1191 – La Grande-Bretagne s’élève contre les projets d’une union européenne militaire formulés au sommet de Bratislava

Lors d’une rencontre informelle des ministres de la Défense de l’Union européenne (UE) mardi à Bratislava, le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon, a dénoncé les projets franco-allemands pour une union européenne militaire et une éventuelle création d’une armée européenne.

1/-La Grande-Bretagne s’élève contre les projets d’une union européenne militaire formulés au sommet de Bratislava

2/ DÉCLARATION DU : SOMMET DE BRATISLAVA DU 16 SEPTEMBRE2016


Par Johannes Stern et Alex Lantier  – 29 septembre 2016

« Il y a des États-membres qui aimeraient voir […] un réservoir unique de forces. Je vois là une armée européenne et nous nous y opposerions », a-t-il dit aux journalistes. « L’OTAN doit rester la pierre angulaire de notre défense et de la défense de l’Europe ».

Fallon insiste sur le fait qu’il incombe à l’OTAN et non à l’Union européenne de défendre l’Europe contre la Russie. En s’en prenant vivement aux projets élaborés à Berlin et à Paris pour créer un quartier général militaire commun de l’UE, Fallon a déclaré : « L’Europe regorge de quartiers généraux, nous n’avons pas besoin d’en avoir un nouveau ». Il a juré « de continuer à s’opposer à toute idée d’une armée européenne ou d’un quartier général pour une armée européenne qui reviendrait simplement à saper l’OTAN ».

Fallon a dit que la Suède, les Pays-Bas, la Pologne, la Lettonie et la Lituanie ont également notifié leurs préoccupations quant aux projets franco-allemands.

D’autres pays ont proposé des projets concurrents pour la militarisation de l’UE.

  • Un document italien vu par le journal en ligne EUObserver propose une « force multinationale européenne (EMF) » regroupant les « États-membres qui sont disposés à partager les forces armées, le commandement et le contrôle, les manœuvres et les capacités stratégiques. » Il aspire à une intégration militaire plus approfondie à l’avenir en appelant l’EMF le « noyau initial d’une future force armée européenne intégrée ».

  • Le document finlandais serait plus faible que les projets de militarisation italiens ou franco-allemands. Il propose une nouvelle « planification civile et militaire commune permanente et une capacité de conduite des opérations » pour la direction « d’opérations militaires non exécutives ». Il a implicitement désigné la Russie comme étant l’ennemi principal, en exhortant l’UE à cibler les « menaces hybrides », un terme associé habituellement à la Russie dans le contexte de l’actuel renforcement de l’OTAN en Europe de l’est.

Les remarques faites par Fallon signalent l’éruption de conflits profondément enracinés au sein des puissances européennes après le vote de la Grande-Bretagne de sortir de l’UE.

  • Sur fond de crise de guerre sans précédent avec la Russie et au Moyen-Orient, et du discrédit de l’UE en raison de sa politique d’austérité anti-ouvrière, les États les plus puissants d’Europe continentale tentent de maintenir la cohésion de l’UE en la transformant en une alliance militaire.

  • Et pourtant des responsables à Londres et ailleurs en Europe considèrent ceci comme étant une menace intolérable à l’égard de l’OTAN, et notamment des relations de l’Europe avec les États-Unis.

Les responsables allemands et français ont réagi au sommet de Bratislava à la déclaration de Fallon en minimisant tout conflit entre leurs ambitions militaires et celles de l’OTAN.

Ensemble, la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, et son homologue français, Jean-Yves Le Drian, ont affirmé qu’il n’existait pas de projets d’établir une armée européenne rivale de l’OTAN. « Au contraire », a dit von der Leyen, « Il est question de regrouper les diverses forces des pays européens afin de pouvoir agir rapidement ». Elle a prétendu que « tout ce qui renforce l’Europe en termes de défense renforce aussi l’OTAN ».

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg a formulé une déclaration quelque peu identique quoique plus réservée. Lors d’une conférence de presse, il a dit, « Tant ce que ceci est en complément de l’OTAN, et tant que ceci n’entraîne pas un doublement des efforts de l’OTAN, je pense que nous devrions saluer une défense européenne plus forte, parce que c’est bénéfique à l’Europe, c’est bénéfique à l’Union européenne et c’est bénéfique pour l’OTAN ».

Il n’existe pas de bases objectives à l’affirmation de von der Leyen selon laquelle un réarmement de l’impérialisme allemand et de ses alliés européens renforcera inévitablement l’alliance de l’OTAN qui est menée par les États-Unis. En fait, l’opposition de Londres aux projets d’une UE militaire « stratégiquement autonome » reflète des conflits qui sont profondément enracinés parmi les puissances de l’OTAN.

Durant le quart de siècle qui s’est écoulé depuis la dissolution stalinienne de l’Union soviétique et la fin de la Guerre froide, l’Allemagne et la France étaient entrés maintes fois en conflit avec la politique belliciste américaine qui est fermement appuyée par l’impérialisme britannique. Ils avaient rejeté l’invasion illégale de l’Irak en 2003 par Washington et Londres.

Alors que Berlin et Paris se sont après coup de nouveau alignés sur Washington, le conflit au sujet de leur politique et de celle de Washington sur fond de l’actuelle course à la guerre contre la Russie et la Chine devient de plus en plus apparente.

  • Ils ont ignoré, au même titre que Londres, la pression exercée par les États-Unis pour ne pas rallier l’année dernière la Chine dans la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures.
  • Ils ont aussi accepté de négocier les accords de Minsk avec la Russie et l’Ukraine afin de prévenir une guerre totale avec la Russie en empêchant l’armement par les États-Unis des milices ukrainiennes d’extrême-droite contre des forces pro-russes dans l’est de l’Ukraine suite au coup d’État perpétré il y a deux ans avec l’appui de l’OTAN.

L’objectif de la politique franco-allemande n’est toutefois pas la paix, mais la poursuite de leurs propres intérêts impérialistes. Dans un contexte de tensions croissantes d’un risque de guerre, Berlin et Paris sont en train d’élaborer une stratégie à long terme afin de développer la capacité d’organiser des interventions impérialistes dans le monde entier sans l’aval de c’est-à-dire, éventuellement en opposition àWashington et Londres.

Autrement dit, ils ne sont pas contre, mais ils contribuent à, la poussée des principales puissances impérialistes en direction d’une guerre totale.

Du reste, Berlin et Paris ont publiquement annoncé qu’un objectif essentiel du plan militaire de l’UE était la sécurité interne, ou bien comme les ministres des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier et Jean-Marc Ayrault l’écrivaient dans une récente tribune, « l’interaction entre les menaces externes et les faiblesses internes. » Le recours du gouvernement français à l’état d’urgence pour s’attaquer aux manifestations contre sa réactionnaire loi travail montre que l’objectif central est l’opposition politique au sein de la classe ouvrière.

Avant le premier sommet de l’UE le 16 septembre sans la participation de la Grande-Bretagne, la ministre allemande de la Défense, von der Leyen, et son homologue français, Le Drian, avaient publié un document relatif à la politique militaire, « Renouvellement de la PSDC [Politique de sécurité et de défense commune] : Vers une défense complète, réaliste et crédible au sein de l’UE ».

Ce document préconise un « plan d’action concret » pour « rapidement » appliquer « une nouvelle stratégie globale pour l’UE en matière de politique étrangère et de sécurité (EUGS, EU Global Strategy on Foreign and Security Policy) » présentée par la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, lors du premier sommet post-Brexit en juillet.

  • En plus « d’un quartier général de l’UE pour les missions militaires et civiles et pour les opérations, »
  • ils réclament « le soutien des missions militaires de la PSDC [Politique de sécurité et de défense commune], le développement des capacités militaires et de la coopération européenne en matière de défense ainsi qu’un soutien concret à l’industrie européenne de la défense ».

Sur cette base, une « autonomie stratégique est garantie » et une industrie européenne de la défense « forte, compétitive et innovatrice » sera construite, précise le document.

Dans le contexte actuel de tensions explosives entre les États-Unis et l’UE au sujet de questions militaires et économiques, il n’y a pas de doute que la création de telles structures militaires dans l’UE défierait l’OTAN en aggravant les conflits inter-impérialistes qui ont par deux fois entraîné au vingtième siècle une guerre mondiale en Europe.

Lors du sommet du 15 septembre, le président François Hollande a exprimé les préoccupations de l’UE selon lesquelles en particulier après les prochaines élections présidentielles américaines, Washington pourrait s’avérer être un allié peu fiable. Il a dit, « Si les États-Unis font un choix de s’éloigner, l’Europe doit être capable de se défendre par elle-même. La défense européenne, c’est pour l’Europe le défi. Notre tâche est de peser dans le destin du monde, de se donner la capacité de projeter une force |…] et d’assurer notre défense, pour la France et pour l’Europe. »

Parallèlement, les conflits économiques entre l’Europe et les États-Unis s’aggravent. Le mois dernier, les responsables français ont demandé la fin des pourparlers économiques avec les États-Unis au sujet du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement sur fond de conflits entre les négociateurs commerciaux américains et européens. Ce mois-ci, au moment où les actions de la Deutsche Bank continuent leur plongeon historique, les régulateurs américains ont imposé à la banque une amende de 14 milliards de dollars qui risque de précipiter la faillite de la plus grande banque allemande.

(Article original paru le 28 septembre 2016)

SOURCE/https://www.wsws.org/fr/articles/2016/sep2016/brat-s29.shtml


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DÉCLARATION DU :

SOMMET DE BRATISLAVA DU 16 SEPTEMBRE2016

Nous nous sommes réunis aujourd’hui à Bratislava à un moment critique pour notre projet européen. Le sommet de Bratislava à 27 États membres a été consacré à l’analyse commune de l’état actuel de l’Union européenne et à l’examen de notre avenir commun. Nous nous sommes tous entendus sur les principes généraux suivants.

Bien qu’un pays ait décidé de la quitter, l’UE demeure indispensable au reste d’entre nous. Au lendemain des guerres et des profondes divisions qu’a connues notre continent, l’UE a assuré la paix et la démocratie et a permis à nos pays de prospérer. Nombreux sont les pays et les régions extérieurs qui s’efforcent encore de parvenir à de tels résultats. Forts de cette histoire commune, nous sommes déterminés à assurer la réussite de l’UE à 27 États membres.

L’UE n’est pas parfaite mais c’est le meilleur instrument dont nous disposons pour relever les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés. Nous avons besoin de l’UE non seulement pour garantir la paix et la démocratie mais aussi pour assurer la sécurité de nos peuples. Nous avons besoin de l’UE pour mieux répondre à leurs besoins et souhaits de vivre, d’étudier, de travailler, de circuler et de prospérer librement sur notre continent ainsi que de tirer parti du riche patrimoine culturel européen.

Nous devons mieux communiquer les uns avec les autres – entre États membres, avec les institutions de l’UE, mais aussi, et c’est le plus important, avec nos citoyens. Nous devrions apporter plus de clarté à nos décisions. Utiliser un langage clair et honnête. Nous concentrer sur les attentes des citoyens, en ayant réellement le courage de nous élever contre les solutions simplistes des forces politiques extrémistes ou populistes.

À Bratislava, nous nous sommes engagés à offrir à nos citoyens, au cours des prochains mois, une vision d’une UE attrayante, à même de susciter leur confiance et leur soutien. Nous sommes convaincus que nous avons la volonté et la capacité d’y parvenir.

Nous avons salué le discours du président de la Commission sur l’état de l’Union.

Nous avons tenu un large débat sur les grandes priorités pour les mois à venir. Sur cette base, le président du Conseil européen, la présidence du Conseil et la Commission ont proposé le programme de travail qui suit (la « feuille de route de Bratislava »):

Feuille de route de Bratislava

I. Analyse et objectif d’ensemble

Détermination à assurer la réussite de l’UE à 27

De nombreux défis communs nous attendent: les citoyens sont préoccupés par une impression d’absence de contrôle et par les craintes liées aux migrations, au terrorisme et à l’insécurité économique et sociale. Nécessité de s’attaquer en priorité à ces problèmes au cours des prochains mois

En agissant de concert, l’UE à 27 a les moyens de relever ces défis. Nous sommes déterminés à trouver des solutions communes également en ce qui concerne les questions sur lesquelles nous sommes divisés; la priorité immédiate est de faire preuve d’unité et d’exercer le contrôle politique sur l’évolution de la situation afin de construire notre avenir commun

Nécessité d’être clairs sur ce que peut faire l’UE, et sur ce que doivent faire les États membres, afin d’être sûrs que nous pouvons honorer nos engagements

II. Migrations et frontières extérieures

Objectif

Ne jamais permettre que se reproduisent les flux incontrôlés que nous avons connus l’année dernière et réduire encore le nombre de migrants en situation irrégulière

Assurer un contrôle total de nos frontières extérieures et revenir à Schengen

Élargir le consensus de l’UE sur la politique migratoire à long terme et appliquer les principes de responsabilité et de solidarité

Mesures concrètes

a) ferme détermination à mettre en oeuvre la déclaration UE-Turquie ainsi qu’à continuer de soutenir les pays des Balkans occidentaux

b) engagement pris aujourd’hui par plusieurs États membres d’offrir une assistance immédiate pour renforcer la protection de la frontière que la Bulgarie partage avec la Turquie, et de continuer à soutenir les autres États situés en première ligne

c) avant la fin de l’année, pleine capacité de réaction rapide du corps européen de garde-frontières et de garde-côtes, dont l’existence est à présent consacrée par un instrument législatif

d) pactes pour les migrations en vue d’une coopération et d’un dialogue avec les pays tiers pour réduire les flux de migration illégale et accroître les taux de retour; ce point sera examiné par le Conseil européen de décembre

e) poursuite des efforts visant à élargir le consensus de l’UE en ce qui concerne la politique migratoire à long terme, y compris sur la manière d’appliquer les principes de responsabilité et de solidarité à l’avenir

III. Sécurité intérieure et extérieure

Sécurité intérieure

Objectif

prendre toutes les mesures nécessaires pour aider les États membres à assurer la sécurité intérieure et à lutter contre le terrorisme

Mesures concrètes

a) intensifier la coopération et l’échange d’informations entre les services de sécurité des États membres

b) adopter les mesures nécessaires pour faire en sorte que toutes les personnes, y compris les ressortissants des États membres de l’UE, qui franchissent les frontières extérieures de l’Union fassent l’objet de vérifications dans les bases de données pertinentes, lesquelles doivent être interconnectées

c) commencer à mettre en place un système d’information et d’autorisation concernant les voyages (ETIAS) qui permette de réaliser des contrôles anticipés et, le cas échéant, de refuser l’entrée aux voyageurs exemptés de l’obligation de visa

  1. déployer des efforts systématiques contre la radicalisation, notamment par des expulsions et des interdictions d’entrée, lorsque cela est justifié, et apporter un soutien de l’UE aux actions menées par les États membres dans le domaine de la prévention

Sécurité extérieure et défense

Objectif

Dans un environnement géopolitique difficile, renforcer la coopération de l’UE en matière de sécurité extérieure et de défense

Mesures concrètes

a) prendre, lors du Conseil européen de décembre, une décision relative à un plan de mise en oeuvre concret portant sur la sécurité et la défense et aux moyens de mieux tirer parti des possibilités qu’offrent les traités, en particulier en ce qui concerne les capacités

b) commencer immédiatement à mettre en oeuvre la déclaration commune UE-OTAN

IV. Développement économique et social, jeunesse

Objectif

construire un avenir économique prometteur pour tous, préserver notre mode de vie et offrir de meilleures perspectives aux jeunes

Mesures concrètes

a) en décembre, compte tenu de l’évaluation qui aura été faite, prendre une décision sur l’extension du Fonds européen pour les investissements stratégiques

b) lors du Conseil européen du printemps 2017, faire le point sur les progrès réalisés en ce qui concerne les différentes stratégies pour le marché unique (y compris le marché unique numérique, l’union des marchés des capitaux et l’union de l’énergie)

c) lors du Conseil européen d’octobre, examiner les moyens de mettre en place une politique commerciale robuste qui tire parti de marchés ouverts tout en tenant compte des préoccupations des citoyens

  1. en décembre, prendre des décisions sur un soutien de l’UE destiné à aider les États membres à lutter contre le chômage des jeunes et sur des programmes renforcés de l’UE en faveur de la jeunesse

V. Prochaines étapes

Honorer les engagements pris: renforcer le mécanisme permettant de faire le point sur la mise en oeuvre des décision prises. Assurer une coopération et une communication loyales entre les États membres et les institutions

Bratislava est le début d’un processus. Les réunions formelles à venir du Conseil européen permettront d’assurer un suivi concret des thèmes mentionnés ici. Les chefs des 27 se réuniront informellement au début de 2017 à La Valette. Lors des célébrations, en mars 2017, du 60e anniversaire des traités de Rome, les chefs d’État ou de gouvernement se réuniront à Rome et, à cette occasion, clôtureront le processus lancé à Bratislava et fixeront des orientations pour notre avenir commun.

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SOURCE/PDF]Déclaration de Bratislava
http://www.consilium.europa.eu/…/160916-bratislava-declaration-and-roadma…

16 sept. 2016