nationale par un régime qui représente les intérêts de l’oligarchie capitaliste de la Russie ne peut alimenter la poussée vers la guerre mondiale. Les masses laborieuses russes affrontent la conséquence ultime de la liquidation stalinienne de l’URSS sous la forme d’une menace grandissante d’un holocauste nucléaire.

La seule force qui peut empêcher une nouvelle guerre mondiale est la classe ouvrière internationale, organisée de façon indépendante et mobilisée dans une lutte contre le capitalisme, la source de la guerre. Cela nécessite la construction d’une direction socialiste internationale, et il n’y a pas de temps à perdre.

Nous exhortons tous nos lecteurs à participer à la conférence d’urgence du 5 novembre à Detroit, « Le socialisme contre le capitalisme et la guerre », comme une étape critique dans ce combat. Visitez le site web de la conférence et inscrivez-vous dès aujourd’hui !

(Article paru d’abord en anglais le 6 octobre 2016)

site web /http://www.socialismvswar.com/#about


source/https://www.wsws.org/fr/articles/2016/oct2016/pers-o07.shtml