982 – Les enjeux >> La Mer de Chine Méridionale

2016.07.19 MER CHINE ORIENTALE  mer-de-Chine-méridionale

Retour sur la question des îles, par DD & DH

Billet invité.18.07.2016

Le litige opposant la Chine à ses voisins du sud pour la possession des archipels (Paracels revendiqué par le Vietnam et Spratley revendiqué par tout le monde !) n’est pas nouveau, mais il a tendance à s’envenimer ces derniers temps et le climat est tel qu’un incident peut à n’importe quel moment survenir et dégénérer hors contrôle.

La décision de la Cour Permanente d’Arbitrage en faveur des Philippines a fait monter d’un cran l’exaspération de Pékin et a, bien sûr, enchanté Washington.

C’est en 2013 que Manille avait saisi cette institution, laquelle ne s’est déclarée compétente qu’en octobre dernier, la question étant de savoir si les activités de la Chine dans la zone qu’elle revendique sont conformes ou non à la Convention de l’ONU sur le droit de la mer.

  • Visés par cet arrêt de la Cour, les travaux spectaculaires menés par la Chine pour transformer des atolls et récifs, affleurant à peine, en îlots afin de les doter, à coups de milliers de tonnes de béton, d’infrastructures portuaires et de pistes d’atterrissage.
  • A ce jour trois de ces aéroports en pleine mer sont achevés ou en voie d’achèvement.
  • Autant de pions que la Chine a délibérément posés pour marquer son territoire !

Dès octobre 2015, son partenaire de jeu de go a réagi en envoyant un destroyer, le Lassen, croiser à moins de douze milles de ces îlots, en les faisant survoler par des bombardiers B-52 (Guam n’est pas loin !) et en mettant la main à la poche pour financer un programme d’aide (250 millions de dollars) aux Philippines pour le « renforcement de la sécurité maritime régionale« .

  • Ce terrain litigieux est d’autant plus miné qu’Hanoï, décrété sous embargo sur les ventes d’armes par les USA (l’annonce de la levée de cet embargo a été l’un des traits marquants de la visite officielle d’Obama au Vietnam en mai dernier) a renforcé ses relations avec Moscou et s’est doté auprès de la Russie de sous-marins ultramodernes basés à quelques encablures des Spratley.
  • Si l’on ajoute à ce cocktail explosif que la nouvelle « marionnette » dans la main des USA aux Philippines, l’homme qui a été intronisé président et a prêté serment ce 30 juin pour un mandat de 6 ans, Rodrigo Duterte, est un personnage sulfureux, macho et grande gueule à la Donald Trump. Sans doute fera-t-il, comme ses prédécesseurs, là où son maître lui dira de faire, mais on n’est pas à l’abri de quelques incartades et rodomontades qui feraient monter la température dans la zone de quelques degrés !

L’avenir de cette région du Pacifique va se décider rapidement et les répercussions modifieront la donne mondiale.

Chacune des deux grandes puissances qui s’en disputent la suprématie propose aux pays concernés un modus vivendi à sa façon :

  • une « Zone de Libre-échange en Asie-Pacifique » (FTAAP) pour la Chine
  •  le « Partenariat transpacifique » (TPP), qui n’inclut pas la Chine, pour les Etats Unis.

On peut comprendre que des souriceaux soient inquiets d’être à portée de griffe d’un très gros chat, toujours est-il que onze pays se seraient portés candidats au TPP par crainte de finir dans le garde-manger de l’Ogre !

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Les Etats Unis sont d’autant plus prêts à faire feu de tout bois pour rester le gendarme de la zone qu’ils sont bougrement attentifs aux autres pions que la Chine place sur l’échiquier en sortant de la Mer de Chine Méridionale vers l’Océan Indien :

  • le fameux « collier de perles » qu’elle passe au cou de l’Inde

en participant activement et financièrement à l’aménagement et à la modernisation d’installations portuaires

  • en Birmanie,
  • au Bangladesh,
  • au Sri Lanka
  •  au Pakistan,
  • aux portes du Détroit d’Ormuz.

Une perle du collier a même glissé jusqu’en Europe avec la prise en main

  • du port du Pirée…

Cette démonstration de puissance n’a pas que des visées internationales, elle a aussi pour fonction de renforcer la cohésion nationale autour de ses dirigeants en alimentant un sentiment qui se développe et inquiète beaucoup d’observateurs :

  • un nationalisme, déjà fort sous le nom de « patriotisme », ne demandant, semble-t-il, qu’à s’exacerber ces derniers temps en se colorant de l’esprit de revanche de qui est en train de reconquérir une première place mondiale dans l’ordre économico-commercial occupée aux XVIIe et XVIIIe et injustement perdue sous les canonnades de l’Occident et du Japon.

Ah, le Japon ! Parlons-en, puisqu’il est l’adversaire dans l’autre conflit concernant des îles :

  • quelques cailloux en Mer de Chine Orientale appelés Diaoyu en chinois et Senkaku en japonais.

  • Le Japon, sans aucune concertation, a nationalisé unilatéralement en 2012 trois de ces cinq îlots.
  • La Chine, quant à elle, ne démord pas de son droit légitime sur ces îles.

Cela donne lieu depuis à quelques « heurts » épisodiques et surtout symboliques aux abords immédiats et à des manifestations antijaponaises à Pékin. La Chine a toujours sur le cœur les affaires des manuels scolaires japonais et de la célébration annuelle (le 14 août) très officielle par le Premier Ministre en poste (actuellement Shinzo Abe dont on connaît le rêve de remilitariser le Japon) au mémorial Yasukuni érigé en l’honneur d’une armée comptant dans ses rangs un bon paquet de criminels de guerre (c’est tout de même comme si Angela Merkel allait se recueillir chaque année en grande pompe sur les tombes des chefs de la SS, excusez du peu !) et cette histoire d’îles est une goutte d’huile sur le feu.

Souvenons-nous de la célébration tambour battant du 70ème anniversaire de la capitulation du Japon le 3 septembre 2015 :

  • défilé militaire impeccable et grandiose avec missiles à têtes nucléaires tout au long de l’avenue Chang An, films patriotiques sur les chaînes de télé, Poutine en guest star sur la tribune de la Paix Céleste ! Message reçu par toute l’Asie ! Et aussi par l’autre rive du Pacifique… qu’il va peut-être falloir rebaptiser « le Belliqueux » !

source/http://www.pauljorion.com/blog/2016/07/18/retour-sur-la-question-des-iles-par-dd-dh/


Pour quelques îles…, par DD & DH

Billet invité. 15.07.2016

La Cour Permanente d’Arbitrage de La Haye vient de donner raison à Manille qui avait fait appel auprès d’elle dans le conflit l’opposant à la République Populaire de Chine à propos des Iles Spratley. Verdict rendu ce 12 juillet 2016 en l’absence de la Chine qui a pratiqué la politique de la chaise vide, estimant illégitime et sans objet le recours unilatéral à cette juridiction par Manille.

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Ces îles Spratley couvrent une surface particulièrement vaste, elles se composent de 25 îles habitables, 128 îlots et 77 bancs de sable.

  • Le Vietnam a occupé la plupart des îlots,
  • Taïwan s’est installée dans la plus grande île du groupe
  •  les Philippines ont considéré, de leur côté, que 53 îlots et l’île occupée par Taïwan leur appartenaient.

Fortes de leur droit de propriété, Taïwan, les Philippines et le Vietnam se sont jugées autorisées à disposer légitimement des zones économiques de 200 milles conformes à la réglementation internationale du droit de la mer, sans qu’il existe toutefois un véritable moyen, étant donné la confusion de la situation, d’apprécier la position exacte des frontières maritimes dans la zone.

  • Sans compter que la Malaisie, l’Indonésie et Brunei ne voient pas pourquoi quelques unes de ces îles, tangentes à leurs eaux territoriales, ne pourraient pas leur appartenir aussi.
  • Quant à la République Populaire de Chine, elle revendique purement et simplement les Spratley en soutenant que, découvertes sous l’empereur Wudi des Han (141-87 av JC) et présentant des « preuves » d’occupation chinoise, ces îles ne sauraient lui être contestées, dans la mesure où, si elle a perdu l’autorité qu’elle exerçait dessus, ce fut en raison de la présence française en Indochine (les Français ont été les premiers à envahir les Spratley en 1933) et de l’invasion de la Chine par les étrangers.
  • Qu’on prenne en compte, pour bien comprendre l’embrouillamini du sac de nœuds, que la RPC et Taïwan défendent dans cette affaire un même point de vue face à Manille, à savoir l’incontestabilité du caractère chinois de l’archipel, pendant que Pékin revendique toujours Taïwan comme partie intégrale de son territoire, exigeant son exclusion de tous organismes ou accords intergouvernementaux.

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Cette mer relativement fermée d’une superficie de 3 400 000 km2, qui s’appelle officiellement (auprès de l’Organisation Météorologique Mondiale et diverses organisations internationales) « Mer de Chine Méridionale », intéresse beaucoup de monde, et pas seulement ses riverains évidemment.

  • Non seulement elle est riche en hydrocarbures et autres ressources,

mais reliant l’Océan Pacifique et l’Océan Indien, elle est sillonnée de routes maritimes internationales capitales pour les pays d’Europe, d’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient dans leur commerce avec l’Extrême-Orient.

C’est l’aorte des 2/3 des échanges commerciaux de la planète.

Les luttes pour son contrôle ont toujours été vives et ce sont les canons qui ont dit le droit pendant plusieurs siècles !

  • Les Arabes l’ont « ouverte » au XIVe quand ils ont, les premiers et sans vraie concurrence, mis la main sur le lucratif commerce des épices, faisant transiter muscade, clous de girofle et poivre vers l’Europe par les « Echelles du Levant » et assurant la richesse des fastueuses cités du nord de l’Italie comme Venise et Florence.

Les profits engendrés ont fait tourner bien des têtes en Occident.

  • Celle de Christophe Colomb bien sûr, mais son pari sur la route à prendre en 1492 était faux comme on le sait…
  • Grâce au Traité de Tordesillas (1494), à Vasco de Gama et aux grands projets maritimes du roi Henri le Navigateur, les Portugais ont doublé avec une longueur d’avance le Cap de Bonne Espérance et sont arrivés les premiers dans l’Océan Indien en direction des îles aux épices (les Moluques),
  • suivis de peu par les Hollandais qui ont tout de suite fait le choix de s’assurer une position stratégique de contrôle du trafic en fondant Batavia (Djakarta) avant de poursuivre leurs expéditions commerciales vers Formose et le Japon.
  • Les Espagnols, occupés à coloniser leurs « Indes Occidentales », sont arrivés au banquet des « Indes Orientales » avec un temps de retard et ont pris ce qui restait, comme on fait dans ces cas-là : l’île de Luçon en l’occurrence, située dans un archipel qui fut baptisé « Philippines » en l’honneur du monarque d’Espagne, Philippe II (1527-1598).
  • Les Anglais ont trouvé que, ma foi, l’Inde pouvait s’avérer un morceau de choix
  • les Français, sachant les places déjà prises plus loin en Orient, se sont arrêtés aux Ile Bourbon (la Réunion) et de France (Maurice), même si Louis XIV eut quelques velléités de conquête du Siam (Thaïlande), comme le narre un délicieux roman historique que nous recommandons très chaudement comme lecture d’été :  » Pour la plus grande gloire de Dieu » (Morgan Sportès. Ed du Seuil 1995, Points 1998)

Dans la première moitié du XXe, la Mer de Chine Méridionale passa sous le contrôle du Japon dont les ambitions territoriales expansionnistes sans frein mirent la Chine à genoux lors d’une guerre impitoyable.

  • Le seul obstacle qu’il rencontra fut les Etats-Unis qui, par les moyens que l’on sait, le força à capituler (1945).

Dès lors, les maîtres absolus de toute la zone Pacifique furent les USA auxquels échut en partage la suprématie de cette partie du monde.

  • Leurs forces aériennes sont depuis lors basées à Guam, Okinawa, aux Philippines et en Australie
  • et leur flotte de guerre patrouille en permanence dans les eaux internationales.

La chose passa pour « normale » aux yeux du reste du monde dans le contexte de la guerre froide (et même « chaude » avec la guerre de Corée).

La Chine continentale, non reconnue par l’Occident pendant plus de 20 ans, donc mise hors jeu, s’est trouvée spoliée de la restitution par le Japon vaincu des territoires maritimes chinois.
Il apparaît assez évident que l’affaire des Spratley (et autres îles, car il y a bien d’autres sujets de litige en cours) n’est qu’un aspect de la partie de go mondiale qui se joue entre USA et RPC et dont l’enjeu le plus immédiat, tel que le conçoit la Chine, est le retour à une situation plus équilibrée dans le rapport de forces et plus « saine » du point de vue dudroit de chaque nation à veiller à ses intérêts et à la sauvegarde de son autonomie.

SOURCE /http://www.pauljorion.com/blog/2016/07/15/pour-quelques-iles-par-dd-dh/