1154 – Comment aborder la question de l’euro dans la campagne pour l’élection présidentielle?

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16 septembre 2016

 

Il est curieux de constater que, pour nombre de candidats, on puisse parler en matière économique d’un renouveau, d’un changement, d’une refondation, d’une transformation, etc…. sans évoquer la clé de liaison de la France au reste du monde. Ces candidats évoquent volontiers l’adaptation de la maison France à la mondialisation, au libre-échange, à la globalisation, etc. sans jamais évoquer cette clé… comme si elle était inutile ou inexistante. De fait, elle existe mais devenue pense-t-on inutile :

oui il existe une monnaie qui nous articule au reste du monde, mais elle codifie notre liaison sans jamais pouvoir la changer.

La gamme infinie des taux de change est devenue inaccessible et un euro français est censé être un euro allemand, italien, espagnol, etc. Dans un monde qui se veut flexible l’articulation de tous les pays de la zone euro est complètement figée. Et un gel pluridimensionnel car si on pouvait concevoir jadis un taux de change fixe, on pouvait aussi hérisser la monnaie correspondante de règles spécifiques :

  • libertés variables sur le marché des changes,
  • taux spécialisés en fonction du type d’échanges,
  • degrés variables de liberté de circulation du capital, etc.

Bref une vraie flexibilité qu’on a fait disparaitre.

Jadis, il fallait se livrer à des choix politiques nationaux tenant compte de la réalité du monde…mais sans en être toutefois complètement esclave…. la réalité du dit-monde devant en retour prendre en compte l’autonomie relative des décisions de la nation et une autonomie engendrée par une relative  maitrise politique de la monnaie nationale. La clé d’un éventuel bien vivre ensemble passait ainsi par la monnaie comme condition nécessaire si pas condition suffisante.

Parce qu’il fut politiquement décidé de dépolitiser la monnaie, la nation a perdu la clé de son mode d’articulation au reste du monde et de son possible bien vivre ensemble.

Ainsi la plupart des candidats, dans la nuit de la crise, proposent de retrouver la clé du possible bien vivre ensemble par la prospérité, en se proposant d’en forger une autre celle ouvrant la porte des réformes structurelles. Les débats politiques, les innovations, la créativité, l’audace, etc. se déploient ainsi dans un autre monde, celui où l’on a perdu la clé de l’articulation de la France au reste du monde et une clé que l’on ne veut pas retrouver.

Certes, on peut proposer bien des choses…mais il faut pouvoir aborder les vrais problèmes….

On pourrait, et on le fera, aborder cette question fondamentale du mode d’articulation de la nation au reste du monde, mais des « experts » sérieux viendraient rapidement clore un éventuel débat. C’est qu’en effet on peut reparler de la monnaie unique pour rapidement démontrer que tout retour à la monnaie nationale, au-delà des sempiternelles questions concernant la dette publique qu’il faudrait rembourser, signifierait la dégradation des conditions de vie des classes moyennes.

Natixis, dans une note du 30 août[1] révèle ainsi les derniers chiffres concernant l’élasticité/prix des importations :

  • Zéro pour la plupart des pays de la zone.

Cela signifie que la dévaluation issue d’un abandon de la monnaie unique n’aurait aucun effet sur les volumes importés, les conséquences se reportant sur l’élévation des prix intérieurs et la diminution du pouvoir d’achat correspondant.

Les mêmes experts sont évidemment prêts à expliquer qu’un tel phénomène résulte  planétairement de la spécialisation et de l’allongement vertigineux des chaines de la valeur :

  • il n’existe plus de capacités inemployées de production nationale substitutive des importations.

Les experts ont raison :

  • la production des biens de consommation avec les savoir-faire associés est très largement absente du territoire national.

C’est dire que le débat sur l’euro est peu agréable puisqu’il consiste à dire qu’il faudra reconstruire nombre de branches industrielles :

  • d’abord des larmes et de la sueur… sur probablement un nombre d’années supérieur à celui réservé aux mandats politiques. On comprend par conséquent que le produit politique « fin de l’euro » ait quelque peine à émerger sur le marché.

 Et plus le débat tarde et plus la difficulté d’en finir avec la monnaie unique est grande.

Comprenons en effet qu’avant l’allongement démesuré des chaines de la valeur, l’élasticité/prix des importations était beaucoup plus élevée et qu’à ce titre une dévaluation signifiait une chute des volumes importés.

Par exemple, antérieurement à la naissance de la monnaie unique, les productions nationales étaient concurrencées par les premières délocalisations et les exportations des ex-pays du tiers-monde, mais une dévaluation rendait immédiatement plus compétitive les productions nationales.

  • Ainsi la masse salariale distribuée dans les   vieux pays développés pouvait augmenter en raison d’une hausse de la production, même si en contrepartie le pouvoir d’achat unitaire pouvait diminuer en raison de prix plus élevés.

En faisant disparaitre la possibilité de jouer sur un taux de change,

  • la monnaie unique va ainsi travailler à la ruine progressive des productions nationales les moins compétitives.
  • D’où une désindustrialisation puissamment renforcée par la monnaie unique et une chaine de la valeur reconfigurée par cette même monnaie.

La monnaie unique rabote et ruine les activités des pays du sud y compris la France et plus on attend et plus la reconstruction sera difficile. De fait, elle est aujourd’hui avec une élasticité/prix des importations égale à zéro, devenue très difficile.

Et donc, le plus logiquement du monde, les présidentielles françaises vont à nouveau aborder tous les sujets sauf celui du taux de change qui articule la plupart de nos entreprises sur le marché national et les marchés étrangers.

Une toute petite minorité abordera la question de façon elliptique (Arnaud Montebourg, Jean Luc Mélanchon, Henri Guaino) et encore moins de façon ouverte (Marine Lepen, Nicolas Dupont Aignan).

Les choses sont pourtant simples et les électeurs pourraient comprendre le message suivant :

        1 -Ce qu’on appelle taux de change n’est qu’un coefficient qui exprime le prix des marchandises nationales à l’étranger et des marchandises étrangères sur le territoire national.

        2 – Le taux de change, affectant tous les prix, est donc l’élément fondamental de tout système de prix. Il affecte les coûts de revient de presque toutes les marchandises, les prix de vente de la plupart des marchandises, et donc, tous les revenus de tous les électeurs.

        3 –  Parler fiscalité, charges sociales, emploi, etc…au cours de la campagne présidentielle  est sans doute important, mais bien moins important que ce qui conditionne l’essentiel du mouvement économique c’est-à-dire ce coefficient, et donc cette clé de l’articulation du pays au reste du monde.

       4 – Le présent coefficient développe un système de prix qui atrophie la plupart des économies européennes, en particulier la France, sauf l’Allemagne.

Les partis souverainistes – souvent taxés de populistes par tous les gagnants de la mondialisation libérale- doivent travailler ensemble pour expliquer ces 4 points très simples et développer la pédagogie nécessaire pour extirper les électeurs de cette méconnaissance.

Une méconnaissance entretenue par tous les gagnants de la mondialisation et leurs représentants.

La suite, c’est-à-dire la façon de retrouver la clé de l’articulation au reste du monde peut faire débat :

  • inviter l’Allemagne à quitter la zone euro,
  • inviter l’Allemagne à ne plus ponctionner ses partenaires et accepter les transferts propres à toute union monétaire,
  • sortir de L’UE par référendum,
  • réécrire un nouveau Traité avec quelques pays volontaires,
  • réquisitionner la Banque Centrale française,
  • utiliser la voie de l’article 16 de la Constitution, etc.

Mais au moins un minimum de lumière pourra être apporté et pourra ainsi resituer les projets des grands candidats dans leur cruelle réalité : l’insignifiance ou la duplicité.

16.SEPTEMBRE 2016.- Jean Claude Werrebrouck

 


[1] Flash économie 864 : « Le protectionnisme ou la dépréciation du change ne redresseront pas la situation de la classe moyenne »


source/http://www.lacrisedesannees2010.com/2016/09/coment-aborder-la-question-de-l-euro-dans-la-campagne-pour-l-election-presidentielle.html