970 – Turquie >> Coup d’État Raté !!

1/- Tentative de coup d’État en Turquie où un couvre-feu et la loi martiale sont décrétés

2/- Cinquante-six ans de coups d’État et de complots en Turquie

3/- A Istanbul, la foule conspue les putschistes sur la place Taksim

   Samedi 16 juillet 2016

Moyen Orient et Monde

1/-Tentative de coup d’État en Turquie où un couvre-feu et la loi martiale sont décrétés

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CriseDes morts et des blessés à Ankara et Istanbul ; un hélicoptère des putschistes abattu ; Gülen accusé d’être impliqué.

Des unités de putschistes au sein de l’armée turque ont affirmé hier soir avoir pris le pouvoir en Turquie et la chaîne publique a annoncé l’imposition d’un couvre-feu et de la loi martiale, à l’ombre d’une situation qui demeurait très confuse jusqu’à l’heure d’aller sous presse.

De violentes explosions ont été entendues à Ankara tandis que des jets et des hélicoptères survolaient la capitale, selon l’AFP. Des chars de l’armée ont également été déployés autour du Parlement à Ankara, qui aurait été bombardé, a rapporté l’agence de presse Dogan. Plusieurs violentes explosions ont été entendues dans la capitale turque, accompagnées de fusillades dans le centre-ville, alors que des avions de chasse survolaient à basse altitude la métropole, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Par ailleurs, des avions de chasse F-16 de l’aviation turque ont abattu un hélicoptère Sikorsky relevant des putschistes dans une ville qui n’a pas été précisée mais qui pourrait être la capitale, a-t-on indiqué de source officielle loyaliste.

À Istanbul, les ponts enjambant le Bosphore ont été partiellement fermés dans le sens Asie-Europe, selon une chaîne de télévision. De grandes artères menant notamment à la place Taksim, dans le centre de la première métropole de Turquie, étaient bloquées par les forces de l’ordre et la présence policière était importante dans les rues. Des soldats ont en outre tiré à Istanbul sur la foule (faisant des blessés) qui protestait contre la tentative de coup d’État militaire, tandis que 17 policiers ont été tués à Ankara, ont rapporté les médias locaux.

La chaîne publique turque de télévision a diffusé hier soir un communiqué émanant des « forces armées turques » faisant état de la proclamation de la loi martiale et d’un couvre-feu sur l’ensemble du territoire turc. « Nous ne permettrons pas que l’ordre public soit dégradé en Turquie (…) Un couvre-feu est imposé sur le pays jusqu’à nouvel ordre », a indiqué un communiqué signé par le « Conseil de la paix dans le pays » qui affirme « contrôler le pays ».

Annonçant avoir pris le pouvoir, les putschistes ont expliqué, dans un communiqué publié sur le site Internet de l’état-major des armées, qu’« il y a une prise de pouvoir totale dans le pays ». Cette action a été menée « afin d’assurer et de restaurer l’ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l’homme et les libertés, et laisser la loi suprême du pays prévaloir ». « Tous nos accords et engagements internationaux restent valides. Nous espérons que nos bonnes relations continueront avec les autres pays », poursuit le texte.

Le chef d’état-major Hulusi Akar était l’« otage » des militaires putschistes, ont également affirmé des chaînes de télévisions et l’agence progouvernementale Anatolie. Plus tard en soirée, des nouvelles sur sa mort ont circulé sur les réseaux sociaux et certains médias.

Riposte « très forte »

Le chef de l’État islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan est rapidement intervenu à la télévision pour dénoncer un « soulèvement d’une minorité au sein de l’armée » (TV) et a appelé les Turcs à descendre dans les rues pour résister à la tentative de coup d’État. L’homme fort de Turquie, qui s’est exprimé par téléphone sur la chaîne d’information CNN-Türk, a dit : « Je ne pense absolument pas que ces putschistes réussiront », et de promettre « une riposte très forte ». Le président turc est « dans un lieu sûr », a aussi indiqué une source présidentielle. Auparavant, le Premier ministre Binali Yildirim avait averti ceux impliqués dans cette action « illégale » qu’ils paieraient « le prix le plus élevé ».

Les relations de M. Erdogan avec l’armée avaient été compliquées au début de ses mandats de chef de gouvernement, car il avait réduit l’influence des forces armées sur la vie politique. Puis elles semblaient avoir trouvé une forme d’équilibre. « C’est un soulèvement dans lequel l’État parallèle a également une part », a-t-il affirmé, en référence au prédicateur Fetullah Gülen, son ennemi juré, en exil aux États-Unis. Plus tôt en soirée, le ministre turc de la Justice Bekir Bozdag a assuré que des partisans de Fethullah Gülen sont impliqués dans la tentative de coup d’État.

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé hier à la « retenue » et au « respect des institutions démocratiques » en Turquie. Son homologue russe Sergueï Lavrov, dont le pays vient de se réconcilier avec la Turquie, a demandé d’éviter « tout affrontement meurtrier ». « Les problèmes de la Turquie doivent être résolus dans le respect de la Constitution », a-t-il poursuivi au cours d’une conférence de presse commune avec son homologue américain John Kerry, lequel a assuré la Turquie de son « soutien total ». Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a exprimé sa « grande inquiétude » au sujet des événements en Turquie.

source/http://www.lorientlejour.com/article/996698/tentative-de-coup-detat-en-turquie-ou-un-couvre-feu-et-la-loi-martiale-sont-decretes.html


À La Une

2/- Cinquante-six ans de coups d’État et de complots en Turquie

Des soldats turcs montent la garde sur la place Taksim, à Istanbul, sur fond de tentative de coup d’Etat. REUTERS/Murad Sezer

Un groupe de putchistes au sein de l’armée turque a affirmé vendredi soir avoir pris le pouvoir en Turquie et la chaîne publique a annoncé l’imposition d’un couvre-feu et de la loi martiale où la situation était très confuse. Voici un rappel chronologique des coups d’État et complots qui ont rythmé l’histoire de la Turquie au cours des cinquante-six dernières années:

1960

* Le 2 mai, un coup d’État est mené pratiquement sans effusion de sang par des officiers et cadets des écoles de guerre d’Istanbul et Ankara.

* Le lendemain, le chef de l’armée de terre, le général Cemal Gursel, réclame des réformes politiques et démissionne de ses fonctions quand ses exigences sont rejetées.

* Les putschistes établissent un comité d’union nationale de 38 membres avec Gursel à sa tête. Sur 601 personnes jugées par les militaires, 464 sont reconnues coupables. Trois anciens ministres, dont le Premier ministre Adnan Menderes, sont exécutés et douze autres, dont le président Celal Bayar, voient leurs condamnations à mort commuées en peines de prison à vie.

 

1971 – Le putsch « par mémorandum »

* L’armée exige du gouvernement qu’il rétablisse l’ordre après des mois de grèves et d’affrontements dans les rues entre l’extrême gauche et l’extrême droite. Quelques mois plus tard, le Premier ministre Suleyman Demirel démissionne et une coalition d’hommes politiques conservateurs et de technocrates se charge de rétablir l’ordre sous la surveillance des militaires. La loi martiale est établie dans plusieurs provinces et ne sera pas complètement levée avant septembre 1973.

 

1980

* Le 12 septembre 1980, le haut commandement de l’armée dirigé par le général Kenan Evren mène un coup d’Etat après de nouveaux affrontements de rue entre gauchistes et nationalistes. De hauts responsables politiques sont arrêtés. Parlement, partis politiques et syndicats sont dissous. Un Conseil de sécurité nationale de cinq membres prend le contrôle du pays, suspend la Constitution et met en oeuvre une Constitution provisoire qui donne des pouvoirs quasi illimités aux militaires.

 

1997 – Le coup d’Etat « post-moderne »

* Le 18 juin 1997, le Premier ministre Necmettin Erbakan, en qui l’opposition voit une menace contre la laïcité, démissionne sous la pression de l’armée, des milieux d’affaires, de la justice et d’une partie de la classe politique. Les généraux s’estiment en droit d’être intervenus au nom de la défense de l’Etat laïque fondé par Mustafa Kemal Atatürk.

 

2007

* Le nom d’Ergenekon, un groupe clandestin, apparaît pour la première fois avec la découverte d’une cache d’explosifs lors d’une opération de police à Istanbul. Des centaines de personnes se retrouveront pas la suite jugées pour tentative de coup d’État contre Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, et 275 officiers, journalistes, avocats et autres professions seront reconnus coupables.

* Les verdicts ont tous été annulés cette année par une cour d’appel qui a déclaré qu’aucune preuve de l’existence du réseau Ergenekon n’avait été apportée. Erdogan, qui est devenu président en 2014, a dans un premier temps soutenu les poursuites mais par la suite accusé des partisans du prédicateur Fethullah Gülen, ancien allié devenu sa bête noire, d’avoir monté de toutes pièces cette conspiration.

 

2010

* Un journal dévoile un complot laïque baptisé « Masse » qui remonterait à 2003, visant à créer le chaos social afin de renverser le gouvernement Erdogan. En 2012, un tribunal a condamné à des peines d’emprisonnement 300 des 365 prévenus. Deux ans plus tard, la plupart des condamnés ont été libérés après que la Cour constitutionnelle a estimé que leurs droits avaient été violés. A nouveau, les partisans de Gülen ont été accusés d’avoir fabriqué cette affaire, ce qu’ils démentent.

source/http://www.lorientlejour.com/article/996676/cinquante-six-ans-de-coups-detat-et-de-complots-en-turquie.html


 

3/- A Istanbul, la foule conspue les putschistes sur la place Taksim

« Je ne suis pas pour l’AKP et Erdogan n’est pas un grand démocrate, mais un coup d’État n’est pas la solution. Je crains une guerre civile ».

 

OLJ/AFP/Raziye AKKOC et Caroline HENSHAW
16/07/2016

« Les gens craignent un gouvernement militaire », souffle Dogan, venu dans la nuit de vendredi à samedi avec des milliers de compatriotes donner de la voix dans les rues d’Istanbul contre les militaires qui tentaient de renverser le gouvernement turc.

La panique s’est emparée vendredi soir d’Istanbul, la plus grande ville de Turquie, après que l’armée a fermé les ponts qui enjambent le Bosphore et relient les rives asiatique et européenne. Les soldats ont tiré sur la foule qui tentait de franchir le pont Fatih Sultan Mehmet à pied, rapporte un photographe de l’AFP, qui a vu des dizaines de blessés.

Plus au sud, dans le centre d’Istanbul, c’est sur la place Taksim que la colère a éclaté. Ironie de l’histoire, c’est sur cette même place, où convergent plusieurs artères de la rive européenne d’Istanbul, que s’étaient réunis les opposants à Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, lors des manifestations autour du parc Gezi en 2013.

Ce vendredi soir, si le lieu est le même qu’il y a trois ans, la cible des protestataires est tout autre. Par milliers, les Stambouliotes, certains drapés dans le drapeau turc, sont venus manifester contre la tentative de coup d’Etat lancé par un groupe de militaires contre M. Erdogan, devenu depuis président de la République.

« La plupart des manifestants ont fait leur service militaire. Ils savent ce que l’avènement d’un régime militaire signifierait », explique Dogan, 38 ans, depuis la place Taksim. Et lorsqu’un hélicoptère survole la place, les manifestants lèvent des poings rageurs en guise de salut.

Au sol, l’armée répond en ouvrant le feu. Au moins trois personnes sont touchées. « C’est l’armée qui a fait ça. Assassins! », hurle un homme, dont les paroles sont couvertes par les sirènes des ambulances venues chercher les blessés.

Quelques minutes plus tard, des camions déchargent des policiers anti-émeutes chargés de dégager la place. La foule se disperse dans les rues adjacentes et le calme revient sur Taksim. Seul le bruit de tirs résonne sur la place totalement désertée.

 

‘Ça ne va pas marcher’

Pour les irréductibles clients d’un bar du quartier de Besiktas, quartier d’ordinaire animé de la rive européenne, le signal qu’il est temps de rentrer à la maison est donné lorsque le patron lance: « la loi martiale est décrétée ».

Jusqu’à ce que la chaîne publique TRT annonce qu’un coup d’Etat militaire était en cours et que la loi martiale était décrétée, cette rue de Besiktas, sur la rive européenne d’Istanbul, était particulièrement calme pour un vendredi soir.

Seule une poignée de clients attablée au café s’attarde à discuter de la tentative de putsch militaire en cours. « Ce pays a vécu tellement de coups d’Etat… Je suis contre. Celui-ci ne va pas marcher », explique Ali, dont la fierté est d’habiter Besiktas et d’arborer un tatouage à l’effigie de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne.

« Les gens rentrent chez eux à cause du coup d’Etat. On est combien ici, d’après vous? Normalement cet endroit devrait grouiller de monde », lance-t-il. « Ce coup d’Etat est une mauvaise chose. Il va nous ramener 20 ans en arrière ». Son ami Basak acquiesce: « ce pays a vécu beaucoup de putschs. Nous ne sommes pas prêts pour en vivre un autre ».

En temps normal, Ali et Basak devraient forcer la voix pour se faire entendre un vendredi soir à Besiktas.
Mais cafés et bars ont fermé boutique dès qu’a été connue la nouvelle de la tentative de coup d’Etat.
Le calme, seulement interrompu par le vrombissement d’hélicoptères, confère à certains quartiers d’Istanbul un air de ville fantôme. Surréaliste dans cette ville où cafés et bars sont d’ordinaire pleins en ce début de week-end.

 ‘Vous y croyez, vous?’

La crainte de débordements et d’une escalade ont poussé les Stambouliotes à s’approvisionner en vivres et en argent liquide par milliers. Résultat: « Il y a beaucoup de gens dans les magasins malgré le couvre-feu. Il y a des files d’attente devant les distributeurs de billets », explique Güney Köse, dirigeant d’une start-up, joint par l’AFP par téléphone.

« Je ne suis pas pour l’AKP (Parti de la justice et du développement du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan) et Erdogan n’est pas un grand démocrate, mais un coup d’Etat n’est pas la solution. Je crains une guerre civile », confie-t-il. La tentative de putsch a fait au moins 60 morts, dont de nombreux civils, selon un responsable turc.

« C’est très étrange. On a compris vers 22H00 (19H00 GMT) qu’il se passait quelque chose. Dans la rue, les gens s’interpellaient, en disant +Vous y croyez, vous?+ », dit Valentine Deseille, une Française de 22 ans, qui travaille à l’université Sehir d’Istanbul.
Tôt samedi matin, M. Erdogan a assuré que la situation était largement sous contrôle du gouvernement.

source/http://www.lorientlejour.com/article/996697/coup-detat-en-turquie-les-stambouliotes-pris-de-panique.html